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Full text of "Mémoire sur les moeurs, coustumes et relligion des sauvages de l'Amérique septentrionale"

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BIBLIOTHECA 

AMERICAN A 

COLLECTION LVOUVRAttKS 

INÉDITS OU RARES 



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L'AMÉRIQUE. 




LEIPZIG & PARIS, 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

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18(34. 



MEMOIRE 

S UH LES 

MOEURS, COUSTUMES ET RELLIGION 

DES 

SAUVAGES DE L'AMERIQUE SEPTENTRIONALE 

PAE 

NICOLAS PERROT 

PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS 

PAR LE 

R. P. J. TAILHAN 

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 



LEIPZIG & PARIS, 

LIBRAIRIE A. FRANCK 
1864. 



I - 



77 



Préface. 

En 1671, la France, déjà maîtresse de l'Acadie 
et du Canada jusqu'au lae Ontario, prenait posses- 
sion de toutes les contrées découvertes ou à décou- 
vrir, de la mer du nord à la mer du sud et de celle 
de l'ouest aux lacs Huron et Supérieur. Elle s'attri- 
buait ainsi d'un trait de plume, en présence et de 
l'aveu d'une quinzaine de tribus réunies à la hâte, 
le domaine exclusif de toute l'Amérique septentrio- 
nale, moins les colonies anglaises riveraines de l'At- 
lantique et le Mexique, soumis à l'Espagne. Bientôt 
après (1682, 1689), la cession de la Louisiane et du 
pays des Sioux, consentie plus ou moins sérieuse- 
ment par les naturels, confirmait, en ce qui concerne 
la vallée du Mississipi, les droits quelque peu litigieux 
nés de cette première prise de possession. Malheu- 
reusement, l'occupation réelle du territoire ne répon- 
dait guère à la prodigieuse extension de la souve- 
raineté nominale. Sept à huit mille Français groupés 
en très petit nombre dans les villes de Québec, de 
Trois-Rivières et de Montréal, ou disséminés sur les 
deux rives du Saint-Laurent, du cap Tourmente au 
village naissant de la Chine : voilà où en était 
encore après soixante ans la colonisation du Canada. 
Plus haut, vers l'ouest, le fort de Frontenac, quatre 
ou cinq postes de moindre importance, une dou- 
zaine de missionnaires et quelques centaines de cou- 
reurs de bois rappelaient seuls au voyageur qu'il 
foulait une terre française. D'un autre côté, et 
tandis que la population européenne ne recevait que 
d'insensibles accroissemens, la race aborigène allait 
s'éteignant de jour en jour avec une désolante rapi- 
dité. Les florissantes peuplades, où Jacques Cartier 
reçut en 1535 un si bienveillant accueil, n'existaient 



VI 



déjà plus au temps de Champlain, et les nombreuses 
tribus de Hurons et d'Algonquins, dont un siècle plus 
tard le fondateur de Québec accepta l'alliance, tom- 
bées sous les coups des Iroquois, avaient à l'époque 
dont nous parlons complètement disparu, ou ne se 
survivaient a elles-mêmes que dans de rares et misé- 
rables débris. Pour retrouver, dans toute l'étendue des 
possessions françaises, quelque image affaiblie de la 
puissance et de la prospérité passées des sauvages, il 
fallait, en 1689, aller la chercher jusque chez lesMiamis 
et les Maskoutens, au sommet de l'angle que forment 
entre elles les vallées du Mississipi et du Saint -Laurent. 
C'est là, au milieu des nations de races diverses, 
établies de tout temps dans cette partie la plus loin- 
taine de la Nouvelle-France, ou qui plus récemment 
s'y étaient jetées comme dans un asile inabordable 
à leurs ennemis, que Nicolas Perrot, auteur du pré- 
sent mémoire, résida presque habituellement de 16(35 
à 1699. D'abord simple coureur de bois de son métier 
(1665—1684) et interprète par occasion (1671, 1701), il 
fut ensuite, sous les gouvernements successifs de MM. 
de La Barre, Denonville et Frontenac (1684 — 1699), 
chargé d'un commandement analogue à celui de nos chefs 
de bureaux arabes en Algérie. Son habileté dans les 
langues du pays, son éloquence naturelle, le mélange 
heureux de hardiesse, de sang-froid et de libéralité qui 
faisait le fond de son caractère, lui acquirent bien- 
tôt l'estime, la confiance et même l'affection des na- 
turels, autant du moins que ces peuples sont acces- 
sibles à ce dernier sentiment. Les Poutéouatamis, les 
Maloumines, les Outagamis, les Miamis et les Mas- 
koutens, les Ayoës et les Sioux lui accordèrent, avec 
les honneurs du calumet, les droits et les prérogatives 
dont jouissent leurs propres chefs. Son crédit n'était 
pas moindre auprès des Outaouais et des Hurons 
Tionnontatés. Hâtons -nous d'ajouter à sa louange, 
qu'il mit au service de la colonie cette influence si 
légitimement acquise, tant qu'il lui fût permis d'en user : 



VII 

c'est-à-dire jusqu'au moment où la suppression des postes 
français du Michigan et du Wisconsin et celle de la traite 
rompirent tous les rapports entre les sauvages et lui. 

Ces longues années de relations intimes et jour- 
nalières avec les nations de l'ouest avaient initié Per- 
rot à tous les secrets de leurs mœurs, de leurs tra- 
ditions et de leur histoire. Rendu à la vie privée 
et maître de quelques loisirs, il résolut de confier au 
papier ce trésor de connaissances lentement amassé 
au prix de tant de fatigues et de dangers. Ainsi 
fut composé le mémoire que nous éditons aujourd'hui 
pour la première fois. En l'écrivant, Perrot ne se 
proposait d'autre but que d'éclairer confidentiellement 
l'intendant du Canada sur le véritable caractère des 
tribus alliées ou ennemies de la France, et sur la 
nature des rapports qu'on devait entretenir avec elles. 
Il n'a donc cédé ni au désir de se mettre en scène, 
ni a l'attrait si doux et si puissant de déchirer au 
profit d'une médiocrité jalouse ses égaux ou ses supé- 
rieurs. Il raconte ce qu'il sait, ce qu'il a vu de ses 
propres yeux; il le raconte comme il peut, sans pré- 
tention littéraire, sans nul souci des faveurs d'un 
public auquel il ne destinait pas son ouvrage, et 
s'arrête lorsque le papier lui manque. Aussi ne lui 
voit-on jamais torturer les faits pour les accommoder 
aux exigences de son amour-propre. S'il se trompe, 
et cela lui arrive quelquefois, c'est sur des points de 
peu d'importance, ou à propos d'un petit nombre d'événe- 
mens dont il n'avait pas été le témoin. En somme, dans 
le mémoire qu'il nous a laissé, l'évidente imperfection 
de la forme est amplement rachetée par la vérité et 
l'exactitude des renseignemens qui en constituent le 
fond. La sincérité et la science spéciale de Perrot 
sont d'ailleurs mises hors de doute par le parfait accord 
qui règne entre lui et les écrivains antérieurs ou contem- 
porains les mieux informés. Leurs relations, tant impri* 
mées qu'inédites, confirment sur presque tous les points 
les assertions de notre auteur. Il est aisé de s'en con- 



VIII 



vaincre en jetant un coup d'oeil sur les notes, où j'op- 
pose le témoignage de ces relations aux critiques qu'un 
anonyme a consignées en marge de notre manuscrit. 

C'est encore à ces anciens et précieux documens 
que j'ai eu recours, toutes les fois qu'il s'est agi d'é- 
claircir ou de compléter le récit de Perrot. J'ai suivi 
la même marche dans les notices plus ou moins déve- 
loppées que j'ai cru devoir consacrer soit à l'auteur lui- 
même, soit à quelques-unes des nations dont il parle le 
plus souvent dans son ouvrage. En ces matières, le 
rôle de rapporteur était le seul qui pût me convenir. 
Pour y rester plus fidèle, j'ai substitué fréquemment la 
citation intégrale des textes aux simples renvois dont 
il eût été parfois malaisé de vérifier l'exactitude. Le 
lecteur aura ainsi dans les questions les plus impor- 
tantes, la facilité de juger sur pièces. 

Il n'existe du mémoire de Perrot qu'une copie 
du siècle dernier; la même très - vraisemblablement 
dont s'est servi le P. Charlevoix et qu'il tenait de 
Mr.Bégon intendant du Canada en 1721. Notre édition 
en est la scrupuleuse reproduction. Lorsque de temps 
a autre une addition ou une correction m'a paru néces- 
saire, je l'ai introduite dans le texte, mais en l'enfer- 
mant entre crochets et en conservant à côté la leçon 
originale; afin qu'on pût toujours reconnaître ce qui 
appartient en propre à Perrot. Au reste, de ces 
additions ou de ces corrections il en est peu dont je 
sois l'auteur ; presque toutes figurent en surcharge dans 
le manuscrit dont je me suis servi pour cette édition. 

Qu'il me soit permis en terminant de remercier 
ici mon ami et ancien collègue a l'université de Qué- 
bec Mr. l'abbé Ferland, et Mr. Margry, depuis long- 
temps connu par ses doctes recherches sur l'histoire 
de nos colonies. Leurs conseils et leurs indications 
m'ont singulièrement aidé à remplir moins impar- 
faitement la tâche que je m'étais imposée. 

Paris, 3 Juillet 1864. 

.1. Tailhau. 



Index alphabétique. 



A. 

Abipons, sauvages du Tucuman, ignoraient l'existence de Dieu 169; ré- 
ponse d'un de leurs chefs à un missionnaire 170; bonté des Abipons 
pour leurs esclaves 243, 244. 

Adoption, V. Relever le nom. 

Adultère: son châtiment chez les sauvages 22; et en particulier chez 
les Miamis, les Illinois et les Sioux 178. 

Agniers, (Agniehronons, Aniez) tribu Iroquoise 16(3; terreur qu'elle 
inspire 79, 212, 213; première expédition des Français contre ces 
sauvages 111; les Agniers renvoient dans la colonie les prisonniers 
Français, avec un ambassadeur pour traiter de la paix 112 ; rupture 
des négociations 113; seconde expédition des Français contre les 
Agniers 113; leurs villages sont brûlés et leur pays ravagé 113, 114; 
les Agniers demandent et obtiennent la paix 79, 114: défaite d'un 
parti d' Agniers et d'Onneiouths par les Outaouais 96 — 99, 245, 246; 

Algonquins, nation de la Nouvelle-France: Algonquins supérieurs appelés 
Outaouais par les Français 160; leur territoire 9, 80: Algonquins in- 
férieurs ou Montagnais 199; origine de la guerre des Algonquins et des 
Iroquois 9 — 11; ses vicissitudes 78 — 81, 212; après la ruine des 
Hurons, les Iroquois se tournent de nouveau contre les Algonquins 
104, qui sont soutenus par les débris des tribus Huronnes et par 
les Français 104; les Algonquins sont victimes de trahisons répétées 
de la part de leurs ennemis 104, 105; deux partis d'Algonquins 
surpris et massacrés par les Iroquois en pleine paix 109; affaiblissement 
et impuissance des Algonquins 109; ils s'allient avec d'autres nations 
contre les Iroquois 109; causes de leur insuccès 110. V. Iroquois, 
Mariage, Montagnais, Outaouais. 

Aliments des sauvages 51, 52. 

Aliinibégon, lac situé entre le lac supérieur et la baie d'Hudson 177; 
les Nepissiugs s'y réfugient 81; ils y sont rejoints par les Ami- 
kouès 93; 

Allumettes (île des) dans l'Outaouais, appelée aussi île du Borgne 95, 
245. V. Borgne (le). 

Ame. Croyance universelle des sauvages à son immortalité 40, 186, 
189; preuves à l'appui 184, 185; exception unique à cette règle 185; 



tous les êtres animés ou inanimés ont une âme 184, 185; deux 
âmes dans l'homme 185, 186; voyage de l'âme après la mort 41; 
il n'a lieu qu'après la fête des morts 186; les âmes des enfants et 
des vieillards ne l'entreprennent pas 186; pays des âmes, sa situation 
40, 184, 185; sa description 42: vicissitudes et difficultés du voyage 
que les âmes ont à faire pour s'y rendre 41, 186; plaisirs qu'elles 
y goûtent 42; suivant d'autres traditions, les âmes y sont plongées 
dans la douleur 186; sauvages vivants au pays des âmes 43; le pays 
des âmes des sauvages diffère de celui des âmes des Européens 42. 

Amikoués (Amikouas, Aniiquois) tribu d'Algonquins supérieurs; son 
origine 20, 178; font la charité à tous ceux qui honorent leur 
premier père 21; prennent une grande part à la défaite de deux 
partis Ii-oquois 97, 219, 220; Mr. de Saint-Lusson et Perrot hi- 
vernent dans leur pays 126; les Amikoués assistent à la prise de 
possession du pays des Outaouais 128; un de leurs chefs découvre 
à Perrot un complot tramé par les Hurons 144. 

Andastes, peuples de langue Huronne établis en Virginie 296 ; attaqués 
par les Iroquois 129, 296, qui les détruisent ou se les incorporent 
129, 296. 

Anglais: deux partis Anglais arrêtés dans les possessions Françaises 
de l'ouest, saisie de leurs marchandises 141; craintes excitées par 
cet événement 308, 309 ; le comte de Frontenac établit un comman- 
dant Français chez les Miamis de saint Joseph pour s'opposer aux 
entreprises des Anglais 310; les Outaouais et autres nations de 
l'ouest nouent avec eux des i-elations commerciales 148 ; les Anglais 
de Boston, de Manhatte et d'Albany s'assurent le monopole de la 
traite par le bon marché de leurs marchandises 148, 312—314: ils 
se servent aussi, à cet effet, des Iroquois, contre les Français du 
Canada et les colons Anglais de la Virginie 314, 315; Anglais établis 
à la Louisiane 148 ; sauvages vendus comme esclaves par les Anglais 
152, 317. 

Aniez, V. Agniers. 

Animaux, avant la création de la terre, réunis sur un radeau avec le 
Grand-Lièvre 3; les hommes sont formés des cadavres de ces premiers 
animaux 6 ; V. Déluge. 

Aiisp-au-toimerre (ïhunder Bay) dans le lac Huron 214; les Outaouais 
qui l'habitent l'abandonnent par crainte des Iroquois 80, 214. 

Anthropophagie des sauvages de la Nouvelle-France 98, 207, 242, 243; 
inconnue chez les Sioux 90. 

Aréagues, nation sauvage des bords de l'Orénoque, genre de mort 
qu'elle inflige aux prisonniers de guerre 244. 

Areytos, assemblées politiques et religieuses des peuplades de l'Améri- 
que centrale et des Antilles 249 ; chants et danses dont elles étaient 
accompagnées 249, 250. 

Assassin pour assassinat 8, 115, 117, 118, 164, 165. 

Assassinat d'un Iroquois par cinq soldats Français 115; arrestation 
des coupables 117; les Iroquois demandent vainement la grâce de 
quatre d'entre eux 117: ils sont tous passés par les armes 117; 



autre assassinat de onze Iroquois par des coureurs de bois 118. 
V. Meurtre. 

Assiniboines, Assiniboùles et Assinipoals T. Âssinipoualaks. 

Assinipoualaks (Guerriers de la roche), tribu Siouse séparée du reste de 
la nation 232 ; en guerre continuelle avec les autres Sioux 91, 237 : 
nombre de leurs bourgades 237; assistent à la prise de possession 
des pays de l'ouest par les Français 293. 

Ataeutsic mère du genre humain suivant les traditions Huronnes et 
Iroquoises 161 ; tombe ou se précipite du ciel 161 ; les animaux 
aquatiques construisent une île pour la recevoir 161 ; Ataentsic y 
met au jour deux jumeaux 161; sa postérité est engloutie par un 
déluge 161. 

Atcbatiba Rasgouen tribu Miamise 222. 

Auiiiaiiimek , chef des Amikoués et ami de Perrot 144; hiverne avec 
lui 144; et lui découvre un complot des Hurons 144. 

Auiuoussonik, peuplade du nord-ouest 293. 

Ayoës, Aiaouais, Aiaoua, Ajouez ou Nadouessi-Maskoutens 63; tribu 
Siouse 237 ; amie et alliée des Sioux projtrement dits 196 ; son 
territoire d'autrefois et celui d'aujourd'hui 198; accueil fait à Perrot 
chez les Ayoës 196, 197; cérémonies singulières qui l'accompagnent 
196, 197; les Ayoës chantent le ealumet à Perrot 196, 197 et 247; 
leur portrait au physique et au moral 198; les Outaouais fugitifs 
sont très-bien reçus des Ayoës S5; guerre présente entre les Ayoës 
et les Sioux leurs anciens alliés 198. 

Ayoës (Eivière des) remontée par les Outaouais 85. 

B. 

Bagage : les sauvages se chargent du bagage de ceux qu'ils veulent 
honorer 109. 

Baguette (Jeu de la) en usage dans les funérailles 34, 35. 

Baie (la grande) appelée aussi par les Anglais Baie verte (Green Bay), 
V. Pu ii ii s (Baie des). 

Balle (Jeu de) connu de quelques nations américaines 340. 

Banabeouek, nation de la baie des Puans 293, 295. 

Bâtard Flamand (le), chef Iroquois, métis d'un Hollandais et d'une 
Agnier 228; surprend une flotte Huronne 228, 84; escarmouche du 
Bâtard Flamand et de sa bande contre Mr. de Courcelles 111; il est 
envoyé à Québec par sa nation pour y traiter de la paix 112; tombe 
entre les mains des Algonquins de Mr. de Sorel 112; est mis en 
liberté par ordre du commandant 112; est bien accueilli par Mr. de 
Tracy 112; conclut la paix avec lui 113; est rejoint à Québec par 
un des principaux chefs de sa nation 113; Mr. de Tracy fait pendre 
ce chef 113; motifs du vice-roi pour en agir ainsi 113; rupture 
de la paix 113; le Bâtard est retenu à Sorel pendant l'expédition 
des Français contre les Agniers 113; il est renvoyé dans son pays 
114; revient à Québec pour y traiter de la paix 114; heureuse issue 
de cette seconde négociation 114 ; le Bâtard et plusieurs de ses com- 
patriotes s'établissent près de Montréal 114. 



Bégon, intendant du Canada; Perrot compose pour lui divers mémoires 
149, 315. 

Bellinzoïii (Belgralie de notre Ms.), secrétaire de Colbert 130, 296 r 
297; obtient pour Perrot un congé de traite 130. 

Bison. V. Buffle. 

Bluet (Vaccinium myrtillus), petite baie dont les sauvages se nourrissent 
52, 189. 

Bœuf (Nation du), tribu de Sioux sédentaires: 340; chiffre de sa popu- 
lation 340; visitée par les Français dès 1659, 237, 238, 340. 

Bois-brùlés, métis d'Européens et de sauvages 194. 

Borgne (le), chef Algonquin de l'île des Allumettes 95; droits qu'il 
s'attribuait 95; mauvais traitemens qu'il fait essuyer à un missionnaire 
95, 245; arrêté pour ce fait et châtié par les autorités Françaises 
95, 96. 

Borgne (île du) ou île des allumettes 95, 245. 

Boucliers en peau de bison, mode de leur fabrication par les sau- 
vages 64. 

Bose (la) en honneur chez quelques nations de la Nouvelle-Grenade 340. 

Buffle (Bison, Bos americ.) : chasse au buffle 60 — 64; élection d'un 
maître de la chasse 60, 61; lois de la chasse, leur sanction 61; 
ordre de la marche 61, 62; poursuite 62, 63; partage du gibier 63; 
apprêt des viandes et des peaux 63, 64; précautions contre les 
surprises des ennemis 63; chasse d'hiver 64; immenses troupeaux 
de buffles dans le "Wisconsin et l'Illinois au temps de Perrot 266. 

c. 

Cabaner, se construire un abri provisoire en temps de chasse ou de 
voyage 298; les Outagamis cabanaient sous des nattes 266. 

Cajeus, radeau, train de bois 3, 159. 

Californie (nations de la), doutes sur l'antiquité de leurs traditions 
religieuses 163; danses figurées des Californiens 249. 

Callieres, commandant de Montréal 329; puis gouverneur de la Nou- 
velle -France 333; demande au ministre une pension pour Perrot 
333; préside au congrès de toutes le nations sauvages 334; le 
M* 3 de Yaudreuil lui succède 335. 

Calumet des sauvages, sa description 246; son origine surnaturelle 100; 
calumet de paix et de guerre 246; vénération dont il est l'objet 
100, 246, ainsi que celui qui en est porteur 246 ; chant et danse du 
calumet chez les Ayoës 247; chez les Illinois 248; chez les Sioux 
99, 100; droits et prérogatives conférés par cette cérémonie à celui 
qui en était l'objet 99, 100. 247, 327; fausser le calumet était un 
crime impardonnable 100; équivalent du calumet chez les Indiens 
de Cinaloa 248. 

Calumets (Ile, rapides et portage des) dans la rivière d'Outaouais 245, 
94, 95; terme des voyages du Grand-Castor 21. 

Canadiens : moralité des premiers colons Canadiens 231 ; un grand 
nombre d'entre eux refuse d'obéir à l'interdiction de la traite 131 ; 
V. Frontenac et Coureurs de bols. 



Canots d'écorce, leur description 297, 298; manière de les diriger 
298; rapidité de leur marche 298. 

Caribou (Renne d'Amérique) : Chasse du caribou par les sauvages 53, 
54, 192. 

Carignan (Régiment de), son arrivée au Canada 110. 

Cassave, farine tirée de la racine de l'ours (Manioc) par les sauvages 
des prairies 57. 

Casse-tèle, sa description 300; envoi du casse-tête 132, 300. 

Castor, part qu'il prend à la formation de la terre 3, 4; méthodes 
diverses de chasser le castor 52, 53, 190 — 192; pièges et appâts 
dont les nations des lacs Huron et des Illinois se servent pour le 
prendre 5ô; les peaux de castor servaient de monnaie dans la 
Nouvelle-France 116; castors gras d'hiver 317. 

Castor (le Grand-), frère aîné de tous les castors 160; ses voyages 
20, 21; sa mort et son tombeau 21; de son cadavre nait le premier 
des Amikoués 20. 

Cbagouainigou ou Chagouamikou (Pointe), sur la rive méridionale du 
lac Supérieur, les Outaouais s'y établissent 87, 92, 239, 240; les 
Hurons du Pétun viennent les y rejoindre 87, 240, 241; la crainte 
des Sioux force ces deux nations à quitter Chagouamigon 239; 
distance de Chagouamigon au pays des Sioux 99. 

Chainbly, fort construit par les Français au pied des rapides de la 
rivière Richelieu 110. 

Chants des sauvages dans leurs festins 14, 15; chants de guerre 
16 — 18; chants dans les sueries 70; chants de paix 108; chacun a sa 
chanson de guerre que nul autre ne peut chanter en sa présence 18, 
173; le chef d'une expédition de guerre chante tous les matins son 
chant de mort 19; Y. Areytos, Calumet. 

Cbanuanons, nation sauvage de l'Amérique du nord, chasse des 
bords du lac Erié les Iroquois qui s'y étaient réfugiés 11, 12; est 
à son tour battue par les Iroquois et forcée de se réfugier à la 
Caroline 12, 79, 166, 296; les Iroquois l'y poursuivent 129; les 
Chaouanons sont défaits en plusieurs rencontres 129; ils habitaient 
en 1673 la vallée de l'Ohio 296; nombre de leurs villages à cette 
époque 296 ; résident aujourd'hui dans le Kansas 296. 

Cbarlevoix (le P. de) Jésuite: Mr. Bégon lui communique le manuscrit 
de Perrot 315. 

Chasse: V. Buffle, Castor, Caribon, Elan, Martre, Ours? territoire de 
chasse des tribus de l'ouest 55; époque de l'année où elles se 
mettent en chasse 55; chasse aux pièges 55; chasse au tir 55, 
56, 194. 

Cbasy, (Mr. de), neveu du Marquis de Tracy 252 ; tué par les Iroquois 
111, 112, 340; le chef de ces Iroquois se rend à Québec 113; se 
vante en face de Mr. de Tracy du meurtre de Mr. de Chasy 118; est 
étranglé à l'instant même par ordre du vice-roi 113. 

Chefs sauvages : ils n'ont sur le reste de la tribu aucune autorité coercitive 
78; ne procèdent jamais que par prières et par insinuations 78; qualités 
requises dans un chef pour qu'il acquière quelque influence 78, 208; 



VI 

les pouvoirs des chefs sur leurs partis de guerre ou de chasse sont 
beaucoup plus étendus, 61, 210, 211. V. Chants . Deuil, Indé- 
pendance. 

Chété CPelecanns Americanus, Audub.), description de cet oiseau et de 
ses moeurs 265, 266. 

Chiens, mets très recherché des sauvages 15, les Montagnais et les 
Sioux exceptés 172, 90; un des principaux mets servis au festin de 
la fête des morts 38. V. Sacrifices. 

Chlngouabé, chef Sauteur 317, 318; invite les Miamis à un festin de 
chiens 154; les Miamis veulent profiter de l'occasion pour massacrer 
les Sauteurs 154; les Outagamis s'opposent efficacement à ce projet 
154; Chingouabé est envoyé par sa nation vers le Comte de Frontenac 
317, 318; dans l'audience qu'il en reçoit, il fait connaître l'alliance 
offensive conclue entre les Sauteurs et les Sioux contre les Outagamis 
et les Maskoutens 318. 

Cbippewais, nom donné aux Sauteurs par les Anglais 193. 

Cbiquitos, peuples de la Bolivie, vivaient sans culte et sans dieu 169. 

Cinaloa, V. Calumet. 

Congé ou licence pour aller en traite chez les sauvages 296, 297; 
défense faite par la cour de France d'en délivrer de nouveaux 130 ; 
leur nombre est fixé à vingt-cinq 296; suppression des congés et de 
la traite chez les sauvages 332. V. Coureurs de liois. 

Conseils des sauvages. V. Areytos et Orateurs. 

Corbijeux ou courlis des prairies 57, 194. 

Corlar (Arendt van Corlaer), commandant d'un poste Hollandais près 
d'Albany 252; les sauvages et les Français donnent son nom à ce 
poste, ainsi qu'aux gouverneurs Hollandais et Anglais de New- York 
252, 253; Mr. de Com - celles confie à ses soins un Français blessé 
112; Mr. de Tracy lui députe un Agnier 112. 

Corlard ou Corlar (aujourd'hui Shenectady dans l'état de New -York) 
poste Hollandais 252; Mr. de Courcelles égaré par ses guides, y arrive 
avec son corps d'armée 111. 

Cote ou Seigneurie 335. 

Cùte (Capitaines de) 335, 336; leurs fonctions 335, 336. 

Courcelles (de), gouverneur de la Nouvelle-France, époque de sa venue 
en ce pays 110, 341; reçoit à Montréal les envoyés de trois nations 
Iroquoises 110; traité de paix de ces trois nations avec les 
Français et les sauvages leurs alliés 110, 111; première expédition 
de Mr. de Courcelles contre les Agniers 79, 110 — 112; V. Agniers, 
Bâtard-Flamand et Corlar; seconde expédition contre les Agniers 
sous le commandement de MM. de Tracy et de Courcelles 111 — 114; 
conclusion de la paix 114; Mr. de Courcelles charge Perrot de 
conduire les chefs Outaouais de Montréal à Québec 125 ; il lui propose 
de servir d'interprète à Mr. de Saint Lusson 126; se rend au lac 
Ontario 129; obtient l'agrément des Iroquois pour la construction 
d'un fort à Katarakouy 129; est rappelé en France et remplacé 
par le Comte de Frontenac 129; rectification d'une erreur de Perrot 
à son sujet 341. 



Coureurs de bois, nom donné aux Français qui allaient en traite chez 
les sauvages, leur genre de vie 297 — 299; désordres auxquels ils 
se livraient 131, 255, 299, 312 ; leurs bassesses auprès des sauvages 
150, 316, 317; vols dont ils se rendaient coupables 254 , 255; leurs 
rixes fréquentes avec les sauvages 268, 269; coureurs de bois en 
traite à Chagouamigon et à Kionconan93; descendent deux fois dans 
la colonie avec la flotte Outaouaise 93, 94; dangers qu'ils courent 
93, 94; ne paient que d'ingratitude les bons procédés des sauvages 
94; voyage de deux coureurs de bois au pays des Sioux 237, 238, 
240, 340; la cour interdit de délivrer de nouveaux congés 130; les 
coureurs de bois refusent de se soumettre à cette défense 130; se 
dispersent en grand nombre chez les sauvages pour y continuer la 
traite 131 ; une amnistie leur est accordée 131 ; quelques coureurs 
de bois trompent les gouverneurs de la colonie par de faux rapports 
151; dommages irréparables qui en résultent 151. 

Course (Jeu de la) 35. 

Courteiuanche (Tilly de) est nommé commandant des Hiamis de saint 
Joseph 310; subordonné à celui de Michillimakinak 304. 

Coutumes, V. Judaïques (Coutumes). 

Couvrir un mort, payer le prix du sang après un meurtre 211; céré- 
monies usitées chez les Outagamis lorsqu'on couvrait un mort 261. 
V. Meurtre. 

Création du monde: les sauvages n'en avaient aucune idée avant la 
venue des Européens 3 ; création de la terre, traditions ridicules des 
sauvages sur ce sujet 3 — 5, 159, 160. V. Grand-Lievre , Loutre, 
Rat musqué, Traditions. 

Cristinos ou Cristinaux, V. Kiristinons. 

Crosse (Jeu de), 43 — 45; accidents dont il est assez souvent accom- 
pagné 45, 187; juges des coups 46 ; ressemblance du jeu de crosse 
avec notre jeu de paume 43; avec le jeu Chilien du Palican 339. 

Croyances religieuses des sauvages variables et incertaines 164; leurs 
modifications successives 163; n'étaient parfois très vraisembla- 
blement qu'une transformation de l'enseignement chrétien antérieure- 
ment reçu 163; preuves à l'appui 164; attachement des sauvages à leurs 
croyances 7; V. Divinités. Religion, Traditions. 

Culte, V. Divinités, Natcbez, Religion, Sacrifices. 

Cumana: dailses figurées des peuples de ce pays 250; discours et festin 
qui les terminent 250 ', présents distribués aux étrangers en cette cir- 
constance 250, 251 ; leur acceptation est strictement obligatoire 250, 251 • 

Cuyanos, peuples de la province de Cuyo dans le Haut-Pérou, n'ont 
aucune idée de Dieu 338. 

». 

Danses des sauvages dans leurs festins de guerre 16 — 18; à la fête 
des morts 38 , 39 ; lorsqu'on relève le nom de quelqu'un 36 , 37 ; 
danses des morts au pays des âmes 42; danse du calumet 247, 
248; autres danses figurées, au Mexique 248, 249, en Californie 
249, dans la province de Cumana 250, dans la Nouvelle -Grenade 
249, au Pérou 24i>. V. Arejtos. 



vin 

Déluge: suivant une tradition Iroquoise, la postérité d'Ataeutsic fut en- 
gloutie par un déluge 161; animaux changés en hommes pour repeupler 
la terre 161; croyance au déluge chez les nations de l'ouest 164. 
V. Hommes et louskeba. 

Démous consultés par les jongleurs ou sorciers 13; les sauvages les 
mettent au rang de leurs divinités 12, 13. 

Deiionville (le M* 8 de) succède à Mr. de la Barre comme gouverneur 
général 138 ; avec mission de s'opposer à tout nouvel établissement 
lointain 303; donne en conséquence à Perrot l'ordre de quitter le 
pays des Sioux 138; le charge de réunir les sauvages et les Français 
de son district pour les conduire contre les Tsonnontouans 139; 
marche lui-même contre ces Iroquois 142; ceux-ci avertis par 
les Hurons évacuent leurs villages 142; le M is de Denonville en 
prend possession et ravage tout leur territoire 142, 70; confie à 
Perrot la mission de prendre au nom de la France possession du 
pays des Sioux 304; procès-verbal de cette prise de possession 304, 
305; surprise et ravage de l'île de Montréal par les Iroquois 321, 
322; Denonville accuse à plusieurs reprises les Anglais d'exciter ces 
sauvages contre nous 315; il est remplacé par le Comte de Frontenac 
322. 

Des (Jeu de), ou du plat 50, 51, 188; les femmes peuvent se livrer 
à ce jeu 51. 

Déserl, défrichement 266. 

Désertées (terres) ou défrichées 142. 

Détroit (îles et rivière du) 134, 300. 

Détroit (Fort du) construit par Mr. du Lhut 141; La Mothe-Cadillac 
commandant du Détroit 146; complot tramé par les Hurons, les 
Miamis et les Iroquois pour s'emparer de ce poste et massacrer les 
Français et les Outaouais 146, 310. 

Deuil chez les sauvages: deuil du mari par sa veuve 26; sa durée 
26; deuil de la femme par son mari 28; sa durée 28; abrégée pour 
les chefs de village 29; mais non pour les chefs de guerre 29; V. 
Mariage. Deuil général 36; les enfants n'y sont pas tenus 36. 

Deux-Montagnes (lac et seigneurie des) 228, 229; surprise et défaite 
des Hurons par les Iroquois au lac des Deux-Montagnes 84, 229; 
quelques Iroquois y sont assassinés par des trafiquants Français 
118; villages d'Iroquois et d'Algonquins chrétiens dans la seigneurie 
des Doux-Moûtagnes 229. 

Diaguites, peuples de Tueuman, leurs idées sur le séjour des âmes 185. 

Dieu : nations sauvages qni vivaient dans l'ignorance complète d'un 
dieu suprême et créateur 169, 170, 338, 339; les tribus qui croyaient 
à l'existence de Dieu ne lui rendaient aucun culte 167; prétendaient 
que leur dieu créateur étaient différent de celui des Européens 6. 

Divinités ou Manitous des sauvages 12, 13; divinités principales 12, 13; 
secondaires 13; séjour de ces divinités 13; chaque sauvage choisit 
pour son manitou l'animal dont il a rêvé 13, 14. V. Jeûnes, 
Offrandes, Sacrifices. 

Dreuillettes (le P) Jésuite: part avec les Outaouais, les Hurons et le 



P. Garreau 228; rentre dans la colonie après la défaite des Hurons 
au lac des Deux-Montagnes 228. 
Duchesneau, intendant de la Nouvelle-France 130; écrit au ministre 
contre le Comte de Frontenac 130; ses démêlés avec ce gouverneur 
131; envoie à la cour la carte de Jolliet 286, 287; concède à ce 
découvreur la seigneurie de l'île d'Antieosti 284; est rappelé en 
France et remplacé par Mr. de Meules 131. 

E. 

Eau-de-vie (traite de 1') : ses funestes effets sur les sauvages et sur 
les trafiquants Européens 253; témoignages anciens et modernes à 
l'appui 253 — 256; proscrite par les rois de France 255; interdite 
par la compagnie Anglaise de la Baie d'Hudson 253; par le gou- 
vernement des Etats-Unis 255; profits immenses qu'elle rapportait 
255; vols et tromperies auxquels elle donnait lieu 255; récriminations 
d'un chef sauvage contre les Européens à propos de cette traite 256. 

Eclairs, divinités secondaires chez quelques nations sauvages 13. 

Eclipses, classées parmi les manitous 13. 

Ecore (escarpement): les Sauteurs se précipitent du haut d'un écore sur 
les Iroquois 98. 

Ecriture, inconnue aux sauvages du Canada 3, 162. 

Elan: double façon de chasser l'élan chez les sauvages 54, 192, 193; 
chasse de l'élan chez les Indiens du lac Supérieur 54, 55; succès 
extraordinaire d'une chasse aux élans dans l'île Manitouline 126- 

Empoisonneurs: ils sont tués sans forme de procès 205. 

En fans: ils appartiennent à la mère 23; jongleries qui accompagnent le 
percement du nez et des oreilles du nouveau-né 30, 31; berceau de 
l'enfant 31; ses premiers jeux et exercices 31, 32; les enfants ne 
sont pas tenus au deuil ordinaire ou général 36. 

Erié (lac) : les Iroquois sont chassés des bords de ce lac par les 
Chaouanons 11, 12, 79; ils reviennent à la charge et forcent les 
Chaouanons de fuir à leur tour 12, 79, 166. 

Etats-Unis: politique de leur gouvernement par rapport aux sauvages 
215, 216, 225, 256. 

Etoiles: première étape des âmes dans leur voyage vers leur pays 184, 
185; séjour des âmes du commun 185; les âmes des chefs et des 
nobles habitent les planètes 185. 

Etrangers: Y. Hôtes. 

Européens: Y. Création, Dieu. 

F. 
Eeinuies: le Grand-Lièvre après avoir créé les hommes leur donne 
des femmes 7; les femmes chez les sauvages ont en partage les 
travaux les plus durs 30; rares exceptions à cette règle 181, 339, 
réclusion de la femme après ses couches 12; les femmes sans enfants 
et les filles nubiles exclues des cabanes où se célébrait le festin de 
l'ours 200; deuil du mari par la femme 26, 27. Y. Des (Jeu de) 
Deuil. Illinois. Mariage, Polygamie. Pailles (Jeu des). 



Festins religieux et festins de guerre 13 — 15; les étrangers y sont invités 
15; les conviés s'y rendent en armes et avec leur i>lat 15; mets dont 
le festin se compose 15; invocation qui le précède 15, 16; chants 
et danses de l'amphitryon 10, 17; de ses deux assistants et de tous 
les convives 17: pantomimes des guerriers 17, 1H; ordre du service 
18, 19, 176; spectateurs 17; singulière prérogative du maître du 
festin chez les Illinois 176; festins des funérailles 35; festins de 
présents à la fête des morts 39 ; festins pour les naissances 31 ; 
festins de chasse 65, 199; festins de l'ours 67, 68, 199 — 201; festin- 
libres et à tout manger 14, 175, 176; festins de tabac 13; l'orateur 
du festin parle debout et en se promenant 15, 172. 

Fétichisme, religion de presque toutes les nations sauvages de l'Améri- 
que 167. 

Finlandais (anciens), honneurs qu'ils rendaient à l'ours tué à la chasse 201. 

Folle-Avoine, plante aquatique dont les sauvages mangent la graine 52; 
croît sans culture dans les lacs, marais et rivières 52, 189; époque 
de l'année où l'on en fait la récolte 52, 190; façon dont on s'y 
prend pour la faire 189, 190; la folle-avoine croît abondamment 
dans le pays des Sioux 89, 235. 

Folles-Avoines (les), nation de la baie des Puans, V. îHalouniines. 

Français (les) prennent possession du Canada 80; alternatives de guerre 
et de paix entre eux et les Iroquois 79, 81 ; les Français perdent beau- 
coup de leur ancienne influence sur les nations sauvages 96, 149; 
causes de ce changement 149 — 151 ; complots et trahisons des sau- 
vages de l'ouest contre les Français 143 — 153; meurtres de Français 
par les sauvages 147, 155, 311; presque toujours à titre de re- 
présailles 312; ce qu'il faut penser des trahisons reprochées par les 
Français aux sauvages 312 — 314. 

Frontenac (le comte de), gouverneur de la Nouvelle-France, succède en 
cette qualité à Mr. de Courcelles 129; construit à Katarakouy le 
fort de Frontenac 129; maintient en paix toutes les nations sau 
129; envoie Jolliet à la découverte du Mississipi 280; rend compte 
à Colbert du succès de cette expédition 282 ; écrit à la cour en faveur 
de Cavalier de la Salle 287; ne veut pas déclarer la guerre aux 
Iroquois 130, 131; n'était pas sans motif pour s'y refuser 131; dis- 
tribue des congés de traite 130 ; l'intendant l'accuse de ne les donner 
qu'à ses créatures 130; la cour défend d'en accorder à l'avenir 130; 
le Comte de Frontenac fait publier dans l'ouest l'amnistie accordée 
aux coureurs de bois 131 ; ses différends avec l'intendant de la colonie 
131; le Comte de Frontenac est rappelé en France 131; reprend 
une seconde fois le gouvernement du Canada 322; sauve la colonie 
menacée d'une ruine complète 322; rallie toutes les nations de l'ouest 
sous les drapeaux de la France 322, 323; sa mort 332. V. Iroquois, 
Louvignv, Outaouais, Perrot, Tionnontatés. 

Frontenac (fort), aujourd'hui Kingston dans le haut Canada, construit 
par le comte de Frontenac au lieu dit Katarakouy 129; les Outaouais 
massacrent des chefs Iroquois qui s'étaient placés sons la protection 
du fort Frontenac 147, 311. 



Frontenac (lac) ou Ontario 79. 

Fruits divers des prairies de l'ouest et du Mississipi 59, 60, 195, 196. 

Funérailles: toute la famille du défunt contribue aux frais des funérailles 
26; pleurs et chants dont l'agonie du malade est accompagnée 33; 
toilette du mourant 32; posture qu'on lui fait prendre 33; céré- 
monies qui suivent son dernier soupir 33, 34; convoi et sépulture 
34, 35, 182; jeux et festin funèbres 35; présents offerts au défunt 
34; aux étrangers qui ont assisté au festin des funérailles 36; armes, 
ustensiles, vêtements et vivres déposés près du cadavre 40, 184. V. 
Morts (Fête des). 

et. 

(■alibis, peuples de la Guyane: V. Orateurs. 

Garreau (le P.), Garot du Ms., Jésuite, accompagne en qualité de 
missionnaire la flotte des Hurons et des Outaouais retournant dans 
leur pays 83, 84; les Hurons et le P. Garreau sont surpris par la 
bande du Bâtard Flamand 84, 228, 229; le P. Garreau blessé 
mortellement par un Français mêlé aux Iroquois 84 , 229 — 231 ; 
derniers momens du P. GaiTeau 230; son meurtrier est livré aux 
Français par les Iroquois et exécuté 84, 230. 

Gloutonnerie des sauvages 19; niée à tort par l'annotateur anonyme 
174, 175. 

Goyogouans ou Goyogouius i Cayugas des Anglais) une des cinq tribus 
Iroquoises confédérées 166; ils demandent la paix aux Français et 
l'obtiennent 113. 

Grand-Castor (le) V. Castor (Grand-). 

Grand-Lièvre (le) V. Lièvre (Grand-). 

Grand-Tigre (le) V. Micbipissy. 

H. 

Hommes : création des premiers hommes par le Grand-Lièvre 6; il 
leur donne des femmes 7; origine de l'homme d'après les traditions 
Montagnaises 160, et Huronnes-Iroquoises 161 ; inspirés par le Grand- 
Lièvre, les hommes se fabriquent des armes, des vêtements etc. 6, 7; 
le Grand -Lièvre leur donne des langages divers 8; les premiers 
hommes chasseurs ou laboureurs 8; travaux et occupations propres 
des hommes chez les sauvages 28, 30, 181, 339. 

Hospitalité primitive des sauvages 69, 70; son véritable caractère et 
sa raison d'être 71, 203; son déclin 70, 71 et 203. 

Hôtes, accueil fait aux hôtes à leur arrivée 69; bains de vapeur 69, 
70; festins 70; habillements 70; visites des chefs et invitations 70; 
présents au départ 70. V. Cumana, Festins, Funérailles, Illinois» 

Houinas, tribu de la Louisiane: sa douceur et sa bonté pour les pri- 
sonniers de guerre 243. 

Hurou (lac), ne gèle jamais au sud de l'île Manitouline 127. 

Hurouue (île). V. Poutéouatainis (île des). 

Hurons, peuples sauvages de la Nouvelle-France: leurs traditions sur 
l'origine du genre humain 161 ; comment ils se transmettent leurs 



XII 

traditions 162; menteurs insignes 162; partagent avec leurs femmes 
les travaux des champs 181; ancien pays des Hurons 80, 214; 
guerres des Hurons contre les Iroquois 80; missionnaires et soldats 
Français chez les Hurons 80; surprise et ruine des divers villages 
Hurons par les Iroquois 80; destruction de presque tous les Huions 
80; quelques débris de cette nation cherchent un asyle dans la 
colonie 80, 94, 1*5, 245; s'établissent dans l'île d'Orléans et y sont 
surpris par les Iroquois 105, 106; une grande partie d'entre eux 
est emmenée captive 106, sans opposition de la part des Français 
106: ressentiment des Hurons captifs contre les Français 84, 106; 
constante fidélité de ces Hurons à la France 310, 311; leur demeure 
et leur situation présente 311 ; d'autres débris de la nation Huronne 
s'enfuient vers le Mississipi, leurs aventures, V. Tionnontute s (Hurons). 

I. 

Illinois, nation de race Algonquine 220, 221; immense étendue de son 
territoire 222 ; tribus dont elle se compose 221 , 222 ; aurait primi- 
tivement demeuré près de la mer de l'ouest 222; doutes à ce sujet 
223, 224 ; les Illinois s'établissent près du lac Michigan ou des Illinois 
222, 223; leur puissance 220; première irruption des Iroquois dans 
le pays des Illinois 83; défaite des Iroquois 83; destruction pres- 
que complète des Illinois par les Iroquois 220, 223, 224, et par les 
.Sioux 223; les Illinois s'enfuient au-delà du Mississipi 222, 224; 
font leur paix avec les Sioux 224 ; reviennent partiellement dans leur 
pays 224, 225; quelques Illinois se joignent aux Miamis et aux 
Maskoutens 269, 270; les Iroquois attaquent de nouveau les .Illinois 
314; brouilles et guerres entre les Illinois et les Miamis 147, 311; ces 
deux peuples marchent ensemble contre les Iroquois 312; les Illinois 
unis aux Français battent les Outagamis 147, 154; un de leurs chefs 
prisonnier des Outagamis est renvoyé libre 154; les Illinois mettent 
à mort les ambassadeurs Outagamis qui l'accompagnent 154; état 
des Illinois au début du 18 e . siècle 224, 225 ; fidélité de ces peuples 
à la France 226 — 228; leur émigration nouvelle et forcée au-delà 
du Mississipi et leur condition présente 225; moeurs et caractère 
des Illinois 210, 225, 226; chez eux, le mari ne peut se séparer 
de la femme qui lui a donné des enfants 179; châtiment de l'adultère 
chez les Illinois 178 ; leurs femmes sont plus chargées de travaux 
que celles des autres tribus sauvages 181; les Illinois n'enterrent 
pas leurs morts 182; ils vendaient d'abord comme esclaves les pri- 
sonniers de guerre 243, et ne les ont brûlés vifs qu'assez tard et par 
représailles 243; esprit d'indépendance des Illinois 291; étiquette 
en usage chez eux pour la réception d'un étranger 273: tribu 
lllinoise qui ne croyait point à une autre vie 185. V. Festins. 

Illinois, (lac des) aujourd'hui lac Michigan 215; les Poutéouatamis 
établis sur le bord occidental de ce lac 215. 

Immortalité de l'âme, V. Ame, Illinois. 

Iropois, tribus sauvages confédérées de la Nouvelle-France 166; leurs 
premiers établissements 9, 165, 166: adonnés d'abord à l'agriculture 



XIII 

9; voisins et vassaux des Algonquins 9; origine première de leur 
guerre avec les Algonquins 9 — 11; vicissitudes de cette guerre 11, 
78, 79, 213; les Iroquois se retirent sur les bords du lac Erié, 
ils en sont chassés par les Chaouanons 11, 12; se fixent au sud 
du lac Ontario 12, 79; font un retour offensif contre les Chaouanons, 
les défont et les forcent à s'enfuir dans la Caroline 12, 79, 166; 
détruisent presque entièrement les Algonquins 12; contraignent un 
certain nombre de tribus à quitter le pays qu'elles habitaient 12; 
s'incorporent les enfants des nations vaincues 79 ; exterminent la plus 
grande partie des tribus Huronnes, et mettent le reste en fuite 80; 
les débris de la nation neutre se donnent aux Iroquois 80; ceux-ci 
poursuivent les Algonquins réfugiés dans la colonie 80; les attaquent 
à diverses reprises ainsi que les Français devenus leurs alliés 81, 
104, 105, 110, 212; courage qu'ils déploient à l'assaut du fort 
Eichelieu 207; les Iroquois poursuivent les Hurons Tionnontatés et 
les Outaouais retirés dans le Méchingan 81, 82, 214; sont forcés par 
le manque de vivres de faire la paix avec leurs ennemis 82; les 
Outaouais leur distribuent des vivres empoisonnés, les Iroquois 
avertis secrètement échappent à ce danger 82; ils se divisent en deux 
bandes dont l'une est exterminée par les Sauteurs et leurs alliés 83, 
218, 220; l'autre envahit le territoire des Illinois, brûle une des 
bourgades de cette nation, et peu après essuie une défaite complète 83, 
218, 220; date de cette pemière attaque des Illinois par les Iroquois 
224; V. Illinois; destruction complète d'un second parti Iroquois 
par les Sauteurs et leurs alliés 96 — 98 , 245, 246 ; les Iroquois 
surprennent les Hurons réfugiés dans l'île d'Orléans 84, 105, 106; 
emmènent leurs captifs à la vue des Français immobiles dans 
Québec 84, 106; cause de cette inaction des Français 106; les 
Iroquois concluent la paix avec les Algonquins 107; presque aussitôt, 
ils assassinent le plus illustre chef de cette nation 107 — 109; et 
surprennent deux de ses partis de chasse 109; V. Piskaret; durée 
de la guerre des Iroquois contre les Algonquins et les Français(79^ ' 
110; arrivée de MM. de Tracy et de Courcelles au CanadaflïO, 
341; les envoyés des Iroquois Tsonnontouans, Goyogouans et OBôn- 
agués se rendent à Montréal 110; font leur paix avec les Français 
111; les Iroquois Agniers et Onneiouths refusent d'y accéder 111; 
double campagne des Français contre ces deux nations; elles de- 
mandent à leur tour et obtiennent la paix 111 — 114; V. Bâtard 
Flamand, Agniers, Courcelles (de); en paix avec les Français et 
leurs alliés, les Iroquois se retournent contre les Chaouanons et les 
Andastes 129; recommencent leurs courses contre les nations d'en 
haut 131, et contre les Illinois 130, 131, 314; y sont excités sous 
main par les Anglais 314, 315; attaquent les colons de la Virginie 
315 ; complot tramé entre les Iroquois et le Eat chef des Tionnonatés 
143, 144; V. Rat (le); assassinat d'Iroquois par des Français; V. 
Assassinat; chefs Iroquois tués par les Outaouais auprès du fort 
Frontenac 147 ; prisonniers Iroquois sauvés du feu par Perrot 320, 
321; les Iroquois aident les Outaouais à brûler des prisonniers 



f 

tas 



Sakis 148; sept nations Outaouaises recherchent leur alliance 152; 
ks Iroquois s'entendent avec les Anglais pour détruire toutes les 
tribus amies de la France 152; vivent en paix avec les Uutagamis 
148; expéditions de MM. de la Barre et Denon ville contre les 
Iroquois Onontagués et Tsonnontouans, 79, 132 — 137, 141, 142, 
V. Denouville (Mis de) et la Barre (de); les Iroquois surprennent 
et ravagent l'île de Montréal 321 ; le comte de Frontenac pousse 
vigoureusement la guerre contre eux 322; défaite d'un parti d'Iroquois 
sur la rivière d'Outaouais par Mr. de Louvigny 323, 324; toutes les 
nations de l'ouest se rallient aux Français 326; les Illinois et les 
Miamis marchent contre les Iroquois 312; paix générale conclue à 
Montréal entre les Iroquois d'une part, les Français et tous leurs 
alliés de l'autre 330; les Iroquois la gardent fidèlement 155; moeurs 
et caractère des Iroquois : ces peuples sont d'impitoyables anthropo- 
phages 99; pleins de ruse et de fourberie 104, 105; leurs mariages 
ne se contractent que pour un temps limité 22, 23; femmes de cam- 
pagne ou de traite 23, 178; exemple héroïque d'affection fraternelle 
dans un Iroquois 204; les Français rendent hommage à la bravoure 
des Iroquois 208. 
Ivrognerie: penchant invincible des sauvages à l'ivrognerie 254; dés- 
ordres de tout genre qu'elle produit parmi eux 253 — 256. 

J. 

Jésuites; aides qu'ils se donnent dans leurs missions 257, 258; 

Perrot entre à leur service 257, 258; il découvre aux Jésuites de 

Michillimakinak le complot tramé par le Kat contre les Outaouais 

144; ils amènent ce chef à y renoncer 144. 
Jeûnes des sauvages 171; jeûne préparatoire au choix d'une divinité ou 

manitou 14; il est suivi d'un festin en l'honneur de cette divinité 14; 

pendant ces jeûnes les sauvages se barbouillent de charbon ou de 

terre noire 14; durée parfois extraordinaire de ces jeûnes 14; jeûnes 

de la chasse de l'ours 65 — 67. 
Jeu: passion des sauvages pour le jeu 43, 188; jeux usités chez les 

sauvages; V. Baguette, Crosse, Course, Dés, Pailles. 
Jolliet: examen de ses droits à la priorité dans la découverte du 

Mississipi 280 — 289; esquisse de son voyage 280, 281; résumé de 

ses . découvertes 282 — 284; reçoit en récompense la seigneurie 

d'Anticosti 284. 
Jongleurs appelés pour percer le nez et les oreilles des enfants nouveaux- 
nés 30, 31; tués en certains cas sans forme de procès 203; V. 

Démons. 
Journées de inarche des sauvages évaluées en lieux communes, de 

France 241. 
Jouskeba fils d'Ataentsic: il tue son frère 161; sa postérité est détruite 

par un déluge 161. 
Judaïques (Coutumes) chez les sauvages 12, 170. 
Justice des sauvages: elle n'a rien de commun avec celle des peuples 

civilisés 205, 206; c'est la tribu du coupable qui doit donner à 



XV 

l'offensé ou à sa famille une compensation pour le crime commis 
205, 206; à défaut de cette compensation, la partie lésée se fait 
justice elle-même 73, 204; les parents et toute la nation de l'offensé 
prennent toujours son parti contre l'offenseur, sa famille et sa tribu 
72, 205; jamais ou presque jamais le coupable n'était puni par ceux 
de sa nation 205, 211; tout ce qu'on pouvait faire en ce genre 
était de ne pas le défendre 211; efficacité dé la justice sauvage pour 
prévenir les crimes 205. V. Adultère, empoisonneurs, Jongleurs, 
Meurtre, Vol. 

K. 

Kamalastignuia (Koministiguia de la carte deBouchette, et Camanestigouian 
de Charlevoix) poste de traite au fond et au nord-ouest du lac Su- 
périeur 132, 133, 299; Mr. Du Lhut y résidait 132, 133; il en 
demande la concession 299. 

fiaokia, tribu Illinoise 221. 

kaskaskia, id. ibid. ; établie sur les bords de la rivière des Illinois 
225; refuse en 1765 de se soumettre aux Anglais 227. 

Katarakouy sur la rive septentrionale du lac Ontario: Mr. de Courcelles 
y réunit les Iroquois et les fait consentir à la construction d'un fort 
en cet endroit 129; le comte de Frontenac le bâtit et lui donne 
son nom 129. V. Frontenac (fort). 

Reinouché : une des tribus dont se composait la nation des Outaouais 
proprement dits 241. 

Kikabous ou Kikapous: tribu Illinoise 221; alliée des Sioux 91, des 
Miamis et des Maskoutens auprès desquels elle s'établit 269, 270; 
toujours en rapport de bonne amitié avec ces deux dernières nations 
et les Illinois 154; se fond en un seul village avec les Miamis de 
la Grue 154; d'accord avec les Outagamis, elle fait échouer le com- 
plot formé par les Miamis contre les Outaouais 153. 

kilatika, tribu Miamise 222. 

Kionkonan ou Kiouconau (Kioiichounaning de la carte placée en tête 
de la relat. de 1670, 1671, Kioueounan de C'barlevoix, Kewenaw des 
cartes américaines , et probablement Kioukonan du Ms. autographe ) 
pointe ou promontoire sur la côte méridionale du lac Supérieur à 
l'est de Chagouaniigon ; des Sauteurs et des Mississakis s'y réfugient 
par crainte des Iroquois et l'habitent pendant quelques années 85, 
99; un parti d'Outaouais et des Français s'y rendent de Chagoua- 
migon 92; y trouvent plusieurs nations réunies et abondance de 
castors 92, 93; tous les Outaouais y vont faire la traite 92, 93. 

Kiristinons ou Kilistiuons, nations sauvages établies au nord du lac 
Supérieur 54, 177; leur façon de chasser l'élan 54; adorent le 
soleil 177; sacrifices qu'elles lui offrent 177; leurs guerres avec les 
Sioux 91; les Kiristinons des Népissings présents au Saut-S te . -Marie, 
lors de la prise de possession du pays des Outaouais par les Fran- 
çais 128, 293, 295. 

Kiskakous ou kiskakons (Kiskakouets , Kiskakoueiaks) , une des trois 
nations Outaouaises qui s'enfuirent au Mississipi avec les Hurons 



Tionnontatés 241 ; marche avec eux et les Outaouais Sinagaux contre 
les Sioux 102, 103; prend la fuite dès le début du combat 103. 

Kilcbigainitcb, tribu Illinoise 221. 

Kondiaronk, V. Rat (le). 

Kouivakoiiiiilaiiouu, tribu Illinoise 221. 

lu 

La Barre (de), gouverneur de la Nouvelle-France, succède au Comte de 
Frontenac 131; déclare la guerre aux Iroquois Onontagués 131, 132; 
motifs qui l'y déterminent 131, 132; se met en campagne 79; con- 
clut la paix avec les Onontagués 79, 137, 138; erreur de Perrot 
213; pertes essuyées par l'armée Française 138, 338; Mr. de la 
Barre confère à Perrot le commandement en chef de la Baie 138; 
il quitte la colonie 138. 

Lac-des-Bois: les Assiniboines s'y réfugient 232. 

Lalleuiaiid , missionnaire Jésuite: aventure que lui prête Perrot sur la 
foi des traditions Outaouaises 95, 81, 245. 

La Durantaye (Olivier Morel de) est promu par Mr. de la Barre au 
commandement du pays des Outaouais 132, 138; marche à la tête 
des Français de Michillimakinak contre les Onontagués 132; les 
tribus sauvages refusent d'abord de le suivre 132, 133: s'y décident 
ensuite sur la prière de Perrot 133; La Durantaye commande 
en chef tous les pays de l'ouest, sous le M is de Denonville 
138, 306; part de Michillimakinak avec les Français pour rejoindre 
le corps d'armée du gouverneur, en marche contre les Tsonnontouans 
141 ; arrête trente trafiquants Anglais et saisit leurs marchandises 141 ; 
distribue aux Outaouais l'eau-de-vie confisquée 141 : ceux-ci refusent 
de se joindre à la Durantaye et s'efforcent de débaucher les sauvages 
amenés par Perrot 141; la Durantaye rejoint au Détroit le détache- 
ment de du Lhut et de ïonti 141; capture de trente autres mar- 
chands Anglais 141, 142; désordres, dangers et embarras qui en sont 
la suite 142, 309 ; la Durantaye arrive à Niagara et s'y fortifie 142 ; 
il y est rejoint par les Outaouais et les Hurons 142; fait sa jonction 
avec le M ia de Denonville 143; recourt à Perrot pour sauver du 
feu des Iroquois prisonniers 320; après la surprise de l'île de 
Montréal par les Iroquois, la Durantaye ne maintient qu'à grand 
peine dans le devoir les nations de l'ouest 322 ; est remplacé dans son 
commandement par Mr. de Louvigny 323 , 324 ; meurt pauvre 
334. 

La Motte (le Capitaine de) son arrivée au Canada 289; construit le fort 
de La Motte ou de sainte- Anne 289; commandant de Montréal 123: 
apaise" une émeute que les Outaouais y avaient excitée 122, 123; 
veut, sur le faux rapport d'un interprète, châtier comme premier 
auteur de cette sédition un soldat Français 123, 124; est détrompé 
par Perrot 124; charge Perrot de conduire à Québec les chefs Ou- 
taouais appelés par le gouverneur 125, et lui donne une lettre de 
recommandation 125; qualités de ce capitaine 123; il est tué dans 
un combat contre les Iroquois 289. 



La Molle (Fort de) ou fort Sainte-Anne 111, 112, 340; le neveu de 
Mr. de Tracy est tué par les Iroquois auprès de ce fort 111 , 112, MO. 

La JMotbe-Cadillac (de) succède à Mr. de Louvigny dans le commande- 
ment de Michillimakinak 145; postes qu'il occupe successivement 
310; déjoue la conspiration des Hurons et des Miamis contre le 
Détroit 146, 310. 

Langues: multiplication des langues parmi les hommes 8. 

La l'otherie (de Bacqueville de) : autorité de son témoignage 165 ; avait 
connu Perrot 165, 316, dont vraisemblablement il a inséré les 
mémoires dans son propre ouvrage 165, 316. 

La Salle (Cavelier de), date de sa naissance et de sa mort 279; ses 
premières entreprises au Canada 279, 280, 284; découvre l'Ohio 
280 , 281 , 284 , 285 ; est rencontré par Perrot sur les bords de 
l'Outaouais 119, 120; termine l'exploration du Mississipi 280; examen 
comparé de ses droits et de ceux de Jolliet à la priorité dans la 
découverte de ce fleuve 280 — 289; exerce par ses représentants le 
monopole de la traite dans l'Illinois 302, 303 ; troubles occasionnés 
par ce monopole 138. 

La Vallrie (Mr. de) commandant du pays des Outaouais 138; est relevé 
par Mr. de la Durantaye 138. 

Le Moyne (Charles) sieur de Longueil 252; est pris par les Iroquois 
110, 252; est mis en liberté et ramené à Montréal par les ambassa- 
deurs de cette nation 110. 

Lérolle (de), Noirolles de notre Ms., cousin de Mr. de Tracy 111, 340; 
est pris par les Agniers 111, 340; rendu à Mr. de Tracy par le 
Bâtard-Flamand 112. 

Lhul (du) commandant en second du pays des Outaouais 132; lieu de 
sa résidence 132; charge Perrot de porter le casse-tête aux nations 
qui l'avaient refusé une première fois 133; fort de du Lhut au 
Détroit 141 ; du Lhut et Tonti y arrêtent des trafiquans anglais 141; 
ils y sont rejoints par La Durantaye et Perrot 141, 142. V. 
Kaiualastigouia. 

Lièvre (Grand-): divinité principale des Outaouais 5, 160; porté sur 
un grand radeau avec tous les autres animaux dont il est le chef 3, 
forme le projet de créer la terre 3, 4; ses diverses tentatives pour 
tirer un peu de limon du fond des eaux 4, 5; construit la terre avec 
un seul grain de sable 5; n'a cessé depuis lors de l'agrandir 5; crée 
les hommes des cadavres des animaux 6 ; son entrevue avec quel- 
ques uns d'entre eux 7 ; il leur donne des femmes 7 ; il trace aux 
uns et aux autres les devoirs qu'ils doivent remplir 7 ; le Grand-Lièvre 
est un homme d'une taille gigantesque 7, 160, né dans l'île de 
Michillimakinak 160, inventeur des filets de pêche 160, frère cadet 
du Messou et frère aîné des lièvres 160; sa mort tragique 160. 

Loges ou cabanes en nattes 30, 266; d'écorces 255, 266; de peaux 
ou d'argile 235. 

Louisiane, nom donné par Perrot à la vallée du Mississipi jusqu'au-dessus 
du "Wisconsin 58, 85, 91; trafiquants Anglais à la Louisiane 148. 

Loulre (la), part qu'elle prend à la création de la terre 4. 

b 



xvrn 

Loutre (nation de la), V. IHikikoués. 

Louvigny (de la Porte) , est chargé du commandement des pays de 
l'ouest 146, 309, 310; part de Montréal avec Perrot pour se rendre 
à son poste 323; surprend et bat sur sa route un parti d'Iroquois 
323; livre un de ses prisonniers aux Hurons et aux Outaouais, et 
les force à le brûler 324, 325; s'oppose à ce que les Hurons quittent 
Michillimakinak 146; charge Perrot de détourner sept nations 
Outaouaises de l'alliance qu'elles voulaient contracter avec les Iroquois 
152, 317; est remplacé par La Mothe-Cadillac 146. 310; reprend 
possession de Michillimakinak évacué par les Français quelques 
années auparavant 310; insuccès de son expédition contre les Outa- 
gamis 153, 268. 

Lude (de) pour Du Lhut. 

Lune (la) honorée par les sauvages comme une divinité du second 
ordre 13. 

m. 

Macbieue, V. Ouabinachis. 

Mahiugans, tribu indienne: quelques Mahingans et Sokokis suivent 
Mr. de La Salle au pays des Illinois 308: se réfugient chez les 
Mianiis 308. 

Makoiuiteks îles), nation de la baie des Puans 293. 

Maloumines (Manomines, Maroumines, Folles - Avoines ) , nation de la 
baie des Puans 260; récolte de la folle-avoine chez les Maloumines 
189, 190; les Maloumines adorent le soleil 177; ils accueillent les 
Outaouais fugitifs 240, 260; meurtre d'un des leurs par les 
Pontéouatamis 260; commencement d'hostilités entre ces deux nations 
260; Perrot s'offre comme médiateur et se rend chez les Malou- 
mines 260; joie de ces peuples à son approche 260; ils lui dansent 
le calumet 260, 261; le père du mort accepte le prix du sang que 
Perrot était chargé de lui offrir 261 ; cérémonies usitées en cette 
circonstance 261; conclusion de la paix entre les Maloumines et les 
Pontéouatamis 261 ; les Maloumines contractent alliance avec Perrot 
et les Français 261. 

Mainekagan : les sauvages de Mamekagan sauvés par les Sauteurs 153. 

Manitoalets (Manitoualin. Manitouline), grande île du lac Huron 214; 
appelée par Perrot ile des Outaouais 127; habitée primitivement 
par les Ondaouaouats (Outaouais proprement dits) 289, 290; ces 
peuples l'abandonnent par crainte des Iroquois 80, 214; en reprennent 
possession 239; l'habitent encore aujourd'hui 290; le lac Huron ne 
gèle jamais au sud de cette île 127; chasse merveilleuse d'élans 
qu'y font les Sauteurs 126. 

Malamegs ou Marainegs, tribu de Sauteurs 293, .295; sa résidence 293. 

Mantoutous, nation Siouse établie à l'entrée de la rivière Saint-Pierre 304. 

JMarauieg (Maramet de la carte de la Louisiane donnée par Charlevoix), 
rivière du Michigan oriental: des Miamis s'y établissent 329; le 
comte de Frontenac y envoie Perrot en qualité de commandant 328, 
329; sur l'ordre du même gouverneur, les Miamis évacuent le poste 
de Maremeg 329, 330. 



I 



XIX 

Mariage chez les sauvages, tantôt dissoluble à volonté 22, 23, tantôt 
indissoluble 22, 23; les époux qui ont des enfants ne divorcent 
presque jamais 23, 179; châtiment du mari qui renvoie sa femme 
sans motifs 22, 23; de la femme adultère ou de celle qui abandonne 
son mari 22, 23, 179; femmes de campagne ou de traite chez les 
Iroquois 23, 178; préliminaires du mariage chez les nations de race 
Algonquine 23, 24; confident et confidente 23; visites nocturnes du 
fiancé à la fiancée 24, 179; à la mère de sa fiancée 24; présents 
24; mariage 24, 25, retenue des nouveaux époux 25, 179, 180; 
services que le nouveau marié doit rendre pendant deux ans à sa 
belle-mère 25, 180. Y. Polygamie, Veuf, Veuve. 

Marquette (le Père Jacques), missionnaire Jésuite: erreur de Perrot à 
son sujet 128, 295; raffermit la paix entre les Illinois et les Sioux 
224; accompagne Jolliet dans son voyage de découvertes 280, 289; 
en écrit la relation et en dresse la carte 281, 282; fonde la mission 
des Illinois Kaskaskias 282; souvenirs du P. Marquette chez les 
Arkansas 1 63. 

Martres : les plus estimées se trouvent dans la partie septentrionale du 
Canada 55. 

Masquikoukiaks, peuples sauvages du nord-ouest 293. 

Maskoutens ou Macbkoutens, nation de race Illinoise 221; appelée, par 
les Hurons et les Français, nation du feu 237, 277; véritable étymo- 
logie du nom de Maskoutens 237 , 277 ; les Maskoutens alliés des 
Sioux 91; s'enfuient devant les Iroquois jusqu'à l'extrémité sud- 
ouest du bassin du Saint Laurent 269; description de ce pays 270, 
271; ils y sont rejoints par les Miarnis d'abord, puis par les Kikabous 
et autres Illinois 269, 270; désir qu'ont ces nations de commercer 
avec les Français 271 ; voyage de Perrot et d'un autre coureur de 
bois chez les Maskoutens et les Miamis 271, 272; accueil qui leur 
est fait, et résultats de cette expédition 272 — 275; V. Perrot. 
Population totale des Maskoutens et des Miamis à cette époque 
275; caractère des Maskoutens 276: leur culte religieux 276; leur 
langue 277; leur goût pour la parure 277; enceinte fortifiée de leur 
bourgade 278 ; les Maskoutens en guerre avec les Sioux 318 ; les 
Outagamis les soutiennent 318; la paix entre les Maskoutens et les 
Miamis de la Grue est raffermie par l'intervention des Outagamis 
154 ; les autres Miamis lèvent la hache contre les Maskoutens 154 ; 
les Maskoutens pillent les marchandises de Perrot et veulent le 
brûler lui-même 331; Perrot leur échappe 331; une maladie con- 
tagieuse enlève presque tous les chefs de cette nation 154, 318. 

Massacre (Cap) : un canot Outaouais y est enlevé par les Iroquois 93. 

Mataché (Mattaché et parfois Mattaehié) peint à la façon des sauvages 14, 
171; dans le jeûne qui précède le choix d'un manitou par un sau- 
vage, celui-ci est mataché de noir 14; au festin donné par lui en 
l'honneur de son manitou, les deux sauvages qui l'assistent sont 
matachés de vermillon 14; les guerriers se matachent toujours pour 
le combat 171; peaux matachées 171, 172. 

b* 



IffaleotiM'k, manitou de la glace 20; offrandes qu'on lui fait 20. 
Méchingan, nom donné par Perrot au territoire dont se sont formés 
l'état du Wisconsin et le nord-ouest du Michigan actuel 214; les 
Hurons et les Outaouais s'y retirent à leur sortie de l'île Huronne 
81; description de la partie du Méchingan située au sud-ouest 
de la baie des Puans 264- — 260. 
Médecine (Sac à), appelé par les sauvages Pindikossan: objets divers 
qu'il renferme 14; lorsqu'un sauvage se donne un manitou, il étale 
devant lui tout le contenu de son sac à médecine 14 ; pendant les 
festins , le sac à médecine de l'amphitryon est placé sur une petite 
estrade, dans la salle du banquet 274. 
, Ménard ou Mesnard (le P.), missionnaire Jésuite, part avec les Outaouais 
pour se rendre dans leur pays 84, 228; est abandonné de tous à 
la réserve d'un Français 91; suit les Outaonais dans leurs diverses 
pérégrinations 91; s'égare et se perd dans les bois 92; vaines re- 
cherches de son compagnon pour le retrouver 92; le P. Ménard est 
vraisemblablement tué par les Sioux 92; on retrouve en leur possession 
sa soutane et son bréviaire dont ils avaient fait leurs manitous 92. 

Menchokatouches, tribu Siouse de la rivière Saint-Pierre 304. 

Mengakoukia, tribu Miamise 222. 

Mensonge habituel chez les sauvages , surtout dans leurs rapports avec 
les étrangers 162, 163. 

Messou, nom du créateur du monde chez les Montagnais 160; il est. 
le frère aîné du Grand-Lièvre 16(J. 

Métainiiiens, nom sauvage de Perrot 268. 

Metousceptinioneks, c'est-à-dire Piétons, surnom donné aux Miamis par 
les autres sauvages de l'ouest 277. 

Meules (Mr. de), intendant du Canada, succède à Mr. Duchesneau 131. 

Meurtre: le meurtrier est puni de la peine du talion à moins qu'il 
ne couvre le mort en payant le prix du sang 74 — 76, 211; c'est 
toujours la famille ou la tribu du meurtrier qui doit payer le prix 
du sang aux parents de la victime 74, 75, 205, 206; en quoi con- 
sistait le prix du sang 74, 211; il n'était presque jamais refusé 205; 
en cas de refus, et si la nation du meurtrier ne voulait ou ne pou- 
vait courir le risque d'une guerre , les parents du coupable le livraient 
à la famille de la victime 75, 76, 205; ou le laissaient seul et sans 
défense 21 1 ; les meurtriers n'étaient plus châtiés aussi sévèrement 
qu'autrefois chez les Hurons 205. V. Assassinat. 

Miamis (Miamiouek, Oumamis, Oumamik, Oumiamis), nation de race 
Illinoise 221; énumération des tribus dont elle se composait 222; 
forme monarchique de son gouvernement, pouvoir de son grand 
chef 127, 212, 277, 291; respects dont l'entouraient les Miamis 
127, 200; nombre de leurs guerriers 127, 220; lieu de leur origine 
223, 224; ils fuient devant les Iroquois jusq'au Mississipi 269; se 
joignent aux Maskoutens 271; se divisent en plusieurs bourgades 
275, 276, 329; Tetinehouan leur chef se fait représenter par les Pou- 
téouatamis au congrès sauvage du Saut-S te -Marie 127, 128; réception 
pompeuse qu'ils font à Perrot, lorsqu'il les visite pour la première 



fois 272 — 275; Perrot, se rendant au pays des Sioux, passe par leur 
village 308; le chef des Miamis lui communique son dessein de 
s'établir auprès des Français 308; Miamis de Saint- Joseph 146, 
310; le Comte de Frontenac y établit un commandant Français 310; 
une moitié des Hurons Tionnontatés établis d'abord à Michillimakinak, 
va se fixer près de ces Miamis 146; les Miamis en guerre avec les 
Illinois 147, 311, 312 ; ces deux nations se réconcilient et marchent 
ensemble contre les Iroquois 312; Miamis assassinés par les Outaouais 
147; meurtre de quelques Français par les Miamis de Saint-Joseph 
312; les Miamis aident les Iroquois à détruire les Hurons Tionnon- 
tatés 152; guerres presque continuelles entre les Miamis et les Sioux 
154, 308, 318; quelques Français prennnent parti pour ces derniers 
312; les Miamis par représailles veulent brûler Perrot 312, 331; 
les Outagamis leurs alliés les en empêchent et le délivrent 312, 
331; les Miamis veulent détruire les Sauteurs; les Outagamis s'y 
■opposent 153, 154; politesse et urbanité des Miamis 276; leurs 
superstitions 168, moins grossières que celles des Outaouais 276; 
les Miamis adoraient le soleil, le tonnerre 276, et la dépouille des 
ours tués à la chasse 201 ; forme de leur culte 276 ; les Miamis 
parlaient un dialecte de la langue Illinoise 277, différent de celui 
des Maskoutens 277; leur goût pour la parure 277; façon dont ils 
portaient leurs cheveux 277; supplice de la femme adultère chez les 
Miamis 178; les Miamis étaient grands marcheurs 277; matériaux 
dont leurs loges étaient construites 278; fortifications de leur bour- 
gade 278. V. Maskoutens, Perrot, Sioux etc. 

Miamis de la (Jrue, alliés des Maskoutens 154, 318; ne formaient qu'ua 
village avec les Kikabous 153; sauvés par les Outagamis 153- 

Miehabou, nom Algonquin du Grand-Lièvre 160. 

Michigan (lac) ou Mitchiganons , appelé aussi lac des Illinois 222. 
V. Illinois (lac des). 

Michillimakinak (île de), dans le lac Huron 214; lieu de naissance du 
Grand-Lièvre 160; les Hurons Tionnontatés et les Outaouais y 
cherchent un refuge contre les Iroquois 80, 238, 239; la quittent 
pour l'île Huronne 80; les Tionnontatés s'y établissent de nouveau 239; 
les commandants Français de tous les pays de l'ouest y fixent leur 
résidence 306; elle est abandonnée puis réoccupée par les Français 
309, 310. V. Ouest (Pays de 1'). 

Michipissy (Michibissy, Missibizi), ou le Grand-Tigre, divinité des eaux 
chez les Outaouais 19, 176; sa demeure 20; invocations qu'on lui 
adresse 20; connu des sauvages du lac Winipeg sous le nom de 
Miskena 339. 

Mikikoués ou Gens de la Loutre 83, peuplade Algonquine résidant 
sur la rive septentrionale du lac Huron 219; réunie à d'autres 
tribus Outaouaises, elle bat un parti d'Iroquois 83. 

Mikiuaks, tribu Acadienne, promet son concours aux Algonquins dans 
leur projet de guerre centre les Iroquois 109. 

Mississakis ou Missîssagués, nation Algonquine du lac Huron 219; 
s'enfuit à Kionkonan après la défaite des Hurons par les Iroquois 



85, 214; reprend possession de son ancien territoire 219; ses 
établissemens postérieurs 219; unie aux Sauteurs et aux Mikikoués 
elle détruit complètement un parti d'Iroquois 83; se refuse d'abord 
à suivre Mr. de La Durantayc contre les Iroquois Onontagués 132, 
133; Perrot la décide à le faire 133; meurtres de Français par 
les Mississakis 155; caractère et moeurs de cette nation 219. 

Mississipi, fleuve de l'Amérique du nord, confondu parfois avec la mer 
de l'ouest 223; les Illinois poursuivis par les Iroquois se réfugient 
au-delà de ce fleuve 222 — 224; il coupe par le milieu le territoire 
des Sioux sédentaires 88; découvert au 16 e . siècle par les Espagnols 
238, 280, il est revu probablement par deux coureurs de bois dès 
le milieu du 17e. 238; y. Jolliet, La Salle. 

JHississipi (Micissypy de notre Ms.), nom donné par Perrot à la vallée 
qu'arrose ce fleuve 85; humanité relative de ses habitants 243, 244. 

Missourites, tribu Indienne alliée des Illinois 227; lieu probable de 
son origine 223, 224; elle refuse, comme les Illinois, de se soumettre 
aux Anglais après le traité de Paris 227. 

Mitehiganiias, peuple de race Illinoise 221. 

JflNofes, danses figurées du Mexique et du Nicaragua 248, 249. 

Montagnais ou Algonquins inférieurs: leurs traditions religieuses 160, 
168; à l'opposé des autres sauvages, ils tiennent le chien pour le mets 
le plus vil de tous 172; cérémonies dont les festins d'ours étaient 
accompagnés chez les Montagnais 199, 200; des Montagnais du 
Saguenay viennent se joindre aux Algonquins de Sillery pour marcher 
contre les Iroquois 109. 

Montréal (île de), premier séjour des Iroquois 9, 165, 166; surprise 
de l'île de Montréal par les Iroquois 321. 

Montréal (ville de): c'est en cette ville que se faisait ordinairement la 
traite des Outaouais avec les Français 122; sédition qu'y excitent 
les Outaouais 123; elle est apaisée par Perrot et quelques chefs de 
cette nation 123; assemblée générale des députés de toutes les 
nations sauvages à Montréal, conclusion de la paix avec les Iroquois 
330. 

Morts (Fête des) 37—46, 183. V. Ames, Funérailles, Tombes. 

Mouingouenas, peuple de race Illinoise 221. 

Moulauge (pierre de), pierre de meule ou meulière 331; les Sioux 
fabriquaient leurs couteaux en pierre de moulange 85, 231. 

Moxos, peuples de la Bolivie, n'avaient aucune idée de Dieu ou de la 
création 338, 339. 

1¥. 

Nadouessis ou Nadouessioux, Sioux orientaux et sédentaires 232, 340. 
V. Sioux. 

Madouessis-Maskoutens, nom donné aux Ayoës 237. V. Ayoês. 

Nascapis, sauvages Canadiens voisins des Montagnais 201 ; leur respect 
pour les os des animaux tués à la chasse 201. 

Natchez, peuples de la Louisiane, avaient seuls un culte réglé 167; 
leur gouvernement était despotique 212; ils brûlaient leurs prisonniers- 
de guerre 244. 



Nations d'en haut 32. 

Nation du feu, en Hurcm, Âssistaedaeronnous: nom donné aux 
Maskoutens 277. V. Maskoutens. 

Nation neutre, les Iroquois se l'incorporent 80. 

Nëgaouichiriuouek, tribu Illinoise 221. 

Nepissing ou Nipissing, territoire au nord du lac Huron, habité par 
des peuples de race Algonquine 9. 

Nepissings (Nepissiniens , Népissiriniens), sauvages habitant le territoir 
et les bords du lac de ce nom : leurs traditions sur l'origine des 
Amikoués 20 ; s'enfuient vers le nord par crainte des Iroquois 
81, 214; prennent part à une victoire remportée sur les Iroquois 
97 — 99; s'allient contre eux avec les Algonquins 109; quelques 
Xepissings revenant de Montréal rencontrent sur leur chemin des 
partis d'Iroquois et de Français et en sont bien traités 119; craintes 
excitées par cette nouvelle chez les Outaouais qu'accompagnait Perrot 
119; guerriers Nepissings enlevés par les Iroquois 131. 

Nepissings (Kiristinons des) une des quatre tribus des Kiristinons, 
ainsi nommée parce que les Nepissings l'avaient découverte les 
premiers: ses chefs assistent à la prise de possession du pays des- 
Outaouais 128, 295. 

Niagara: les sauvages de l'ouest en marche pour se joindre à Mr. 
de La Barre arrivent à Niagara 135; ils n'y trouvent rien de ce 
que Mr. de La Durantaye leur avait promis 136 ; leur mécontente- 
ment 136; Perrot les apaise 136, 137; un canot apporte à Niagara 
la nouvelle de la paix conclue entre les Onontagués et Mr. de 
La Barre 137, 138; dans la guerre contre les Tsonnontouans , les 
sauvages de la Baie et les Français se retranchent à Niagara 142; 
ils y sont rejoints par les Outaouais et les Hurons de Michilli- 
makinak 142. 

Nicolet, voyageur et interprète, pénétre le premier dans le Michigan et 
le Wisconsin 223; s'arrête à trois journées du Mississipi 223. 

Nikikoués, Algonquins de la rive nord du lac Huron 219; les mêmes 
apparemment que Perrot appelle Mikikoués 219. 

Niscaks, peuples du nord-ouest, se rendent à la prise de possession 
du pays des Outaouais 295. 

Noquets ou Noguets, Sauteurs, assistent à la même cérémonie 293, 295. 

Noirolle (de), V. Lérolle (de). 

Nom: les sauvages ne connaissent pas les noms de famille, chacun 
d'eux a le sien qui lui est propre 174 ; comment on relève ou 
ressuscite le nom d'un mort 18, 174; droits et devoirs de celui qui 
relève un nom 174. 

Noukek, Dation de la baie des Puans 240. 

Nourriture des sauvages. V. Aliments. 

O. 

Odgiboweke (Achipoes, Outchibouek, Sauteurs), V. Sauteurs. 

Obio (rivière d') découverte par Cavelier de La Salle 279, 280, 284 

Otirandes, V. Divinités, Médecine (Sac à), Sacrifices, Tabac. 



XXIV 

Oignon des prairies 59, 195. 

Onneiouths, une des cinq tribus Iroquoises confédérées 166; bande 

d'Onneiouths exterminée par les Sauteurs et autres nations Outaouaises 
245; les Onneiouths se refusent à traiter avec les Français 111. 

Onontagués (Onnontaehronnons, Onondagas), tribu Iroquoise 166; 
effrayée de l'arrivée des troupes Françaises, elle demande la paix 
et l'obtient 111; parti d'Onontagués en chasse à la Prairie de la 
Madeleine 112; se rend à Montréal avec un chef des Agniers 113; 
réponse moqueuse des Onontagués aux Agniers ruinés par l'expé- 
dition Française 114; campagne de Mr de La Baire contre les 
Onontagués 79, 132—138. 

Onontbio nom donné par les sauvages au gouverneur de la Nouvelle- 
France 253. 

Ontario (lac) : les Iroquois s'établissent sur sa rive méridionale 12, 79 ; 
le M is de Denonville se retranche sur le bord du lac Ontario 142. 

Orateurs: parlaient debout dans les festins 15, 172, et assis, dans les con- 
seils de la nation 172; procédés mnémoniques en usage chez les 
orateurs Hurons 172, chez les Galibis 172, 173. 

Orléans (île d') dans le fleuve Saint-Laurent, un peu au-dessous de 
Québec : quelques débris des nations Huronnes s'y réfugient 84, 
105; ils y sont surpris, massacrés ou emmenés prisonniers par les 
Iroquois 84, 105, 106. 

Osages, alliés des Kaskaskias et des Missourites , leur attachement pour 
la France 227. 

Os ; respect superstitieux de quelques sauvages pour les os et le sang 
des animaux tués à la chasse 200, 201. 

Oscotarach, personnage de la mythologie Huronne 186. 

Ouabiuacbis (Machiche), rivière de la côte nord du Saint-Laurent 251 ; 
des Algonquins en chasse sur ses bords y sont surpris et défaits 
par les Iroquois 107, 109. 

Ouaouiatanoukak, tribu Miamise 222. 

Oueneiuek, chef Pontéouatami 154. 

Ouest (pays de 1'), organisation militaire de ces contrées 305, 306 
commandants Français des pays de l'ouest : Mr. de Villeray 131 
de la Valtrie 138; de La Durantaye 138, 306; de Louvigny 146 
de La Mothe-Cadillac 146; ils résidaient à Michillimakinak 306. 

Ouestatinung, résidence des Outagamis 263. 

Ouikachit, bâton ferré dont les sauvages se servent pour percer la glace 
et tuer les castors 191. 

Ouinipeg (lac), ou Winipeg, dans le nord-ouest de l'Amérique Anglaise 
339; abonde en esturgeons ib. ; le roi des poissons y tient sa cour ib. 

Ouinipeg (lac), lac Saint - François des relations, V. Puans (lac des) 

Ouinipegous (Ouinipegoueks, Ouinipégons), V. Puans (les). 

Ouisaketchak, nom algonquin du Grand-Lièvre 160. 

<Ouisconching (Wisconsin), affluent du Mississipi 85; limitait vers le nord 
le territoire des Illinois 222; c'est par cette rivière que se rendent 
au Mississipi les Outaouais fugitifs 85, Jolliet et Marquette 281, 
<et Perrot à diverses reprises 308, 319. 



'Ours; moeurs et habitudes de cet animal 13, 170, 171, 65, 199; 
époque de l'année où il est chassé par les sauvages 65; jeûne et 
festin qui précédent cette chasse 65, 199; stratégie de la chasse à 
l'ours 66; apprêts des viandes et des peaux 66; augures tirés de 
l'inspection du filet ou du fiel des ours qu'on a tués 66 , 200 ; 
jeûne des jours de chasse 67; armes des chasseurs 67, 199; façon 
dont ils se matachent 66 , 67 ; retour de la chasse et festin qui la 
termine 67, 68; rites et cérémonies dont ce festin est accompagné, 
mets et convives 66 — 68; festin de l'ours chez les Montugnais 199, 
200; ours en nombre prodigieux dans le Méchingan 199; l'ours 
était vénéré par beaucoup de nations sauvages comme une divinité 
13, 201 ; elles conservaient et adoraient la tête et la peau de l'ours tué 
à la chasse 101 , 274 ; respect superstitieux des Montagnais pour le 
sang et les os de l'ours 200. 

Ours (racine de 1'), ou manioc, croît dans les prairies du sud-ouest 
57 ; sa préparation par les sauvages 57. 

Outagamis (les), ou Renards, nation de race Algonquine, parente et alliée 
des Sakis 263; chassée par les Iroquois de son ancien territoire, 
elle s'établit près de la baie des Puans 258, 263; date de cette 
migration 258 , 263 , bourg des Outagamis , nombre des loges dont 
il se compose, et des familles réunies dans chaque loge 266; 
matériaux divers des loges de ville et des loges de campagne ou 
de chasse 266 ; moeurs des Outagamis et leur façon de vivre 266 ; 
fertilité de leur territoire 266; les Outagamis marchent avec les 
Outaouais et les Hurons contre les Sioux 102, 103; lâchent pied 
dès le premier choc 103; Perrot visite les Outagamis, accueil qu'il 
■en reçoit 264 — 267; les Outagamis se décident à suivre Perrot contre 
les Onontagués, et rejoignent à la Longue-Pointe le corps de 
La Durantaye 131 , 300, 30l ; guerre des Outagamis contre les Sioux 
et les Sauteurs 307 ; les Sauteurs sont battus 307 ; Perrot ménage la 
paix entre les Outagamis et les Sauteurs 307, 308; Perrot rencontre 
les Outagamis sur les bords du Mississipi 320; les Outagamis s'allient 
avec les Miamis contre les Sioux 312, 327; sauvent les Miamis de 
la grue 153; affection constante et réciproque des Outagamis et de 
Perrot 267 ; ils délivrent Perrot des mains des Maskoutens et des Miamis 
267, 331; remettent à Perrot trois captives Sauteuses 320; s'opposent 
au projet formé par les Miamis de détruire les Sauteurs 153 ; 
prennent parti pour les Outaouais contre les Miamis 153; vivent 
en bonne intelligence avec les Iroquois 148 ; se plaignent au gou- 
verneur de la colonie de l'absence de Perrot et demandent son retour 
267 , 268 , 334 ; sont battus par les Illinois et les Français 147 ; 
dessein arrêté des autorités de la colonie de détruire les Outagamis, 
Perrot les défend auprès du gouverneur 151, 267; intérêt qu'on 
avait à les ménager 147, 148, 151 ; expédition de Mr. de Louvigny 
contre les Outagamis 153, 268; elle ne produit aucun résultat 153, 268; 
les Outagamis ne peuvent être ni soumis ni détruits par les Français 
318. V. Louvigny, Miamis, Perrot, Sauteurs, Sioux. 

Outaouais (Ondataouaouat, Odgiboueks, Cheveux-relevés), nation de race 



XXVI 

Algonquine 159, 160; pays occupé primitivement par les Outaouais 
80, 214, 290; tribus dont se composait la nation des Outaouais 
241 ; leurs traditions sur la création de la terre et de l'homme 
3 — 7, 160; vivaient dans l'ignorance d'un dieu suprême 169; le 
divorce était fort rare chez les Outaouais 22; soin extrême qu'ils 
prenaient de leur toilette 206, 277; cérémonies de leur funérailles 
32 et suiv. ; les Outaouais étaient lâches et peu aguerris 119; sou- 
verainement méfians 84, 85; grands amis de la contradiction 143; 
naturellement traîtres 84, 143; ils abandonnent leur pays et se réfugient 
dans l'île Huronne avec les Tionnontatés 80, 214, 241 ; vont avec les 
Hurons en traite aux Trois-Rivières 84; en repartent avec deux 
missionnaires 84; V. Carreau; s'établissent chez les Pontéouatamis r 
les Puans et les Maloumines 81, 85, 214, 240; sont avec le Hurons 
assiégés par les Iroquois 81, 82, 214; le manque de vivre force 
les Iroquois à proposer la paix, qui est acceptée et conclue 82; les 
Outaouais essayent sans y réussir d'empoisonner les Iroquois 82, 83; 
ils se réfugient au Mississipi 85; pénètrent jusque chez les Ayoës 
85; reviennent au Mississipi, où un de leurs partis est pris par les 
Sioux qui lui rendent la liberté 85; visites des Sioux aux Outaouais 
86; mépris que ceux-ci conçoivent pour leurs hôtes 86; les Outaouais 
s'établissent dans l'île Pelée 86; complotent avec les Hurons la 
perte des Sioux et la conquête de leur territoire 87; marchent en- 
semble contre cette nation et sont complètement défaits 87; les 
Outaouais se retirent à Chagouamigon 87, 92, 239, 240; date de 
ces diverses migrations 239, 240; les Outaouais vont en traite à 
Kionkonan et vers le nord 92, 93 ; se rendent à Québec avec d'autres 
nations 92; leur frayeur à la rencontre d'un parti d'Iroquois 93; 
leur chef est jeté en prison à Québec pour avoir abandonné le 
P. Ménard 94; descendent de nouveau jusqu'aux Trois-Rivières 94; 
leur aventure avec les Iroquois qu'ils rencontrent sur leur chemin 94; 
sont dupés par quelques Français leurs compagnons de voyage 94; 
à la suite de leurs guerres avec le Sioux, les Outaouais abandonnent 
Chagouamigon et se retirent à Michillimakinak et à l'île Manitouline 
102, 239; envahissent avec les Hurons et quelques peuples de la 
Baie le pays des Sioux 102; mauvais succès de cette expédition 
102 — 104; ambassadeurs Outaouais à Montréal, leur entrevue avec 
Mr. de Courcelles 110, 341; départ d'une flotte Outaouais pour 
Montréal, les Outaouais veulent rebrousser chemin par crainte des 
Iroquois, Perrot les rassure 119 — 122, 279; émeute excitée par 
eux à Montréal, elle est apaisée par Perrot et les chefs de la 
nation 123 ; sur l'ordre du gouverneur général ces chefs sont conduits 
à Québec par Perrot 125; les Outaouais arrivés trop tard au Saut- 
Sainte-Marie, donnent leur consentement à ce qui s'était fait en leur 
absence 128; invités à marcher contre les Onontaguès, ils s'y refusent 
une première fois 132, 133; Perrot leur est envoyé et les détermine 
à prendre part à cette expédition 133; ils rejoignent à Saguinam 
le corps d'armée de La Durantaye 133; Perrot est chargé de les 
commander 134; accidents fâcheux qui leur arrivent en route, 



XXVII 

découragement qui en est la suite 134, 135; les Outaouais veulent 
retourner chez eux, Perrot les en détourne 134, 135; arrivés à 
Niagara, ils n'y trouvent rien de ce que Mr. de La Durantaye leur 
avait promis 136, 137; Perrot ne calme qu'à grand peine leur 
mécontentement et leurs murmures 136, 137 ; Mr. de La Durantaye 
ne peut les décider à le suivre contre les Tsonnontouans 141 ; il leur 
distribue les marchandises et l'eau-de-vie confisquées aux Anglais 141 \ 
les Outaouais essayent vainement à l'aide de cette eau-de-vie de 
débaucher les sauvages amenés par Perrot à Michillimakinak 141; 
ils rejoignent La Durantaye et Perrot à Niagara 142; entrent avec 
eux dans le pays des Tsonnontouans en même temps que le M is de 
Denonville 142; après l'occupation du village de ces Iroquois, les 
Outaouais persuadent aux autres sauvages alliés de ne pas continuer 
la guerre 142; le M is de Denonville charge Perrot de leur témoigner 
son mécontentement 142; l'expédition terminée, et malgré la défense 
du commandant Français, les Outaouais continuent leurs courses contre 
les Iroquois 143; ils conduisent à Michillimakinak cinq prisonniers 
de cette nation 320; vains efforts du commandant et des missionnaires 
pour obtenir la grâce des captifs 320; les Outaouais l'accordent 
à Perrot 320, 321; après la surprise de l'île de Montréal par les- 
Iroquois, les Outaouais veulent quitter l'alliance de la France 322; 
le comte de Frontenac leur envoie Perrot avec des présents 322, 
323; les Outaouais s'efforcent vainement de piller le convoi monté 
chez eux avec Perrot 324; entrevue de Perrot et des Outaouais 
325; ceux-ci promettent de rester fidèles à la France 325; et le 
même jour députent un des leurs pour traiter avec les Iroquois 325, 
326; Perrot découvre et déjoue cette trahison ; nouvelles protestations 
de fidélité de la part des Outaouais 326; une flotte Outaouaise 
chargée de pelleteries descend à Montréal 326; le député des 
Outaouais offre au comte de Frontenac les services de sa nation 
contre les Miamis 331, 332; l'orateur des Outaouais au congrès de 
Montréal demande, en son nom et en celui de ses alliés, le retour de 
Perrot parmi eux 335; les Outaouais de Michillimakinak s'opposent 
au départ des Hurons Tionnontatés pour la rivière Saint-Joseph 146; 
leur complot contre les coureurs de bois 146, 147, 311; Outaouais 
au Détroit 310; conspiration des Hurons et des Miamis contre eux 
et les Français 310; meurtres d'Iroquois, de Miamis, de Sakis et de 
Français par les Outaouais 147, 155, 311; complots et trahisons 
dont on accuse les Outaouais 146, 147; ce qu'il faut en penser 312, 
313; les Français donnaient le nom d'Outaouais à tous le Algonquins 
supérieurs 126, 159; sept nations Outaouaises veulent se donner aux 
Iroquois 152; Perrot les en détourne 152, 317. V. Miamis, Perrot, 
Sinagaux, Sioux, Tionnontatés. 

Outaouais (île des) 126, 290; V. JManitouline. 

Outaouais (rivière des), V. Rivière. 

Outaouoisbouscottous une des quatre tribus de Kiristinons, assiste à 
la prise de possession des pays de l'ouest, au Saut-Sainte-Marie 
293. 



XXVIII 

p. 

Paliouitingouach ou Sauteurs proprement dits 193; V. Sauteurs. 

Pailles (Jeu des;, 46 — 50, 187, 188; les hommes seuls ont le droit 
d'y jouer 50; tromperies qu'on s'y permet 49, 188. 

Palican, jeu des Indiens du Chili 339, 340. 

Pauys ou Panis (Panismaha, Pawnees), sauvages du Missouri 63, 196; 
leur territoire actuel, chiffre de leur population 196. 

Peaux: chaque sauvage mettait sa marque aux peaux ou fourrures 
qui lui appartenaient 116; les peaux de castor servaient de monnaie, 
à la Nouvelle-France. 

Pelée (île): d'où lui vient ce nom 238; les Outaouais s'y établissent et 
l'habitent pendant quelques années 86, 238. 

Péwuarouas ou Péorias, nation lllinoise 185, 221, ne croyaient point 
à l'immortalité de l'âme 185. 

Pepikoukias, tribu Miamise 222. 

Perroquets très nombreux dans la Louisiane 57. 

Perrot (Nicolas): .sa naissance 257; ses premières études 257; entre 
comme engagé au service des missionnaires Jésuites 257, 258; durée 
de son engagement 258; pénètre chez les Poutéouatamis qui le 
reçoivent avec les plus grands honneurs 258 — 260; se rend chez les 
Maloumines comme médiateur entre eux et les Pontéouatamis 260; 
heureux succès de cette négociation 261 — 262; retourne cliez les 
Poutéouatamis ; accueil que lui font les guerriers de cette nation 
262; alliance conclue entre les Français et les Poutéouatamis 262; 
desseins cachés de ces derniers 262, 263; Perrot les déjoue 263; 
voyage de Perrot chez les Outagamis 264 — 266; ses relations avec 
eux 266, 267; exigences des Outagamis, brutalité des nations de la 
Baie, dangers courus par Perrot 267 — 269; les Miamis et les Mas- 
koutens invitent Perrot à les visiter 271; Perrot accepte cette in- 
vitation malgré l'opposition des Poutéouatamis 271, 272; départ de 
Perrot et de son compagnon 272; escorte envoyée par les Miamis 
au devant des Français 272, 273; danse répétée du calumet 272, 
273; entrée triomphale des voyageurs dans le village des Miamis 
273; garde d'honneur qui leur est donnée 273; grand festin chez 
leur hôte, le chef des Maskoutens, et discours de Perrot aux guerriers 
des deux nations 273, 274; présents distribués aux sauvages 274; 
le grand chef des Miamis invite à son tour les Français à un festin 
■d'actions de grâces 274 : incident causé par la présence des manitous 
274, 275; heureux résultats de ce voyage de Perrot 275; ruse 
mise en oeuvre par les Poutéouatamis pour détruire la bonne entente 
entre les Français et les Miamis 278; elle est promptement déjouée 
par Perrot 278; retour des voyageurs à la Baie et reproches de 
Perrot aux Poutéouatamis 278, 279; autorité et crédit de Perrot 
parmi toutes ces nations 187, 279; il redescend à la colonie avec la 
flotte des Outaouais 119, 279; divers incidents de ce voyage 119 — Vil, 
289; arrivée de la flotte à Montréal 122; émeute excitée par les 
Outaouais, Perrot et les chefs de la nation parviennent à l'apaiser 
122, 123; sur le faux exposé d'un interprète, le commandant de 



Montréal veut punir un soldat Français comme premier auteur de 
ce tumulte 123, 124; Perrot prend sa défense et le justifie 124; 
il descend à Québec avec le chef des Outaouais; le commandant de 
Montréal le recommande à Mr. de Courcelles 125; il est chargé 
d'accompagner Mr. de Saint -Lusson au pays des Outaouais, en 
qualité de guide et d'interprète 126; ils partent ensemble de Québec 
et hivernent chez les Amikoués 126; Perrot, par lui-même ou par 
ses émissaires, convoque au Saut-Sainte-Marie toutes les nations 
sauvages de l'ouest 127; va en personne à la Baie, son entrevue 
avec le chef des Miamis 127, 291; se rend au Saut avec Mr. de 
Saint-Lusson : prise de possession da pays des Outaouais 127, 128 r 
290, 292—295; V. Sainl-Lusson, Saut-Saiiite-Marie; Perrot obtient 
un congé de traite 130, 296, 297; décide les Outaouais à marcher 
contre les Onontagués 133, 134; est chargé de les commander 134 ; 
soutient leur courage pendant la marche et apaise leurs murmures 
134 — 138, 300; après cette expédition, Perrot rentre dans la colonie 
138, 301, ses embarras financiers et leurs causes 301, 302; repart 
pour la Baie et les pays plus à l'ouest avec le titre et les pouvoirs 
de commandant en chef 138, 303; nature et étendue de ces pouvoirs 305 ; 
ils sont restreints par le M is Denonville 305, 306; Perrot arrivé à 
Michillimakinak, arrête les Outaouais prêts à marcher contre les Outa- 
gamis 307; descend à la Baie et retire des mains des Outagamis la 
fille d'un chef Sauteur qu'ils retenaient captive 307; la rend à son 
père et ménage ainsi la paix entre les Outagamis et les Sauteurs 
308; il visite les Miamis et les exhorte à ne plus guerroyer contre 
les Sioux 308; il monte chez cette dernière nation et construit un 
fort sur la limite de leur territoire 308; à peine arrivé, il reçoit du 
M is de Denonville l'ordre de rentrer à la Baie, et de réunir sur sa 
route tous les sauvages alliés et les Français, pour marcher contre 
les Tsonontouans 138, 139, 303, 305; il se rend à cet eflet chez 
les Miamis, mais sans succès 139; pendant son absence, des sau- 
vages de la Baie veulent surprendre et piller le fort construit par 
lui 239; Perrot y accourt et parvient à déjouer leur dessein 139 — 
141 ; Perrot redescend à la Baie, s'abouche avec les tribus qui l'ha- 
bitent, et décide soixante de leurs guerriers à le suivre contre les 
Iroquois 141, 146; il arrive à Michillimakinak, où les Outaouais 
qui avaient refusé d'accompagner Mr. de la Durantaye, se déclarent 
prêts à marcher avec Perrot 141 ; Perrot et sa troupe rejoignent 
les Français de Mr. de La Durantaye au Détroit 141, 142; les 
suivent à Niagara et chez les Tsonontouans 141, 142; V. Outaouais; 
pendant cette expédition, Perrot est ruiné par un incendie 302, 333 ; 
il rentre dans la colonie comme médiateur entre les Iroquois et les 
Français 142, 143, 319; quitte Montréal pour aller reprendre 
son poste à la Baie et chez les Sioux; honneurs que ceux-ci lui 
rendent à son arrivée parmi eux 319; il prend possession de leur 
pays au nom de la France 319 , 304 ; acte de cette prise de possession 
304, 305; Perrot repart pour la colonie 320; il délivre sur sa route 
trois Sauteuses captives des Outagamis 320, et cinq prisonniers Iro- 



XXX 

quois, que les Outaouais de Michillimakinak avaient refusés au com- 
mandant et aux missionnaires 320, 321; est chargé par le comte 
de Frontenac de rattacher les Outaouais à l'alliance de la France 

322, 323; part de Montréal avec Mr. de Louvigny nouveau com- 
mandant de Michillimakinak et un nombreux convoi 323; empêche 
les Outaouais de piller la flotte Française 324; son discours à tous 
les chefs réunis en conseil 325 ; heureux succès de sa négociation 

323, 325, 326; Perrot se rend à la Baie pour y reprendre son 
•commandement 326; détermine les Miamis et les Illinois à se mettre 
en campagne contre les Iroquois 326; s'établit sur les bords du 
Mississipi, au-dessous du Wisconsin 326; arrête par ses présents 
et ses prières les Miamis et les Maskoutens en marche contre les 
Sioux 327 ; se porte médiateur entre ceux-ci et les Outagamis 327 ; 
refus qu'opposent d'abord les Sioux à ses propositions 327 ; indig- 
nation de Perrot 327; les Sioux accordent la paix aux Outagamis 
327, 328; Perrot découvre les mines de plomb du Mississipi 328; 
il est nommé commandant des Miamis du Marameg 328, 329, et 
conduit à Montréal les chefs des nations de l'ouest 329; sur l'ordre 
de Frontenac, il opère la réunion des Miamis du Marameg à ceux 
de Saint- Joseph 329, 330; il découvre et fait avorter le complot du 
Bat et des Iroquois contre les Outaouais 143, 144, et celui des 
Outaouais contre les coureurs de bois 146, 147, 311; il dissuade 
.sept nations Outaouaises de se donner aux Iroquois 152, 317; et 
met un tenue à leurs discordes intestines 152; dangers qu'il court 
parmi les sauvages de la Baie 267, 268, 331; il est pris, dépouillé 
et condamné au feu par les Maskoutens 331 ; il s'échappe de leurs 
mains 331 ; les Miamis pillent ses marchandises et veulent le mettre 
à mort 267, 312, 331; il est sauvé par les Outagamis 267, 312, 
331 ;. les Outaouais s'offrent à le venger, refus du comte de Frontenac 
332; suppression des congés et de presque tous les postes de l'ouest 
332; ruine de Perrot, ses procès et ses réclamations 332, 333; le 
gouverneur et l'intendant demandent au roi une pension pour Perrot 
333; Perrot figure au congrès de Montréal comme interprète des 
Miamis et des Illinois 334; la plupart des nations de l'ouest deman- 
dent son retour au milieu d'elles 334, 335; bienveillance de Mr. de 
Vaudreuil pour Perrot et sa famille 335; il est nommé capitaine 
de côte 336; liste des mémoires qu'il a composés 316, 336, 337; 
personnages auxquels ils sont adressés 315, 316. V. La Potherie. 

Pesant (le), chef Outaouais 310; les Hurons et les Miamis furieux de 
sa présence au Détroit complotent le massacre des Outaouais et des 
Français 310. 

Piankaskouas, tribu Miamise 222. 

Pindikossan ou Pindiikosan, V. Médecine (Sac à). 

Piriinon: chef Poutéouatami retiré chez les Sakis 154. 

Piskaret, le plus illustre des chefs Algonquins et la terreur des Iro- 
quois 107, 108; ses exploits et ses aventures 107, 108; est assassiné 
par trahison 108, 109. 

Plat (Jeu du), "V. Des (Jeu de). 



Plomb (mines de) découvertes par Perrot 328. 

Pointe (la Longue-) dans le lac Erié : le corps d'armée de La Durantaye 
y est rejoint par les Outagamis 134, 300, 301. 

Pointe-Claire (la) dans le lac Saint-Louis : un Iroquois y est assassiné 
par des soldats du régiment de Carignan 115. 

Poissons (le roi des), ou Miskena, tient sa cour dans le lac Winipeg 339. 

Poissons-Blancs (les), nation de race Algonquine, s'unit aux Algonquins 
des Trois-Eivières contre les Iroquois 109. 

Pokekoretcb, plante des prairies : les sauvages en mangent la racine et 
les graines 58, 194, 195. 

Polygamie (la) générale chez les sauvages 178, 179; querelles et dés- 
ordres dont elle est accompagnée 27, 28; celle des femmes d'un 
sauvage que ces querelles intestines forcent à quitter le domicile 
conjugal, a le droit de dévaliser son mari 27, 28; privilèges et pré- 
rogatives de la première épouse 27; façon dont les diveres femmes 
d'un sauvage vivent entre elles, suivant qu'elles sont unies ou non 
par les liens du sang 28. 

Pomme de terre ou de prairie 58, 59, 195. 

Portage 298. 

Poualaks, nom d'une nation Siouse 232; paraît avoir été primitivement 
commun à tous ou presque tous les Sioux 232; nombre des bourgades 
de Poualaks 237; moeurs et usages de ces sauvages 236; Y. 
Sioux. 

Pouanaks, sobriquet injurieux donné aux Sioux par les Sauteurs leurs 
ennemis 232. 

Poutéouatamis, nation Algonquine delà Baie 215; parents et alliés des 
Outagamis et des sakis 154; habitent d'abord la presqu'îleHurohne 
215; d'où ils sont chassés par les Iroquois 215; ils se réfugient 
dans l'île Huronne qui depuis a porté leur nom' 214; ac- 
cueillent les Hurons Tionnontatés et les Outaouais 214, 240; en- 
vahissent avec eux le pays des Sioux 102, 103; s'enfuient presque 
sans combattre 103 ; Perrot le premier pénètre chez les Poutéoua- 
tamis et fait avec eux la traite du fer 258, 259; il est reçu en 
triomphe et honoré comme un dieu 259; brouille alors existante 
entre les Poutéouatamis et les Maloumines leurs voisins 260; craintes 
des premiers 260; Perrot réconcilie les deux nations 261; nouveaux 
honneurs décernés à Perrot par les guerriers Poutéouatamis 262 ; 
alliance conclue entre ceux-ci et les Français 262; vues secrètes 
•des Poutéouatamis 262, 263; ils essaient vainement de s'opposer 
aux voyages de Perrot chez les Outagamis et les Miamis 263, 271, 
272; ils envoient un de leurs esclaves chez les Miamis pour les détourner 
de s'allier avec Perrot 278; moyen efficace employé par celui-ci pour 
déjouer ces manoeuvres 278; reproches qu'il adresse aux Poutéoua- 
tamis 178; ceux-ci dé»avouent leur esclave et apaisent Perrot par 
des présents 278, 279; ils n'osent conduire le grand chef des 
. • Miamis à l'assemblée' des - na/tions sauvages convoquée au Saut-Sainte- 
Marie 127V ei; s é chargent de -l'y -représenter 128; leurs principaux 
«hefs partent avec Perrot pour cette réunion et assistent à la prise 



de possession des pays de l'ouest 197, 293; Perrot conduit à Montréal 
les chefs des Poutéouatamis 329 ; un chef de cette nation accompagne 
Perrot chez les Maskoutens et n'échappe à la mort que par miracle 
331 ; nouvelle députation des Poutéouatamis au comte de Frontenac 
331, 332; au congrès de Montréal, Ounanguissé leur chef demande 
le retour de Perrot dans l'ouest 334; caractère et moeurs des 
Poutéouatamis 215; leurs établissements au 17 e siècle 215; leur 
position présente 215, 216. 

Poutéouatamie (île), ou Huronne, à l'entrée de la baie des Puans 214; 
les Tionnontatés et les Hurons s'y réfugient 80, 214 ; ils la quittent 
et pénètrent plus avant dans le Méchingan 81, 214; V. Outaouais 
et Poutéouatamis. 

Prairies (les) de l'ouest abondent en gibier, fruits et racines alimentaires 
56 — 60, 194 — 196; les nations des prairies sont actives et la- 
borieuses 56. 

Prisonniers de guerre : tortures qui leur étaient infligées chez les nations 
sauvages 208, 209; les Sioux et les autres peuples de la vallée du 
Mississipi faiiaient primitivement exception à cette règle 90, 243; 
humanité de quelques peuplades américaines pour leurs captifs 243, 
244; les prisonniers de guerre sont chez les Sioux livrés aux flèches 
des enfans 90, 91 ; coutume analogue chez les Aréagues de l'Oréno- 
que 244, 245. 

Puans (Ouinipegouek, Ouinipegous, Ouinipegs), tribu Siouse 237 ; donne 
son nom à la Grande-Baie, au fond de laquelle elle est établie 
215; presque entièrement détruite par les Illinois 237; les Puans 
paraissent avoir assisté à la prise de possession des pays de l'ouest 
293, 295; quelques Puans suivent Perrot chez les Sioux 308; dis- 
cours du chef des Puans au délégué des Etats-Unis 256 

Puans (Baie des) 215; noms divers qu'elle a reçus 127, 216, 290; 
son étendue 216; ses marées 216 — 218. 

Puans (lac des), ou lac Ouinipeg, lac Saint-François des missionnaires, 
au sud-ouest de la Baie 264; il y décharge ses eaux par la rivière 
des Puans 264. 

K. 

Racine de l'ours, V. Ours (racine de 1'). 

Racines alimentaires des prairires 57 — 59, 194, 195. 

Raclos (Madeleine), femme de Perrot 301. 

Ragueneau, Jésuite et missionnaire, conduit à Québec les débris des- 
missions Huronnes 245. 

Rat (le), ou Kondiaronk, le plus illustre chef des Hurons Tionnon- 
tatés 309; complote avec les Iroquois la destruction des Outaouais 
de Michillimakinak 143, 144; ce complot est découvert et déjoué 
144; le Rat se rattache étroitement à la cause de la France 309; 
il meurt regretté de tous 309. 

Rat musqué (le) s'offre aux autres animpux pour plonger au fond des 
eaux et en rapporter un peu de terre 4 ; sa proposition est acceptée 
4; il plonge et reparait avec un grain de sable entre ses griffes 5. 



XXXIII 

Relever le nom d'un mort, sorte d'adoption 36, 87, 182, 183; V. Nom. 

Religion, très peu développée chez les sauvages de la Nouvelle-France 
12; ne consiste guère qu'en quelques pratiques superstitieuses 12, 
1G7 , telles que jeûnes , danses, festins et observation des songes 
166— 168. V. Dieu, Divinités, Oll'randes, Sacrifices. 

Renard (le) est chargé par le Grand-Lièvre d'examiner si la terre 
formée par ce dernier est assez étendue 5 ; trompe celui qui l'avait 
envoyé 5. 

Renards (les), nation Algonquine établie près de la Baie. V. Outagamis. 

Richelieu (fort) : assaut que lui donnent les Iroquois 207. 

Rivière Creuse, affluent de l'Outaouais 95, 245; — des Français: ses 
bords sont habités jjar des Algonquins 9; — des Malouinines 260; 
des JMiamis et des Maskoutens, bras ou affluent de la rivière des 
Benards 270; — de Nicolet, affluent du Saint-Laurent: les Algon- 
quins des Trois-Bivières, en chasse dans son voisinage, sont surpris et 
détruits par les Iroquois 107- — 109; — Noire, affluent du haut 
Mississipi 317; les Hurons Tionnontatés la remontent jusqu'à sa source 
et s'y établissent 87, 91, 240; ils sont forcés de s'en éloigner 88, 241; 
Outaouais en chasse à la llivière-Xoire 153 ; — des Outaouais (Ottawa) 
un des principaux affluents du Saint - Laurent , compris dans le 
territoire des Algonquins supérieurs 9, 80, 160; — des Puans ou 
Saint-François, décharge du lac des Puans dans la baie du même 
nom 264; rapides qui en embarrassent le cours 264; description 
des pays qu'elle arrose 264 — 266; — Puante ou de Becancourt 
dans la seigneurie de ce nom : Perrot demeurait sur les bords de 
cette rivière 301 ; — des Renards, ainsi appelée du nom des peuples 
établis dans son voisinage, se décharge par le lac et la rivière des 
Puans dans la baie du même nom 264 — 266; — Rouge dans le 
territoire nord-ouest de l'Amérique Britannique 194; métis Canadiens- 
Sauteurs établis sur ses bords 194; leur courage et leur industrie 
194; — Saint- François affluent du Saint-Laurent, Piskaret chef 
Algonquin est tué en trahison près de cette rivière 108, 109; — 
Saint-Joseph dans le Michigau 146, 310; — Saint-Pierre 304; 
— Saint-Croix 304; — Sorel ou Richelieu 108. 

S. 

Sacrifices de chiens ou de dépouilles d'animaux sauvages aux manitous 
20, 177, 178; nombre de chiens à immoler dans les sacrifices ex- 
piatoires 339; V. Divinités, Offrandes, Tabac. 

Sagaïuité, bouillie de maïs 272. 

Saguinan (baie de) dans le lac Huron 80, 130, 214, 800. 

Saint-Esprit (Pointe), nom donné par les missionnaires à la pointe de 
Chagouamigon 283. 

Saint-Louis (Lac) formé par une expansion du fleuve Saint-Laurent, 
au dessous de Montréal 115. 

Saint-Lussnn (François Daumont de), commissaire subdélégué de l'inten- 
dant Talon, pour prendre possession du pays des Outaouais 126, 
292; part de Québec avec Perrot 126; hiverne chez les Amikouès 



126; arrive au Saut- Sainte-Marie, où il remplit la mission dont il 
était chargé 127, 292—295; V. Sainte-Marie (Saut). 

Sainte-Anne (fort), V. La Motte (fort). 

Sainte-Marie (Saut) : nations qui habitent dans son voisinage 193, 
290; les chefs d'un grand nombre de tribus de l'ouest y sont con- 
voqués 127 ; en leur présence et de leur consentement, Mr. de saint- 
Lusson prend, au nom de la France, possession du pays des Outaouais ; 
cérémonies dont cette prise de possession est accompagnée 128, 
292 — 295; date précise de cette prise de possession 127, 290; noms 
des nations présentes 127, 128, 293, 295. 

Sakinang et Sankinon 80, 130. V. Saguinan. 

Sakis (Ousakis, Sacks), nation de la Baie 258; les Sakis parents des 
Kenards et des Poutéouatamis 154, 263; ils envoient une ambassade 
aux Outagamis récemment établis près de la Baie 263, 264; font la 
traite avec eux et avec Perrot 267; marchent avec les Outaouais 
contre les Sioux 102, 103; se battent bravement et périssent pres- 
que tous 103; leur chef est pris et mis à mort par les vainqueurs 
103; Sakis brûlés par les Iroquois et les Outaouais 147; territoire 
habité aujourd'hui par les restes de cette nation 198. 

Sang (Prix du) à payer par la famille ou la nation du meurtrier 74, 
76, 205, 206, 211; Y. Meurtre. 

Sassassouacottons, nation de la la Baie: ils assistent à la prise de 
possession du pays des Outaouais 293, 295. 

Saut (le), V. Sainte-Marie (Saut). 

Sauteurs (les), nation Algonquine établie près du Saut-Sainte-Marie 55, 
193; tribus dont elle se compose 295; leur territoire de chasse au 
temps de Perrot 55; leur demeure présente 193, 194, 290; étaient 
autrefois voisins et amis des Sioux 55; ils s'enfuient vers le nord 
après la destruction des Hurons 85, 214; défont avec l'aide de 
leurs alliés deux partis d'Iroquois 83, 219, 97 — 99, 245, 246: 
s'allient aux Sioux contre les Outagamis 307 , 318 ; les Sauteurs 
sont défaits 307; Perrot délivre la fille d'un de leurs chefs, et 
rétablit la paix entre eux et les Outagamis 308; trois autres captives 
Sauteuses sont remises par ces derniers à Perrot 320; les Miami s 
veulent se défaire des Sauteurs par trahison, les Outagamis s'y 
opposent 154; les Sauteurs refusent de rendre la liberté aux Outa- 
gamis prisonniers 154; leur député déclare au comte de Frontenac 
que sa nation est décidée à prendre le parti des Sioux contre les 
Outagamis et les Maskoutens 318; la nation établie à Mamékagan 
doit son salut aux Sauteurs 153 ; meurtres de Français par les 
Sauteurs 155; caractère des Sauteurs actuels 193, 194. 

Sauvages de la Nouvelle-France, grands menteurs 162, 163; incapables 
de longs calculs chronologiques 163 : les sauvages d'une même tribu 
vivent dans la plus étroite union 71, 203; s'assistent mutuellement 
avec la plus grande libéralité 71, 203; l'égalité la plus parfaite 
règne entre eux 72; ils usent les uns envers les autres de beaucoup 
de douceur et de respect 72, 203; solidarité complète entre les 
membres d'une même famille et d'une même cation 7'J : visites de 



condoléance 72, 73; patience dans les injures reçues d'un de leurs 
compatriotes 72, 203; affections de famille 204; recherche excessive 
dans leur toilette 76, 206; orgueil et vanité 76; vengeances, repré- 
sailles 72, 74, 76, 77; lâcheté des sauvages considérés sous un 
point de vue tout européen 76, 77, 206; se font du courage une 
autre idée que nous 206; leur bravoure en certaines circonstances 
206 — 208; leur hardiesse et leur témérité 77, 209; le courage est 
en grande estime auprès d'eux 208; leurs chefs n'ont d'influence 
que s'ils sont généreux et braves 78, 208; indépendance absolue de 
sauvages 78, 210—212; leur cupidité et leur brutalité 77, 78, 
209, 210, 268; haines de tribu à tribu 147; hospitalité des 
sauvages 69 — 71, 202, 203; leur gloutonnerie 19, 174; leur 
passion pour le jeu de dès 51, 188; leurs perfidies et leurs 
trahisons 143 — 149, 311, 312; ce qu'il faut en penser 312 — 314; 
arrogance et mépris des sauvages à l'égard des Français 15'*, 316; 
leurs causes 150; différence sous ce rapport entre l'époque où vivait 
Perrot et les premiers temps de la colonie 96, 149; politique qu'il 
eût fallu suivre vis-à-vis des sauvages 148; façon dont Perrot traitait 
avec eux 151, 152; commerce des sauvages du Canada avec les An- 
glais 148, 313, 314; meurtres de Français qui leur sont imputés 
147, 312; sauvages vendus comme esclaves dans les colonies An- 
glaises 152, 317; jugements défavorables portés sur les sauvages par 
Perrot et quelques gouverneurs ou intendants du Canada 143, 313. 
Y. Dieu, Divinités, Festins, Funérailles, Mariage etc. etc. 

Savane, terrais bas et marécageux 192; le meilleur pour la chasse 
du Caribon 53. 

Sépulture, V. Funérailles. 

Sillerj, village d'Algonquins chrétiens près de Québec; des Montagnais 
s'y rendent pour prendre part à une expédition contre les Iroqnois 
109. 

Sinagaux (Sinagos du Ms.), une des trois tribus Outaouaises qui s'enfuirent 
au Mississipi avec les Hurons Tionnontatés 241 ; leur chef accom- 
pagne quelques Sioux dans leur pays 99; conclut avec le chef de 
ces Sioux l'alliance du calumet 99, 100; ce chef des Sioux vient 
à son tour à Chagouamigon 101, 102: il est livré par les 
Sinagaux aux Hurons qui le mettent à mort 102; invasion du 
pays des Sioux par les Hurons, les Sinagaux et leur alliés 102; 
premier succès des confédérés suivi d'une déroute complète 102, 
103; courage intrépide des Sinagaux, ils sont tués presque tous 103; 
leur chef est pris et reconnu, son supplice 103. 

Sioux ou Dacotabs, l'une des plus puissantes nations de l'Amérique du 
nord 231, 232; noms divers sous lesquels elle est connue 232; 
Sioux orientaux ou sédentaires, Sioux occidentaux ou nomades 232, 
236, 340; territoire des Sioux sédentaires 88, 232; sa description 
et ses produits 88, 235; bourgades et habitations 88 , 235, 237, 
238; industrie 235; guerre 88, 89, 236; armes 85, 233, 234; 
traitement des prisonniers de guerre 87, 90, 91, 244; navigation 
88, 89, 236; moeurs et usages 90, 178, 235-237, 243; culte 236; 



XXX VI 

langue 236; chiffre de la population Siousc à la fin du 17«. siècle et 
de nos jours 237, 238; voisins des Sauteurs et des Illinois 55, 
222; faisaient aux seconds une guerre acharnée, et les avaient 
probablement chassés vers le lac Michigan 223; les Illinois pour- 
suivis par les Iroquois se réfugient auprès des Sionx, Miels 
il font la paix 221, raffermie plus tard par le P. Marquette 224; 
des Sionx surprennent un parti de chasse Ontaonais et l'amèi 
à leur village 85; ils le mettent en libertés."); ils visitent les cam- 
pements des Hnrons et des Outaouais 88; leur joie à !a vue di 
étrangers, manifestations ridicules auxquelles elle donne lieu 80, 
2ol ; mépris des Hurons et des Outaouais pour les Sioux 86; 
hostilités entre ces nations, les Sioux battent à plusieurs reprises les 
Outaouais et les Hurons, unis ou séparés; il- Les forcent à quitter 
le Mississipi et plus tard Chagouamigon 86 — 91, 99 — 104, 239, 
241,212,251; V. Outaouais, Sinagaux, Tionnootatés (Hurons); les 
Sioux ne poursuivent pas leurs avantages 1*1; leurs guerres contre les 
Kiristinons, les Assiniboinea et autres nations du nord 91; les Sioux 
presque toujours vainqueurs de leurs ennemis 234, sont cruellement 
décimés par ces guerres continuelles 91, 245; premiers voyageurs j 
çais chez les Sioux sédentaires 237, 23S, 340; l'un d'eux au moins 
hiverne chez ces peuples 340; les Sioux et les Sauteurs s'unissent 
contre les Outagamis 3( )7 : Perrot arrête les hostilités 307, 3( >8 : premier 
établissement de Perrot chez les Sioux, sous Mr. de La Barre 308; 
prise de possession de leur pays au nom de la France, sous le 
Mis de Denonville 319, 304; acte de cette prise de possession 304, 
305; la guerre éclate de nouveau entre les Sioux et les Outagamis 
unis aux Miamis et aux Maskoutens 318, 327; les Sauteurs se 
rangent du côté des Sioux 318, 327; double défaite des Miamis 
par les Sioux 318; les Outagamis prient Perrot de se porter comme 
médiateur entre eux et les Sioux 327: Perrot accepte cette mission 
et se rend chez les Sioux 327; ses propositions de paix rejetées 
d'abord, sont ensuite acceptées 327, 328. V. Perrot. 

Sokokis à la suite de La Salle dans pays des Illinois 308 ; se réfugient 
auprès des Miamis 308; accompagnent Perrot chez les Sioux 308. 

Soleil (le) est mis par les sauvages au rang de leurs divinités du 
premier ordre 12, 167, 177, 261, 262, 276; offrandes et sacrifices 
au soleil 20, 31, 177; festins eu son honneur 274. 

Songes: chaque sauvage choisit pour son manitou le premier animal 
dont il rêve pendant le jeûne qu'il s'impose à cet effet 13, 14: respect 
profond et observance superstitieuse des songes chez les sauvages 171. 

Songeskitoux, tribu Siouse au nord-est de la rivière Saint-Pierre 304. 

Sorciers, leur rôle dans les sueries 202; à la naissance d'un enfant 
30, 31. 

Sorel (Mr. de), capitaine au régiment de Carignan, commande en chef 
un détachement Franco-Algonquin 112; sou avant-garde s'empare du 
Bâtard-Flamand et de ses compagnons envoyés des Agniers 112; 
Mr. de Sorel force les Algonquins à respecter ces ambassadeurs qu'il 
ramène sains et saufs à Québec 112. 



XXXVII 

Sorel (fort de) construit sur les ordres de Mr. de Tracy par M. de 
Sorel: le Bâtard-Flamand y est détenu jusqu'à la paix des Français 
avec les Agniers 113, 114. 

Soto (Ferdinand de) premier découvreur du Mississipi 238, 280. 

Suerie ou bains de vapeurs chez les sauvages G9, 70, 202. 

T. 

Tabac ou Pétuii, unique culture des Sioux 235; les sauvages de l'ouest 
offrent à leurs manitous de la fumée ou de la poudre de tabac 
20, 21, 276; formule de prière dont cette dernière offrande est 
accompagnée 276; lancent aussi des bouffées de tabac sur les 
personnnes et sur les choses qu'ils veulent honorer 66, 198, 
259, 272. 

Talon , intendant de la Nouvelle-France , envoie Mr. de Saint-Lusson 
prendre possession du pays des Outaouais 126; lui donne Perrot 
pour guide et pour interprète 126; charge Jolliet de la découverte 
du Mississipi 280, 282. 

Tainarolias (Tamarouas, Tamarois), tribu Illinoise 221. 

Tambour des sauvages 30; sa description 182. 

Tainiscaroii, fils d'Ataentsic, est tué par son frère Jouskéha 161. 

Taqui, danse figurée des peuples du Pérou 249. 

Taronto (Toronto) 9. 

Tchakabesch 160; sa mère est dévorée par le Grand-Lièvre 160; 
Tchakabesch le tue pour la venger 160. 

Terre, V. Création, Grand-Lièvre, Ataentsic. 

Thebegagon (Tejajagon de Charlevoix) sur la côte nord-ouest du lac 
Ontario 142. 

Tionnonlatés ou Aurons du Pétun, chassés de leur pays par les 
Iroquois , se réfugient d'abord à Michillimakinak 238, 239; puis 
dans l'île Huronne , où ils sont rejoints par les Outaouais fugitifs 
comme eux 80, 214; se retirent ensemble dans le Méehingan chez 
les Poutéouatamis 81, 214, 240; repoussent les attaques des Iroquois 
81, 82; descendent aux Trois-llivières avec les Outaouais 83, 84, 
228, 229; redemandent le P. Garreau leur ancien missionnaire 83, 
84, 229; sont, à leur retour, surpris et défaits par le Bâtard- 
Flamand 84; mort du P. Garreau et tortures infligées aux Tion- 
nontatés prisonniers 84, 2o0; ressentiment des Tionnontatés contre 
les Français à cette occasion 84; les Tionnontatés et les Outaouais 
montent au Mississipi, leurs premières relations avec les Sioux 84; 
les Tionnontatés répondent aux bons traitemenrs des Sioux par le 
meurtre de quelques uns d'entre eux 86 , 87 , et par l'invasion de 
leur pays, faite de concert avec les Outaouais 87; ils sont battus 
par les Sioux, et s'enfuient jusqu'aux sources de la Eivière-Noire 
où ils s'établissent 87, 240, 241; les incursions des Sioux les 
forcent à quitter bientôt ce poste pour se réunir aux Outaouais de 
Chagouamigon 87 , 88 ; cent de leurs guerriers entreprennent une 
nouvelle expédition contre les Sioux 88, 89, 241, 242; ils sont tous 
pris au filet, un seul excepté 89, 90; une partie des captifs est 



mise à mort, et l'autre en liberté 90, 91; cet échec dégoûte 
pendant quelques années les Tionuontatés de guerroyer contre les 
Sioux 91 J un parti de Tionuontatés ramène à Chagouamigon quel- 
ques Sioux auxquels les Outaouais sauvent la vie 99 ; un chef Sioux 
rend à son tour la liberté à des Tionnontatés captifs et les reconduit 
lui-même à Chagouamigon 101, 251; trahison de ces captifs envers 
leur libérateur 101, 102; les Outaouais le livrent aux Tionuontatés 
qui le mettent à mort 101, 102; et abandonnent Chagouamigon pour se 
réfugier à Michillimakinak 102, 239; ils vont en traite à Montréal 
et s'y pourvoient d'armes et de munitions 102; envahissent de nouveau 
le pays des Sioux, avec les Outaouais, les Poutéouatamis, les Sakis 
et les Renards 102; premiers succès des confédérés suivis d'une 
déroute complète 102, 103; les Tionnoutatés se battent vaillamment 
et protègent la retraite 103 ; ils ratifient la prise de possession des 
pays de l'ouest faite en leur absence 128: ils acceptent le casse-tête 
que Mr. de La Barre leur envoie par Mr. de La Durantaye, et 
marchent avec les Français contre les Onontagués 133; dans la 
campagne contre les Tsonnontouans, ils rejoignent à Niagara le corps 
de Mr. de La Durantaye 142; envoient secrètement avertir ces 
Iroquois du coup qui les menace 145 ; persuadent aux nations de 
La Baie de cesser cette guerre 142 ; reproches que Perrot leur adresse 
à ce sujet 142; réponse ironique des Tsonnontouans aux députés 
Tionnontatés l45; complot de Kondiaronk leur chef contre les 
nations Outaouaises 143, 144; après le massacre de la Chine, les 
Tionnontatés de Michillimakinak seuls à peu près fidèles 324; 
Mr. de Louvigny leur fait présent d'un Iroquois prisonnier qu'ils 
veulent sauver 324; Mr. de Louvigny exige sa mort 324, 325; ils 
font des courses sur les Iroquois 326; la moitié d'entre eux quitte 
Michillimakinak, malgré le commandant Français, et va s'établir chez 
les Miamis de Saint- Joseph 146: les Tionnontatés sont les plus 
rusés et le plus traîtres de tous les sauvages 143, 148; n'ont 
jamais cherché que la ruine des nations d'en haut 145; étaient 
alliés secrets des Iroquois 145; et peu attachés aux Français 145; 
allaient en traite chez les Anglais 148 ; leur complot contre les 
Outaouais et les Français de Détroit 146; ce qu'il faut penser des 
perfidies et des trahisons qu'on leur reproche 312, 313. 

Toilette: soins excessifs que les sauvages donnent à leur toilette 76, 
206; dernière toilette des mourans 32, 33. 

Tombe: meubles, armes et vivres déposés sur les tombes 35, 40, 184, 185. 

Tonnerre (le) est vénéré des sauvages comme une divinité 13, 276; 
offrandes qu'on lui fait 177. 

Tonti (le chevalier), lieutenant de La Salle dans l'illinois 303; 
s'oppose à la traite des Français dans ce pays 303 ; troubles causés 
par cette mesure 138; le M is de Denonville écrit à ce sujet au 
ministre 303; Tonti et Du Lhut arrêtent trente coureurs de bois 
Anglais au Détroit 141. 

Tounikas, sauvages du bas Mississipi 181; leurs femmes n'étaient 
chargées que des travaux ordinaires du ménage 181. 



XXXIX 

Tracy (le M is de), vice-roi de toutes les possessions Françaises en 
Amérique, se rend à la Nouvelle-France 110, 341; reçoit à Québec 
les députés Agniers 112; fait étrangler un chef de cette nation 113; 
envahit et ravage le pays des Agniers 113, 114, et les force à 
demander la paix 114. V. Chasy (de). 

Traditions des sauvages sur la formation de la terre et de l'homme 
3 — 7, 160, 161; doutes sur l'antiquité de ces traditions 161; motifs 
a l'appui de ces doutes 161 — 164. 

Traite de l'eau-de-vie V. Eau-de-vie; traite du fer 258; traite des 
castors 296, 297; les Anglais s'emparent presque entièrement de 
cette dernière traite 148, 312, 313; tableau comparatif des prix de 
traite dans les colonies anglaises et au Canada, en 1689, 314. 

Tripe de roche, lichen dont, à défaut d'autre aliment, les sauvages se 
nourrissent 52, 188, 189. 

Trois-Rivières (les), ville du bas Canada, les Iroquois habitaient primi- 
tivement son territoire 9, 165, 166; les Algonquins s'y étaient aussi 
établis 213. 

Tsonrinntouans (Tsonontouans et Snontoans) , nation Iroquoise 166; 
s'empresse, à l'arrivée du M is de Tracy , de faire sa paix avec les 
Français 111; expédition du M is de Denonville contre les Tsonnon- 
touans 138 — 143; avertis sous main par les Hurons Tionnontatés, les 
Tsonnontouans ont le temps de fuir 145; occupation de leurs villages 
et ravage de leur territoire par les Français 142. 

V. 

Vaudreuil (Philippe de Eigaud, Marquis de), gouverneur de la Nouvelle- 
France 267; reçoit de Perrot un mémoire en faveur des Outagamis 
151, 267, 336; protège Perrot et sa famille 335. 

Veuf, Veuve: ne peuvent se remarier qu'à l'expiration de leur deuil 
27, 28; ce deuil est de six mois pour les chefs de village, et de 
deux ans pour tous les autres 29; la femme veuve ne peut se re- 
marier que du consentement de sa belle-mère et avec celui dont 
celle-ci a fait choix 26, 27, 180 ; le veuf ne peut se remarier qu'avec 
une des parentes naturelles ou adoptives de sa défunte femme 28, 
180, â moins que la famille ne le dispense de cette obligation 29; 
outrages auxquels il exposerait sa seconde femme s'il ne se con- 
formait pas à cette coutume 28, 29. V. Deuil. 

Viileray (Mr. de) est chargé par le comte de Frontenac de publier, dans 
le pays des Outaouais, l'amnistie accordée aux coureurs de bois 131; 
et de commander en ces quartiers 131; il est remplacé dans ce 
poste par Mr. de La Valtrie 138. 

Vol (le) est, chez les sauvages, puni de la peine du talion 73, 294 ; si celui 
qu'on veut punir est coupable du vol qu'on lui impute, il n'oppose 
aucune résistance 74; s'il est innocent, il peut se défendre et même 
tuer son adversaire 73 : le village près duquel a été commis un vol, 
dont l'auteur est inconnu, en est civilement responsable 205. 



Corrections. 



p. 5G, ligne 5/ costume — Coustume. 

1». lit;, ligne'10: (1695) — (1694). 

p. 117, ligne 12: [n'] eussent — eussent. 

p. 152, ligne 10: (1690 ou H',94) — (de 1690 à 1G94). 

p. 153 et 317: chapitre XXIX — chapitre XXVIII. 

p. 164, ligne 23: enlevé — enlevée. 

p. 184, ligne 3 ut 12 et p. 185, ligne 18: Quartier — Cartier. 

p. 186, ligne 26: ne sont gémir — ne font que gémir. 

p. 210, ligne 28 : principes — principe. 

p. 224, ligne 25: incoursions — incursions. 

p. 224, ligne avant dern.: (1665) — (160G). 

p. 257, ligne 1: chapitre XIII — chapitre XVIII. 

p. 273, ligne 9: s'xécute — s'exécute. 

p. 281, ligne 34: ses quartiers — ces quartiers. 

p. 289, ligne 24: Garreau — Garneau. 

p. 299 et 311: du Luth — du Llmt. 

p. 319, ligne 6: (301) — (302). 



Table 

des matières contenues clans ce volume. 



Préface 

Mémoires de Nicolas Perrot 

Chap. I. Croyance des nations sauvages de l'Amérique septen- 
trionale touchant la création du monde, avant qu'ils 
eussent estez veuz et fréquentez des Européans . . 3- 
Chap. II. Croyance des sauvages sur la création de l'homme . 5 
Chap. III. Commencement des guerres des sauvages .... 8 
Chap. IV. Premières guerres des Irroquois voisins des Algonkins 
avec lesquels ils estoient en paix et le sujet de leur 

guerre 9 

Chap. V. Relligion des nations sauvages ou plustot superstition 12 
Chap. VI. Continuation des superstitions des sauvages ... 19 
Chap. VII. Mariage des sauvages 22 

I. Manières usitées parmy les sauvages du nord et 
du sud qui parlent la langue Algonkine ou [celles 
qui] en. dérivent quand ils recherchent une fille en 
mariage 23 

II. Pratiques et occupations des hommes .... 29 

III. Occupations de la femme 30 

IV. Des enfans 30 

Chap. VIII. Des funérailles des sauvages des pays d'en haut 

et de la manière dont ils font les obsèques .... 32 

I. Funérailles 32 

II. Deuil général des sauvages 3ô 

III. Manière dont les sauvages font la feste de leurs 
morts 37 



XLII 

Chap. IX. Croyance des sauvages non convertis touchant l'im- 
mortalité de l'ame et du lieu où elles sont à jamais . 40 
Chap. X. Jeux et divertissemens des sauvages 43 

I. Jeu de crosse 43 

II. Jeu des pailles 46 

III. Jeu de dez 50 

Chap. XI. Vivres ordinaires et chasses des sauvages .... 51 

I. Vivres ordinaires des sauvages 51 

II. Manière dont les sauvages du nord font la chasse 

du castor b'1 

III. Chasse de caribou, de l'élan et autres animaux 53 

IV. Productions naturelles des prairies, gibier et bestes 
sauvages qu'on y rencontre 56 

V. Chasse du buffle 60 

VI. Manière dont les sauvages font la chasse de l'ours 

en hyver 65 

Chap. XII. Moeurs des sauvages 69 

I. De l'hospitalité des sauvages 69 

II. De l'union des sauvages 71 

III. Justice des sauvages 73 

IV. De l'ambition et vaine gloire des sauvages . 76 

V. De la vengeance des sauvages 76 

VI. L'intérest domine chez les sauvages l'ambition et 

la vengeance 77 

VII. La subordination n'est pas une maxime chez les sauvages 78 
Chap. XIII. Continuation de la guerre des Algonkins et des Irro- 

quois, qui a esté suivie entre plusieurs autres nations 78 

Chap. XIV. Deffaite et fiiitte des Hurons chassés de leur pays . 80 

Chap. XV. Fiiitte des Hurons et des Outaoiias dans le Micissipy 83 

Chap. XVI. Guerre des Algonkins contre les Irroquois . . 104 

I. Les Irroquois attaquent les Algonkins et les François 104 

II. Deffaite des Hurons 105 

III. Deffaite des Algonkins 106 

IV. Expéditions des François contre les Irroquois . 111 
Chap. XVII. Assassins faits envers les Irroquois 115 

I. Premier assassin 115 

II. Justice rendue aux Irroquois au sujet de l'assassin 
mentionné cy-dessus 117 

III. Autre assassin 118 



XLin 

Chap. XVIII. Terreur des Outaouas à la veiie des Irroquois qui 

chassoient le long de la rivière 119 

Chap. XIX. Sédition esmeiie par les Outaouas d'une manière 

inopinée à Montréal 122 

€liap. XX. Arrivée de Mr. Talon intendant ayant, les ordres de 

faire poser les armes de France dans le pays des Outaouas 

et en prendre possession au nom du Eoy .... 126 
Chap. XXI. L'Irroquois n'estant plus en guerre avec les François 

ny leurs alliez la porte chez les Andastes et le Chaoiianons 129 
Chap. XXII. Guerre entreprise par Mr. de La Barre contre les 

Irroquois 132 

Chap. XXIII. Campagne de Mr. Denonville contre les Irroquois 138 
Chap. XXIV. Trahison du Huron avortée contre touttes les nations 

Outaoiiases 143 

Chap. XXV. Autre trahison des Hurons • . . 146 

Chap. XXVI. Trahison des Outaouas envers les François . . . 146 
Chap. XXVII. De l'insolence et de la vaine gloire des sauvages 

et de ce qui y a donnée lieu 149 

Chap. XXVIII. Harangue qu'il auroit fallu faire à touttes les 

nations Outaoiiases pour les obliger à la paix du Renard 

et de ses alliez 153 

Notes 157 

Additions 338 

Index alphabétique 
Corrections 



MEMOIRE 

SUR LES MOEURS, COUSTUMES, 

ET RELLIGION DES SAUVAGES DE 

L'AMERIQUE SEPTENTRIONALE. 



PAR 



NICOLAS PERROT. 



Chapitre I. 

Croyance des nations sauvages de L'Amérique septentrio- 

nalle touchant la création du monde avant qu'ils eussent 

estez veus et fréquentez des Européans. 

TOUTS les peuples qui habitent l'Amérique 
septentrionalle n'ont aucune connoissance de la créa- 
tion du monde que celle qu'ils ont apprise des Euro- 
Ï)éans qui les ont découverts, et qui conversent touts 
es jours avec eux. Ils ne s'appliquent mesme que 
très peu a cette connoissance. Les lettres et l'écri- 
ture ne sont aucunement en usage chez eux, et toute 
leur histoire pour les antiquitez ne se réduit qu'à des 
idées confuses et fabuleuses qui sont si simples, si 
basses et si ridicules, qu'elles mérittent d'estre seule- 
ment mises en lumière pour en faire connoitre l'igno- 
rance et la grossièreté. 

Ils tiennent que tout n'estoit qu'eau avant que 
la terre fust créée; que sur cette vaste étendue 
d'eau flottoit un grand cajeux 1 ) de bois, sur lequel 
estoient touts les animaux de différente espèce qui 
sont sur la terre, dont le grand Lièvre, disent -ils, 
estoit le chef. Il cherchoit un lieu propre et so- 
lide pour débarquer ; mais comme il ne se pré- 
sentoit a la veiie que cignes et autres oiseaux de 
rivière sur l'eau, il commençoit desjk à perdre espé- 
rance, et n'en voyoit plus d'autre que celle d'en- 
gager le castor à plonger pour aporter un peu de 
terre du fond de l'eau, l'asseurant au nom de touts 
les animaux, que s'il en revenoit avec un grain seule- 
ment, il en produiroit une terre assez spatieuse pour 



les contenir et les nourrir touts. Mais le castor 
tachoit de s'en dispenser, alléguant pour raison qu'il 
avoit desjk plongé aux environs du cajeux sans ap- 
parence d'y trouver fonds. Il fust cependant pressé 
avec tant d'instance de tenter de rechef cette haute 
entreprise, qu'il s'y hazarda et plongea. Il resta si 
longtemps sans revenir, que les supliants le crurent 
noyé; mais on le vit enfin paroître presque mort et 
sans mouvement. Alors touts les autres animaux 
voyant qu'il estoit hors d'état de monter sur le ca- 
jeux, s'intéressèrent aussitost à le retirer; et après 
luy avoir bien visité les pattes et la queue ils n'y 
trouvèrent rien. 

Le peu d'espérance qui leur restoit de pouvoir 
vivre les contraignit de s'adresser au loutre, et de le 
prier de faire une seconde tentative pour aller quérir 
un peu de terre au fond de l'eau. Ils luy représen- 
tèrent qu'il y alloit également de son salut comme 
du leur; le loutre se rendit à leur juste remonstrance 
et plongea. Il resta au fond de l'eau plus longtemps 
que le castor, et en revint comme luy avec aussy 
peu de fruit. 

L'impossibilité de trouver une demeure où ils 
pussent subsister ne leur laissoit plus rien a espérer, 
quand le rat musqué proposa qu'il alloit, si on vou- 
loit, tâcher de trouver fonds, et qu'il se fiatoit mesme 
d'en aporter du sable. On ne comptoit guerre sur 
son entreprise, le castor et le loutre bien plus vi- 
goureux que luy n'en ayant pu avoir. Ils l'encoura- 
gèrent cependant, et luy promirent mesme qu'il seroit 
le souverain de toute la terre s'il venoit à bout 
d'accomplir son projet. Le rat musqué donc se jetta 
à l'eau et plongea hardyment. Après y avoir esté 
près de vingt -quatre heures, il parut au bord du 
cajeux le ventre en haut sans mouvement et les 
quatre pattes fermées. Les autres animaux le re- 
çurent et le retirèrent soigneusement. On luy ouvrit 
une des pattes, ensuitte une seconde, puis une troi- 



sième, et la quatrième enfin , où il y avoit un petit 
grain de sable entre ses griffes. 

Le grand Lièvre qiù s'estoit flatté de former une 
terre vaste et spatieuse, prit ce grain de sable et le 
laissa tomber sur le cajeux, qui devint plus gros. Il en 
reprit une partie et la dispersa. Cela fit grossir la masse 
de plus en plus. Quand elle fut de la grosseur d'une 
montagne, il voulut en faire le tour, et à mesure 
qu'il tournoit, cette masse grossissoit. Aussitôt qu'elle 
luy parut assez grande, il donna ordre au renard 
de visitter son ouvrage avec pouvoir de l'agrandir : 
il luy obéit. Le renard ayant connu qu'elle estoit 
d'une grandeur suffisante pour avoir facilement sa 
proye, retourna vers le grand Lièvre pour l'informer 
que la terre estoit capable de nourrir et de contenir 
touts les animaux. Sur son raport le grand Lièvre 
se transporta sur son ouvrage, en fit le tour, et le 
trouva imparfait. Il n'a depuis voulu se fier à aucun 
de touts les autres animaux, et continue toujours à 
l'augmenter, en tournant sans cesse autour de la terre. 
C'est ce qui fait dire aux sauvages, quand ils entendent 
des retentissements dans les concavités des montagnes, 
que le grand Lièvre continue de l'agrandir. Ils l'ho- 
norent, et le considèrent comme le dieu qui l'a créée. 
Voila ce que ces peuples nous aprennent de la création 
du monde, qu'ils croyent estre tousjours porté sur 
ce cajeux. A l'égard de la mer et du firmament, 
ils asseurent qu'ils ont estez de tout temps 2 ). 



Chapitre II. 

Croyance des sauvages sur la création de l'homme. 

Après la création de la terre, touts les autres 
animaux se retirèrent chacun dans les lieux les plus 
commodes qu'ils purent trouver, pour y avoir leur 



pâture et leur proye. Les premiers estant morts, le 
grand Lièvre fit naistre des hommes de leurs ca- 
davres, mesme de ceux des poissons qui se trouvèrent 
le long du rivage des rivières qu'il avoit formées en 
créant la terre. Car les uns tirèrent leur origine 
d'un ours, les autres d'un élan, et ainsy de plu- 
sieurs différents animaux; ce qu'ils ont fermement 
crû avant d'avoir fréquenté les Européans, persuadez 
qu'ils tenoient l'estre de ces sortes de créatures, dont 
l'origine estoit tel qu'il a esté cy-devant exposé. Cela 
passe encore aujourd'huy chez eux pour une vérité con- 
stante, et s'il s'en trouve aujourd'huy qui sont dissuadez 
de cette rêverie , ce n'a esté qu'à force de les rail- 
ler sur une si ridicule croyance. Vous les entendez 
dire que leurs villages portent le nom de l'animal 
qui leur a donné l'estre, ainsy que de la grue, de 
l'ours, et autres animaux. Ils s'imaginent avoir estez 
créés par d'autres divinitéz que celles que nous re- 
connoissons, pareeque nous avons plusieurs inven- 
tions qu'ils n'ont pas, comme celle de l'écriture, de 
tirer du feu , de faire de la poudre , des fusils c t 
autres choses qui sont à l'usage de l'homme. 

Ces premiers hommes qui formèrent le genre 
humain estants dispersez en différents endroits de la 
terre, reconnurent qu'ils avoient de l'esprit. Ils con- 
sideroient câ et là des buffles, des cerfs, des biches, 
toutes sortes d'oiseaux et d'animaux, et quantité de 
rivières pleines de poissons; ces premiers hommes, 
disje, que la faim avoit affoiblis, inspirez du grand 
Lièvre d'une manière infuse, rompirent la branche d'un 
petit arbrisseau, firent une corde de filasse d'ortie. 

Polirent une broustille avec une pierre aiguisée et 
armèrent par le bout d'une pareille pour leur servir 
de flèche, et par ce moyen dressèrent un arc avec 
lequel ils tuoient de petits oiseaux. Ils firent ensuitte 
des viretons pour attaquer les grosses bestes qu'ils 
escorchèrent, et dont ils voulurent manger; mais 
n'ayant trouvé de saveur que dans la graisse, ils 



tachèrent de tirer du feu pour en faire cuire la viande, 
et prirent pour cet effet du bois dur, mais inutile- 
ment, pour essayer d'en avoir. Ils en employèrent 
de moins dur qui leur en donna. Les peaux des 
animaux servirent à les couvrir. Comme la chasse 
n'est pas l'hyver pratiquable a cause des grandes 
neiges, ils inventèrent une manière de raquettes pour 
y marcher avec plus de facilité, et construisirent des 
canots pour se mettre en estât de traverser les rivières. 
Ils raportent aussy que ces hommes, formez comme 
il a esté dit , trouvèrent en chassant la trace d'un 
homme prodigieusement grand, suivie d'une plus pe- 
tite. Chacun ayant marché dans son terrain sur ces 
vestiges avec bien de l'attention, apperçurent de loin 
une grande cabanne, où estants arrivez ils furent sur- 
pris d'y voir les pieds et les jambes d'un homme si 
grand, qu'ils ne pouvoient en descouvrir la teste. 
Cela leur donna de la terreur et les obligea de se 
retirer. Ce grand colosse s'estant éveillé jetta les 
yeux sur une piste qui estoit nouvelle, et qui l'en- 
gagea à faire un pas ; il vît aussitost celuy qui l'avoit 
découvert, que la frayeur avoit contraint de se cacher 
dans un buisson où il trembloit de peur, et luy dit : 
Mon fils, pourquoy crains-tu? rasseure-toy : je suis le 
grand Lièvre, celuy, qui t'a fait naistre et bien 
d'autres des cadavres de différents animaux. Je te 
veux donner aujourd'huy une compagne. Et voicy 
les termes dont il se servit en luy donnant une femme : 
Toi, homme, dit il, tu chasseras, tu feras des canots, 
et tout ce que l'homme est obligé de faire; et toy, 
femme, tu feras la cuisine a ton mary, tu feras ses 
souliers, et tu passeras les peaux, tu fileras, et tu 
t'acquitteras de tout ce qui convient à une femme 
de faire. C'est là la croyance de ces peuples touchant 
la création de l'homme, qui n'est fondée que sur une 
des plus ridicules extravagances, à laquelle ils ad- 
joutent foy comme à des véritez incontestables, et 
que la honte les empesche de divulguer 1 ). 



Chapitre III. 

Commencement des guerres des sauvages. 

Chacun de ces hommes avoient à eux un pays 
particulier, où ils demeiuoient avec leurs femmes, 
qui se multiplièrent peu a peu. Ils vécurent en paix 
jusqu'à ce qu'ils devinrent plus nombreux. S'estant 
donc dans la suitte des temps multipliez, ils se 
séparèrent pour vivre plus à leur aise, et devinrent, 
à force de s'étendre, voisins de gens qui leur estoient 
inconnus et dont ils n'entendaient point le langage. 
Car le grand Lièvre leur avoit donné à chacun un 
patois différent, quand il les tira des cadavres des 
animaux. Il y en eust qui continuèrent de vivre en 
paix, les autres commencèrent à se faire la guerre. 
Ceux qui se trouvèrent les plus foibles abandonnèrent 
leur pays pour éviter la fureur de leur ennemis, et 
se retirèrent plus loin où ils trouvèrent des nations 
contre lesquelles ils eurent encore à soustenir. Quel- 
ques uns s'adonnèrent a cultiver la terre, et se nour- 
rissoient de bled d'inde, de fève, d'aricots, et de 
citrouille. Ceux qui ne vivoient que de chasse estoient 
plus adroits, et réputez plus guerriers que les autres, 
qui les craignoient et les redoutoient beaucoup. Cepen- 
dant ils ne pouvoient se passer les uns des autres, 
à cause des besoins de la vie. C'est ce qui fit qu'ils 
vécurent plus longtemps en paix ; car le chasseur ti- 
roit son grain du laboureur, et le laboureur sa viande 
du chasseur. Mais dans la suite les jeunes gens, par 
une certaine fiéreté naturelle à touts les sauvages, ne 
reconnoissant plus de chef commettoient desja fur- 
tivement des assassins *), et suscitèrent des guerres 
contre leurs alliez qui furent obligez de se deffendre. 



Chapitre IV. 

Premières guerres des Irroquois voisins des Algonkins 

avec lesquels ils estoient en paix et le sujet de 

leur guerre. 

Le pays des Irroquois estoit autrefois le Mont- 
réal, et les Trois Rivières 1 ) ; ils avoient pour voysins les 
Algonkins qui demeuroient le long de la rivière des 
Outaolias, au Nepissing, dans la rivière des François, 
et entre icelle et Taronto. Les Irroquois n'estoient pas 
chasseurs: ils labouroient la terre et vivoient des 
racines qu'elle produisoit, et du grain qu'ils semoient. 
Les Algonkins au contraire ne subsistoient que de 
leur chasse, méprisant l'agriculture comme une chose 
peu convenable à leur fiéreté ambitieuse , et qu'ils 
regardoient infiniment au-dessous d'eux; tellement que 
les Irroquois se consideroient en quelque manière 
comme leurs vassaux. Cela ne les empeschoit pas 
d'estre en commerce ensemble; ils leur aportoient 
du grain pour des viandes seiches et des peaux 
qu'ils en retiroient. Les Irroquois ne pouvoient se 
dispenser de vivre avec eux de la sorte, parce qu'ils 
estoient bien moins guerriers. Il falloit qu'il parut de 
la soumission de leur part aux volontez des Algonkins. 

Il arriva un jour, durant la paix qui regnoit 
entre eux, que les Algonkins firent sçavoir aux Ir- 
roquois du village le plus voysin de venir hyverner 
chez eux, et qu'ils les fourniroient de viandes fraiches 
pendant l'hyver, qui feroient de meilleur bouillon 
que les seiches, dont la première saveur n'estoit que 
de la fumée. Ils acceptèrent l'offre qu'on leur faisoit. 
Ils partirent ensuitte quand la saison permit d'aller 
à la chasse, et s'écartèrent bien avant dans les forests, 
où ayant achevé de détruire toutes les bestes qui 
se trouvèrent dans la circonférence des endroits où 
l'on pouvoit chasser a leur proximité, ils manquèrent 



10 

de vivres, et furent obligés de décamper et d'aller 
plus loin chercher de quoy chasser. Mais comme 
les sauvages ne peuvent faire dans un jour qu'une 
très petite marche, a cause qu'il leur faut porter avec 
eux cabanes, enfans, et tout ce qui leur est néces- 
saire, quand ils changent d'endroit pour la chasse; 
les Algonkins choisirent six jeunes gens de leurs 
meilleurs chasseurs pour aller tuer des bestes à l'ar- 
rivée des gens des deux villages; et engagèrent les 
Irroquois k joindre avec eux six des leurs qui par- 
tageroient la chasse qu'ils feroient ensemble, et qui 
viendroient au-devant des deux nations avec leur 
viande. Quand ces douze jeunes gens furent rendus 
dans un lieu où il y avoit apparence de chasse, les 
uns s'occupèrent au campement , pendant que les 
autres travailloient à jetter les neiges, et k faire 
des ravages d'élans. En ayant découverts ils retour- 
nèrent vers leurs compagnons, et se liant sur leur 
adresse et leur habilité k chasser, ils conclurent entre 
eux que chaque Algonkin serait accompagné d'un 
Irroquois quand on escorcheroit les bestes, et qu'on 
en apporteroit la viande au camp avec les peaux. 
Le lendemain les Algonkins ayant chacun un Ir- 
roquois se dispersèrent ; ils trouvèrent plusieurs élans 
qu'ils manquèrent, k cause qu'ils n'avoient alors que 
l'usage des flèches, et furent contraints de revenir 
au camp sans avoir rien pris. Ils y retournèrent 
encore le jour ensuitte, et ne furent pas plus heu- 
reux que le précédent. Les Irroquois qui s'estoient 
estudiez k retenir la manière dont les Algonkins 
faisoient leurs aproches, demandèrent leur consente- 
ment pour chasser séparément; ils répondirent avec 
beaucoup de fiéreté, qu'ils s'estonnoient fort qu'ils 
osassent se flatter de tuer des bestes, puisqu'ils n'en 
avaient pu tuer eux-mesmes. Mais les Irroquois sans 
les consulter davantage là -dessus, partirent le len- 
demain pour faire leur chasse sans les Algonkins, 
et arrivèrent ensuitte chargez de viande a leur camp. 



11 

Les autres qui n'avoient rien fait, voyant que ceux 
qu'ils avoient méprisez avoient eii l'avantage, ré- 
solurent de leur oster la vie ; ce qu'ils rirent. Car 
un jour qu'ils dormoient, ils les assassinèrent et 
couvrirent leurs corps de neige; à l'égard des viandes, 
ils les firent sécher pour estre plus légères à porter, 
et vinrent au-devant de leurs gens. Quand on leur 
demanda ce qu'estoient devenus leurs compagnons, 
ils répondirent qu'ils s'estoient touts perdus dans les 
glaces d'une rivière qu'ils avoient passée ; et pour 
mieux colorer cette fausseté ils cassèrent un grand 
banc de glace, afin de leur faire voir l'endroit où 
ils s'estoient noyez. Les Algonkins partagèrent li- 
béralement les viandes, et en donnèrent la plus forte 
part aux Irroquois. Ils campèrent touts ensemble en 
cet endroit et y passèrent le reste de l'hyver à la 
chasse sans aucune nouvelle du meurtre qui y avait 
esté commis. 

Quand les neiges commencèrent à fondre vers 
le printemps, les corps de ces morts causèrent une 
puanteur insuportable dans leur camp, qui fit dé- 
couvrir les assassins. L'irroquois s'en plaignit au 
chef des Algonkins qui ne luy en rendit aucune 
justice; mais il luy dit d'un air menaçant, que peu 
s'en falloit qu'il ne les chassât de leur pays, et qu'il 
ne les exterminât entièrement ; que ce n'estoit que 
par pitié et compassion qu'il leur laissoit la vie. 
L'irroquois prit le party de se retirer doucement 
sans avoir rien à luy répondre la -dessus, et donna 
secrètement avis sur-le-champ aux Irroquois ses 
alliez des menaces qu'on luy venoit de faire , et de 
l'assassin qui s'estoit commis. Il fut donc résolu 
qu'on s'en vengeroit, et peu de temps après ils cas- 
sèrent la teste à quelques Algonkins qu'ils trouvèrent 
à l'écart. Mais ne se trouvant pas capables de 
prévenir les suittes que leur attireroit cette action 
de la part des Algonkins , ils s'éloignèrent et se 
réfugièrent vers le lac Erien [Erié] , où estoient les 



12 

Chaoiianons qui leur firent la guerre, et les obligèrent 
de s'aller establir le long du lac Ontario, que l'on 
nomme à présent le lac Frontenac. Après avoir enfin 
soustenu plusieurs années la guerre contre les Chaoiïa- 
nons et leurs alliez, ils se retirèrent à la Caroline 
où ils sont à présent 2 ). Touttes ces guerres servirent 
bien à aguérir les Irroquois, et à les rendre capables 
de combattre les Algonkins, qui portoient auparavant 
la terreur chez eux. Ils sont venus à bout de les 
détruire, et plusieurs autres nations ont éprouvé la 
valeur de ces redoutables ennemis , qui les ont con- 
traint d'abandonner leurs pays 3 ). 



Chapitre V. 

Relligion des nations sauvages ou plustot superstition. 

On ne sçauroit dire que les sauvages professent 
quelque doctrine ; il est constant qu'il ne suivent pour 
ainsy dire aucune relligion 1 ). Ils observent seulement 
quelques coustumes judayques: car ils ont certaines 
testes dans lesquelles ils ne se servent point de 
Cousteau pour couper les viandes cuittes, qu'ils dé- 
vorent avec les dents. Les femmes ont aussy cous- 
tume, quand elles mettent leurs enfants au monde, 
d'estre un mois sans entrer dans la cabanne de leur 
mary, et ne peuvent pas mesme pendant tout ce temps 
là manger avec les hommes, ny de ce qui a esté 
préparé de leurs mains. C'est pourquoy elles font 
leur cuisine en particulier 2 ). 

Les sauvages ne connoissent pour divinitez prin- 
cipales, que le grand Lièvre, le soleil, et les diables, 
j'entends ceux qui ne sont pas convertis. Ils in- 
voquent le plus souvent le grand Lièvre, parce qu'ils 
le respectent et l'adorent comme le créateur de la 
terre, et le soleil comme l'auteur de la lumière; 



13 

mais s'ils mettent les diables au nombre de leurs 
divinitez, et s'ils les invoquent, c'est par ce qu'ils 
les craignent, et qu'ils leur demandent la vie dans 
les invocations qu'ils leur font. Ceux d'entre les 
sauvages, que les François nomment jongleurs, parlent 
au démon qu'ils consultent pour la guerre et la 
chasse. 

Ils ont encore plusieurs autres divinitez, qu'ils 
prient et qu'ils admettent dans l'air, sur la terre, 
et dans la terre. Celles de l'air sont le tonnerre, 
les esclairs, et généralement tout ce qui leur y pa- 
roit aux yeux qu'ils ne peuvent pas concevoir ; comme 
la lune, les éclipses, et les tourbillons de vents 
extraordinaires. Celles qui sont sur la terre con- 
sistent dans toutes les créatures malignes et nui- 
sibles, particulièrement les serpents, les tygres , et 
autres animaux, ou oiseaux griffons pareils. Ils y 
comprennent aussy celles qui sont extraordinaires en 
beauté ou difformité dans leur espèce. Celles enfin 
qui sont dans la terre, sont les ours qui passent l'hyver 
sans manger, ne se nourrissant que de la substance 
qu'ils tirent de leur nombril en le suçant 3 ). Ils re- 
gardent de mesme tous les animaux qui séjournent 
dans les cavernes ou dans des trous, qu'ils invoquent 
lorsqu'en dormant ils ont rêvé à quelqu'une d'elles. 

Ils font pour ces sortes d'invocations un festin de 
vivres ou de tabac, auquel les anciens sont conviez, 
et déclarent en leur présence le rêve qu'ils ont eu en 
vouant le festin qui se doit faire à celuy auquel 
ils ont rêvé. Alors un des anciens prend la parole 
et, nommant la créature à laquelle se voue le festin, 
il luy adresse les paroles suivantes: Aye pitié, dit il, 

de celuy qui t'offre (en nommant 

chaque mets par leur nom); aye pitié de sa famille, 
accorde -luy ce qu'il a besoin. Touts les assistants 
répondent d'une commune voix : O ! ! par plusieurs 
fois jusqu'à ce que la prière soit achevée ; et ce 
mot O signiffie la mesme chose chez eux qu'ainsy 



14 

soit- il chez nous. Il y a des nations qui, dans ces 
sortes de solemnitez, obligent les invitez a tout 
manger, et d'autres ne vous y contraignent pas: vous 
mangez ce que vous voulez et emportez le reste 
chez vous. 

Il se fait d'autres festins parmy ces sauvages 
dans lesquels se pratique une espèce d'adoration en 
vouant à la diuinité prétendue non seulement les 
mets du festin, mais en étalant à ses pieds ce qu'il 
y a dans un sac de cuir qu'ils appellent leur sac 
de guerrier ou, en leur langue, Leur Pindikossan, 
dans lequel seront des peaux d'hiboux, de couleuvres, 
des foignes blanches, de perroquets, de pies, et 
d'autres animaux les plus rares. Ils y auront aussi 
des racines ou des poudres pour leur servir de mé- 
decines. Avant le festin ils jeûnent tousjours sans 
boire ny manger jusqu'à ce qu'ils ayent rêvé, et 
durant leur jeûne, ils se noircissent de charbon le 
visage, les espaules et la poitrine ; ils fument néant- 
moins du tabac. On asseure qu'il y en a (ce qui 
paroitroit incroyable) qui ont jeûné jusqu'à douze 
jours consécutifs et d'autres moins 4 ). Si le rêve qu'ils 
ont fait est de divinité qui soit sur ou dedans la 
terre , ils continuent de se noircir , comme il a esté 
dit, de charbons ; mais si c'est au grand Lièvre ou 
bien aux esprits de l'air, ils se lavent et se bar- 
bouillent de terre noire, et commencent dez le soir 
la solemnité du festin. 

Celuy qui en estl'autheur invite deux compagnons 
pour l'assister dans cette feste, qui doivent chanter 
auec luy pour iieschir la divinité à laquelle ils ont rêvé 
et qui fait le sujet de la eérémonie. Autrefois qu'ils 
n'avoient pas de fusils, ils faisoient autant de cris qu'il 
y avoit de grandes chaudières au feu pour faire cuire les 
mets. Ensuitte celuy qui donne la feste se met à chan- 
ter de concert avec ses deux assistants, qui sont mat- 
tachez 5 ) de vermillon ou d'une teinture de rouge. Cette 
chanson est faite uniquement à l'honneur de la divinité 



15 

à laquelle il a rêvé ; car chaque créature animée ou 
inanimée ont leur chanson particulière. Ils continuent 
pendant la nuit à chanter toutes celles qui sont pour 
les autres divinitez prétendues jusques à ce que touts 
les conviez soient assemblez. Tout le monde estant 
rendu, il recommence seul à entonner la chanson 
qui est particulière à la divinité du rêve. 

Ce festin est de quelque chien, qui est réputé 
le premier et le plus considérable de touts les mets 6 ). 
Ils l'accompagnent de plusieurs autres, comme de 
viande d'ours, d'orignal ou de celle de quelqu'autre 
grosse beste; s'ils n'en avoient point, on suppléeroit 
avec du bled d'Inde qu'ils assaisonnent de graisse, 
et qu'ils versent ensuitte sur les plats de chaque 
convié. Vous remarquerez que pour rendre ce repas 
solemnel, il faut qu'il y ait un chien, dont la teste 
est présentée au chef de guerre le plus considérable, 
et les autres parties aux guerriers. Quand les mets 
sont cuits, on descend les chaudières, et un des 
escuyers va faire les cris dans le village pour faire 
sçavoir que le festin est préparé, et que chacun y 
peut venir. Il est permis aux hommes de s'y trouver 
avec leurs armes et aux vieillards, avec chacun leur 
plat. On n'y observe point de haut bout : tout le 
monde y prend sa place confusément. Les estrangers 
y sont bien venus, ainsy que ceux du lieu. On les 
y sert même les premiers et de ce qu'il y a de 
meilleur dans le repas. 

Quand un chacun a pris sa place, le maistre de 
cette cérémonie, qui se tient tousjours debout r ) assisté 
de ses deux compagnons, ayant sa femme et ses enfants 
assis à ses costez, qui sont parez de ce qu'il a de bijoux 
considérables, et ses deux compagnons armez comme 
luy d'un javelot ou bien d'un carquois de flèches, élève 
d'abord sa voix pour se faire entendre de touts les as- 
sistants, disant qu'il sacrifie ces mets à un tel esprit 
qu'il nomme et que c'est à luy qu'il les voue. Voicy 
quels sont les termes dont il se sert: Je t'adore, 



, 16 

dit -il, et t'invoque 8 ) afin que tu me sois favorable 
dans l'entreprise que je fais, et que tu aye pitié de 
moy et de toutte ma famille. J'invoque tous les mé- 
dians esprits et les bons ; touts ceux qui sont dans 
les airs, sur la terre et dans la terre: afin qu'ils me 
conservent et ceux de mon party, et que nous puis- 
sions retourner, après un heureux voyage dans nostre 
pays. Alors touts les assistants répondent d'une com- 
mune voix: O! O! Ces sortes de festins ne se font 
ordinairement que pour l'occasion d'une guerre , ou 
autres entreprises a faire dans les voyages contre 
leurs ennemis. S'il se trouve quelque François parmy 
eux, ils ne prononcent pas, J'invoque les méchants 
esprits; ils font seulement semblant de ne s'adresser 
qu'aux bons. Mais les mots dont ils se servent dans 
ces sortes d'invocations sont si particuliers, qu'il n'y 
a qu'eux qui les entendent. Ils ont ordinairement 
recours à ceux des esprits qu'ils croyent les plus 

f>uissants, et qui peuvent leur estre plus propices que 
es autres ; ils s'imagineroient mesme ne pouvoir évi- 
ter les accidents qui leur arriveroient de la part 
des ennemis, maladie, ou quelqu' autre infortune, s'ils 
avoient obmis ces sortes d'invocations. 

Le maistre du festin ayant achevé de les faire 
dans la posture qui a été dit cy- devant, avec son 
arc et son carquois de flèches, son javelot ou son 

f)oignard, Qnonstre un visage le plus coléreux qu'il 
uy est possible, entonne sa chanson de guerre et 
fait, à chaque syllabe qu'il prononce, des contorsions 
de la teste et du corps les plus terribles qu'on puisse 
jamais voh\3 Le tout va cependant en cadence ; car 
la voix et le corps s'accordent dans le même instant 
avec les démonstrations de son animosité, qui font 
connoitre que son courage augmente de plus en plus; 
marchant toujours, sur les tons et la cadence de sa 
chanson, d'un bout à l'autre de l'endroit où se fait 
le festin. Il va et vient ainsy plusieurs fois en con- 
tinuant ses gestes, et quand il passe devant les conviez, 



17 

qui sont assis a platte terre des deux costez et sur 
toutes les faces, ils répondent a son chant sans dis- 
corde, s'écrians touts unanimement, Ouiyl Ouiyl du 
fond du gosier. Mais ce qu'il y a de plus agréable 
dans leurs cadences c'est qu'en certains endroits de 
sa chanson il prononce deux ou trois syllabes bien 
plus promptement que les autres; touts les assistans 
en font de mesme pour répondre Ouiy plus viste 
suivant le temps que la cadence le demande. Cela 
est si régulièrement observé, que de cinq cents en- 
semble il ne s'en trouveroit pas un d'eux qui y 
manquât. 

Touttes les femmes, les enfants et générale- 
ment ceux qui sont dans le village et qui ne sont 
pas conviez au festin, s'y rendent pour estre specta- 
teurs de la solemnité. Ils en perdent le boire et le 
manger, et abandonnent souvent leurs cabannes qu'ils 
exposent à estre volées par d'autres sauvages, qui 
sont naturelement portés au larcin. 

Le maistre du festin ayant finy ses tours en 
chantant, reprend sa place et se tient dans la même 
situation qu'il estoit auparavant. Un de ses com- 
pagnons le relevé qui joue le même personnage qu'il 
îuy a veu faire, et qui vient après avoir achevé se 
rejoindre au maistre du festin. L'autre compagnon 
chante aussy à son tour, et après luy enfin tous les 
conviez alternativement, qui s'efforcent à l'envie de 
paroitre les plus furieux. Les uns en chantant rem- 
plissent leurs plats de cendre rouge et de charbons 
ardents qu'ils jettent sur les spectateurs, qui s'écrient 
ensemble dune voix très forte mais lente, Ouiyl Les 
autres prennent des tisons de feu qu'ils envoyent 
en l'air; il y en a quelques uns qui font mine de 
casser la teste à des assistans. Ces derniers sont 
obligez de réparer cet affront a celuy qu'ils ont feint 
de fraper, en lui faisant présent de vermillon, d'un 
Cousteau ou de quelqu' autre chose de pareille valeur. 
Il n'est permis qu'aux guerriers, qui ont tué ou fait. 



18 

des prisonniers, d'en user de la sorte; ces feintes 
signifiant que c'est ainsy qu'ils ont tué des ennemis. 
Mais s'il luy arrivoit de ne rien donner à celuy au- 
quel il se seroit adressé dans la compagnie, il luy 
diroit en présence de tout le monde qu'il en a menty, 
et que jamais il n'a esté capable d'en tiier aucun: 
ce qui le couvriroit de confusions. 

Pendant que toutes ses chansons durent, ils se 
montrent fiers, intrépides et prêts k surmonter encore 
touts les dangers, qui se sont cy-devant présentez dans 
les endroits où ils ont estez en guerre. Et cessant de 
chanter en certains moments, les assistans s'écrient 
tous à la fois, Ouiyl et continuent après à chanter 
successivement dans l'assemblée, chacun à son tour, 
quelquefois trois ou quatre ensemble, qui se place- 
ront un k chaque bout, et au milieu de l'endroit où 
se fait le festin; et, marchant d'un bout k l'autre, se 
rencontrent sans perdre la moindre cadence de leur 
chanson, ny changer des contorsions dans leur vi- 
sage et dans leur corps, quoyqu'ils chantent différentes 
chansons auec différents gestes. Les assistans suivent, 
et répondent k leur tour dans le moment que les 
danseurs passent devant eux. Car il faut sçauoir que 
chacun a sa chanson particulière, et qu'on ne peut 
pas chanter celle de son camarade sans luy faire une 
insulte qui attireroit un coup de casse-tète k celuy 
qui auroit chanté la chanson de guerre d'un autre : 
estant le plus grand affront qu'on luy sçauroit faire 
dans une assemblée où il est présent 9 ). Elle ne peut 
estre mesme chantée après sa mort, les jours de solem- 
nitez , que pour [par?] ceux de la famille qui relèvent 
son nom 10 ); il est cependant permis de la dire devant 
luy hors de ces jours de festes, pourveu qu'on ne 
s'assisse pas, et qu'il sache qu'on ignore en la chan- 
tant que ce soit la sienne. 

Quand tout le monde de l'assemblée a chanté, 
ceux que l'on a destiné pour servir, prennent d'abord 
les plats des estrangers qu'ils remplissent pour les 



19 

porter devant eux. Ils servent ensuitte leurs chefs, 
et dans ces deux derniers services, ils donnent ce 
qu'il y a de meilleur dans le festin. Ils servent les 
autres conviez confusément et sans distinction, qui 
sont touts assis à platte terre ; car elle leur sert de 
table, où ils posent entre leurs jambes les plats qu'on 
leur aporte. Chacun y doit estre surtout muny de 
son plat; autrement il n'auroit pas sa part. C'est à quoy 
ils ne manquent guerre; le sauvage estant naturelle- 
ment trop gourmand pour s'oublier dans une occasion 
où il s'agit de se bien remplir le ventre M ). 

Quand on a résolu de faire une marche géné- 
rale ou de former de petits partys, le général fait 
un festin de pareille nature que celuy dont on vient 
de parler. Ceux qui veulent s'y trouvent pour s'en- 
roller avec luy ; car il ne seroit accompagné de per- 
sonne s'il ne les avoit régalez auparavant. On fait 
la marche qui se doit faire comme il l'a prescrit. 
Pendant qu'elle dure, ce général a le visage, les 
espaules et la poitrine noircies de terre ou de char- 
bons. Il a bien soin aussy de chanter en décampant 
touts les matins sa chanson de mort sans y manquer, 
jusques à ce qu'il soit hors de danger ou retourné 
dans son village ; où il fait encore un festin en cas 
qu'il ne luy soit arrivé aucune infortune, pour re- 
mercier l'esprit qui l'a favorisé dans son voyage ; 
auquel sont conviez les chefs du village , et ceux, 
qui l'ont accompagné dans son entreprise 12 ). 



Chapitre YI. 

Continuation des superstitions des sauvages. 

Ils honnorent le grand Tygre comme le dieu de 
de l'eau, que les Algonkins et d'autres qui parlent 
la mesme langue nomment Michipissy. Ils vous 



20 

disent, que ce Michipissy est toujours dans un antre 
foz*t creux, qu'il a une grande queue qui excite de 
gros vents quand il la remue pour aller boire; mais 
s'il la fait jouer fortement, il cause de grandes tem- 
pestes. Dans les voyages qu'ils ont à faire, soit 
petits ou grands, voicy leur manière de parler dans 
les invoquations: Toy, qui es le maitre des vents, 
favorise nostre voyage et donne nous un temps calme. 
Cela se dit en fumant une pipe de tabac dont ils 
jettent la fumée en l'air 1 ). Mais avant que d'entre- 
prendre des voyages un peu longs, ils ont soin de 
casser la teste à des chiens, qu'ils pendent a un 
arbre ou à une perche. Ce sont quelquefois aussy 
des peaux d'élans passées, de biches ou de chevreuils, 
qu'ils vouent au soleil ou au lac pour obtenir du 
beau temps 2 ). Si l'hyver ils ont quelque voyage par- 
ticulier à faire sur la glace, c'est un certain esprit 
qu'ils invoquent pour cet effect , appelle des Algon- 
kins Mateomek, auquel ils donnent et offrent pareille- 
ment de la fumée de tabac, le priant de leur estre 
favorable et propice dans leur marche. Mais cela 
se pratique avec assez d'indiftérence , le peu de fer- 
veur n'approchant pas de ce qui se passe dans les 
festins solemnels. 

Les Nepissings, ou autrement dit les Nepissi- 
niens, Amikouas et touts leurs alliez asseurent que 
les Amikouas, qui signiffie descendans du castor, 
tirent leur origine du cadavre du grand Castor, d'où 
est sorty le premier homme de cette nation ; que ce 
castor partit du lac Huron et entra dans la riuière 
qu'on nomme des François. Ils disent que l'eau ve- 
nant a luy manquer, il y fit des escluses qui sont à 
présent des rapides et des portages. Quand il fust 
arrivé à la rivière qui prend son origine du Nepis- 
sing, il la traversa et suivit plusieurs autres petits 
ruisseaux qu'il passa. Il fit ensuitte une petite digue 
de terre, mais s'appercevant que le courant des eaux 
la pénétroit d'un costez, il fut obligé de faire des 



21 

escluses de distance en distance, afin d'avoir suffisa- 
ment de l'eau pour passer. Il tomba enfin dans la 
rivière qui vient d'Outenulkamé , où il s'attacha en- 
core a faire des escluses dans les endroits où il ne 
trouvait pas assez d'eau. Ce sont présentement des 
chaussées et des rapides où l'on est obligé de faire 
des portages. Ayant ainsy passé plusieurs années 
dans ses voyages, il voulut remplir la terre des en- 
fans qu'il y laissait, et qui s'estoient multipliez par- 
tout où il avoit passé, en s'enfournant dans les ruis- 
seaux qu'il avoit découvert dans son chemin, et arriva 
enfin au-dessous des Calumets. Ce fut là qu'il fit pour 
la dernière fois des escluses et que, en retournant 
sur ses pas, il vit qu'il avoit formé un beau lac et 
y mourust. Ils croyent qu'il est enterré au nord de 
ce lac, vers l'endroit où la montagne paroit aux yeux 
comme la forme d'un castor, et que son tombeau y 
est; c'est pourquoy ils l'appellent le lieu où repose 
le castor tué. Quand les nations passent par la, ils 
l'invoquent et envoyent de la fumée en l'air pour 
honnorer sa mémoire, et le prier de leur estre favo- 
rable dans la marche qu'ils ont à faire 3 ). Si quelque 
étranger ou quelque pauvre femme veuve estant en 
disette proche de ces Amikoùas ou de quelqu'une de leur 
famille, ils vissent [voient] une branche rongée la nuit 
par quelque castor, le premier qui la trouve à l'entrée 
de la tente, la ramasse et la porte au maistre de la 
famille, qui fait faire aussitost un amas de vivre pour 
ce pauvre, qui a mémoire de leurs ancestres: et ceux 
des villages cottisent de bonne volonté pour faire un 
présent à celuy qui leur a fait l'honneur de les faire 
ressouvenir de leur origine. Ils n'en usent pas de 
mesme avec les François, depuis qu'ils se sont moquez 
d'eux et de leur superstition. 



L>2 

Chapitre VU. 

Mariage des sauvages. 

Il y a des nations sauvages qui se marient pour 
vivre ensemble jusqu'à la mort, et d'autres qui se 
quittent quand bon leur semble. Ceux qui observent 
cette dernière maxime sont les Irroquois , les Loups 
et quelques autres. Mais les Outaoiïas épousent leurs 
femmes pour vivre avec elles toute la vie, à moins 
qu'une raison bien forte ne donne lieu au mary de 
la répudier. Car l'homme s'exposeroit sans cela a 
estre pillé et à mille confusions, puisque celle qu'il 
auroit quitté mal-à-propos pour en prendre une autre, 
se mettroit à la teste de ses parentes, et luy osteroit 
ce qu'il auroit sur luy et dans sa cabanne 5 elle luy 
arracheroit les cheveux et luy déchireroit le visage; 
en un mot, il n'y a point d'indignitez et d'affronts 
dont elle ne l'accableroit et qu'elle ne soit en droit 
de luy faire sans qu'il puisse s'y opposer, s'il ne veut 
devenir l'opprobre du village. Quand le mary n'en 
épouse pas d'autre, la femme qu'il a quittée peut le 
piller lorsqu'il revient de la chasse ou de la traitte, 
luy laissant ses armes seulement, qu'elle luy oste 
enfin s'il ne vouloit absolument retourner avec elle. 
Mais quand l'homme peut prouver aussy qu'elle luy 
a manqué de fidélité avant ou bien après l'avoir laissée, 
il en épouse une autre sans qu'on en puisse murmurer. 
La femme ne peut de son chef abandonner son mary, 
parce qu'il en est le maitre, qu'il la acheptée et 
payée ; les parents ne sçauroient mesme la lui enlever ; 
et si elle s'en alloit, la coustume l'authorise de la 
tuer, sans qu'on y trouve à redire 1 ). Cela a causé bien 
des fois la guerre entre des familles qui vouloient 
soutenir le droit du mary, quand la femme ne con- 
sentit pas à retourner avec luy. 



23 

Les Irroquois, les Loups, et quelques autres 
nations n'en usent pas envers leurs femmes comme 
les Outaouas; il y en a cependant qui ne se quittent 
jamais, et qui s'aiment uniquement pendant la vie. 
Mais la plus grande partie, surtout les jeunes gens, I 
se marient pour se quitter quand bon leur semble. I 
Ils se prendront pour un voyage de chasse ou de 
traitte, et partageront de moitié le profit qu'ils y 
auront fait. Le mary mesme peut convenir avec la 
femme de ce qu'il luy donnera pour le temps qu'il a 
envie de la garder avec luy sous condition de luy estre 
fidelle; elle peut aussy après avoir achevé le voyage 
se séparer d'avec lui 2 ). Il s'en trouve cependant qui 
s'aiment mutuellement et qui demeurent toujours 
unis: ce sont ceux qui ont eii des enfants ensemble 
et qui appartiennent, suivant la maxime des sauvages, 
à la mère; puisqu'ils demeurent touts auprès d'elle, 
sçavoir les masles jusques à ce qu'ils soient en estât 
d'estre mariés, et les filles jusqu'à la mort de la mère. 
Si le père quittoit sa femme, les enfants qu'il en 
auroit eii ne manqueroient pas, quand ils seroient 
grands, de le traitter avec mépris 3 ) et de l'accabler 
de reproches pour les avoir abandonné dans leur 
bas âge, ayant laissé a leur mère tout le soin et 
toute la peine de les élever. 



I. 

Manières usitées parmy les sauvages du nord et du sud qui parlent 

la langue algonkine ou [celles qui] qui en dérivent quand il 

recherchent une fille en mariage. 

Ces nations se font l'amour secrètement pendant 
un assez longtemps. Le garçon commence le pre- 
mier à se déclarer à quelqu'un de ses amis dont il 
connoit la discrétion et la fidélité ; la fille en fait 
autant de son costé, et choisit pour confidente une 
de ses compagnes à laquelle elle déclare son secret. 



24 

Ce garçon ayant avec luy le camarade qu'il a unique- 
ment instruit de ses amours, se rend à heure indiie 
dans l'endroit où la fille est couchée, et la fait avertir 
qu'il la voudroit voir. Si elle y consent, il se met 
contre elle et luy témoigne de la manière la plus 
honneste l'amitié qu'il luy porte, et l'intention où il 
est de l'avoir pour sa femme. Si la fille ne luy don- 
noit pas de response favorable dans ses sortes d'occa- 
sions, après s'estre fait annoncer il se retire, et y 
retourne le lendemain de la mesme manière qu'il a 
fait la veille. Il continue de s'y rendre toutes les 
nuits, jusqu'à ce qu'il ait eu son agrément, en luy 
disant que sa mère est maîtresse de sa personne 4 ). 
Le jeune homme va ensuitte voir sa mère et luy 
déclare le nom de la fille qu'il recherche en mariage 
avec le consentement qu'il en a eii. La mère le té- 
moigne au père, ou à un oncle le plus proche, au 
deffaut du père, et vont tous les deux les voir pour 
y proposer l'alliance de leur fils. Quelquefois il suffit 
de le faire au frère de la fille qui en parlera à sa 
mère, et, après en avoir eii le consentement, les 
parents s'assemblent pour luy faire en pelleteries ou 
autres marchandises ce qu'ils veulent donner pour 
les establir. La mère du jeune homme emporte chez 
elle la moitié de ce qui luy aura esté donné en ma- 
riage, et y retourne deux ou trois fois pour emporter 
quelque chose, afin de payer, dit-elle, le corps de sa 
prétendue belle -fille; pendant lequel temps touttes 
les marchandises sont distribuées aux parents de la 
fille, qui luy en rapportent une partie avec des vivres, 
comme du bled d'Inde ou autres grains; car c'est la 
femme qui a soin de fournir son mary de grains. 
On ajuste la nouvelle mariée le mieux qu'il est pos- 
sible, et elle est accompagnée de sa belle -mère, qui 
luy indique auprès d'elle la place qu'elle doit occuper 
avec son mary, qui se promène alors dans le village. 
Quand la nouvelle mariée c'est assise, la belle -mère 
luy oste touttes les hardes qu'elle a sur elle, luy en 



25 

donnant d'autres et quelques marchandises qu'elle luy 
aporte. Elle retourne ensuitte chez sa mère, qui la 
dépouille encore une fois de tous ses ajustements, et 
qui reçoit d'elle touttes les marchandises qu'elle a; 
l'ayant habillée pour la dernière fois, elle la renvoyé 
chez son mary, luy faisant présent de quelques sacs 
de grains. Ces sortes de visittes reitérées, se pra- 
tiquent quelque fois plus souvent, mais quand on les 
veut finir , la fille est habillée de haillons ; et c'est 
par où se terminent les cérémonies du mariage: puis 
elle demeure auprès de sa belle mère qui en a soin. 

Quoique les sauvages dans le fonds n'ont pas 
beaucoup la pudeur en recommandation, ils surpassent 
néantmoins en bienséances les Européans pour le 
dehors ; car dans touttes leurs amours, ils ne se disent 
jamais dans la conversation une parole qui blesse 
l'honnesteté. Il y en a qui après s'estre mariez ont 
estes six mois et un an même sans se toucher, et 
d'autres plus ou moins. La raison qu'ils en donnent 
est qu'ils ne se marient pas par un motif de con- 
voitise, mais purement par amitié 5 ). 

Quand le mariage a esté consommé, les nouveaux 
mariez vont ensemble à la chasse ou à la pêche, 
d'où ils reviennent au village dans la cabanne de 
la mère de la fille, et luy donnent tout ce qu'ils ont 
aporté. Cette mère en prend une partie pour la 
donner à la mère du garçon qui est obligé de demeurer 
chez sa belle - mère pour y travailler durant deux 
ans; car il doit le faire. Pendant tout ce temps là, 
elle est dans l'obligation de le nourrir seulement et 
de l'entretenir. S'il doit donner quelque festin, elle 
en fait la dépense. 

Après avoir demeuré ses deux années chez sa 
belle -mère, il retourne avec sa femme chez sa propre 
mère, et quand il revient de la chasse ou de la pêche, 
sa belle -mère luy donne une partie de ce qu'il a 
porté pour sa mère. S'il revient de traitte pareille- 
ment, c'est tousjours aux volontés de sa belle -mère 



26 

qu'il doit avoir égard 6 ); et sa femme est obligée de 
faire ce qu'il convient aux femmes de faire, mesme 
comme si elle estoit la servante de la maison. Quand 
l'homme vient à mourir, ou bien elle, l'une des deux 
familles, à qui la personne morte appartient, s'épuisent 
et contribuent parmy les parents à fournir des pelle- 
teries, des marchandises et des vivres pour porter 
aux parents du mort, afin de les aider a subvenir 
aux grands frais qu'il leur faut faire dans cette oc- 
casion. Il sera parlé dans la suitte de ce qui con- 
cerne la manière dont se font leurs funérailles. 

Si le mary vient à mourir, la femme ne se peut 
remarier qu'à celuy qui sera au grez de sa belle- 
mère 7 ) , après deux années de deiiil, qu'elle observe 
en se coupant les cheveux, en ne les graissant aucune- 
ment; elle ne les peigne que le moins souvent qu'elle 
peut et ils sont tousjours hérissez, et sans vermillon, 
dont elle ne peut non plus s'en servir au visage. Son 
habillement est un mauvais haillon, qui sera quelque- 
fois une vieille couverte usée, ou quelque peau noir- 
cie, si mauvaise qu'elle ne peut servir qu'à un pareil 
usage. Il lui est deffendu d'aller en visitte chez ses 
amis, a moins qu'on ne luy en ait faite auparavant, 
ou qu'elle ne soit rencontrée en allant quérir du bois. 
Pour la cabanne, elle y occupe ordinairement la place 
du vivant de son mary. En quelque endroit qu'elle 
se trouve elle ne doit donner aucune marque de joye, 
et ce n'est pas sans avoir à souffrir qu'il faut qu'elle 
se contienne ainsy ; parceque les sauvages, qui voyent 
les femmes pleurer leur deffunt mary se moquent 
d'elles en leur disant mille sottises. Elle continue 
de rendre aux parents de son époux les mesmes 
services, et une soumission aussi entière pour tout 
ce qu'ils luy ordonnent de faire que lorsqu'il vi- 
voit. On a à la vérité beaucoup d'égards a sa mo- 
destie et a la conduite qu'elle est obligée de tenir: 
car on a un soin tout particulier de ne luy pas don- 
ner lieu en la moindre chose de se chagriner soit en 



27 

luy donnant à manger, ou en faisant porter en sa 
considération chez ses parents la meilleure partie de 
ce qu'on a, sans qu'elle ny sa famille soient tenues 
de rendre par bienséance le réciproque. 

Quand ses deux années de veufvage sont expi- 
rées, et qu'elle a observée exactement son deuil, on 
la déshabille de ses haillons, et elle reprend de belles 
hardes; elle se met du vermillon aux cheveux et au 
visage, elle porte ses pendans d'oreille, son collier 
de rassade, de canons de porcellaine et autres bijoux, 
que les sauvages regardeut les plus considérables. 
Si quelqu'un des frères ou des parents de son feu 
mary l'aime, il l'épouse; sinon elle 8 ) en adopte un 
avec lequel il faut qu'elle se marie sans le pouvoir 
refuser; car les parents du deiïunt sont maistres de 
son corps; mais si on ne luy en donnoit pas un, 
on ne sçauroit l'empescher de se remarier avec un 
autre, après le temps expiré de son veufvage; et ils 
sont obligez en luy laissant cette liberté de recon- 
noitre sa fidélité par des présents. 

Si quelqu'un de ses parents ayant desjà une 
femme la prenoit pour sa deuxième , la première 
seroit la maitresse ; et si elle ne lui estoit pa- 
rente, et qu'il n'y fit point part, au retour de la 
chasse ou de la pêche, de ce qu'il en aporteroit, ce 
seroit une jalousie entre ses deux femmes si grande 
qu'elles en viendroient à se battre, et que les deux 
familles se joignant ensemble pour soutenir celle 
qui leur appartiendroit , il arriveroit des accidents 
très fâcheux, sans qu'on pût se mesler de les pré- 
venir ny d'y mettre le holà. Quelque chef est en 
droit seulement de les appaiser , quand il voit que 
dans le différent # il y a eii du sang répandu. Mais 
bien souvent ces sortes d'accommodements ne sont 
pas de longue durée ; car dans les premières occasions 
ils s'en ressouviennent, et l'une de ces deux femmes 
est enfin contrainte de quitter le mary, ce qui luy 
est alors permis. Mais s'il a quelque chose soit viande 



28 

ou poisson, celle qui l'a quitté, assistée de sa mère, 
ses soeurs, cousinnes, ou niepces, lui enlèvent tout ce 
qu'il a, sans qu'il s'y oppose, et la querelle se re- 
nouvelle a ce sujet. On voit néantmoins parmy les 
sauvages plusieurs qui ont deux femmes, et qui ne 
laissent pas de vivre avec assez d'union ensemble 
sans estre parentes. Car quand elles le sont, elles 
vivent tousjours sans aucune discussion, tout ce qui 
vient de leur mary estant commun à leur famille, 
qui défrichent conjointement les terres. Mais quand 
l'alliance ne se trouve pas, elles travaillent séparé- 
ment, et font leurs efforts afin d'estre les plus riches 
en grains et en fruits pour s'en faire de part et 
d'autre des présents, et entretenir une bonne amitié 
et une bonne intelligence. 

Quand la femme meurt le mary observe pareille- 
ment le deuil. Il ne la pleure pas, mais if se dis- 
pense absolument de se vermillonner le visage, et 
ne se graisse que très peu les cheveux; il fait des 
présents aux parents de la deffunte femme; s'il ne 
loge pas chez eux, il leur envoyé la meilleure 
partie de sa chasse, de sa pêche ou de quelqu'autres 
profits. 11 ne luy est pas permis de se remarier 
qu'après ses deux années de deiiil, quand il les a 
passées dans la manière requise. S'il est bon chas- 
seur ou qu'il ait quelque autre mérite, on luy donne 
sa belle - soeur en mariage ou une de ses cousines ; 
s'il n'y en a pas, on adopte une fille qui est censée 
naturelle, qu'il est obligé de prendre pour sa femme 
sans la pouvoir refuser; luy estant deffendu de se 
remarier, que de l'aveu et du consentement de sa 
belle -mère, en cas qu'elle soit en vie, ou de la vo- 
lonté de ses parents, si elle n'estoit pas vivante. S'il 
y contrevenoit, tous les alliez de sa deffunte femme 
feroient mille indignitez à celle qu'il auroit prise sans 
cet agrément, même à l'autre s'il en avoit deux. Ils 
pousseroient leur animosité si loin, que les frères ou 
les cousins de la deffunte se ligueroient avec leurs 



29 

camarades pour la luy enlever et la violer; et cette 
action passeroit dans l'esprit des personnes desin- 
téressées pour avoir esté légitimement faite. C'est 
pourquoi on en voit très peu tomber en cette faute 
quand ils se remarient ; d'autant que c'est une loy 
chez eux, qui n'est pas cependant générale. 

Les chefs des villages ne sont pas dans l'obligation 
de demeurer veufs que six mois, parce qu'ils ne se 
peuvent passer de femmes pour les servir, et défricher 
les terres qui leur produisent du tabac et tout ce 
qui leur est nécessaire pour estre en estât de rece- 
voir ceux qui les viennent voir, et les étrangers qui 
ont quelque affaire a proposer au sujet de la nation. 
Mais il n'en est pas de mesme des chefs de guerre, 
ils sont obligés au veufvage de deux ans comme les 
autres; et s'il n'est pas bon chasseur ou qu'il ne 
plaise pas à la famille de la deffunte, on se contente 
de luy faire un présent et de luy dire de chercher 
son bon où il le trouvera 9 ). 

II. 

Pratiqua ou occupations des hommes. 

Les hommes sauvages sont obligez de chasser 
et de pêcher. Ils habitent ordinairement le long des 
lacs, autrement dits mer douce; ils s'y rendent le 
soir pour tendre leurs filets, afin de les lever le matin; 
ils sont obligez d'aporter les venaisons jusqu'à la porte 
de la cabanne, et le poisson jusqu'au port où ils le 
laissent dans le canot. Il est de leur devoir d'aller 
quérir les bois et perches propres à construire la 
cabanne, et les couvertures pour celle du vrai village 
et non de campagne. Ils doivent faire les canots 
s'ils en sont capables, et doler tous les bois dont ils 
ont besoin, supposé que ce soit un ouvrage un peu 
rude. Quand ils sont en route, c'est à l'homme de 
porter la charge si la femme se trouvoit trop chargée, 
ou bien, si l'enfant ne pouvait pas suivre, de le porter. 



30 

Quand cela ne se rencontre pas, il marche à la lé- 
gère avec ses armes seulement. 

in. 

Occupations de la femme. 

Les obligations de la femme sont d'entrer dans 
la cabanne, dont elles sont maitresses ; les viandes que 
les marys y laissent à la porte ; de les faire sécher ; 
d'avoir soin de la cuisine ; d'aller quérir le poisson 
au port et de l'aprester ; de filer pour les entretenir 
de filets; de fournir du bois; de travailler à faire le 
grain et le recueillir; de ne point laisser manquer 
de souliers toute la famille ; de sécher ceux de son 
mary et de les luy présenter quand il en a besoin. 
Les femmes sont obligées encore d'aller chercher de 
Peau, si elles n'ont point d'inférieures chez elles; de 
faire des sacs pour contenir le grain et des nattes 
de joncs plats, long ou ronds pour servir de couver- 
tures aux cabannes ou de mattelats. C'est enfin a 
elles de passer les peaux des bestes que le mary tiie 
à la chasse, et de faire des robes de celles qui ont 
de la fourrure. Quand on est en marche, elles portent 
les couvertures de la cabanne s'il n'y a pas de canot. 
Elles s'appliquent à travailler à des plats d'écorce. 
et leurs marys font ceux de bois. Elles inventent quan- 
titez de petits ouvrages curieux que nos François 
recherchent beaucoup, et qu'ils envoyent mesme 
comme une rareté en France 10 ). 

IV. 

Des enfants. 

Quand un enfant soit masle ou femelle est par- 
venu à l'aage de cinq à six mois, le père et la mère 
font un festin de ce qu'ils ont de meilleur, auquel 



31 

ils invitent un jongleur avec cinq ou six de ses dis- 
ciples. Ce jongleur est ce qu'estoient autrefois les 
sacrificateurs; il sera despeint dans la suitte. Le 
père de famille en luy adressant la parole , luy dit 
qu'il est invité pour percer le nez et les oreilles de 
son enfant, et qu'il offre ce festin au soleil ou à 
quel qu'autre divinité prétendue dont il déclare le 
nom, la priant d'avoir pitié de son enfant et de luy 
conserver la vie. Le jongleur répond ensuitte sui- 
vant la coustume et fait son invocation à l'esprit 
que le père a choisy. On luy présente à manger 
et à ses disciples et, s'il reste quelques mets, il leur 
est permis de les emporter avec eux. Quand on a 
finy de manger, la mère de l'enfant met devant les 
conviez des pelleteries , des chaudières ou autres 
marchandises, et remet son enfant entre les mains 
du jongleur qui le donne à un de ses disciples à 
tenir. Après avoir finy sa chanson à l'honneur de 
l'esprit invoqué, il tire de son sac un poinçon plat 
fait d'un os et une grosse alaine ; du poinçon, il en 
perce les deux oreilles de l'enfant, et de l' alaine le 
nez. Il remplit les cicatrices des deux oreilles avec 
de petits roulleaux d'écorce, et dans le nez il met 
un petit bout de plume qu'il y laisse jusqu'à ce qu'il 
soit guéri avec un certain onguent dont il le panse. 
Quand il est guéry il y place du duvet de cygne, 
ou d'outarde. 

Cet enfant a pour berceau une planche fort 
mince qui est ornée vers la teste de rassades ou de 
grelots ou bien de ronds ou de canons de porce- 
laine. Si le père est bon chasseur, il y fait mettre 
touts ses apiffements; quand c'est un garçon il y 
aura un arc attaché ; si c'est une fille , il n'y a que 
les apiffements simplement. Lorsque l'enfant pleure, 
sa mère le berce en chantant nne chanson qui con- 
tiendra les devoirs de l'homme, pour son fils, et ceux 
des femmes, pour sa fille. Aussitost qu'il commence 
a marcher on donne à un garçon un petit arc avec 



32 

des pailles dures pour les lancer en se divertissant. 
Quand il est devenu un peu plus grand, ce sont de 
petites flèches de bois très légères ; mais s'il a une 
fois atteint l'aage de huit ù dix ans, il s'occupe a 
faire la chasse aux écureuils et aux petits oiseaux. 
Voila comme il se forme et se rend capable d'estre 
un jour adroit à la chasse. C'est la méthode des 
nations d'en haut; celles d'icy-bas ne se servent plus 
de ces sortes de circoncisions, et n'appellent pas de 
jongleurs pour la faire ; les pères ou quelques amis 
de la famille font cette cérémonie sans autre for- 
malité. 



Chapitre VIII. 

Des funérailles des sauvages des pays d'en haut et de la 
manière dont ils font les obsèques. 



Quand un Outaouas ou autre est sur le point de 
mourir, on le pare de tout ce qu'il y a de beau dans 
la famille, je veux dire aussy chez ses parents et 
alliez ; on luy accommode les cheveux avec une pein- 
ture rouge meslée de graisse; on luy rougit le corps 
et le visage de vermillon; on luy met, s'il y en a, 
une chemise des plus belles; il est habillé d'un juste- 
aucorps, et d'une couverte, le plus richement qu'il 
est possible ; il est, en un mot, aussy propre que s'il 
devoit estre l'autheur de la plus grande solemnité. 
On a soin d'orner la place où il est de colliers de 
porcelaine et de rassades, de tours de ronds, de ca- 
nons ou d'autres bijoux. Il a ses armes à ses costez 
et à ses pieds généralement tout ce qui luy a servy 
à la guerre pendant sa vie. Touts ses parents et 
les jongleurs surtout sont auprès de luy. Quand le 



33 

malade paroist agonizer et vouloir rendre les derniers 
soupirs , les femmes et filles, qui sont de ses pa- 
rentes, avec d'autres qui sont louées, se mettent à 
pleurer, en commençant les chansons lugubres, dans 
lesquelles il est parlé des degrez de parenté qu'elles 
ont avec l'agonizant. Mais s'il paraissoit revenir et 
reprendre ses sens elles cessent de pleurer, en re- 
commençant néantmoins autant de fois leurs cris et 
leurs gémissements, que le malade tombe dans des 
convulsions ou des foiblesses. Quand il est mort ou 
un moment avant de mourir, on le lève sur son séant, 
le dos appuyé comme s'il estoit vivant. Je diray ici 
en passant que j'en ay veii dont les agonies ont 
durées plus de vingt-quatre heures, faisant des gri- 
maces et des contorsions terribles en roulant les 
yeux de la manière la plus affreuse du monde ; vous 
eussiez crû que l'âme du mourant voyoit et appré- 
hendoit quelque ennemi, quoiqu'il fut sans comiois- 
sance et presque mort. Us demeurent dans leur séant 
jusqu'au lendemain, et sont gardez dans cette situa- 
tion le jour et la nuit par les parents et amis qui 
les vont voir. Ils sont assistez aussy de temps en 
temps par quelque vieille, qui se place auprès des 
femmes qui sont parentes du mort. Elle commence 
en pleurant à chaudes larmes sa chanson lugubre, 
touttes les autres s'y joignent, qui cessent de chanter 
en mesme temps qu'elle. On luy présente ensuitte 
un morceau de viande, un plat de grain ou bien 
quelque autre chose. 

A l'égard des hommes, ils ne pleurent point, 
cela estant au-dessous d'eux ; il n'y a que le père 
qui fait voir, par une chanson lugubre, qu'il n'y a 
plus rien au monde qui le puisse consoler de la 
mort de son fils. Un frère pour son frère aisné 
en use de mesme, quand il en a receu pendant la 
vie des marques sensibles de tendresse et d'amitié. 
Ce dernier se met nud, ayant le visage barbouillé 
de charbons, et meslé de quelque raye rouge; il 



34 

tient à la main son arc et ses flèches, comme s'il en 
vouloit au premier qu'il va rencontrer, et, chantant 
une chanson d'un ton le plus furieux, il courre comme 
un égaré dans les places, les riies et les cabannes du 
village sans verser aucune larme ; faisant connoitre 
par cette posture extraordinaire k touts ceux qui le 
voyent, combien est grand le regret qu'il a de la 
mort de son frère: ce qui attendrit le coeur de ses 
concitoyens, et les engage à faire entre eux un pré- 
sent pour le venir présenter au mort, en protestant, 
dans le discours dont ils l'accompagnent, que c'est 
pour essuyer les larmes de ses parents, et que la 
natte qu'ils luy donnent est pour se coucher, ou une 
écorce pour mettre son corps k l'abry des injures 
du temps. 

Quand on est sur le point d'inhumer le corps, 
on cherche les personnes destinées a cette fonction; 
on dresse un échaffaut de sept k huit pieds de haut 
qui lui tient lieu de fosse, sur lequel il est posé; ou 
s'il est mis en terre, on luy en creuse une de quatre 
a cinq pieds seulement. Pendant tout ce temps, la 
famille de celuy dont on fait les funérailles s'épuise 
pour luy aporter du grain et des pelleteries ou 
autres marchandises, soit sur l'échaffaut, ou près de 
sa fosse ; et l'un ou bien l'autre estant achevé, on y 
porte le cadavre dans la mesme posture qu'il estoit 
en mourant, et avec les mesmes ajustements. Il a 
ses armes auprès de luy, et tout ce qui luy a esté 
porté aux pieds avant sa mort. Lorsque les funé- 
railles sont faites et son corps inhumé, on paye 
grassement ceux qui l'ont enterré, en leur donnant 
une chaudière, ou quelques colliers de porcelaine pour 
leur peine. 

Touts ceux du village sont obligez d'assister au 
convoy funèbre, et, le tout estant finy, il se présente 
un homme parmy tous les autres, qui tient a la 
main une petite verge de bois, grosse comme le doigt 
et longue environ de quatre pouces, qu'il jette au 



35 

milieu de la foule. C'est à qui pourra l'attraper; 
quand elle est tombée entre les mains de quelqu'un, 
on s'efforce de la luy enlever: si elle est par terre, 
tout le monde s'empresse de la ramasser, se tirant, 
et se poussant avec tant de véhémence, qu'à moins 
de denrye heure elle a passé par les mains de touts 
ceux qui sont présents. Si quelqu'un enfin de l'as- 
semblée s'en peut rendre le niaistre, et la fasse voir 
sans qu'on la luy oste, il la vend pour un prix fixé 
au premier qui la veut achepter. Ce sera bien sou- 
vent une chaudière, un fusil ou une couverte. Les 
assistans sont ensuitte avertis de se trouver une autre 
fois, suivant le jour marqué, pour une pareille céré- 
monie ; ce qui se pratique mesme plusieurs fois, ainsy 
que .je le viens de dire. 

Après ce jeu, on fait publier qu'il y a un autre 
prix pour le meilleur coureur de la jeunesse. Le but de 
cette course est marqué depuis l'endroit d'où l'on doit 
partir, à celuy où il est dit qu'on arrivera. Touts les 
jeunes gens se parent et font une grande file en 
pleine campagne. Au premier cry de celuy qui le 
doit faire, on commence à courir à quelque distance 
du village, et le premier qui arrive emporte le prix. 

Les parents du mort font quelque jours après 
un festin de viande et de grain, auquel- sont invitez 
touts ceux du village qui ne sont pas leurs alliez, et 
qui descendent d'autres familles que la leur, et ceux 
qui particulièrement ont fait quelques présents au 
mort. On y convie, s'il s'en trouve, les estrangers qui 
sont venus des autres villages, et font connoitre à 
tous les conviez que celuy qui est mort leur donne 
ce festin. S'il est de viande ; ils en prendront un 
morceau qu'ils doivent porter sur la fosse, ainsy de 
quelque autre sorte de vivres. Il est permis aux 
femmes, filles et enfans de les manger et non pas 
aux hommes faits ; car ils doivent regarder cela 
comme indigne d'eux. Il est libre dans ce festin de 
manger ce qu'on veut, et d'en aporter le reste chez 

3* 



36 

soi. On y fait des présents considérables en mar- 
chandises a tuus ceux des estrangers, qui en ont cy- 
devant faits au mort; mais ceux de la nation n'en 
ont point. Ils sont remerciez ensuitte du souvenir 
qu'ils ont »-u du deffunct, et congratulez sur leur 
charité '). 

IL 

Deuil général des sauvages. 

11 a esté cy-devant parlé' du deiiil des marys et des 
femmes, réciproquement les uns [pour les autres] : mais 
touts les sauvages qui sont dans l'obligation de satis- 
faire au deiiil général ne se graissent, ny se vermillon- 
nent pas le visage et les cheveux. Si c'est un chef qui 
est mort, son proche parent ne doit parler que fort 
bas à celuy de ses amis qui est chargé d'exprimer 
ses volontés ; il est obligé de fuir les compagnies et 
la conversation du monde ; il peut cependant estre 
des festins où il est convié, sans y dire mot. Lors- 
qu'on luv aporte des présents pour le mort, cet ami 
préposé les reçoit et répond pour luy. Il faut ob- 
server que les enfants et jeunes gens de l'un et l'autre 
sexe ne sont pas obligez à ce deiiil ; il n'y a que les 
personnes faites qui ne peuvent s'en dispenser. Sa 
durée est d'une année entière, au bout de laquelle les 
parents s'assemblent pour adopter une personne ca- 
pable de remplir la charge du mort, et qui soit 
du mesme rang. A l'égard des femmes, filles ou 
garçons, ils en usent pareillement, du mesme âge et 
de pareil sexe. Ils se parent alors et se vermillonnent, 
demeurans chacun en sa place dans la -cabanne. Les 
parents du deffunct ou de la deîïuncte s'y trouvent 
bien accommodez aussy de ce qu'ils ont de plus 
propre. 

On convie premièrement trois de chanter et 
de battre le tambour 2 ) suivant la cadence de leur 



ôi 



chanson. Celuy ou celle que Ion a adopté entre 
en la cabanne du mort dans le moment en dansant, 
et, après les présents faits de pelleteries ou autres 
marchandises, qu'il présente au plus proche parent 
du deffimct dont il a eii la place, il continue tout le 
jour à danser au bruit de cet instrument, qui dirige 
ordinairement la danse des sauvages. Pendant ce 
temps les parents du mort l'arrestent quelquefois dans 
sa danse, en luv mettant sur le corps ou à son col 
quelques apiffemens, ou bien ils luv donneront une 
couverte, une chemise, ou un capot; ils l'envermil- 
lonneront et l'enjoliveront du mieux qu'ils pourront. 
Quand la danse est achevée, on luy donne a manger, 
avec plusieurs présents, en mémoire de celuy qu'il 
1-elève, pour lequel il danse et paroit en cette so- 
lemnité. Cet homme ou cette femme les asseure 
qu'ils seront tousjours prêts à leur rendre touts les 
services qui dépendront d'eux, soit pour cuire et 
aprester les mets dans les festins , ou pour s'ac- 
quitter des commissions dont ils les chargeront. 
Ils se rendent enfin a servir comme valets ou ser- 
vantes de la famille. Aussy cet homme ou cette 
femme, quand ils ont de quoy, ils en aportent à leur 
maistre la plus grande partie, et se tiennent unis 
à cette famille, comme s'ils en estoient parents 3 ). 



III. 

Manière dont les sauvages font la l'esté de leurs morts. 

Si les sauvages ont dessein de faire la teste de- 
leurs morts, ils ont soin de faire les provisions né- 
cessaires auparavant. Quand ils sont revenus de la 
traitte avec les Européans, ils en raportent les mar- 
chandises qui leur conviennent pour cet effect, et se 
pré cautionnent chez eux de viande, de grain, pel- 
leteries et autres marchandises. Au retour de la. 



38 

chasse, touts ceux: du village conviennent ensemble 
de solenmiser cette feste. Après l'avoir résolue, ils 
envoyent des députez de leurs gens dans tous les 
villages voisins alliez, et mesme éloignez de plus de 
cent lieues, pour les inviter d'assister à cette feste. 
Ils indiquent, en les priant de s'y trouver, le temps 
qui aura esté fixé pour la solemniser. La plus grande 
partie des hommes de ces villages, qui sont invitez 
à ce festin, partent plusieurs en chaque cannot, et 
font une petite masse ensemble pour en faire un 
présent en commun au village qui les a convié , en 
y arrivant. Ceux qui les ont invité préparent pour 
leur arrivée une grande cabanne, bien forte et bien 
couverte , pour loger et recevoir touts ceux qu'ils 
attendent. Aussitôt que tout le monde est rendu, 
chaque nation séparée l'une de l'autre se tiennent 
debout et au milieu de la cabanne : y estants ensemble, 
font leurs présents et se dépouillent de ce qu'ils ont 
de hardes, en disant qu'on est venu les inviter pour 
rendre les hommages aux mânes des deffuncts du vil- 
lage et à leur mémoire; et sur le champ se mettent 
à danser au bruit du tambour et d'une gourde dans 
laquelle sont de petits gravois, qui ne font que la 
mesme cadence. Ils dansent d'un bout à l'autre de la 
cabanne, en retournant queue à quelle tout de file à 
l'entour de trois sapins, ou de trois mays qui y sont 
dressés. Durant ces danses on travaille à la cuisine; 
on tiie des chiens que l'on fait cuire avec d'autres 
mets qui sont aprestés en diligence. Quand tout est 
prest, on les fait reposer un peu, et, après avoir cessé 
de danser, on sert Je repas. 

J'ay oublié de remarquer qu'aussitost qu'on les a 
fait cesser de danser, on oste les présents qu'ils ont 
faits et touttes leurs dépouilles. Ceux qui les ont 
conviez leur en remettent d'autres en échange qui 
sont plus considérables: s'ils reviennent 4 ), ce sont des 
chemises, des capots, des justaucorps, des bas, des 
couvertes neuves, ou quelques peintures et vermillons; 






39 

quoyque les conviez n'ayent aporté que des vieilles 
hardes, soit peaux grasses, robes de castors, de chats, 
d'ours et d'autres animaux. 

Quand les invitez des autres villages sont touts 
arrivez, on fait aux gens de chaque village la mesme 
entrée et la mesme réception. Quand ils sont touts 
assemblez, on les fait danser ensemble pendant trois 
jours consécutifs, durant lesquels un de ceux qui ont 
invité convie vingt personnes, plus ou moins, au festin 
chez luy, un certain nombre de chaque nation, qui 
sont choisis et détachez par leurs gens mesme. ^\Iais 
au lieu de servir des vivres dans ce festin, ce sont 
des présents qu'on leur donne, comme chaudières, 
haches et autres marchandises; rien cependant à 
manger. Les présents qu'ils ont receu deviennent 
communs à la nation; si c'estoient des vivres, ils 
les peuvent manger, ce qu'ils font aussy très exacte- 
ment, car ils ne manquent jamais d'appétit. Un 
autre en fera de mesme a l'égard des autres dan- 
seurs: ils seront invitez de venir chez luy, et voila 
leur maaiiere de traitter, jusqu'à ce que touts ceux 
du village ayent donné à leur tour de ces sortes 
de festins. Ils dissipent pendant trois jours tout ce 
qu'ils ont en marchandises ou autres choses, et se 
réduisent dans une extrême pauvreté, jusque là mesme 
qu'ils ne se réservent pas une hache ny un Cousteau 
seidement. Ils ne garderont bien souvent qu'une 
vieille chaudière pour leur service ; et l'intention pour 
laquelle se fait cette dépense, n'est que pour rendre 
les âmes des deffuncts plus heureuses et plus consi- 
dérées dans le pays des morts. Car les sauvages 
croyent estre dans une étroite obligation d'accomplir 
tout ce qui est marqué dans les obsèques; et qu'il 
n'y a que ces sortes de dissipations qui puissent les 
mettre bien au repos: car c'est la coustume parmy 
eux de donner ce qu'ils ont sans réserve, dans la 
cérémonie des funérailles ou de quelqu'autres super- 
stitions. Il y en a ' encore de ceux qui ont sucez 



40 



le lait de la relligion, qui n'ont pas entièrement quitté 
ces sortes de maximes, et qui enterrent avec le ca- 
davre tout ce qui appartenoit a la personne pendant 
sa vie. Ces sortes de solemnitez pour les morts se 
faisoient autrefois alternativement tous les ans chez 
chacune nation, en s'y conviant réciproquement ; mais 
depuis quelques années, cela ne se pratique plus que 
parmy quelques unes. Les François qui les ont fré- 
quentez, leur ayant fait connoitre que ces inutiles 
profusions de leurs biens ruinoient leur famille, et les 
réduisoient à n'avoir seulement pas le nécessaire pour 
la vie 5 ). 



Chapitre IX. 

Croyance des sauvages non convertis touchant l'immortalité 
de l'aine et du lieu où elles sont à jamais. 

Tout s les sauvages qui ne sont pas convertis 
croyent l'âme immortelle *) , mais ils prétendent qu'en 
se séparant du corps, elle va dans un beau pays de 
campagne, où il ne fait ni froid ni chaud, et que 
l'air y est agréablement tempéré. Ils disent que la 
terre y est couverte d'animaux de touttes les espèces, 
et d'oiseaux de touttes les sortes. Les chasseurs en 
marchant ne s'y trouvent jamais exposez à la faim, 
ayant à choisir les bestes qu'ils veulent attaquer pour 
en manger. Ils nous disent que ce beau pays est 
bien loin au delà de la terre ; c'est pour cette raison 
qu'ils mettent sur les échaffaux ou sur les fosses de 
ceux dont on fait les funérailles, des vivres et des 
armes, croyant qu'ils retrouveront dans l'autre monde, 
pour s'en servir, tout ce qui leur aura esté donné 
dans celuy-cy, et surtout dans le voyage qu'ils y 
ont à faire. 






41 

Us croyent de plus qu'aussytost que lame est 
sortie du corps elle entre dans ce pays charmant 2 ), 
et, qu'après avoir marché plusieurs journées, il se 
présente dans son chemin une rivière fort rapide, 
sur laquelle il n'y a qu'un petit arbrisseau pour la 
traverser, et qu'en passant dessus il plie tellement, 
que l'âme est en danger d'estre emportée par le 
courant des eaux. Us asseurent que, si par malheur 
cet accident arrivoit, elle se noyeroit; et que tous 
ces périls sont évitez quand elles sont une fois rendues 
au pays des morts. Ils croyent aussy que les âmes 
des jeunes gens de l'un et l'autre sexe n'ont rien à 
craindre, parce quelles sont vigoureuses. Mais il n'en 
est pas de mesme de celles des vieillards et des en- 
fans, qui manquent d'estre assistées dans ce dange- 
reux passage par quelqu'autres âmes; c'est ce qui est 
bien souvent cause qu'elles périssent. 

Ils nous racontent encore que cette mesme rivière 
est poissonneuse au delà de ce qu'on peut s'imaginer. 11 
y a des éturgeons et d'autres poissons en quantitez, 
qu'elles assomment à coups de haches et de massues, 
pour les faire rôtir dans leur voyage; car elles ne trou- 
vent plus aucune beste. Quand elles ont marché un 
assez long temps, il paroit au devant d'elles une mon- 
tagne fort escarpée, qui ferme leur passage et les 
oblige d'en chercher un autre ; mais elles n'en trouvent 
pas, et ce n'est qu'après avoir bien souffert, qu'elles 
arrivent enlin a ce passage terrible, où deux pillons 
d'une grosseur prodigieuse, se levans et retombans 
sans cesse tour à tour, forment une difficulté bien 
grande à surmonter, puisqu'il y faut mourir absolu- 
ment, si en y passant on se trouve malheureusement 
pris dessous; je veux dire quand l'un des deux pil- 
lons vient à tomber 3 ). Mais les âmes ont bien soin 
d'espier cet heureux moment pour franchir un si 
dangereux passage. Plusieurs y succombent cepen- 
dant, et surtout celles des vieillards et des enfans, 
qui sont moins vigoureuses et plus lentes à y passer. 



42 

Quand elles ont une fois évité cet éciieil, elles 
entrent dans un charmant pays, où d'excellents 
fruits se trouvent en abondance. La terre y paroit 
dans sa surface couverte de touttes sortes de fleurs, 
dont l'odeur est si admirable, qu'il embaume les 
coeurs et charme l'imagination. Le peu de chemin 
qui leur reste a faire pour arriver dans le lieu, où 
le bruit du tambour et des gourdes, marquant la 
cadence des morts k faire plaisir , se fait entendre 
agréablement, les excite à courir directement avec 
bien de l'empressement. A mesure qu'elles en ap- 
prochent, ce retentissement devient tousjours plus 
grand, et le joye que les danseurs expriment par des 
exclamations continuelles sert à les ravir davantage. 
Quand elles sont bien proches du lieu où le bal se 
tient, une partie des morts se détachent pour venir 
au devant d'elles, et leur témoigner le plaisir sensible 
que leur arrivée cause communément k toutte l'as- 
semblée. Elles sont conduites dans l'endroit où se 
tient la danse, où elles sont agréablement reçues de 
touts ceux qui y sont. Là elles trouvent des mets 
de touts les goûts et sans nombre. Rien de plus ex- 
quis et de mieux préparé. Il est a leur choix de 
manger ceux qu'il leur plait, et de contenter leur 
appétit, et quand elles ont finy de manger, elles se 
vont mesler parmy les autres pour danser et se di- 
vertir a jamais, sans estre plus sujettes au chagrin, 
k l'inquiétude , aux infirmitez , ny à aucune des vi- 
cissitudes de la vie mortelle. 

Voila le sentiment des sauvages touchant l'im- 
mortalité de l'âme. C'est une rêverie, quoique des 
plus ridicules que l'on puisse inventer, k laquelle 
ils adjoutent [foi] avec tant d'opiniâtreté, que 
lorsqu'on veut leur en faire connoitre l'extrava- 
gance, ils répondent aux Européans qui leur en 
parlent, que nous avons un pays particulier pour 
nos morts, et qu'ayant estez créés par des esprits 
qui estoient de bon accord ensemble et tous amis, 



43 

ils avoient choisy dans l'autre monde un pays dif- 
férent du leur. Ils asseurent que c'est une vérité 
constante, et qu'ils l'ont apprise de leurs ancestres, 
qui furent une fois si loin en guerre, qu'après avoir 
trouvé le bout et l'extrémité de la terre, ils fran- 
chirent ce passage des pillons, dont je viens de faire 
cy- devant la description, auparavant d'entrer en ce 
beau pays; qu'ils y entendirent un peu de loin 
battre le tambour et retentir les gourdes, et que, la 
curiosité les ayant poussé à avancer pour reconnoitre 
ce que c'estoit, ils furent découverts par les morts 
qui vinrent vers eux ; qu'alors ayant voulu s'enfuir, 
ils furent bientôt joints et conduits dans les cabannes 
de ces habitants de l'autre monde, qui les reçurent 
parfaitement bien. Ils les escortèrent ensuitte jusqu'au 
passage des pillons, qu'ils arrestèrent pour les faire 
passer sans danger; et, en les quittant là, ils leur 
dirent de ne plus revenir qu'après leur mort, crainte 
qu'il ne leur arrivât du mal 4 ). 



Chapitre X. 

Jeux et divertisseraens des sauvages. 

I. 

Jeu de crosse. 

Les sauvages ont plusieurs sortes de jeux, dans 
lesquels ils se plaisent. Ils y sont naturellement si 
enclins, qu'ils perdent pour jouer non seulement le 
boire et le manger, mais mesme pour voir jouer. Il 
y a parmy eux un certain jeu de crosse qui a beau- 
coup de raport avec celuy de nostre longue paume. 
Leur coustume en jouant est de se mettre nation 



44 

contre nation, et, s'il y en a une plus nombreuse que 
l'autre, ils en tirent des hommes pour rendre égale 
celle qui ne l'est pas. Vous les voyez tous armez 
d'une crosse, c'est à dire d'un baston qui a un 
gros bout au bas, lacé comme une raquette; la 
boule qui leur sert à jouer est de bois et à peu près 
de la ligure d'un oeuf de dinde. Les buts du jeu 
sont marquez dans une pleine campagne ; ces buts 
regardent l'orient et l'occident, le mydi et le septen- 
trion. L'un des deux partys, pour gagner, doit faire 
passer, en poussant, sa boule au delà des buts qui 
sont vers l'orient et l'occident, et l'autre la sienne 
au delà du mydi et du septentrion. Si celuy qui a 
gagné une fois la faisoit encore passer par delà les 
buts qui sont vers f orient et l'occident, du costé 
qu'il devoit gagner, il est obligé de recommencer la 
partye, et de prendre les buts de sa partye adverse. 
S'il venoit à gagner encore une fois, il n'auroit rien 
fait; car les partyes estant égales et à deux de jeu, 
on recommence tousjours, afin de jouer la partye 
d'honneur; celuy des deux partys qui gagne lève ce 
qui a esté gagé au jeu. 

Hommes, femmes, jeunes garçons et tilles sont 
recettes dans les partyes qui se font, et gagent les 
uns contre les autres plus ou moins, chacun selon 
ses moyens. 

Ces jeux commencent ordinairement après la 
fonte des glaces, et durent jusqu'au temps des se- 
mences. On voit l' après -mydi tous les joueurs ver- 
millonez et apiffez. Chaque party a son chef qui 
fait sa harangue, déclarant à ses joueurs l'heure fixée 
pour commencer les jeux. On s'assemble touts en 
gros, au milieu de la place, et un des chefs des deux 
partys ayant la boule en main la jette en l'air; cha- 
cun se met "en devoir de l'envoyer du costé qu'il la 
doit pousser ; si elle tombe à terre, on tâche de l'at- 
tirer à soy avec la crosse, et si elle est envoyée hors 
la foule des joueurs, c'est là que les plus alertes se 



45 

distinguent des autres en la suivant de près. Vous 
entendez le bruit qu'ils font en se frapant les uns 
contre les autres, dans le temps qu'ils veulent parer 
les coups pour envoyer cette boule du costé favo- 
rable. Quand quelqu'un la garde entre les pieds sans 
la vouloir lascher, c'est à luy d'éviter les coups que 
ses adversaires luy portent sans discontinuer sur les 
pieds; et s'il arrive dans cette conjoncture qu'il soit 
blessé, c'est pour son compte. Il s'en est veiï qui 
ont eii les jambes cassées, d'autres les bras, et quel- 
ques uns ont estez mesme tiiez. Il est fort ordinaire 
d'en voir d'estropiez pour le reste de leurs jours, et 
qui ne l'ont esté qu'à ces sortes de jeu par un 
eftect de leur opiniâtreté 1 ). Quand ces accidents ar- 
rivent, celuy qui a le malheur d'y tomber se retire 
doucement du jeu, s'il est en estât de le faire ; mais 
si sa blessure ne le luy permet pas, ses parents le 
transportent a la cabanne, et la partie se continue tous- 
jours comme si de rien n'estoit, jusqu'à ce qu'elle 
soit finie. 

A l'égard des coureurs, quand les partyes sont 
égales, ils seroient un après-mydi sans estre supérieurs 
les uns aux autres, et quelquefois, aussy une des deux 
remportera les deux partyes qu'il faut avoir pour 
gagner. Dans ce jeu de course, vous diriez voir 
comme deux partys qui se voudroient battre ; cet 
exercice contribue beaucoup à rendre les sauvages 
alertes et dispos pour parer adroitement un coup de 
casse-tête de la part de son ennemy, quand ils se 
trouvent meslez dans le combat; et, à moins d'estre 
prévenu qu'ils jouent, on croiroit véritablement qu'ils 
se battent en rase campagne 2 ). Quelqu'accident que 
ce jeu puisse causer, ils l'attribuent au sort du jeu, 
et n'en ont aucmie haine les uns contre les autres. 
Le mal est pour les blessez , qui ont avec cela l'air 
aussy contents que s'il ne leur estoit rien arrivé, 
faisant paroistre ainsy qu'ils ont bien du courage et 
qu'ils sont hommes. 



46 

Le party qui a gagné retire ce qu'il a mis au 
jeu, et le profit qu'il a fait, et cela sans aucune 
contestation de part et d'autre quand il est que- 
stion de payer, en quelque sorte de jeu que ce 
puisse estre. Si quelqu'un cependant qui ne sera pas 
de la partye, ou qui n'aura rien gagé, poussoit la 
boule a l'avantage d'un des deux party s, un de 
ceux que le coup ne favoriseroit pas l'attaqueroit, 
en luy demandant si ce seroit ses affaires, et de 
quoy il se mesleroit ; ils en sont venus' souvent aux 
prises, et, si quelque chef ne les accordoit, il y auroit 
du sang répandu et quelqu'un de tiïé mesme. Le 
meilleur moyen d'empescher ce désordre est de re- 
commencer la partye du consentement de ceux qui 
gagnent; car, s'ils refusoient de le faire, la partye est 
à eux. Mais quand quelqu'un des considérables s'en 
mesle, il n'a pas de peine a raccommoder leur dif- 
férent et à les engager à suivre sa décision. 



II. 

Le jeu des pailles. 

Les sauvages perdent au jeu des pailles non 
seulement tout ce qu'ils ont, mais encore ce qui ap- 
partient a leurs camarades. Voici ce que c'est que 
ce jeu. Ils prennent une certaine quantité de pailles 
ou de brins d'une herbe particulière pour ce jeu , qui 
n'est pas si grosse qu'une fil à retz pour le saumon; 
ils en font les brins égaux en longueur et en gros- 
seur ; la longueur est environ de dix pouces ; le 
nombre en est non pair. Après les avoir tourne et 
meslé dans leurs mains, ils les posent sur un tapis 
de peau ou de couverte, et celuy qui doit jouer le 
premier, ayant une alaine a la main, ou plus ordi- 
ordinairement un petit os pointu, fait des contorsions 
de bras et du corps , disant : Chok ! Chok ! à tout 
moment, qui ne signiffie rien en leur langue; mais 



47 

qui sert à faire connoistre le désir qu'il a de bien 
jouer, et d'estre heureux en jouant. Il pique donc 
de cet alaine en quelque endroit des pailles, ou du 
petit os pointu, et prend k sa volonté un nombre de 
pailles ; sa partie adverse prend celles qui restent sur 
le tapis et les compte avec une vitesse inconcevable 
par dix, sans se tromper; enlin celuy qui a les non 
pair a bien rencontré. 

Quelquefois ils joueront avec des grains qui 
viennent dans des arbres, qui sont à peu prez comme 
de petits aricots. Ils en prennent chacun un cer- 
tain nombre, pour la valeur de la marchandise qu'ils 
veulent joiier, qui sera un fusil, une couverte ou 
autre chose. Celuy qui, au commencement du jeu, 
se trouve neuf pailles dans la main a tout gagné 
et tire ce qui est au jeu. S'il se trouvoit avoir un 
nombre, qui ne fut pas pair, inférieur k celuy de 
neuf, il est le maitre de redoubler et d'honnorer le 
le jeu de ce qu'il luy plaist. C'est pourquoy il met 
dans un endroit du jeu, tel qu'il veut, une paille, et 
dans les autres, trois, cinq ou sept; car le neuf de- 
meure tousjours supposé, c'est le nombre qui domine 
touts les autres. Celuy enfin qui se trouve neuf pailles 
a la main, tire généralement tout ce qui est au jeu. 
Et k costé des pailles, qui sont sur le tapis, se trouvent 
les grains dont les joueurs ont honnoré le jeu. Vous 
devez remarquer que sur le neuf on en met tousjours 
plus que sur touts les autres. 

Quand les joueurs ont mis au jeu, celui qui a 
bien rencontré manie souvent les pailles et les tourne 
dans ses mains bout pour bout; il les met ensuitte 
sur la table disant Chank, qui veut dire neuf; et 
l'autre, qui a l'alaine ou le petit os en main, picque 
les pailles dans l'endroit qu'il veut, et en prend comme 
il a esté dit cy- devant k sa volonté, et l'autre le 
reste. Si le dernier k prendre en voidoit laisser, son 
adversaire est obligé de les prendre, et comptant 
tous deux par dix, celuy qui a le nombre non pair 



48 

a gagné , et tire ce qui est au jeu. Mais s'il arrivoit 
au gagnant de n'estre supérieur que d'une paille, il 
ne tireroit que les grains que cette paille emporte; 
par exemple trois sont plus fortes d'une que deux, 
cinq sont supérieures à trois, et sept que cinq ; mais 
le neuf surpasse tout. 

Si plusieurs jouent et qu'un d'eux se trouve 
cinq à la main, ils joueront quatre à la fois deux 
contre deux, ou moins s'ils ne peuvent faire le 
nombre de quatre joueurs. Ceux là gagnent les 
grains qui sont pour les cinq pailles, et les autres 
grains qui sont au jeu pour les trois pailles et pour 
une. Quand personne n'a dans la main le non pair 
de celles qui restent sur le tapys, c'est à dire d'un et 
trois, après avoir bien compté les pailles par dix, 
quand il n'a pas les neuf, il faut qu'il redouble ce 
qu'il a mis au jeu, quand bien même il auroit en 
main cinq ou sept pailles, et le coup devient nul. Il 
est obligé aussy de faire deux autres tas: dans l'un 
il mettra cinq et dans l'autre sept pailles, avec au- 
tant de grains qu'il voudra. Ses partyes adverses 
picquent a leur tour, quand il lçs a mis sur le tapys, 
et puis il reprend celles qui restent; il y en a pour 
lors qui ont bien rencontré, cependant chacun ne tire 
que les grains qui sont destinez pour le nombre des 
pailles, et celuy qui a neuf, ne tire seulement que 
les grains posez pour les neuf pailles. Quand un 
autre amène sept, il tire le reste; pour trois et un 
c'est la môme chose, mais non pas celles qui sont 
au dessus 3 ). 

Il faut remarquer qu'après avoir perdu au jeu 
ce qu'on a devant soy, on continue de jouer sur la 
parole, si on asseure qu'on a des effets quoyqu'ils 
ne soient pas présents. Mais quand on continue 
d'avoir du malheur, le gagnant peut refuser des grains 
au perdant pour la valeur qu'il luy demande, et 
l'obliger d'aller quérir des effets sans vouloir joiier 
davantage qu'il ne les voye , a quoy il n'y a pas de 



4M 

réplique à luy faire. Le perdant dira sur-le-champ 
à un de ses camarades de les luy aporter, et si le 
malheur continue, il perdra tout ce qu'il a. Un de 
ses camarades le relève ensuitte et prend sa place, 
déclarant à celuy qui est le gagnant ce qu'il a des- 
sein de risquer au jeu. Il prend donc des grains 
pour la valeur. 

Ce jeu dure quelquefois des trois et quatre 
jours. Quand quelqu'un du party qui perd regagne 
le tout, et que celui qui a cy-devant esté favo- 
risé du jeu vient à perdre non seulement tout 
le profit qu'il y avoit fait, mais ce qu'il y avoit mis 
du sien, un autre de ses camarades reprend encore 
sa place, et tousjours de mesme jusqu'à ce que l'un 
des deux partys ait entièrement perdu. Voila comme 
la partye finit avec eux, la maxime des sauvages 
estant celle de ne pouvoir quitter le jeu que tout 
ne soit perdu d'un costé ou de l'autre. C'est pour- 
quoy ils ne peuvent se dispenser de donner la re- 
vanche à tous ceux d'un party l'un après l'autre 
deffinitivement, comme je le viens de dire. Ils ont 
au jeu la liberté de faire jouer pour eux qui bon 
leur semble, et s'il arrivoit de la contestation là des- 
sus , je veux dire entre les gagnants et les perdants, 
appuyez de part et d'autre chacun de leur costé, ils 
en viendroient à des extremitez où il y auroit du 
sang répandu, et qu'il seroit très difficile à rac- 
commoder. Si l'esprit du gagnant est d'un caractère 
tranquille dans la perte, faisant semblant de passer 
par dessus quantitez de tours d'adresse et de mau- 
vaise foy, dont on use bien souvent dans le jeu, il 
est loiié et estimé d'un chacun; au lieu que celuy 
qui a voulu malverser est blasmé de tout le monde, 
et ne trouve personne qui veuille jouer avec luy, 
à moins qu'il ne restitue honteusement ce qu'il n'a 
pas gagné légitimement. 

Ce jeu de paille se tient ordinairement dans des 
cabannes de chefs, qui sont grandes et, pour ainsy 

4 



50 

dire, l'accadémie des sauvages. On y voit tous les 
jeunes gens former différents partys, et les hommes 
spectateurs de leurs jeux. Si le joueur s'imagine 
avoir bien pique les pailles et tenir de son costé le 
nombre qui n'est pas pair, les ayant d'une main, il 
frape de l'autre, et, quand il en a fait le dénombre- 
ment par dix, il donne, sans rien dire, à connoistre 
par signe qu'il a gagné, en tirant les grains qui sont 
au jeu, en voyant que celuy contre qui il joiie n'en 
fait pas autant. Alors l'un des deux, voulant supposer 

3ue les pailles peuvent n'avoir pas esté bien comptées, 
s les remettent à deux des spectateurs pour les 
compter, et celuy qui a véritablement gagné frape 
tousjours ses pailles sans rien dire , et retire ce qui 
est au jeu. Tout se passe sans contestation et avec 
beaucoup de fidélité. Vous remarquerez que ce jeu 
n'est pas du tout celuy des femmes, et qu'il n'y a 
que les hommes qui le pratiquent. 

III. 

Jeu de dez. 

Les sauvages ont aussy un certain jeu de dez, 
dont le cornet est un plat de bois bien rond, bien 
vuidé et bien poly sur les deux costez. Les dez sont 
faits de six petits os plats à peu près de la figure 
d'un noyau de prune ; ils sont bien unis, ayans, sur 
une des faces, une couleur noire, rouge, verte ou bleue, 
et sur l'autre, ordinairement blanche ou autre diffé- 
rente de la première face. Ils mettent ces dez dans 
le plat, dont ils tiennent les deux bords, et en l'éle- 
vant les font sauter et jouer dedans. Ayant ensuitte 
frapé le fond du plat sur le tapis, ils se donnent 
incontinent de rudes coups sur la poitrine ou sur les 
épaules, dans le moment que les dez roulent, en di- 
sant, Dez, Dez, Dez, jusqu'à ce qu'ils soient arrestez. 
Quand il se trouve le nombre de cinq ou six sur une 






51 

face de la mesme couleur, il emporte les grains, dont 
il est convenu avec le party contraire ; si le perdant 
et ses camarades n'ont plus rien à joiier, le gagnant 
tire tout ce qui est au jeu. On a veû des villages 
entiers jouer leur butin les uns contre les autres à 
ce jeu, et s'y épuiser. Ils se portent aussi des mo- 
mons 4 ), et quand il arrive à un party d'amener rafle 
de six, tous ceux et celles de la nation qui sous- 
tiennent pour luy, se lèvent et dansent en cadence 
au bruit des gourdes; le tout se passe sans aucun 
différent. 

Les femmes et filles jouent à ce jeu, mais elles 
ont bien souvent huit dez et ne se servent point de 
plat comme les hommes; elles étendent seulement 
une couverte, et les y jettent avec la main 5 ). 



Chapitre XI. 

Vivres ordinaires et chasses des sauvages. 

I. 

Vivres ordinaires des sauvages. 

Les vivres que les sauvages aiment le plus et 
qu'ils recherchent davantage, sont le bled d'Inde, les 
febves d'aricots et la citrouille. S'ils en manquoient, 
ils croiroient jeûner, quelqu'abondance de viande ou 
de poissons qu'ils eussent chez eux, le bled d'Inde 
estant pour eux ce que le pain est aux François. Les 
Algonkins néantmoins et touttes les nations du nord, 
qui ne cultivent pas la terre, n'en font pas d'amas; 
mais quand on leur en donne à la chasse, ils en font 
un régal 

Ces peuples ne vivent ordinairement que de la 
chasse ou de la pesche; ils ont des élans, des cari- 
bous, des ours ; mais, de tous ces animaux, le castor est 

4* 



52 

le plus commun. Ils s'estiment fort heureux dans leurs 
chasses quand ils rencontrent quelques lièvres, martres, 
ou perdrix pour en boire le bouillon; et, sans ce que 
nous appelions la tripe de roche que vous diriez 
estre une espèce de mousse grise, seiche, semblable 
à des oublies, qui n'a d'elle-mesme qu'un goust de 
terre et celui du bouillon où on la fait, la plupart 
des familles mourroient de faim '). On en a veii qui 
ont estez obligez de manger leurs enfants, et d'autres 
que la disette a fait entièrement périr. Car le pays 
du nord est la terre du monde la plus ingratte, puis- 
que, dans quantitez d'endroits, vous ne trouveriez pas 
un oiseau a chasser; on y ramasse cependant des 
bluets 2 ) dans les mois d'août et de septembre, qu'on a 
soin de faire sécher et de conserver pour le besoin. 
Les Chiripinons ou Assiniboiialas [Assinipoiia- 
lacs, Assiniboils] sèment dans leurs marais quelques 
folles avoines 3 ) qu'ils recueillent, mais ils n'en peuvent 
faire le transport chez eux que dans le temps de la 
navigation. Les canots estant trop petits et se trouvant 
surchargez de leurs enfants et du butin de la chasse, 
ils ont esté bien souvent réduits k jeûner pour estre 
trop éloignez de leurs caches et de leur pays. 

IL 

Manière dont les nations du nord font la chasse du castor. 

Les peuples du nord font l'hyver la chasse du 
castor avec une tranche et un filet de cordes de 
peaux. Ils commencent premièrement k rompre la 
cabanne où cet animal se retire. Ils deffont ensuitte 
les escluses 4 ), qu'il a soin de faire pour se conserver 
l'eau du marest. Après les avoir fait écouler pendant 
la nuit, on a ce filet qui est fait comme un sac, de 
la largeur de l'endroit où il doit nécessairement passer : 
car il n'y en a pas d'autre, la glace, et les escluses 
qu'il a faites dans l'automne, ne luy permettant plus 



53 

de monter ny descendre , il est contraint d'aban- 
donner sa demeure, ou de reparer la brèche qu'on y 
a desjà faite ; car ce filet, comme il a esté dit, occupe 
le passage 5 ), et sa figure est comme celle d'une bourse 
avec un maitre qui se tire pour le fermer. Le castor 
voulant donc descendre au fond de l'eau, entre dans 
ce piège qui lui est tendu, et l'homme posté sur la 
glace le sentant pris, tire le filet et lui casse la teste. 
On le retend tousjours de mesme; c'est la manière 
dont les castors se prennent. Si le marest n'avoit 
pas le rivage escarpé, et qu'il fut au niveau de l'eau, 
il seroit bien plus facile de les détruire, car il n'y 
auroit dans ce temps la qu'à rompre leurs cabannes 
pour les en faire sortir. 

Le bruit que les chasseurs font en frapant forte- 
ment le manche de leurs tranches, donnent à con- 
noitre aux castors 6 ; par ce retentissement, qu'il y a des 
concavitez sous la glace, dans lesquelles ils taschent 
de se réfugier, afin de reprendre haleine; car l'épou- 
vante qui leur a esté donnée les a bien fatiguez. 
Après s'estre reposez quelque temps, ils veulent re- 
tourner à leur giste ou en quelque autre endroit 
d'asseurance, alors tout le monde garde un grand si- 
lence et cesse de faire du bruit; cependant l'on con- 
tinue de marcher tousjours à pas de loup les piquets 
à la main pour visitter les endroits, où l'on aperçoit 
l'eau remuer, parceque l'on présume que le castor 
y est. On bouche sur le champ l'entrée de son trou, 
et, connoissant par les piquets qu'il veut forcer, le 
temps qu'il veut en sortir, on le darde incontinent 
avec une espée emmanchée au bout d'un bois 1 ). 

III. 

Chasse du caribou, de l'élan et autres animaux. 

La chasse aux cariboux se fait ordinairement 
dans de grandes savanes 8 ), que l'on environne d'abord 



54 

d'arbres et de perches, de distance en distance, où 
se tendent des lacets de peau crue qui ferment un 
petit passage laissé à dessein. Quand touts ces pièges 
sont une fois dressez, on s'éloigne en marchant de 
front et faisant continuellement de grands cris ; ce 
bruit extraordinaire les épouvante et les met en 
fuite de touts costés ; ne sçachant plus où aller, ils 
viennent rencontrer cet embarras qui leur a esté 
préparé et ne le pouvant franchir, ils sont contraints 
de le suivre pour se rendre dans le passage, où sont 
tendus les lacets à noeuds coulants, qui les saisissent 
par le col. C'est en vain qu'ils taschent d'en sortir; 
ils arrachent plustot les piquets et les entraînent 
avec eux jusqu'aux premiers arbres. Enfin les der- 
niers efforts qu'ils font pour en sortir ne servent qu'à 
les estrangler plus promptement 9 ). 

On chasse l'élan à peu près de la mesme ma- 
nière quand on est surtout dans un pays où ils sont 
communs, ou bien on tasche de les surprendre à coups 
de fusils et de flèches. Mais l'hyver que les neiges 
sont hautes, on a des espées emmanchées pour les 
tuer à la course; au lieu que les biches et les cerfs 
ne se peuvent prendre qu'au lacet 10 ). 

Les Kiristinons [Kilistinons, Cristinaux, Cris] 
qui hantent souvent le long des bords du lac Supé- 
rieur et des grandes rivières, où sont plus commu- 
nément les élans, ont une autre manière d'en faire la 
chasse. Ils s'embarquent premièrement deux à deux 
en chaque canot et se tiennent de distance en 
distance les uns des autres; leurs chiens sont a 
terre qui avancent un peu dans la profondeur des 
bois pour aller chercher leurs bestes. Sitost qu'ils 
en sentent la piste, ils ne la quittent plus qu'ils ne 
les ayent trouvés; et l'instinct admirable qu'ils ont 
de se ressouvenir où peuvent estre leurs maîtres, 
fait qu'ils poussent directement les élans de ce costé 
là, en les poursuivant tousjours jusqu'à ce qu'ils soient 
contraints de se jeter à l'eau. Les sauvages qui 



55 

sont d'une grande attention sur le rivage pour écouter 
l'aboyement de leurs chiens, s'embarquent incontinent, 
donnent sur les élans et les tuent. 

Les martres les plus estimées et les plus belles 
sont celles du nord; le poil en est plus noir que 
brun, et c'est un des meilleurs commerces qui se 
fasse en ce pays. 

Les sauvages que l'on nomme Saulteurs **), sont 
au sud du lac Supérieur et font la chasse du castor et 
de l'élan. Ils y peschent aussy d'excellent poisson et 
ramassent quelque bled d'Inde, mais non pas en si 
grande quantité que les nations des bords du lac 
Huron, qui demeurent dans des pays peslés ou prairies. 
Il s'y trouve des martres, et s'il ne s'y voit pas de 
cariboux, il y a en récompense quantité d'autres 
bestes en abondance qu'ils tuent avec beaucoup de 
facilité. Joint k cela ils ont pour voysins et amis les 
Siroux [Sioux], sur les limites desquels ils chassent, 
quand ils veillent, bufles, cerfs, biches, chevreuils et 
autres gibiers qu'ils surprennent a coups de fusils 
et de flèches. 

Il y a des nations encore, le long du lac 
Huron et Illinois, qui ont des terres suffisamment dé- 
frichées pour en tirer tout le grain qu'ils peuvent 
avoir besoin, et qui vivent parfaitement bien avec 
le poisson que leur produit la pêche. Mais quand 
ils veulent aller a la chasse du castor ou de quel- 
qu'autre beste, ils sont dans l'obligation d'aller bien 
loin. Les saisons qu'ils prennent ordinairement pour 
chasser sont l'automne et l'hyver, parceque dans ce 
temps là les peaux des animaux sont meilleures que 
dans un autre. Ils se servent de pièges pour les 
prendre, dans lesquels est un appas qui est la branche 
d'un arbre qu'on nomme bois de tremble; ils l'aiment 
beaucoup et voulant atteindre au fond de ce piège, 
où elle est mise, ils marchent sur une détente qui 
leur fait tomber une trape sur le dos et les tiie. 

Ils chassent touttes les autres bestes avec le 



56 

fusil (quoyqu'ils ayent aussy des flèches), mais ils ne 
sont pas si adroits k s'en servir que ceux du nord 
et des prairies, parcequ'ils n'ont pas si communément 
qu'eux l'usage des armes k feu; et que dans les chasses 
éloignées, où ils ont costume d'aller, il y a des ours, 
des cerfs, des biches, des chevreuils, des chats sau- 
vages, des castors, quelques peccans et des loutres. 
S'ils vont k l'ouest, ou vers le sud, ils y trouvent 
des buffles mais peu d'élans 12 ) ; car tous les animaux 
que je viens de nommer cy- dessus ne demeurent 
guerres où il y a des élans; c'est pourquoy ils courent 
bien risque de jeûner quelques fois. Les martres y 
sont aussy fort communes, et quand le castor ne peut 
pas supléer au défaut des élans, le peu de neige qui 
empesche de les prendre a la course, les expose k une 
disette d'autant plus évidente qu'il est très difficile 
de s'en rendre maitre par surprise. 

IV. 

Productions naturelles des prairies ; gibier et lestes sauvages qu'on 
y rencontre. 

Les nations sauvages qui habitent les prairies 
sont heureuses pour la vie; les bestes et les oiseaux 
y sont en grand nombre, avec une infinité de rivières 
fort poissonneuses. Les gens y sont naturellement 
laborieux et s'attachent k cultiver la terre, qui est 
très fertile en bled d'Inde. Elle produit aussy des 
aricots, des citrouilles petites et grosses d'un goust 
admirable, des fruits et plusieurs différentes racines. 
Ils ont surtout une certaine manière d'accommoder 
les citrouilles avec le bled d'Inde cueilly en lait, 
qu'ils y joignent et qu'ils font cuire et sécher, dont 
le goût est très sucré. Il y vient enfin des me- 
lons dont le suc n'est pas moins agréable que 
rafraîchissant. 

Les bestes de différente espèce que le pays four- 
nit sont des buffles, des cerfs, des ours, des chats 



57 

cerviers, chats sauvages et des tygres d'une viande 
très bonne à manger. Il y a aussy des castors, des 
loups noirs et gris dont les peaux servent à leur 
usage, et d'autres animaux encore qu'ils mangent aussy. 

Les oiseaux ou gibiers de rivière ou marests 
sont des cygnes, des outardes, des oyes sauvages 
et des canards de touttes les espèces. Les pélicans 
sont fort communs, mais d'un goût huileux, soit en 
vie ou morts, qui est si mauvais qu'il n'est pas pos- 
sible d'en manger. 

Ceux des terres sont des dindes, des faisans, des 
cailles, des tourtes, des corbijeux 13 ) comme de grosses 
poules d'un goust excellent. On y voit encore d'autres 
oiseaux, mais il y a surtout une infinité de grue?. 
Les gens du pays se servent ordinairement du fusil 
et de l'arc dans les chasses, et de la tranche dans 
les marets qu'ils mettent k sec. 

Touttes les bestes sont d'un très bon poil vers le 
nord; quand on descend au sud, où l'hyver dure peu de 
temps, elles cessent, sitost qu'il est passé, d'estre de la 
mesme valeur. La chaleur y est égale k celle des isles 
du sud ou de la Provence. C'est un pays remply de 
perroquets; mais si on avance dans le nord, vers 
l'entrée d'Ouisconching, l'hiver y est extrêmement froid 
et long. C'est où les castors sont les meilleurs, et le 
pays où la chasse dure plus longtemps dans l'année. 

Les sauvages ont dans le pays différentes ra- 
cines: celles qu'ils nomment c'est k dire la 

racine de l'ours, est un véritable poison si on la 
mangeoit crue, mais ils la coupent par tranches fort 
minces et la font cuire dans un fourneau pendant 
trois jours et trois nuits; c'est par le feu qu'ils font 
évaporer en fumée la substance crue qui en compose 
le venin, et elle devient ensuitte ce qu'on appelle 
communément de la cassave. 

Ils tirent aussy l'hyver de dessous la glace dans 
les marets où il y a beaucoup de vase et peu d'eau, 
une certaine racine, meilleure que celle dont on 



58 

vient de parler; mais elle ne se trouve que dans 
la Louisiane à quinze lieues plus haut que l'entrée 
d'Ouisconching. Les sauvages nomment en leur 
langue cette racine Pokekoretch, et le François ne 
luy donne aucun nom, parcequ'il ne s'en voit 
point du tout en Europe. Elle est semblable à une 
racine grosse comme la moitié du bras ou un peu 
plus ; elle a de mesme la chair ferme , et luy res- 
semble aussy au dehors: vous diriez en un mot à 
les voir que ce sont véritablement de grosses raves; 
mais coupez-la par les deux bouts, ce n'est plus la 
mêmes chose; car vous y trouvez un trou qui la perce 
par son milieu, dans toute sa longeur, autour duquel 
il y a cinq ou six autres petits trous, qui pénètrent 
aussy d'un bout à l'autre. Pom* la manger, vous la 
faites cuire sur un brazier, et vous y trouvez un 
goust de chatagne. La coustume des sauvages est 
d'en faire provision: ils les découpent par tronsons, 
et les enfilent dans une ficelle pour les faire sécher 
à la fumée. Quand ils sont bien secs et durs comme 
du bois, ils en remplissent des sacs et les conservent 
tant qu'ils veulent. S'ils font chaudière avec de la 
viande, ils y feront cuire de cette racine qui se ra- 
molit, et quand ils veulent manger, elle sert de pain 
avec la viande. La plus grasse la rend tousjours 
meilleure; car quoyque cette racine soit bien douce 
et d'un assez bon goust, en l'avalant elle s'attache 
au gozier et a de la peine à passer, parcequ'elle est 
trop seiche. Les femmes arrachent cette racine, et 
la connoissent par le brin qui se montre debout au 
dessus de la glace. La figure [fleur] est comme une 
couronne rouge, de la largeur du fond d'une assiette, 
et remplie de graines semblables en toute façon à des 
noisettes, qui ont véritable goust de chatagne quand 
elles sont cuittes sous de la cendre chaude 14 ). 

Le pays produit aussy des pommes de terre: 
les unes sont de la grosseur d'un oeuf, les autres 
comme le poing ou un peu plus. On les fait bouillir 



59 

dans l'eau à petit feu pendant vingt quatre heures ; 
lorsqu'elles sont bien cuittes, vous y trouvez un fort 
bon goust, à peu près comme celuy des prunes, qui 
se cuisent de la même manière en France pour estre 
servies au dessert 15 ). 

Les nations des prairies trouvent encore en cer- 
tains endroits des terres grasses, et humectées par les 
ruisseaux qui les arrosent, où croissent des ognons de 
la grosseur du pouce. Ils ont la teste comme unpoyreau, 
et l'herbe qui y croist ressemble au cercitie [salsiris]. 
Cet ognou, dis-je, est d'une acreté si grande, que, si 
l'envie prenoit d'en avaler", elle carieroit tout d'un 
coup la langue, le gozier et le dedans de la bouche ; 
je ne sçay pas mesme, si elle ne fer oit pas quelque 
mauvais effect dans l'intérieur du corps. Mais cet 
inconvénient n'arrive guerres, car aussitost qu'on l'a 
dans la bouche on la jette ; et on s'imagine que c'est 
un certain ail sauvage assez commun dans les mesmes 
endroits, et dont l'acreté est aussy insupportable. 

Quand les sauvages font provision de ces ognons 
dont la terre est couverte, ils battissent premièrement 
un fourneau, sur lequel ils les mettent en les couvrant 
d'un lit d'herbe bien espais, et, par la chaleur que le 
feu leur communique, sans estre endommagées par la 
flamme, l'acreté en sort, et après les avoir fait sécher 
au soleil ils deviennent un mets excellent. L'excèz 
n'en vaut rien cependant, quoyque le goust exquis 
qu'on y trouve engage bien souvent a contenter son 
appétit; car rien au monde n'est de plus indigeste 
et de plus nourrissant. Vous vous sentez la poitrine 
chargée, le ventre dur comme un tambour, et des 
tranchées qui durent de deux et trois jours. Quand 
on est prévenu là dessus, on s'abstient d'en trop 
manger J'en parle en expérience, m'y estant trouvé 
pris, et je n'en ay plus voulu gouster depuis l'incom- 
modité que j'en ay ressenty. 

Les prairies qu'habitent les Illinois produisent diffé- 
rents fruits, comme des mesles [nèfles], de grosses meures, 



60 

des prunes et quantité de noix ainsy qu'en France 
et plusieurs autres fruits ,6 ). A l'égard des noix, il s'en 
trouve de la grosseur d'une poule, qui sont si amères 
et si huileuses qu'elles ne valent rien k manger. 
On y a aussy des fraizes en abondance, framboi~< s 
et pommes de terre. Mais les peuples plus avancez 
dans le nord, jusqu'à la hauteur d'Ouisconching, n'ont 
plus de ces mesles, et ceux qui sont encore plus 
loin manquent de ces noix semblables k celles de 
France. A cela près, ils ont tous les autres fruits dont 
il a esté parlé cy-dessus. 

V. 

Chasse du buffle. 

J'ay cy- devant remarqué que les sauvages des 
prairies estoient dans un pays heureux, par rapport k 
la quantité d'animaux de toutte espèce qu'il avoient 
chez eux, et des graines, fruits et racines que la terre 
y produit en abondance ; mais , je n'ay rien dit des 
coustumes qu'ils ont dans leurs chasses, ny de la 
manière dont ils la font, particulièrement celle du 
buffle. 

Les sauvages partent l'automne, la récolte estant 
faite , pour aller k la chasse ; et ne se rendent au 
village qu'au mois de mars, pour faire les semences 
de leurs terres. Ils repartent aussitost qu'elles sont 
faites, et n'en reviennent qu'au mois de juillet, qui 
est le temps que le buffle commence d'estre en rut. 

Ceux d'un village entier vont ensemble k cette 
chasse, et, s'il n'est pas assez fort, il se joint k un 
autre , et cela pour deux raisons : la première pour 
sustenir les attaques que les ennemis pourroient lenr 
faire; et l'autre, afin d'estre en estât d'investir une 
plus grande quantité de bestes. 

Ils s'assemblent le soir, la veille du départ, et 
choisissent entre eux celuy ' qu'ils jugent le plus 



61 

capable d'estre le maître de la chasse. C'est ordi- 
nairement un des chefs de guerre le plus considéré; 
il prend pour émules touts les autres chefs, et con- 
vient avec eux de tout ce qui doit estre réglé dans 
la marche qu'on tiendra pour la chasse des buffles. 
Le mesme joui', un des principaux fait une Jiarangue 
en présence de toutte l'assemblée, dans laquelle il 
expose ce qui a esté prescript au sujet des limites 
qui seront gardées dans cette chasse, et les punitions 
ordonnées pour ceux qui les passeront. Jl déclare 
quelles portent de les dépouiller de leurs armes, de 
briser leurs arcs et leurs flèches, de rompre leurs 
cabannes, et de piller tout ce qui se trouvera dedans: 
cette loy est parmy eux irréfragable. La raison qui 
les oblige d'en user avec tant de sévérité et d'exacti- 
tude envers ceux qui manquent d'y obéir, est que, 
si dans la chasse on passoit les bornes prescriptes, 
touttes les bestes s'enfuiroient et le village seroit en 
danger de mourir de faim. Touts les chefs sont gé- 
néralement sujets à cette loy ; si celuy mesme qui est 
par dessus touts les autres avoit commis la faute, il 
en subiroit pareillement la rigueur, comme un autre, 
sans égard à son authorité, et, en cas qu'il ne voulut 
pas s'y soumettre, toutte la jeunesse, qui est pour ainsi 
dire sou appui, se banderoit contre luy, et feroit 
main basse sur touts ceux qui se présenteroient pour 
soustenir son party. 

Ce premier des chefs avec ses émules fait les 
détachements nécessaires pour aller sur les chemins, 
à la découverte, et, s'ils présument qu'il y ait a craindre 
pour leurs gens, ils reviennent sur leurs pas, afin de 
les couvrir et d'empescher qu'ils ne soient chargez 
par l'ennemy. 

Quand le village est fort en jeunes gens ca- 
pables de porter les armes, on les divise en trois 
corps : l'un prend sa route à la droite , l'autre à la 
gauche, et la moitié du troisième se partage dans les 
deux premiers. L'un de ces partys s'écarte une lieue 



62 

ou environ sur la droite, et l'autre demeure sur la 
gauche, faisants tous les deux, chacun de leur costé, 
une grande file; alors ils partent en se tournant le 
dos et continuant de marcher, jusqu'à ce qu'ils jugent 
s'estre assez estendus en longeur pour avancer en 
profondeur. Comme ils décampent dès la mynuit, 
un des partys attend que le jour paroisse, pendant 
que les autres poussent leur pointe; et, après avoir 
marché une demie lieue ou environ, un autre party 
attend encore le jour; le reste marche après une 
autre demie lieue faite, et attend pareillement. Le jour 
estant enfin venu, ce troisième party qui s'estoit divisé 
à droite et à gauche avec les deux autres pousse sa 
route plus loin, et, sitost que le soleil a attiré à son 
lever la rosée qui est sur la terre, les partys de la 
droite et de la gauche estants k veiïe se joignent de 
file et ferment le bout de l'enceinte qu'ils veulent 
investir. 

Ils commencent d'abord a mettre le feu aux 
herbes seiches, qui sont en quantité dans ces prairies; 
ceux qui occupent les flancs en font de même, et 
dans l'instant tout le village décampe avec touts les 
vieillards et jeunes garçons qui se partageant égale- 
ment des deux costez, s'éloignent et observent à veue 
les partys, afin de se conformer k eux, en sorte que 
les feux puissent estre allumez ensemble sur les quatre 
faces, et se communiquent peu k peu les uns aux 
autres. Cela fait les mesme effect k la veue que quatre 
rangs de palissades, dans lesquels les buffles sont en- 
fermez. Quand les sauvages s'apperçoivent qu'ils 
veulent sortir pour éviter le feu qui les environne 
de toutes parts (estant la chose du monde qu'ils ap- 
préhendent le plus), ils courent k eux et les con- 
traignent de rentrer dans l'enceinte. C'est la manière 
dont ils se servent pour les tuer touts. On asseure 
qu'il y a des villages qui en ont eu jusqu'à quinze 
cents, et d'autres plus ou moins, suivant la quantité 
du monde et la grandeur de l'enceinte qu'ils font 



63 

dans leur chasse. Car ce pays n'est que plaines; il 
y a seulement quelques islets où ils ont coustume 
d'aller camper pour faire sécher leurs viandes. 

Les cerfs et les chevreuils sont assez souvent 
enveloppez dans ces sortes de feux qu'ils franchissent, 
et les sauvages ne s'attachent ordinairement qu'à ceux 
qu'ils sont asseurez de tiïer ou d'avoir par surprise. 

Le village campe ensuitte dans l'endroit le plus 
commode et le plus proche de celuy où s'est fait le 
carnage. Ce camp estant estably, on partage entre 
les familles les bestes qui ont esté tiiées en cette 
chasse; les unes en ont plus, les autres moins à pro- 
portion qu'elles sont nombreuses. Mais tout se distri- 
bue par la voix des chefs avec beaucoup d'équité et 
de justice. Chacune de ces familles escorche les 
bestes qui leur sont escheiies en partage, et l'on reste 
dans le camp jusqu'à ce que toutes les viandes soient 
bien seiches. Ils ont grand soin d'en ronger les os 
de manière qu'ils n'y laissent autour rien du tout. On 
achève avant midy, et le reste du jour est suffisant 
pour accommoder les viandes. 

Les Illinois et leurs voysins ne manquent pas 
de bois pour les faire sécher; mais les Ayoës et les 
Panys ne se servent ordinairement que de fiantes 
de buffles bien seiches,, le bois estant extrêmement 
rare chez eux 11 ). 

Voila quelle est la conduite de ces nations dans 
leurs chasses, qui sont tousjours prestes et en estât 
de deffendre leurs familles contre les ennemys; 
puisqu'elles se trouvent placées dans les flancs, en 
marche , que la droite et la gauche des guerriers 
couvrent, et mettent à l'abry des insultes qu'on 
pourroit leur faire. Joint à cela, il n'y a rien à 
craindre derrière elles, car les gens détachez à la 
découverte les soustiennent en queue et servent en 
cette occasion d'arrière-garde. L'ennemy ne sçauroit 
donc paroitre qu'on ne soit en estât d'en informer 
tout le party, par l'alarme qui se donne d'une voix 



64 

à l'autre, et par le prompt secours des guerriers, qui 
accourent en diligence pour s'opposer à l'ennemy; 
les femmes et les enfans se trouvent hors de péril; 
ils tiennent ferme et sont très rarement repoussez. 

L'hyver, dans leurs chasses, ils observent les 
mesmes maximes, mais la neige dont la terre est toutte 
couverte les empêche de faire courir les feux, et d'y 
réussir comme dans une autre saison. A l'égard des 
loix, on est également obligé de les garder; mais ils 
sont indispensablement contraints de faire une file 
beaucoup plus estendùe pour former l'enceinte dont 
il faut investir les buffles. Et si quelqu'un d'eux 
trouvoit jour de les forcer, ils courroient au-devant 
pour s'opposer à leur fuite, ou bien ils les suivent 
en queue avec tant de célérité qu'ils en tuent tous- 
jours beaucoup. 

Il n'y a que la peau du ventre des vaches et 
celle des veaux d'un an dont ils se servent pour 
faire des couvertes; mais celles des buffles sont em- 
ployées pour des boucliers, dont ils parent contre les 
ennemys les flèches et les coups de casse-teste. Quand 
ils veulent aprester cette peau, ils en coupent une 
pièce suffisante, et, l'ayant bien grattée des deux 
costez, ils la font bouillir un moment et la tirent de 
de la chaudière. On l'estend ensuitte sur un cercle, 
de la largeur du bouclier qu'on a dessein de faire, 
et estant bien seiche elle devient aussy dure que le 
cuir fort d'une semelle de soulier. Quand les sau- 
vages la veulent couper pour l'estendre, ils prennent 
garde de luy donner auparavant la figure la plus 
ronde qu'ils peuvent, et lorsqu'elle est bien seiche 
ils en ostent la superficie attachée au cercle. Voilà 
comme ils font les boucliers qu'ils portent à la guerre. 



05 
VI. 

^Manière dont 1rs sauvages font la chasse de l'ours en hyvtr. 

Les ours cherchent, vers la lin de l'automne, un 
lieu pour se mettre à l'abry des rigueurs de l'hyver, 
soit dans la concavité d'un rocher, sous la racine 
d'un arbre, daus un bois creux, ou bien dans un 
trou qu'ils creuseront dans la terre. Si l'ours est bien 
gros, il choisira ia racine d'un des plus gros arbres 
(jui se trouvera renversé, et l'entourera pour s'y re- 
trancher de quantité de branches de sapin. 

Cet animal est en rut au mois de juillet; il de- 
vient alors si maigre et d'un goust si fade et si mau- 
vais, qu'il n'est pas possible d'en manger. Mais quand 
ce temps est passé, il a l'instinct de connoitre les 
fruits capables de le restablir, comme les framboises, 
noisettes, noix, pommes sauvages, prunes, glands, 
feines , alyses et autres fruits, chacun suivant leur 
saison. Sitost que l'hyver est venu, il fait sa retraite 
dans un lieu le moins exposé au froid, et, quoy qu'il 
ne mange rien pendant tout ce temps -là, il seait 
aéantmoins conserver la graisse que luy ont donné 
les fruits dont il s'est nourry pendant l'automne. 

Les sauvages s'appliquent à la chasse de l'ours 
dans le temps que les biches et les chevreuils sont 
maigres. Un chef de guerre formera un parti de 
jeunes gens auxquels il donnera un festin; remarquez 
icy que ceux du festin 18 ) n'y peuvent pas manger, mais 
bien faire manger les autres. Ce chef, dis je, déclare 
devant toute 1 assemblée qu'il veut aller à la chasse 
de l'ours, et les invite à l'accompagner, leur disant 
le jour qu'il a résolu de partir. Il faut sçavoir que 
ce festin est quelquefois précédé d'un jeûne de huit 
jours, sans boire ny manger, afin que l'ours luy soit 
favorable et à ceux de son parti, voulant dire qu'il 
désire d'en trouver et d'en tiier, sans en estre ny ses 
gens aucunement endommagez. 



136 

Le jour du dépari estant venu, il fait assembler 
toul suit monde; qui se noircissent comme luy le visage 
de charbon, demeurant touts à jeun jusqu'au soir, qu'ils 
mangent niesine très peu. Ils partent le lendemain; le 
chef du parti commence d'abord à aranger ses gens, 
pour faire un circuit environ d'un quart ou demie lieue, 
et finir l'enceinte qu'il s'est proposée dans l'endroit 
mesnie d'où il est parti. Us battent et parcourent en- 
suitte le terrain qui est investy. Ils visittent soigneu- 
sement tons les arbres, racines et rochers qui y sont 
renfermez, et détruisent les ours qui peuvent y estre. 
.V mesure qu'ils en tuent, ils alument leur pipe, et, 
luy en mettant le tuyeau dans la gueule, ils poussent 
la famée dehors par les narines de cet animal. Ils 
coupent le filet qu'il a sous la langue, et l'enveloppent 
dans une chiffe pour la garder très soigneusement. 
Après avoir bien exactement veus et parcourus tous 
les endroits de cette enceinte, le chef fait encore, si 
le temps permet, un autre circuit, et ses gens font 
pareille recherche qu'il a esté dit cy-devant. 

On s'occupe après cela à escorcher les ours, dont 
on emporte la viande au camp. Si parmy ces animaux 
il s'en trouvoit un plus gros et plus long extraordinai- 
rement que les autres, il est grillé ainsy qu'un porc, 
et destiné pour un festin solennel, à leur arrivée au 
village. Quand il est escorché, on enlève toute la 
graisse et on le coupe par quartiers. Quand tout le 
monde a mangé au camp, chacun tire le soir de son 
sac tous les filets de langue qu'il a, que l'on met sur 
un brazier, avec bien du respect et des invocations, 
croyant fermement que si ces filets en cuisant ve- 
noient à crier (ce qui ne manque jamais), ou à se 
tortiller, ils en tueront d'autres. Si au contraire ils 
cuisent paisiblement, et que la chaleur ne les fasse- 
pas remuer, ils disaient que leur chasse sera peu de 
chose. 

Leur coustume est de chasser le lendemain 
comme la veille; de se noircir de charbon et de garder 



<;; 

leur jeûne jusqu'au soir. Ils ont l'habitude aussy de 
se laver avant le repas, et dans le sentiment que s'ils 
manquaient de le faire, ils transgresseroient des pré- 
ceptes absolus pour réussir dans la chasse des ours ; 
et que, ces animaux estans cachez dans leurs trous, 
ils n'en pourroient découvrir, ou bien qu'ils risque- 
roient beaucoup d'en estre dévorez. Ils t'ont cette 
chasse avec la flèche et non du fusil, parceque le 
bruit épouvanteroit ceux qui n'en seroicnt pas éloignez, 
ou les einpescheroit de sortir de leur giste 19 ). 

Cette chasse dure quelque fois huit jours ou 
plus: ils retournent ensuitte à leur village, où ils 
transportent leur viande, je veux dire les quatre 
quartiers des bestes: le tout est partagé dans les 
familles. ►S'il y avoit quelque estranger et quelques 
alliez chez eux, ils leur en font présent aussy. 

Si la chasse est bonne, ils invitent quelques vil- 
lages voysins, et ils destinent pour cet effect deux 
ou trois bestes pour les leur donner. Les dépouilles 
sont les plus considérables [pour ceux] qui reçoivent 
les estrangers chez eux pour les régaler et faire les 
festins particuliers. 

A l'égard du gros ours qu'on a fait griller et dont 
il a esté parlé, le chef du parti de chasse en fait un 
festin solemnel. On y aporte cet animal dans son 
entier, sans en excepter les intestins, et vingt hom- 
mes sont conviez à ce repas. On coupe la peau de 
cette beste par aiguillettes de trois ou quatre doigts 
de large; ils font un certain fard composé de tronsons 
de lard ; pour ce qui est des grosses et petites tripes, 
[elles] demeurent comme elles sont. On emprunte les 
grosses chaudières destinées pour ces sortes de fe> 
elles sont tousjours dehors, et si on les entre dans la 
cabanlie, ce n'est que pour s'en servir dans ces occa- 
sions. Les escuyers ont le soin de faire cuire la viande, 
la teste , la fressure et les tripes de l'ours ; mais le 
sang est séparément assaisonné de la graisse île son 
lard, que fon fond auparavant. 



68 

Quand le tout est cuit et prêt à manger, \ea 
officiera de cuisine prennent autant de bûchettes 

qu'il y a de personnes à convier, et demandent an 
maistre du festin le nom de ceux qu'il veut inviter. 
Quand il les a nommez, on leur porte a chacun 
une de ces bûchettes, en les asseurant qu'ils sont 

prie/ au festin chez Ils ne manquent pas de 

s'y rendre, avec chacun leur plat, où ils prennent 
en arrivant place. S'il s'y trouvoit des estrangers, ils 
se mettent proche du maistre du festin; si mm, les 
chefs s'y placenta Celuy qui régale a une divinité, 
supposée par son caprice, à laquelle il voile le repas, 
et ses officiers servent touts ceux qui y sont. Il n'y 
a que trois ou quatre seulement pour manger indis- 
pensablement la teste de l'ours, son sang, sa fressure; 
et chacun des autres une éguillette de ce lard de la 
longueur d'une brasse, qui leur est séparée autant 
qu'il se peut également, si on veut espérer que Je 
Dieu de la terre favorise et comble de ses béné- 
dictions le village. Us sont' de plus encore obligez 
de boire entre eux toute l'huille ou la graisse qui 
reste au-dessus du bouillon, après les viandes cuittes, 
ce qu'ils avalent comme du vin. Ce n'est pas sans 
faire de grands efforts qu'ils en viennent à ooiit; et 
lorsqu'ils ne peuvent plus mâcher, et que les mor- 
ceaux ne peuvent plus passer, ils prennent quelques 
cuillerées de boiiillon pour les faire couler. Il y en 
a qui crèvent de ces excès, et d'autres, qui ont de 
la peine à en réchapper. Voilà l'extrémité où l'or- 
gueil et la gourmandise portent ces nations. Car 
s'ils ont tout mangé, ils en sont félicitez, et on leur 
vient dire comme une louange qu'ils sont des hommes: 
ils répondent à touttes ces honnestetez, en disant 
qu'il n'appartient qu'aux hommes généreux d'avoir 
fait leur devoir en pareille occasion. 

Quand les chasseurs arrivent au village, s'ils sont 
chargez, touts les enfants, du plus loin qu'ils les peuvent 
appercevoir, font retentir la joye qu'ils en ont par 



69 

des exclamations redoublées., en disant Kvus, Kous, 
et sans discontinuation, jusqu'à ce qu'ils ayent posez 
à la porte de leur cabanne ce dont ils sont chargez. 
Cela se pratique tousjours à l'arrivée des chasseurs. 
Car sitost qu'un crie, les autres sortent de chez eux 
pour le seconder, et les pères et mères s'efforcent 
mesme de les y exciter 20 ). 



Chapitre \H. 

Moeurs des sauvages. 

11 y a de bonnes et de mauvaises moeurs panny 
les sauvages. Les plus louables sont l'hospitalité et 
l'union qui règne entre eux et leurs alliez. Ils ont 
nussy beaucoup de deffauts: l'ambition, la vengeance, 
l'intérêt et la vaine gloire, possèdent leur coeur entière- 
ment. Ils suivent trois principes qui les engagent 
à se plonger avec excès dans toutes sortes de vices. 

I. 

De l'hospitalité des sauvages. 

L'hospitalité qu'ils exercent surpasse toutes celles 
du commun chez les Européans. Quand quelque 
(étranger la leur demande, quoyqu'innocent [inconnu] 
il est on ne peut mieux receu. C'est de leur part 
un accueil des plus amiables, ils vont mesme jusqu'à 
s'épuiser pour régaler ceux qu'ils reçoivent. Un 
cstranger n'est pas plustost arrivé, qu'on le fait seoir 
sur une natte des plus propres pour se défatiguer ; 
on luy déchausse ses souliers et ses bas, et on graissa 
ses pieds et ses jambes ; les roches sont d'abord 
mises en feu et tout se prépare en diligence pour le 
faire suer '). Le maistre de famille avec quelques au- 



70 

très considérables de la nation, entrent avec luy dans 
le lieu de la stierie, où on ae le laisse manquer de rien. 
La chaudière est au feu pour le faire manger a la 
sortie des sueurs, et si la cabanne où il est logé n'est 
[tas bien provisionnée de «dvres, on en cherche de 
meilleurs dans tout le village. Je parle du meilleur 
grain et de la plus excellente viande qui se trouvera, 
que celuy, chez qui l'estranger est logé, paye après 
souvent au quadruple de ce qu'ils valent communé- 
ment. Pendant qu'il mange, tous les considérables 
du pays viennent luy rendre visitte. S'il est couvert 
d'étoffes, on luy oste ses bardes, et on luy en donne 

de pelleteries, des plus belles et des plus estimée-. 

pour l'habiller de pied en cap. Il est invité dans 
tous les festins qui se font dans le village, et dans 
la conversation, on s'informe de luy de quelques nou- 
velles de son pays: s'il ne seait rien de nouveau, il 
en imagine, et quoyqu'il mente, personne n'oserait 
le contredire, supposé mesme que l'on fut bien certain 
du contraire de ce qu'il dit. Il n'y a qu'un seul de 
toutte l'assemblée qui entretient cet estranger; touts les 
autres observent le silence avec la réserve et la mo- 
destie ordonnées a un novice d'une relligion, où il est 
obligé de le garder, sous peine des rigueurs de la 
règle la plus étroite a l'égard de ce point Quand 
l'estranger témoigne vouloir s'en retourner, on le 
charge de ce qui luy convient mieux pour son voyage. 
Si son inclination est d'avoir des pelleteries plustost 
que d'autres marchandises, on luy en donne. Ils sont 
également libéraux envers ceux qui leur aportent, 
comme a l'égard de ceux qui ne leur donnent rien. 
Cette réception est ordinaire parmy les sauvages; 
en fait d'hospitalité, il n'y a que les Abenakis, et 
ceux qui demeurent avec les françois, qui sont de- 
venus un peu moins libéraux, par le conseil qu'on 
leur a donné, en leur représentant l'obligation où ils 
sont de conserver ce qu'ils ont. On les voit à pré- 
sent d'autant plus intéressez et avaricieux, qu'ils 



71 

estoient hospitaliers autrefois. Ils ne sont pas cepen- 
dant moins orgueilleux qu'ils l'ont estez, mais il sont 
tombez dans de grandes bassesses , jusqu'à gueuser 
mesme : et ce qu'il y a nonobstant tout cela de plus 
estrange, c'est qu'ils s'estiment non seulement si né- 
cessaires à ceux qui les aydent h subsister, mais 
ils les regardent comme leurs inférieurs, et hors 
d'estat de se pouvoir passer d'eux. Ceux des sau- 
vages qui n'ont pas estez tant flattez, sont attachez 
à l'ancienne coustume de leurs ancestres et fort pi- 
toyables entr'eux. Si quelqu'un est dans la disette, 
ils se cottisent d'abord pour l'assister. Quand le grain 
a manqué chez leurs alliez , ils les ont invitez d'en 
venir quérir chez eux. Ils sont fort sensibles à l'égard 
des malades, car ils employent et donnent tout ce 
qu'ils peuvent pour les soulager. !S'il y a quelqu'en- 
fant prisonnier de leurs ennemys, auquel on ait donné 
la vie, que son maistre laisse pâtir faute de vivres, 
ils luy donneront à manger. 

Quand l'estranger, auquel on a donné hospitalité, 
veut retourner et partir, Thoste qui l'a receii fait 
son paquet et lui donne ce qu'il y a de meilleur en 
la cabanne, soit en pelleteries, marchandises, ou vivres 
qui peuvent luy estre nécessaires pour son voyage 
Quoyque cette générosité soit surprenante, il faut 
avouer que l'ambition en est plustost le motif que la 
charité. On les entend se vanter sans cesse de 
l'agréable manière avec laquelle ils reçoivent chez 
eux le monde, et du bien qu'ils leur font ; quoyqu'on 
ne disconvienne point que ce soit avec bon visage 
et tout l'agrément possible 2 ); 

IL 

De l'union des sauvages. 

L'union qui est entre les sauvages se fait véri- 
tablement connoitre, tant par leurs paroles que dans 



leurs manières d'agir. Les chefs les plus considé- 
rables et les plus aisez vont du pair avec les plus 
gueux, et niesine avec les enfants: ils confèrent avec 
eux comme avec des personnes bien sensées. II.- 
soutiennent et entreprennent chaudement la cause |<> 
uns des autres entre alliez, et quand il y a quelque 
contestations, ils en usent avec beaucoup de modé- 
ration. Us ne s'exposent que le moins qu'ils peuvent 
a se choquer et se brouiller ensemble :; . S'il y a 
quelqu'un qui ait mérité une réprimende, elle luy est 
faite avec beaucoup de douceur. Les anciens traittent 
les jeunes gens du nom de fils, et les autres appellent 
les anciens leurs pères. Us ont rarement querelles 
entre eux. Quand quelqu égaré a commis un marnais 
coup par promptitude et emportement, tout le village 
s'intéresse pour accommoder l'affaire : ils cottisent 
pour satisfaire la partie loesée, qui n'a pas de 
peine à revenir de la vengeance qu'elle s'estoit pro- 
posée d'en tirer. Us ne se refusent guerres d'en passer 
à la décision de quelque considérable qui s'en mesle. 
11 y en a quelquefois qui veulent absolument la mort 
du coupable, et si les vieillards en tombent d'accord, 
ceux qui sont portez à la vengeance ne diront mot, 
et ne manqueront pas, à la première occasion, de 
casser la tête à quelqu'un des parents du meurtrier 
ou de sa nation, et à plusieurs suivant le nombre 
de gens qui auront estez assassinez. Car s'ils en 
tiioient davantage, ce seroit le moyen de susciter 
une guerre, au lieu qu'en ne rendant que le change, 
ils en sont quittes pour des présents qu'ils font, disent 
ils, pour essuyer le sang. !Si le premier qui a esté 
tiié est un homme, on se vengera sur son [un] fils 
[du meurtrier]. Quand les choses se passent, comme 
il a esté dit, on est content de part et d'autre. 

S'il arrivoit à quelqu'un un accident fâcheux, ou 
un malheur considérable, tout le village y prendrait 
part et l'iroit consoler. Les hommes rendent ce de- 
voir aux hommes, et les femmes s'en acquittent réci- 



(.. 



proqucment entre elles; ces sortes de visittes se font 
à l'afflige sans parler. Celuy qui le vient voir remplit 
sa pipe de tabac et la luy présente pour fumer; après 
en avoir fumé un peu, il la remet à la personne qui 
la luy a donnée pour qu'il fume aussy. Cette manière 
de fumer tour à tour dure quelque temps, et puis 
celuy qui est venu pour consoler retourne chez luy. 
L'affligé le remercie, en le quittant, de la part qu'il 
a bien voulu prendre dans ses peines. 11 faut que 
vous scachiez que la coustume veut que ces sortes 
de visittes soient sérieuses, et faites dans le silence; 
la raison qu'ils en disent est que si on employoit des 
paroles dans ces conjonctures de condoléance, on 
agitteroit tellement le coeur de celuy qui seroit dans 
l'affliction, qu'un l'exciteroit à se venger ou de l'in- 
sulte ou de celuy qui auroit insulté. 

III. 

Justice des sauvages. 

Quand les sauvages ont commis un larcin et 
qu'ils sont reconnus, on les oblige a restituer ou à 
satisfaire au vol par d'autres effeets, en cas qu'ils 
soient dissipez. Si on manquoit à cette satisfaction, 
celuy qui auroit esté volé se joindroit a plusieurs de 
ses camarades,, iroit tout nud, comme s'il alloit aux 
ennemis, son arc et ses flèches à la main, dans la 
eabanne du voleur, où il pille et prend tout ce qui 
luy appartient, sans que le coupable ose rien dire, 
qui se tient la tête baissée entre les genoux. Mais 
s'il se sent innocent du crime dont on l'accuse, il se 
jette à ses armes et s'oppose au pillage. Les specta- 
teurs qui s'y trouvent arrestent les plus emportez; 
mais s'il n'y avoit que les parties intéressées, l'affaire 
ne se passeroit pas sans y avoir du sang répandu 
ou quelqu'un de tué. Si au contraire on estoit in- 
nocent, et qu'on eust tiïé son homme, il n'y auroit 
aucune satisfaction à faire; parceque son innocence 



74 

le mettrait k couvert de touttes mauvaises Buittes. 
Mais quand il est véritablement criminel, il se con- 
damne luy mesme et ne désavoue jamais le fait; il 
souffre paisiblement qu'on luy enlevé le triple et le 
quadruple de ce qu'il a volé. Si dans ses effeete il 
y avoit quelque chose d'emprunté, le propriétaire 
viendrait réclamer ce qui luy appartient, qu'on luy 
rend sans difficulté, les sauvages ne s'attribuant ja- 
mais rien de ce qui n'est pas k eux 4 ). 

Quand un de leurs alliez a commis un assassin 
et qu'il en est reconnu l'autheur, touts les anciens 
s'assemblent, forment entr'eux un présent considérable, 
et l'envoycnt par des députez, pour convenir des 
moyens d'arrester la vengeance ; car ils y sont touts 
engagez, d'autant qu'elle regarde particulièrement les 
premiers de la nation offensée. Les députez estant 
arrivez dans l'endroit où ils sont envoyez, entrent, 
avec leurs présents, dans la cabanne de celuy qui a 
est»' 1 assassiné. On leur fait une pareille réception 
que celle cy-devant descrite au sujet de la suerie. 
Après avoir mangé ce qui leur est présenté, ils pro- 
duisent leurs présents au milieu de la cabanne, et 
demandent que tous les chefs soient appeliez pour 
les entendre. Quand ils sont tous venus ils disent 
ce qui suit : 

„Nous sommes icy pour vous confesser le crime 
„commis par un de nos jeunes gens envers un tel 
„(on nomme alors celuy qui a esté tiié). Nostre vil- 
„lage n'approuve pas le meurtrier: vous seavez qu'il 
„y a longtemps que nous sommes alliez, et que vos 
„ancestres et les nostres se sont présentez les calu- 
„mets pour fumer ensemble (on cite l'année). Depuis 
,,ce temps-la, nos villages se sont tousjours mutuelle- 
„ment secourus contre une telle nation, avec laquelle 
„nous estions en guerre. Vous n'ignorez pas que nos 
„morts sont dans l'autre monde dans le mesme en- 
„droit que les vostres ; et si le ciel a permis qu'un 
„égaré ait renversé ou rompu l'union que nos an- 



75 



„cestres ont eu avec vous et que nous avons tous- 
, jours conservée,, nous sommes donc venus dans le 
^dessein de prévenir vostre juste ressentiment. En 
„ attendant une plus entière satisfaction, ce présent, 
.,que nous vous offrons, est pour essuyer vos larmes; 
,,celuy-là pour mettre une natte sous le cadavre de 
„vostre mort, et l'autre, une écorce pour le couvrir 
„et le mettre à l'abry des injures du temps." 

Si les parents du mort ne vouloient pas entendre 
du tout parler de satisfaction, et qu'ils fussent dans 
la résolution d'en tirer absolument vengeance, plu- 
sieurs des anciens interviendroient, avec des présents, 
pour se rendre médiateurs. Ils représenteroient qu'on 
se mettroit a la veille d'avoir une guerre avec des 
suittes très fâcheuses, et, ayant prié les affligez d'avoir 
pitié de leurs terres, ils font connoitre que la guerre 
estant une fois allumée, il n'y aura plus de seureté 
en aucun endroit; que bien des personnes innocentes 
seront sacrifiées; que les guerriers frapperont sans 
égard sur touts ceux qu'ils rencontreront dans leur 
marche en guerre ; qu'il n'y aura plus ny paix ny 
asseurance entre les voysins; et qu'enfin l'on verra 
la désolation si grande, que le frère tuera son frère, 
le cousin son cousin, et qu'on se détruiroit soy-mesme ; 
car estant mariez et liez si fortement ensemble, on 
ne se compte plus du village de sa naissance, mais 
de celuy où l'on est estably. 

Si les affligez persistent toujours à vouloir tirer 
vengeance , et que le village soit nombreux et 
porté à soustenir la querelle ; les chefs se détachent 
pour aller trouver les principaux des parents du 
meurtrie]-, qui se tiennent toujours sur leurs gardes; 
ils font connoitre, quand il n'y a aucun moyen d'ac- 
commodement, qu'on s'expose, pour un homme, à dé- 
truire un village entier par des alliez qui cessent de 
l'estre en se déclarant ennemis, et qui sont bien plus 
forts. Ils engagent donc les parents, à force de présents, 
à livrer le coupable à ses camarades mesmes, qui lui 



76 



cassent la teste et la coupent ensuitte pour envoyer 
aux parera du mort. On se t'ait après cela des 
présente de part et d'autre pour terminer l'accom- 
modement B ). 



IV. 

I>c l'iimliitioii e; vainc gloire «lis sauvages. 

Les sauvages ont généralement toute beaucoup 
de vaine gloire dans foutre actions bonnes ou mau- 
vaises. Ils tirent vanité aussy bien de la débauche, 
que de la valeur; de l'excès et <les insolences qu'ils 
font en beuvant. comme «le la chasse; et de l'impudicité 
ainsy que de la libéralité. Quand ils se voudront 
gloril'tier du bien qu'ils ont t'ait ; ou des services qu'ils 
ont rendus à quelqu'un, ils se serviront de reproches 
audacieux , et pour se louer des choses dignes de 
mépris , ils employoront des termes et une certaine 
manière de parier si ridicule et si insupportable, qu'il 
n'en faudroit pas davantage pour exciter des querelles 
entre les Européans. Vous seriez étonnez de les voir 
s'accommoder; ils ne seavent quelle posture tenir; je 
croy que s'ils avoient un miroir devant les yeux r, i, ils 
changeraient tous les quarts d'heure de figure. Sont- 
ils occupez à Leurs cheveux, ils y donnent tours sur 
tours, les plus recherchez qu'ils peuvent s'imaginer. 
Ils n'ont pas moins de bizarrerie en composant leurs 
visages par les différentes couleurs qu'ils s'appliquent 
a tout moment. L'ambition est en un mot une des 
plus fortes passions qui les anime. 

V. 
De la vengeance des sauvages. 

La vengeance des sauvages a plustost pour prin- 
cipe l'ambition que le courage ; car il n'y a pas de 



gens au monde plus lasches qu'eux 7 J. Cela se fait 
assez connoitre, dans leurs emportemens, par le 
tremblement de corps qui les saisit, et la pâleur qui 
paroitroit sur leur visage s'il n'estoit pas coloré de 
noir, de rouge ou autres peintures. Ils s'exposent 
au danger avec beaucoup de témérité 8 ); c'est ce qui 
les rend si entreprenants ; car si l'ambition les excite 
à se venger , ils iront de guet-apend poignarder un 
homme au milieu de ses amis , et affronter une em- 
buscade, quoyque persuadez de n'en pouvoir jamais 
revenir 9 ). Ils sont si hardis qu'ils approcheront du 
camp des ennemis de manière à les pouvoir compter 10 ). 
,Mais toutes ces bravoures extraordinaires ne sont sous- 
teniies que d'une vaine gloire, ou* d'une passion de 
s'attirer des louanges pendant la vie ou après la mort. 
Néantmoins on leur a reproché assez souvent qu'ils 
avoient estez assez lasches pour souffrir des insultes et 
les avoir laissés impunis, c'est que l'ambition n'y avoit 
pas de part; car, pour l'amour d'elle, il n'y a pas 
d'extrémité à laquelle ils ne se portent, jusqu'au 
désespoir mesme et à la trahison pour se venger. 

VI. 
L'iniérest domine chez les sauvages l'ambition et la vengeance. 

Quoyque l'ambition et la vengeance soient deux 
passions qui possèdent impérieusement l'esprit des 
sauvages, l'intérest l'emporte encore pardessus, et a 
bien plus d'ascendant sur eux. Il n'y a point d'igno- 
minie ou d'injure qu'ils ne mettent en oubli, si ceux 
qui les ont insultez les dédommagent par des effects 
suffisamment considérables 11 ). Ils vendront la vie de 
leurs plus proches parens, et consentiront jusqu'à 
laisser tuer leurs amis. Ils souffriront, quoyque ja- 
loux, prostituer leurs femmes, violer leurs filles et 
leurs soeurs; ils s'engageront à des guerres injustes, 
et rompront les traitez de paix avec des peuples san^ 



78 

raison. L'intérest les corrompt et les rend capables 
de touttes sortes de maux: ils en font leur idole 
principale, comme estant celle où ils mettent toutte 
leur confiance 12 ). Ce principe rend, dans leur idée, touts 
les projets qu'ils s'y forment lousjours glorieux, quel- 
que bas et déloyal qu'ils puisse estre. Outre qu'ils 
en font gloire, c'est qu'ils ne manquent jamais, au- 
tant qu'il leur est possible, de l'accomplir, comme 
il se pourra voir par la suitte. 

VII. 

La subordination n'est pas une maxime chez les sauvages. 

Le sauvage île scait ce c'est que d'obéir: il faut 
plustost le prier que de le commander ; il se laisse néant- 
moins aller à tout ce qu'on exige de luy, surtout 
quand il s'imagine qu'il y a de la gloire ou du profit 
à espérer; il se présente et s'offre alors de luy-mesme. 
Le père n'oserait user d'authorité envers son lils, ny 
le chef, de commandement sur son soldat; il le priera 
doucement, et quand quelqu'un s'enteste sur quelque 
mouvement, il le faut flatter pour le dissuader: autre- 
ment il pousseroit plus loin. Si les chefs ont quelque 
pouvoir sur eux, ce n'est que par les libéralïtez et 
les festins qu'ils leur font. Voilà le sujet pour lequel 
ils les considèrent; car le caractère des sauvages est 
de pencher toujours du costé de ceux qui leur donnent 
le plus et qui les flattent davantage ,:{ ). 



Chapitre XIII . 

Continuation de la guerre des Algonkins et des Irroquois 
qui a esté suivie contre plusieurs autres nations. 

J'ai remarqué le sujet de la guerre des Algon- 
kins contre les Irroquois, au commencement de ce 



79 

mémoire; et que les Irroquois, ayant estez obligez de 
quitter le lac Erien, s'estoient retirez au lac Ontario. 
qui porte à présent le nom de lac Frontenac ; qu'après 
avoir chassé les Chaoûanons et leurs alliez vers la 
Caroline, ils y avoient toujours demeuré ou aux 
environs. 

Dans les attaques que les Irroquois donnèrent 
en ces temps-là, ils enlevèrent plusieurs familles sur 
leurs ennemis, et laissèrent la vie aux enfans, qui 
devinrent autant de guerriers quand ils furent grandis 
à leur service. Les victoires qu'ils avoient remportées 
sur ces nations, poussèrent quelques uns d'eux à se 
venger des meurtres que l'Algonkin avoit commis sur 
leurs gens, et dont ils avoient estez traittez trop in- 
dignement. Ils marchèrent donc contre eux et en 
deffirent plusieurs; mais ils s'en vengèrent bientost, 
car, ne les attaquant qu'avec de petits partys, la deffaite 
n'en estoit pas bien considérable *). Il est certain que 
la subordination qui a toujours manqué chez cette 
nation, a esté cause qu'elle n'a pas détruit celle des 
Irroquois: ne voit-on pas touts les jours que les plus 
gros partys panny eux ne veulent écouter aucun 
commandement, et que les chefs, donnant des ordres 
chacun à sa teste, font avorter les desseins. 

Cette guerre dura jusqu'à la paix que Mrs. Tracy 
et de Courcelles donnèrent [1666] aux Aniez [Ag- 
niers, Agniehronons], quand ils furent faire la guerre 
à ces peuples dont le courage avoit épouvanté les 
Irroquois 2 ). Elle cessa d'estre stable entre les fran- 
eois, lorsque Mr. le Marquis Denon ville marcha [1687] 
contre les Snontoâns [Tsonnontouans, Sonnontouans]. 
Cependant Mr. de la Barre fît ensuitte [1684] une 
entreprise contre les Onontagués [Onnontaehronons], 
avec lesquels il conclut la paix 3 ). 



80 



Chapitre X1Y. 

Deffaite et fiiitte <[<■>■ Iluroiis chassés de leur pays. 

Les franeois avant découvert ce pays, tirent sça- 
voir de nation en nation leur établissement, Le.» 
Algonkins demeuroient comme je l'ay cy -devant re- 
marqué le long de la rivière des Outaouas 1 . et les Hu- 
rons dans leur ancien pays 2 ). Ces dernière, après avoir 
eii la guerre avec les Irroquois, firent leur paix [1624J. 
I Mi donna des missionnaires a un parti qui en vint, 
et un détachement de soldats pour les soustenir en cas 
qu'ils lussent insultez 1 11)44]. Les Irroquois susckèrent 
la guerre contre un des villages Hurons, et le deffirent. 
Us continuèrent la paix avec un autre village de la 
niesme nation, et surprirent pareillement le troisième, 
qu'ils battirent comme le premier. Ceux qui purent 
en échapper se divisèrent; les uns furent vers lee 
Illinois, et les autres descendirent dans la colonie, 
avec les missionnaires et les soldats qui furent con- 
iraints d'abandonner leurs postes [1650 — 1651]. 

Cette deffaitte donna l'épouvante chez les Ou- 
taoiias et leurs alliez, qui estoient au Sankinon, à 
l'Anse au tonnerre, a Manitoaletz et a Michillimaki- 
nak. Us furent demeurer ensemble chez les Hurons, 
dans l'isle que l'on appelle l'isle Huronne. L'Irroquois 
continua aussy la paix avec un autre village establi 
au Détroit, que l'on nomme Huron de la nation neutre, 
par ce qu'ils n'épousèrent pas les interests de leurs 
alliez et qu'ils s'estoient tenus dans la neutralité. Les 
Irroquois les obligèrent cependant de quitter le Détroit 
et de venir s'establir avec eux. Us augmentèrent par 
là leurs forces, tant par le nombre des enfants pri- 
sonniers qu'ils tirent, que par la quantité de Hurons 
neutres qu'ils amenèrent chez eux ; et ce ftust alors 
qu'ils firent de si fréquentes incursions sur les Al- 
gonkins, qu'ils se virent contraints de venir chercher 



81 

un abry chez les François de la colonie. ïjes Nepis- 
sings tinrent ferme quelques années dans leurs vil- 
lages ; mais il leur fallut ensuitte fuir dans le fond 
du nord à Aliniebegon, [Alimibegon], et les sauvages 
qui habitoient le voisinage des Hurons s'en furent, 
avec ceux de la rivière des Outaoùas, aux Trois 
Rivières. 

Les Irroquois, entiez de l'avantage qu'ils avoient 
eu sur leurs ennemis en les contraignant de prendre 
la fuitte, et ne trouvant plus sur quoy mordre, firent 
plusieurs coups sur les Algonkins et sur les François 
niesmes; on leur fit quelques prisonniers qu'on ren- 
voya chez eux. Cela donna lieu à plusieurs paix 
qui furent de peu de durée. Les anciennes relations 
qu'on en a faites en parlent assez, c'est pourquoy je 
ne ni'estendray ici là -dessus; je me borneray seule- 
ment à raporter ce qu'elles ont obmis, et ce que 
j'ay appris de la bouche des anciens de la nation 
Outaoiiase. 

L'année suivante [1653?], les Irroquois détachèrent 
encore huit cents hommes pour y aller ; mais ces 
nations persuadées qu'ils seroient informez du lieu 
de leur establissement, et qu'ils ne manqueroient pas 
de faire une seconde entreprise, se précautionnèrent 
en envoyant un party de leurs gens à la découverte, 
jusqu'à l'ancien pays d'où les Hurons avoient estez 
chassez. Ils apperçurent le gros party qui devoit 
venir chez eux, et se pressèrent d'en apporter la nou- 
velle k leurs gens, en cette isle [Huronne], qui la quittè- 
rent au plustost, pour se retirer au Méchingan, où ils 
construisirent un fort, dans la résolution d'y attendre 
leurs ennemis, qui ne purent rien entreprendre pen- 
dant les deux premières années 3 ). Ils firent encore 
quelques efforts pour réussir, et mirent en campagne 
une espèce de petite armée, afin de détruire les vil- 
lages de ce nouvel establissement, qui avoient desjà 
beaucoup travaillé à défricher les terres. Ils eurent 
cependant assez de temps pour recueillir leur grain, 

6 



82 

avant l'arrivée de l'ennemy; car ils avoient tous- 
jours soin de tenir du monde à la découverte pour 
n'estre pas surpris, qui les découvrirent véritable- 
ment. Les Irroquois arrivèrent donc enfin un matin 
devant le fort qui leur parut imprenable. Dans cette 
armée il y a voit plusieurs Hurons issus de ceux 
qu'on vouloit attaquer, et dont les unies avoient 
évité la deffaite qui arriva lorsque les Irroquois fu- 
rent dans leur ancien pays. L'ennemy manquoit 
desjà de vivres, pareeque, dans la route qu'ils avoient 
tenu jusqu'alors, il ne s'estoit rencontré que très peu 
de bestes. On parlementa, et l'on proposa de traitter 
d'une paix ensemble: sçavoir que les Hurons qu'ils 
avoient dans leur armée seroient rendus ; ce qui fiist 
escouté et accordé. Pour conclure les propositions, 
on convint que six chefs entreroient dans le fort des 
Hurons, et qu'en échange ils en livreroient six de 
leur costé en otages. Cest ainsy que la paix fut 
faite et arrestée entr'eux. Les Outaouas et les Hu- 
rons tirent présent aux Irroquois de quelques vian- 
des, et en traittèrent aussy avec eux pour des colliers 
de porcelaine et des couvertes. Ils demeurèrent cam- 
pez plusieurs jours pour se rafraîchir, sans néant- 
moins entrer dans le fort beaucoup à la fois, mais 
quelques uns seulement, que les Outaouas tiroient 
pardessus les palissades avec des cordes. 

Les Outaouas tirent sçavoir à l'armée des Irro- 
quois, avant leur départ, qu'ils estoient dans le senti- 
ment de leur faire présent à chacun d'un pain de 
bled d'Inde. Ils composèrent un poison pour y mettre. 
Quand ces pains furent cuits, ils les leur envoyèrent ; 
mais une femme Huronne, qui avoit son mari parmy 
les Irroquois, sçavoit le secret et en avertit son fils ; 
elle luy dit de n'en point manger parce qu'ils estoient 
empoisonnez. Son fils en donna sitost avis aux Ir- 
roquois, qui en jettèrent à leurs chiens, dont ils mou- 
rurent. Il n'en fallut pas davantage pour les asseurer 
de la vérité de cette conspiration, et se résoudre à 



83 

partir sans vivres. Ils résolurent de se partager en 

deux partys, dont l'un relascha delà 4 ), qui fut 

defïait par les Saulteurs, Missisakis 5 ) 7 et les gens de la 
Loutre (que veut dire en leur langue Mikikoiïet), 
dont il y en eust peu qui échapèrent. Le gros party 
poussa plus loin, et se trouva en peu de temps parmy 
les buffles. Si les Outaoùas avoient estez aussy bra- 
ves que les Hurons, et qu'ils les eussent poursuivis, 
égard à la disette où ils estoient, ils les auroient 
sans doute deffaits ; niais quand ils eurent abondament 
des vivres, ils avancèrent tousjours, jusqu'à ce qu'ils tom- 
bèrent sur une petite brigade [bourgade] d'Illinoëts 6 ), 
dont ils deffirent les femmes et les enfants; car les 
hommes s'enfuirent vers leurs gens qui n'estoient pas 
bien esloignez de là. Ils s'assemblèrent d'abord, et 
coururent après les Irroquois qui ne s'en meftioient 
pas; après les avoir joints la nuit, ils donnèrent 
dessus et en tuèrent plusieurs. D'autres villages Illi- 
noëts qui chassoient aux environs, de distance en 
distance, ayant eii avis de ce qui se venoit de passer, 
accoururent et trouvèrent leurs gens qui venoient de 
faire coup sur les Irroquois. Ils se joignirent ensem- 
ble, s'encouragèrent, et s'estants hastez, attrapèrent 
Pennemy, luy donnèrent combat et le deffirent en- 
tièrement; car il y en eust très peu qui se rendirent 
à leurs villages. C'est la première connoissan^t que 
l'Illinoëts a eii de l'Irroquois et qui leur a esté fa- 
tale, mais dont ils se sont bien vengez. 



Chapitre XV. 

Fiiitte des Hurons et des Outaoiias dans les Micissypy. 

L'année suivante [1656] les Outaoiias descendi- 
rent en gros aux Trois Rivières: on leur donna des. 
Missionnaires ; les Hurons eurent le Père Garot 

6* 



84 

[Garr.eau], et les Outaoiias, le P. Mesnard avec cinq 
François qui les accompagnèrent. Le Père Garot fut 
tué par la bande du Bâtard Flamniand '), ouï s'estoit 
embarqué avec les Hurons sur le lac des Deux Mon- 
tagnes, où il avait fait construire un fort: niai- ayant 
laissé passer le gros des Outaoiias et des Saulteurs, 
qui estoient bien meilleurs canotteurs que les Hu- 
rons, ils les joignirent quoyque bien esloignez d'eux, 
les defïïrent et en prirent plusieurs. Les Irroquois 
et les francois estoient alors en paix. Le Bâtard 
Flammand fit transporter le corps du Père â Mon- 
tréal, qui estoit alors desjk estably. On luv demanda, 
sitost qu'il fut arrivé, pourquoy il avait tiré sur le 
Père; il répondit que luy ny ses gens ne Favoient 
pas tué; que c'estoit un François, qui, ayant déserté 
de Montréal, estoit venu joindre son party, dans le 
temps qu'il alloit dresser des ambuscades aux Ou- 
taoiias, qui vouloient monter la rivière des Prairies. 
Ce François fut remis au gouverneur et passé par 
les armes, faute d'exécuteur 2 ). 

Le Bâtard Flammand emmena plusieurs prison- 
niers Hurons, auxquels il fit brusler les doigts sans 
aucune opposition de la part des François, et leur 
accorda la vie quand il les eust rendu dans son vil- 
lage. Ils n'oublieront jamais la manière dont nous 
les avons abandonnez dans cette occasion à la dis- 
crétion de leurs ennemis. 

Ils se souviendront éternellement aussy du peu 
de mouvement que les François se donnèrent pour 
s'opposer aux Irroquois, lorsqu'en temps de paix, 
[Mai, K35G] ils les enlevèrent dans l'isle d'Orléans, 
et qu'ils les firent passer en cannots devant Québec 
et les Trois Rivières, en chantant [en les obligeant 
de chanter] pour les mortiffier davantage. Mais en 
revanche les Outaoiias ont depuis cherché touttes les 
occasions de trahir les François, quoyqu'ils fassent 
semblant d'en estre parfaitement les amis. Ils en 
usent ainsy par politique et par crainte, ne se fiant 



85 

à aucune nation, ce que l'on connoitra particulièrement 
dans la suitte de ce Mémoire. 

Quand touts les Outaoiias se furent répandus vers 
les lacs, les Saulteurs et les Missisakis s'enfuirent 
dans le nord, et puis à Kionconan, faute de chasse; 
et les Outaouas, craignants de n'estre pas assez forts 
pour soustenir les incursions des Irroquois, qui estoient 
informez de l'endroit où ils avoient fait leur esta- 
blissement, se réfugièrent au Micissypy, qui se nomme 
à présent la Lotiisianne. Ils montèrent ce fleuve à 
douze lieues ou environ d'Ouisconching, où ils trou- 
vèrent une autre rivière qui se nomme des Ayoës. 
Ils la suivirent jusqu'à sa source et y rencontrèrent 
des nations qui les receurent cordialement. Mais, dans 
toutte l'étendue de pays qu'ils parcoururent, n'ayant 
pas veii de lieu propre à s'establir, à cause qu'il n'y 
j*voit dutout point de bois, et qu'il ne paroissoit 
que prairies et rases campagnes, quoyque les buffles 
et autres bestes y fussent en abondance, ils repri- 
rent leiu' mesme route pour retourner sur leurs pas ; 
et, après avoir encore une fois abordé la Lotiisianne, 
ils montèrent plus haut. 

Ils n'y furent pas longtemps sans s'écarter pour 
aller d'un costé et d'autre à la chasse: je parle d'une 
partie seulement de leurs gens, que les Scioux ren- 
contrèrent, prirent et ammenèrent à leurs villages. 
Les Scioux, qui n'avoient aucune connoissance des 
armes à feu et autres instruments qu'ils leurs voyoient, 
ne se servans que de cousteaux de pierre de mou- 
lange 3 ), de haches et de cailloux, espérèrent que ces 
nations nouvelles qui s'estoient approchées d'eux 
leur feroient part des commoditez qu'ils avoient; 
et, croyans qu'ils estoient des esprits, parcequ'ils 
avoient l'usage de ce fer qui n'avoit pas de rapport 
avec tout ce qu'ils avoient, comme les pierres et 
autres choses, ainsy que je l'ay dit, ils les emmenè- 
rent à leurs villages, et puis les rendirent a leurs- 
gens. 



86 

Les Outaoiias et Hurons les reçurent fort bien à 
leur tour, sans néantmoins leur faire de grands pré- 
sents. Les Scioux estant revenus chez eux, avec quel- 
ques petites choses qu'ils avoient receues des Ou- 
taoiias, en tirent j)art aux autres villages leurs alliez, 
et donnèrent aux uns des haches et aux autres quel- 
ques cousteaux ou alaines. Touts ces villages en- 
voyèrent des députez chez les Outaoiias, où, sitost 
qu'ils furent arrivez, ils commencèrent, suivant la 
eoustume, a pleurer sur touts ceux qu'ils rencontraient*), 

f»our leur marquer la joye sensible qu'ils avoient d.e 
es avoir trouvé, et les exhorter d'avoir pitié d'eux, 
en leur faisant part de ce fer qu'ils regardoient 
comme une divinité. 

Les Outaoiias en voyant ces gens pleurer sur 
touts ceux qui se présentoient devant eux , en con- 
çurent du mépris, et les regardèrent comme des ger» 
bien au dessous d'eux, incapables raesme de faire la 
guerre. Ils leur donnèrent aussy une bagatelle, soit 
cousteaux ou alaisnes, que les Scioux témoignèrent 
estimer beaucoup, levant les yeux au ciel et le bé- 
nissant d'avoir conduit ces nations dans leur pays, 
qui estoient en estât de leur procurer de si puissants 
moyens pour faire cesser leur misère. Les Outaoiias 
qui avoient quelques fusils les tirèrent, et le bruit 
qu'ils firent les épouvanta tellement, qu'ils s'imaginè- 
rent que c'estoit la foudre ou le tonnerre, dont ils 
estoient maistres pour exterminer ceux qu'ils vouloient. 
Les Scioux faisoient mille caresses aux Hurons 
et Outaoiias partout où ils estoient, leur marquant 
touttes les soumissions possibles, afin de les toucher 
de compassion, et d'en tirer quelque utilité; mais les 
Outaoiias en avoient d'autant moins d'estime, qu'ils 
insistoient à se tenir devant eux dans ces postures 
humiliantes. Les Outaoiias se déterminèrent enfin 
à choisir l'isle nommée Pelée 5 ) pour s'establir: où ils 
furent quelquées années en repos. Ils y receurent 
souvent la visitte des Scioux. Mais un jour il arriva 



«7 

que les Hurons estant à la chasse rencontrèrent des 
Scioux qu'ils tuèrent. Les Scioux, en peine de leurs 
gens, ne sçavoient ce qu'ils estoient devenus ; ils en 
trouvèrent quelques jours après les cadavres aux- 
quels on avoit coupé la teste. Ils retournèrent au 
village en diligence porter cette triste nouvelle, et 
rencontrèrent quelques Hurons en chemin, qu'ils firent 
prisonniers. Quand ils furent arrivez chez eux, les 
chefs les relâchèrent et les renvoyèrent à leurs gens. 
Les Hurons, ayant assez d'audace pour s'imaginer que 
les Scioux estoient incapables de leur résister sans 
armes de fer et à feu, conspirèrent avec les Outaouas 
de les entreprendre et de leur faire la guerre, afin 
de les chasser de leur pays, et de se pouvoir esten- 
dre davantage pour chercher leur subsistance. Les 
Outaouas et les Hurons se joignirent ensemble et 
marchèrent contre les Scioux. Ils crurent que sitost 
qu'ils paroistroient, ils fuiroient; mais ils furent bien 
trompez; car ils soustinrent leurs efforts, et mesme 
les repoussèrent, et s'ils ne s'estoient retirez, ils au- 
roient estez entièrement deffaits par le grand nom- 
bre de monde, qui venoient des autres villages de 
leurs alliez à leur secours. On les poursuivit jus- 
qu'à leur establissement, où ils furent contraints de 
faire un méchant fort, qui ne laissa pas d'estre ca- 
pable de faire retirer les Scioux, puisqu'ils n'osèrent 
entreprendre de l'attaquer. 

Les incursions continuelles que les Scioux fai- 
soient sur eux les contraignirent de fuir 6 ). Ils avoient 
eu connoissance d'une rivière qu'on nomme la Rivière 
Noire; ils entrèrent dedans et, estant arrivez la où 
elle prend sa source, les Hurons y trouvèrent un 
lieu propre pour s'y fortiffier et y establir leur vil- 
lage. Les Outaouas poussèrent plus loin, et mar- 
chèrent jusqu'au lac Supérieur, et fixèrent leur de- 
meure à Chagouamikon. Les Scioux, voyant leurs 
ennemis partis, demeurèrent en repos sans les suivre 
davantage ; mais les Hurons n'en voulurent point 



88 

demeurer là; ils formèrent quelques partys contre 
eux, qui tirent peu d'effect, leur attirèrent de la part 
des Scioux de fréquentes incursions, et les obligèrent 
de quitter leur fort pour aller joindre les Outaouas 
a Chagouamikon, avec une grande perte de leurs gens. 
Aussytost qu'ils furent arrivez, ils songèrent à for- 
mer un party de cent hommes pour aller contre les 
Scioux, et s'en vanger. Il est à remarquer que le 
pays où ils sont n'est autre chose que lacs et marests, 
remplis de folles avoines, séparés les uns des autres 
par de petites langues de terre qui n'ont tout au plus 
d'un lac à l'autre que trente à quarante pas, et d'au- 
tres cinq à six ou un peu plus. Ces lacs ou marests 
contiennent cinquante lieues et davantage en carré, et 
ne sont séparés par aucune rivière que par celle de la 
Loiiisianne [le Mississipij, qui a son lit dans le milieu, 
où une partie de leurs eaux vient se dégorger. D'autres 
tombent dans la rivière de Sainte Croix, qui est située 
à leur égard au nord-est, et qui les range de près. 
Enfin les autres marests et lacs situez a l'ouest de 
la rivière de Saint Pierre s'y vont jetter pareillement ; 
si bien que les Scioux sont inaccessibles dans un 
pays si marécageux, et ne peuvent y estre détruits 
que par des ennemis ayant des cannots comme eux 
pour les poursuivre; parceque dans ces endroits il 
n'y a que cinq ou six familles ensemble, qui forment 
comme un gros, ou une espèce de petit village, et 
touts les autres sont de mesme éloignez à une cer- 
taine distance, afin d'estre à portée de se pouvoir 
prester la main à la première alarme. Si quelqu'une 
de ces petites bourgades est attaquée, l'ennemy n'en 
peut deffaire que très peu, parceque tous les voy- 
sins se trouvent assemblez tout d'un coup, et donnent 
un prompt secours où il est besoin. La méthode 
qu'ils ont pour naviguer dans ces sortes de lacs est 
de couper devant leurs semences, avec leurs cannots, 
et, les portant de lac en lac, ils obligent l'ennemy qui 
veut fiiir a tourner autour: qui vont tousjours d'un 



81» 

lac à un autre ; jusqu'à ce qu'ils les ayent tous pas- 
sez, et qu'ils soient arrivez à la grande terre "'). 

Les cent hommes Hurons s'engagèrent dans le 
milieu de ces marests, sans cannots, où ils furent dé- 
couverts par quelques Scioux, qui accoururent pour 
donner l'alarme partout. Cette nation estoit nom- 
breuse, dispersée dans toutte la circonférence des 
marests, où l'on recueilloit quantité de folles avoines, 
qui est le grain de cette nation , dont le goust est 
meilleur que celuy du riz. 

Plus de trois mil Scioux se rendirent de touts 
coûtez, et investirent les Hurons. Le grand bruit, les 
clameurs, et les huées dont l'air retentissoit,^ leur 
rirent bien concevoir qu'ils estoient environnez de 
touttes parts, et qu'ils n'avoient d'autre ressource, que 
celle de faire teste aux Scioux qui ne tarderoient 
guerre à lés découvrir; s'il ne se présentoit quel- 
qu'endroit favorable pour se retirer. Ils jugèrent que, 
dans l'étroite conjoncture où ils estoient, ils ne pou- 
voient mieux faire que de se cacher dans ces folles 
avoines, où ils avoient de l'eau et de la boue jus- 
qu'au menton. Ils se dispersèrent un à un de touts 
costez, se donnant bien garde de faire du bruit en 
marchant. Les Scioux qui les cherchoient avec une 
grande attention et qui n'aspiroient qu'a les rencon- 
trer, n'en trouvant que très peu, se persuadèrent 
qu'ils estoient absolument cachez dans ces folles 
avoines. Mais ce qui les étonna le plus est qu'ils ne 
voyoient que les vestiges de l'entrée et non ceux de 
la sortie. Ils, s'avisèrent donc de tendre dans ces 
langues de terre des retz a castor, auxquels ils atta- 
chèrent des grelots, qu'ils avoient eii des Outaoiias 
et de leurs alliez dans leurs entreveùes, comme il a 
esté dit cy-dessus. Ils se partagèrent en détachements 
bien nombreux pour garder touts les passages, et veil- 
lèrent jour et nuit, présumants que c'estoit le temps 
dont les Hurons se servoient [serviroient] pour éviter le 
danger qui les menaçoit. Ils réussirent, en effet, car 



90 

les Hurons, se glissants k la faveur des ténèbres, mar- 
choient k quatre pattes, et, sans se méfier de ces 
sortes d'embuscades, donnèrent de la teste contre ces 
retz qu'ils ne pouvoient fuir, et qui ne manquèrent 
pas de sonner. Les Scioux embusqués en prenoient 
prisonniers autant qu'il s'en présentoit. Anisi, de tout 
ce party, il n'en échapa qu'un, qui avoit nom Le 
Froid, en sa langue, et qui est mesme mort depuis 
peu de temps 8 . 

Les prisonniers furent conduits au plus prochain 
village, où s'assemblèrent les gens de touts les autres 
pour en faire le partage. Il faut remarquer que les 
Scioux, quoiqu'ils ne soient pas si guerriers, et 
si rusez que les autres nations <J ) , ils ne sont pas 
anthropophages comme elles; ils ne mangent ny 
chien ny chair d'homme; ils ne sont pas mesme 
cruels comme les autres sauvages, ne faisant mourir 
les prisonniers qu'ils font sur les ennemis, que de- 
puis qu'ils bruslent les leurs. Ils estoient naturelle- 
ment indulgents, et le sont encore; puisqu'ils ren- 
voyent chez eux la plus grande partie de ceux qu'ils 
ont pris. Le supplice ordinaire qu'ils font souffrir à 
ceux qu'ils ont destinez à mourir, est celuy de faire 
tirer des flèches sur eux par leurs enfans, après les 
avoir attaché à un arbre ou à un piquet; car ce 
n'estoient ny les hommes, ny les guerriers, ny les 
femmes qui s'en mesloient. Mais sitost qu'ils virent 
qu'on les brusloit, ils résolurent par représailles d'en 
faire autant, sans cependant s'y porter avec la mesme 
cruauté que leurs ennemys; soit qu'un motif de pitié 
et de compassion ne leur permit pas de les voir 
souffrir, ou qu'ils crussent qu'il n'y avoit que le 
désespoir qui put les faire chanter dans les tour- 
nions, avec tant de constance et de bravoure, si elle 
peut estre appellée telle. C'est pourquoy ils ne tardent 
guerre k leur faire casser la teste. 

Les Scioux ayant fait le partage des prison- 
niers, en renvoyèrent une partie, et de l'autre ils en 



91 

firent leur jouet, qu'ils livrèrent, comme je l'ay dit, 
à leurs enfants, pour les faire mourir à coups de 
flèches. Leurs corps sont ensuitte jettez a la voirie. 
Ceux auxquels . ils. donnèrent la vie sauve, furent 
condamnez à voir mourir leurs camarades, et ren- 
voyez chez eux, où, estans arrivez, ils firent un fidèle 
raport de tout ce qui s'estoit passé; et dirent qu'ils 
avoient veiis le nombre des Scioux, qu'on ne croyoit 
pouvoir détruire. Les Outaoiias estoient très attentifs 
à ce que ces nouveaux arrivez racontoient; mais 
n'estant pas trop bons guerriers, ils ne voulurent faire 
aucune tentative; et les Hurons, se voyant fort peu 
de monde, prirent le party de ne pas songer à se 
venger et de vivre paisiblement à Chagouamikon pen- 
dant plusieurs années. Pendant tout ce temps là, ils 
ne furent point insultez des Scioux, qui ne s'appli- 
quèrent uniquement qu'à faire la guerre aux Kiristi- 
nons, aux Assiniboules et à toutes lés nations du 
nord, qu'ils ont détruits et desquels ils se sont aussy 
faits détruire respectivement. Car les uns et les au- 
tres ne sont à présent qu'en très petit nombre, puis- 
que les Scioux, qui estoient autrefois plus de sept 
ou huit mil hommes, semblent estre ceux qui vont 
en cannot 10 ), au lieu que les autr^| des prairies ne 
peuvent tout au plus composer aujourdhuy que cent 
hommes ou environ. Il est vray que les Renards, 
les Maskoutechs, et les Kikapous ont beaucoup con- 
tribué à les deffendre, et non pas les autres nations. 
Le Père Mesnard qu'on avoit donné pour mission- 
naire aux Outaoûas [1060], accompagné de quelques 
François qui alloient commercer chez cette nation, 
fust abandonné de touts ceux qu'il avoit avec luy, à 
la réserve d'un qui luy rendit jusqu'à la mort touts 
les services et les secours qu'il en pouvoit espérer. 
Ce Père suivit les Outaoûas au lac des Illinoëts, et 
dans leur fùitte dans la Louisianne jusqu'au-dessus de 
la Rivière Noire. Ce fut là qu'il n'y eust qu'un seul 
François qui tint compagnie à ce missionnaire et 



92 

que tous les autres le quittèrent. Ce François clis-je 
suivoit attentivement la route et faisoit son portage 
dans les mesmes endroits que les Outaoùas; ne 
s'écartant jamais de la mesme rivière qu'eux. Il 
se trouva, un^ jour [Août 1661 ], dans un rapide 
qui l'entrainoit dans son eannot; le Père pour le 
soulager débarqua du sien, et ne prit pas le bon 
chemin pour venir à luy; il s'engagea dans celuy 
qui estoit battu des animaux, et voulant retomber 
dans le bon, il s'embarrassa dans un labyrinthe 
d'arbres et s'égara. Ce François, après avoir sur- 
monté ce rapide avec bien de la peine, attendit ce 
bon Père, et comme il ne venoit point, résolut de 
l'aller chercher. Il l'appella dans les bois de touttes 
ses forces, pendant plusieurs jours, espérant de le 
découvrir, mais inutilement. Cependant il £t ren- 
contre en chemin d'un .Sakis qui portoit la chaudière 
du Missionnaire; qui luy aprist de ses nouvelles. Il 
l'asseura qu'il avoit trouvé sa piste bien avant dans 
les terres, mais qu'il n'avoit pas veù le Père. Il luy 
dit qu'il avoit aussy trouvé la trace de plusieurs 
autres qui alloient vers les Scioux. Il luy déclara 
mesme qu'il s'imaginoit que les Scioux l'auroient pu 
tuer ou qu'il engpuroit esté pris. En effet, on trouva 
plusieurs années après, chez cette nation, soft Bré- 
viaire et sa soutanne, qu'ils exposoient dans les festins 
en y vouant leurs mets. 

Les Outaoùas s'estant establis à Chagouamikon, 
s'attachèrent a y cultiver des bleds d'Inde et des 
citrouilles, dont ils vivoient avec leur pêche. Us 
cherchèrent le long du lac s'il y avoit d'autres na- 
tions, et rencontrèrent les Saulteurs qui s'estoient 
enfuys au nord, et quelques François avec eux, qui 
les avoient suivis à Chagouamikon pour s'y establir 
aussy. Une partie s'en allèrent vers Kionconan, et 
rapportèrent qu'ils avoient veu bien des nations, que 
le castor y estoit extrêmement commun, et que, s'ils 
n'estoient pas revenus touts ensemble, c'est qu'ils 



93 

a voient laissé de leurs gens au nord , qui estoient 
dans l'intention d'y demeurer, sans avoir cependant 
de village fixe, mais dans le dessein de rôder de 
touts costez ; et que les Nepîssings et Amikoiïets 
estoient à Alimibegon. 

Les Outaoiias partirent sur ces nouvelles pour 
aller au nord, chercher à commercer avec ces na- 
tions [1662], qui leurs donnèrent toutes leurs robes 
de castor pour des vieux cousteaux , de vieilles 
alaisnes, de mauvais retz et des chaudières usées 
et hors de service. Ils en furent de plus très-hum- 
blement remerciez, et leur témoignèrent qu'il leurs 
estoient bien obligez d'avoir eii compassion d'eux, en 
leur faisant part des marchandises qu'ils tiroient des 
François , et en reconnaissance leur firent présent 
de plusieurs paquets de pelleteries, espérants qu'ils 
ne manqueroient pas de les venir voir tous les ans, 
et leur aporter en marchandises les mesmes secours. 
Ils les asseurèrent en partant qu'ils alloient chasser 
pour leur arrivée; qu'ils se trouveroient sans faute 
au rendez-vous dont ils convinrent, et qu'ils ne man- 
queroient pas de les y attendre. 

L'année suivante [16(33] les Outaoiias et toutes 
les autres nations qui commerçoient avec les François 
descendirent en gros a Québec. Ce ne fut pas sans 
crainte; car ils s'imaginoient que l'Irroquois estoit 
embusqué partout. Ils n'en trouvèrent cependant 
qu'au cap Massacre, qui est l'endroit des dernières 
concessions, au bas de Saint Ours, où il y avoit seize 
Irroquois qui enlevèrent un canot a la veiie de toutte 
leur flotte , et huit hommes qui le menoient. Cette 
flotte, dis-je, bien loin de donner la chasse a un si 
foible ennemy, fut sur le point de s'en retourner et 
d'abâ~ndonner sa pelleterie, et celle que les François 
avoient embarquée avec eux. Il est constant qu'on 
eust bien de la peine a les en dissuader, et qu'ils 
auroient suivi, sans [cette peine qu'on se donna] , la 
résolution qu'ils avoient pris de s'en aller droit chez 



94 

eux. Estant arrivez à Québec, oft rit mettre le chef 
des Outaouas en prison, les fers aux pieds, pour avoir 
abandonné le missionnaire qui s'estoit ('carte. Toutte 
sa trouppe donna des présents considérables pour le 
faire élargir. Aussytost que ses gens l'eurent, ils trait- 
tèrent leurs pelleteries et retournèrent à leur village, 
avec deux François qu'ils ammenèreht avec eux. 

Au bout de deux ans [l(?65j ils descendirent 
dans la colonie pour y venir chercher leurs besoins. 
Ils furent joints, au portage des Calumets, par 
un party d'Irroquois qui les attendoit , où ils 
a voient fait un mauvais fort de pieux, que Ton au- 
roit renversé avec les bras, s'ils [les Outaouas] 
avoient eii le courage d'en approcher, d'autant qu'ils 
n'estoient pas bien gros. Ils tâchèrent seulement de 
faire tomber quelqu'arbres sur ce fort, sans pouvoir 
réussir; tellement qu'ils l'investirent. Après les avoir 
tenus assiégez pendant cinq jours sans les prendre, 
les Irroquois parlèrent et dirent aux Outaouas de 
continuer leur route en toute asseurance, protestants 
qu'ils ne les suivroient pas. Ils ne s'y fioient pas 
trop, et peu s'en fallut qu'ils ne jettassent à terre 
leurs pelleteries, et qu'ils n'abandonnassent aussy 
celle des François, qui estoient embarquez avec eux, 
qu'ils [avoientj emmenez les années précédentes. Ils 
furent exhortez à n'en rien l'aire, et ceux de la co- 
lonie les engagèrent par belles promesses à y rendre 
leurs marchandises. A force d'instances, ils consen- 
tirent à descendre jusqu'aux Trois Rivières, jettant 
chemin faisant dans le fleuve la plus grande partie 
de leurs pelleteries, pour sauver celles des François ; 
qui, ayant receus ce qui leur appartenoit, se cachè- 
rent jusqu'à leur départ. Cette ruse leur a attiré de 
la part des Outaouas mil reproches et mil indignitez. 

J'ay oublié de vous faire remarquer que les Hu- 
rons ayant abandonné leur pays, les uns pour se 
rendre à la colonie, les autres pour se réfugier 
plus loin: .que cexix dis-je qui descendirent à la 



95 

colonie [1650J ; avoicnt pour missionnaire le Père 
l'Allemand 11 ), et qu'on lit un détachement de sol- 
dats françois pour les recevoir. Entre la Rivière 
Creuse et les Calumets, il y a une grande isle, 
appellée communément l'Isle du Borgne, autre- 
ment ditte l'Isle des Allumettes. Elle est nommée 
Isle du Borgne, parce que le chef du village Algon- 
kin qui y estoit estably estoit borgne. Il y com- 
mandoit quatre cents guerriers, qu'on regardoit comme 
la terreur de tourtes les nations, mesme de Hrroquois. 
Ce chef tiroit un certain péage de touts ceux qui 
descendoient dans la colonie françoise, pour passer 
avec sa permission ; sans laquelle il ne souffroit pas 
qu'on allât plus loin. Il falloit donc se soumettre a 
la luy demander en montant ou en descendant, et, 
pour l'aller trouver, on estoit obligé de prendre par 
le grand chenal, qui est vers le sud de Pisle: le petit 
chenal bien plus court est au nord. Quand les Hu- 
rons se virent au haut de l'isle, ils voulurent passer 
suivant la coustume par le village, pour rendre au 
chef leur devoir et luy demander la permission de 
passer. Le Père l'Allemand leur lit entendre que le 
François, estant le maistre de la terre, n'estoit point 
obligé à cela, et leur persuada de suivre le petit 
chenal. Le Borgne en fut bientost averty, qui envoya 
touts ses guerriers pour les faire venir touts au vil- 
lage; et, après leur avoir demandé la raison pour- 
quoy ils avoient eu dessein de passer 4 sans sa per- 
mission, ils s'excusèrent en disant que c'estoit le 
Père l'Allemand qui les en avoit empesché, et qui 
leur avoit fait croire que le François estoit le maistre 
des nations. Le Borgne Kt prendre le Père l'Alle- 
mand, et le suspendre a un arbre par les aisselles, 
en luy disant que le François n'estoit pas maistre 
de son }. ays ; qu'il en estoit luy seul reconnu pour 
chef, et qu'on y estoit sous sa puissance. 

L'année suivante, il descendit en la colonie, se 
faisant embarquer et débarquer par ses gens, et 



96 

ne faisant jamais un pas sans estre escorte de ses 
gardes; cela n'empescha pas qu'on ne le fit prendre 
et enfermer dans un cachot. Les sauvages de sa 
suitte voulurent faire quelque mouvement pour l'en 
tirer; on se mit d'abord sur la deffensive, et on leur 
fit dire d'agir. Tout le party enfin qu'ils eurent a 
prendre, fut celuy de se soumettre et de s'humilier 
avec des offres de présents, pour obtenir l'élargisse- 
ment de leur chef, qu'on fit sortir quelques jours après. 

Voilà ce que les François ont fait dans les pre- 
miers establissements de la colonie, quoyqu'elle ne 
fust alors que peu considérable en monde. On a sçû 
conserver ^et soustenir la gloire de la nation centre 
les sauvages, incomparablement plus forts et plus 
nombreux dans ces temps-là, qu'ils ne sont à présent, 
puisque, si je l'ose dire, on en estoit le maistre Ne 
les obligeoit-on pas à le reconnaître par des pré- 
sents considérables, qui n'estoient reconnus que par 
de très médiocres, mesme leur faisoit-on sçavoir, en 
les leur faisant, que ce n'estoit que par compassion 
de leur misère. Au lieu que, dans le temps où nous 
sommes, ils veulent dominer et estre nos supérieurs; 
ils nous regardent mesme comme gens dépendants 
en quelque manière d'eux. Je feray voir ce qui a 
donné lieu à cette présomption, et combien il sera 
difficile de l'anéantir dans leurs esprits. 

Les Outaoiias et autres nations ont paisiblement 
vescu, plusieurs années, dans le pays où ils s'estoient 
réfugiez pour éviter d'estre troublez des Scioux. 
Un party Irroquois vint un jour au Sault-Sainte-Marie, 
pour chercher un village m à manger [1662] ; ils se 
fioient qu'après avoir porté la terreur chez touts les 
autres sauvages qu'ils avoient chassez de leur pays, 
ils se feroient redouter aussytost qu'ils paroistroient. 
Les cent hommes Irroquois, qui composoient le party, 
montèrent le Sault-Sainte-Marie, et allèrent camper à 
l'embouchure du lac Supérieur, à cinq lieues ou en- 
viron du sault, où ils apperçurent des feux qui 



97 

couroient le long des montagnes au nord, peu éloignées 
d'eux. Ils envoyèrent à la découverte vers la, pour 
reconnoitre ce que se pouvoit estre. 

Quelques Saulteurs, Outaoùas, Nepissings et Ami- 
kouëts partirent de leur establissement, pour venir 
chasser l'élan dans le voisinage de ce sault et faire 
la pêche de grands poissons blancs, ou saumons, 
qu'ils y prennent a pleine prise, au milieu des gros 
bouillons de ce sault. On ne voit guerre d'endroit 
où ce poisson soit si grand ny si gros que ceux qui 
s'y trouvent. Ces gens estoient dispersez à la chasse, 
quand quelqu'un d'eux apperçut la fumée du camp 
des Irroquois. Ils s'avertirent les uns les autres et 
se rallièrent ensemble , au nombre de cent hommes. 
Us élurent pour chef du party un Saultour qui me- 
rittoit bien de l'estre ; parce qu'il avoit une parfaite 
eonnoissanee du pays où l'on se trouvoit, l'ayant 
habité avant la guerre de l'Irroquois. 

Ce chef envoya premièrement un cannot à la 
découverte, qui fut veii des Irroquois qui a voient 
estez détachez pour le mesme effet : mais croyans 
n'avoir pas estez apperçus, ils ne firent aucun mou- 
vement, crainte de manquer leur coup, et que, s'ils 
venoient à échapper de leurs mains, ils iroient avertir 
tout le village qui s'enfuiroit aussitrîst. Les Saul- 
teurs avancèrent et se rendirent jusqu'au camp des 
Irroquois sans estre descouverts ; un bois fort épais 
les favorisa, pour avoir le temps de les compter et 
les femmes qu'ils avoient avec eux. L'intention et 
le dessein des gens qui estoient campés estoit d'en- 
lever les villages l'un après l'autre, d'y demeurer 
pour consommer les vivres qu'ils y trouveroient, et 
d'en faire de mesme à l'égard des autres. 

Le détachement des Saulteurs ayant réussy, re- 
tourna au camp rapporter la découverte qu'ils ve- 
noient de faire. On s'embarqua sur-le-champ, et on 
marcha toutte la nuit sans pouvoir arriver au lieu 
où estoient les Irroquois ; ils le passèrent cependant 



98 

avec un brouillard fort épais, sans estre apperçus de 
personne. Ils avoient eti connaissance d'une petite 
anse assez profonde, dont le fond estoit à la queue 
du camp, ils s'y rendirent et conclurent qu'il 
falloit différer au landemain pour les attaquer. 
Us firent pendant la nuit leurs approches, et se pus 
tarent sur une petite butte de terre escarpée, de la 
hauteur de cinq k six pieds, au bas de laquelle 
estoient les tentes des Irroquois, qui dormoient fort 
tranquillement. Leurs chiens sentant les Saulteurs 
embusquez, furent amorcez par un peu de viande 
qu'on leur jetta afin de les empescher d'aboyer, et, 
comme le jour commençoit k paroitre suftïsament 
pour décocher leurs flèches seurement, ils firent leurs 
cris ordinaires. Les Irroquois s'éveillèrent, et, vou- 
lant courir k leurs armes, furent percez de coups 
qu'on leur tiroit de tous les costez, et forcez de faire 
volte - face par la prodigieuse quantité de flèches 
qu'on leiu- décochait. Quand les Saulteurs eurent 
achevé de les tirer, je parle des hommes, ils saultè- 
rent k bas de l'écore, [et] entrèrent dans les tentes 
des ennemis, le casse-tête k la main. Ce fut alors 
que la jeunesse Saulteuse lascha le pied, et fuirent 
vers leurs cannots, pendant que les hommes faisoient 
main basse partout, et que l'on connaissoit à leurs 
cris chaque Irroquois qu'ils tuoient. Ceux qui vou- 
lurent s'enfiiir vers la grève lurent chargez vive- 
ment: les jeunes gens Saulteurs, qui n'avoient pas 
secondez dans l'action leurs anciens, entendants les 
cris victorieux qu'ils faisoient, reprirent leurs esprits, 
et se présentèrent devant ceux qu'on avoit mis en 
déroute, qu'ils achevèrent de deftaire sans qu'il en 
échappât aucun. Voilà comme la victoire devint 
complette 12 ). 

Les Irroquois qui avoient estez détachez k la 
découverte, estant revenus k leur camp, quelques jours 
après cette deffaite, crurent y joindre leurs gens; 
mais quand ils ne virent que des cadavres par terre, 



99 

sans teste, et les os de ceux dont la chair avoit esté 
mangée, ils coururent en diligence aprendre dans 
leur pays cette funeste nouvelle. On dit que les 
Irroquois n'ont osé depuis ce temps-là s'engager dans 
le lac Supérieur; quoyqu'à dire le vray, ils ne se 
soient jamais prescrits de limites en faisant la guerre, 
et que, comme des anthropophages impitoyables, ils 
ayent tousjours pris plaisir à boire le sang et man- 
ger la chair de touttes sortes de nations, en allant 
chercher leur proye jusqu'aux contins de l'Amérique. 

Après la deffaite des Irroquois, les Saulteurs et 
leurs compagnons retournèrent triomphants à Kion- 
conan et à Chagouamikon ; ils y furent tousjours en 
repos jusqu'à ' ce que quelques Hurons, qui allèrent 
chasser du costez des Scioux, car Chagouamikon n'en 
est éloigné, coupant par les terres en ligne directe, 
que de cinquante à soixante lieues, [en prirent quel- 
ques uns] qu'ils amenèrent à leurs villages, en vie, 
n'ayant pas voulu les tuer; on les reçut fort bien, 
et surtout les Outaoiïas, qui les chargèrent de pré- 
sents. Quoyqu'ils ne parurent pas bien sensibles au 
bon accueil, il est certain que sans eux on les aurait 
mis à la chaudière. Quand les Scioux voulurent re- 
tourner chez eux, Sinagos, chef des Outaoiias, avec 
ses gens et quatre François, les accompagnèrent 
[1665 — 66]. On leur fit bien des caresses en arrivant, 
et tout le temps qu'ils y furent, mais ils n'en ra- 
portèrent pas grande pelleterie, parcequ'ils ont cous- 
tume de griller les castors pour les manger. 

On combla d'honneurs le chef Sinagos, et on 
luy chanta le calumet, qui est une des grandes mar- 
ques de distinction qui se pratique parmy eux 13 ). Car 
ils rendent enfant de la nation celuy qui a eu cet 
avantage, et le naturalisent comme tel. On est 
obligé de luy obéir quand on luy présente le calu- 
met, et qu'on [le] luy a chanté. Le calumet oblige 
et engage ceux qui l'ont chanté de suivre en guerre 
celuy à l'honneur duquel il a été chanté, sans 



' 




100 

qu'il soit- dans la mosme obligation. Le calumet 
arreste les guerriers de la nation de ceux qui l'ont 
chanté, et touttes les vengeances qu'on seroit en 
droit de tirer pour ceux qui auroient estez tuez. 
Le calumet tait aussy faire les suspensions d'armes; 
donne entrée aux députez des ennemis qui veulent 
aller chez les nations [de] ^ens qui en ont estez 
récemment tuez. C'est luy en un mot qui à la force 
de continuer tout, et qui fait adjouter foy aux ser- 
ments solennels qui se font. Les sauvages croyent 
que le soleil l'a donné aux Panys, et qu'il s'est de- 
puis communiqué de village en village jusques chez 
les Outaoiias. Ils ont tant de respect et de vénéra- 
tion pour luy, qu'ils regardent comme déloyal et 
traistre celuy qui a faussé le calumet. Ils asseurent 
qu'il a commis un attentat qu'on ne peut pardonner. 
C'estoit autrefois l'entestement des sauvages 5 ils sont 
encore dans le mesme sentiment; mais cela n'empê- 
che pas qu'en se servant du calumet, il ne se com- 
mette quelque trahison chez eux. Ceux des prairies 
y sont attachez inviolablement et le tiennent comme 
une chose sacrée. Ils n'iroient jamais contre la foy 
qu'ils ont donnée a ceux qui l'ont chanté, quand la 
nation auroit frapée sur la leur; a moins que celuy 
qui l' auroit chanté ne participât comme un perfide, 
au coup qui auroit esté fait sur eux. Ce seroit 
le plus grand de tous les traistres, pareequ'il cas- 
seroit le calumet, et romproit l'union qui auroit esté 
contractée par son moyen. 

Je viens cy-devant de dire que le Scioux chanta 
le calumet au chef Sinagos ; la cérémonie en fut 
authentique et solennellement observée dans les villa- 
ges. Touts les chefs s'y trouvèrent, et consentirent 
à une paix inviolable. 

Après cette solemnité, le chef Sinagos retourna 
avec ses gens et les François qui l'avoient accom- 
pagné à Chagouamikon. Après avoir asseuré les 
Scioux de les revenir voir l'année suivante : ce qu'il 



101 

ne fit pas, ny mesme deux ans après. Les Scioux 
ne savoient ce qui luy avoit donné lieu d'y manquer. 
Il arriva cependant [1069 — 70J que quelques Hurons, 
s'estant esloignez pour chasser vers le pays des Scioux, 
furent pris par quelques jeunes gens de la nation et 
menez au village. Le chef, qui avoit chanté le ca- 
lumet à celuy de Sinagos, se courrouça fortement 
en voyant ces prisonniers, et prit le fait en main 
pour les protéger. Peu s'en fallut qu'il ne frapât 
ceux qui les a voient pris, et que cela ne causât la 
guerre entre son village et celuy de ceux qui avoient 
fait le coup. Il l'emporta et les fit élargir. Dès le 
lendemain, ce chef en renvoya un à Chagouamikon, 
pour les asseurer qu'il n'y avoit pas eii de sa faute 
dans l'affaire qui s'estoit passée, que ç'avoit estez des 
jeunes gens égarez, qui n'estoient pas mesme de sa 
nation, qui avoient fait le coup, et que, dans peu de 
jours, il méneroit luy -mesme chez eux ceux qu'il 
avoit retenus auprès de luy. 

Cet Huron, qu'il avoit envoyé à Chagouamikon 
pour asseurer sa nation de la sincérité de ses senti- 
ments, dit, soit qu'il voulust mentir ou qu'on l'y ex- 
citât, que les Scioux l'avoient fait prisonnier et ses 
compagnons; qu'il s'estoit heureusement échappé de 
leurs mains, et qu'il ne savoit depuis son départ si 
ses camarades vivoient encore, ou si on les avoit fait 
mourir. 

Ce chef des Scioux qui avoit chanté le calumet 
avec celuy des Sinagos, voulut aller en personne 
pour rendre ces Hurons prisonniers à leur nation. 
Il partit de son village avec eux, mais, quand ils se 
virent proche de Chagouamikon, ils désertèrent. Estant 
chez eux, ils dirent qu'ils venoiont d'éviter la mort 
en s'enfuyant. Ce chef, ne voyant plus le landeinain 
ces gens, fut bien surpris ; il persista néantmoins dans 
la résolution de continuer sa route , et se- rendit la 
mesme journée au village. Mais n'osant aller chez 
les Hurons dont il se meffioit, il entra dans la cabane 



102 

du chef Sinagos auquel il avoit chanté le calu- 
met, qui le reçut fort Lien et tous lés Outaoiïas 
pareillement. 11 leur parla et fit connoitre qu'il 
avoit délivré les Hurons; il estoit luy cinquième, 
une femme comprise qui laccompagnoit. Les Hurons 
rusez, et la plus traistre de touttes les nations sauva- 
ges, ne pouvant persuader aux Outaoiïas que ses 
gens s'estoient eux-mesmes délivrez, s'avisèrent d'user 
de présents, et gagner par ce moyen le chef Sinagos 
chez qui estoient entrez les Scioux. Ils réussirent, 
car ils le corrompirent, et tous les Outaoiïas, à son 
exemple, se laissèrent aller tellement, qu'ils eurent 
l'inhumanité de les mettre à la chaudière et de les 
manger; et, abandonnant en mesme temps leurs vil- 
lages, ils allèrent demeurer à Michillimakrnak et 
Manitoaletz [1670 — 71]. Ils descendirent l'année sui- 
vante à Montréal, et traittèrent, pour leurs pellete- 
ries, touts fusils et munitions de guerre, dans le 
dessein de marcher contre les Scioux, d'y basfir un 
fort et de leur faire la guerre pendant tout l'hiver. 

Après leur traitte, estant de retour chez eux, 
ils firent la récolte de leurs grains à la hâte, et par- 
tirent touts ensemble pour aller contre les Scioux. 
Ils augmentèrent leurs forces en chemin, car le chef 
Sinagos avoit pour beau-frère celuy des Sakis, qui 
demeuroit à la Baye, dont les alliez estoient les 
Poutéoûatamis et les Renards. Comme les Outaouas 
avoient apportez avec eux touttes les marchandises 
qu'ils avoient traittées avec les François, ils en firent 
des présens aux Poutéoûatamis, Sakis et Renards, qui 
formèrent un corps de plus de mil hommes, ayants 
toute des fusils ou autres armes de bonne deffense. 

Aussytost qu'ils furent arrivez dans le pays des 
Scioux, ils tombèrent sur quelques petits villages, 
dont ils mirent les hommes en fliitte et enlevèrent 
les femmes et les enfans qui s'y trouvèrent. Ce coup 
fut fait si vivement qu'ils n'eurent pas le temps de 
se reconnoitre et de se fortifier. Les fuyards ne 



103 

tardèrent guerre à porter l'alarme dans les villages 
voysins, qui accoururent en foule pour donner sur 
les ennemis. Ils les chargèrent si vigoureusement 
qu'ils les mirent en fiïitte, et abandonnèrent le fort 
qu'ils avoient commencé. Les Scioux les poursuivi- 
rent sans relasche et en tuèrent une grande quan- 
tité; car la terreur estoit si extraordinaire parmy 
eux, qu'ils avoient jettez en fuyant leurs armes, et 
d'autres furent dépouillez touts nuds. Il y en avoit 
à qu'il restoit une mauvaise peau de chevreuil pour 
les couvrir. En un mot ; les coups, la faim et la 
rigueur du temps, les firent presque périr touts. Il 
n'y eust que les Renards, les Kiskaouets [Kiskacons] 
et les Poutéoûatamis, gens moins aguerris que les 
autres, qui ne perdirent pas tant dans cette occasion, 
parcequ'ils lâchèrent le pied dez le commencement 
du combat. Les Hurons, les Sinagos et les Sakis se 
distinguèrent dans cette occasion, et favorisèrent 
beaucoup les fuyards, en leur donnant le temps, par 
la courageuse résistance qu'ils firent, de prendre le 
devant. Le désordre fut enfin si grand parmy eux, 
qu'ils se mangèrent les uns les autres [1(371 — 72]. 

Les deux chefs du party furent faits prisonniers, 
et celuy des Sinagos fut reconnu [pour celuy] auquel 
ils avoient chanté le calumet. Ils luy reprochèrent 
sa perfidie d'avoir mangé celuy qui l'àvoit [faitj en- 
fant de sa nation. Ils ne voulurent pas cependant 
le faire brusler, non plus que son beau-frère ; mais 
ils le faisoient venir dans les repas, et luy cou- 
poient des tranches de chair sur les cuisses et sur 
touttes les autres parties du corps, pour en faire des 
grillades et les luy donner à manger;- luy faisant 
comprendre qu'ayant tant mangé de chair humaine, 
dont il avoit esté si avide, il eust à s'en rassasier en 
mangeant la sienne. Son beau-frère eust le mesme 
traittement: c'est toutte la nourriture qu'ils eurent jus- 
qu'à la mort. 

A l'égard des prisonniers, on les fit touts mourir 



104 



et passer par les flèches, exeepté un Panys qui ap- 
partenoit au ehef des sauvages, que l'on renvoya dans 
son pays, afin de rapporter fidèlement ce qu'il avoit 
veii et la justice qu'on s'estoit rendue H ). 



Chapitre XVI. 

Guerre des Algonkins contre les Irroquois. 

Je reprendray icy le détail que j'ay laissé tou- 
chant la guerre des Algonkins contre les Irroquois. 



Les Irroquois attaquent les Algonkins et les François. 

Les Irroquois ayant deffaits les Hurons, et chas- 
sez plusieurs nations dans des pays éloignés, se vi- 
rent maistres de touttes les terres circonvoisines , et 
n'eurent plus a craindre que les Algonkins. Ils s'ap- 
pliquèrent donc uniquement à les détruire, et descen- 
dirent dans leur pays pour y faire la guerre Mais 
les Algonkins ne se sentant pas assez forts pour [se] 
soustenir contre ceux qui les venoient attaquer, cher- 
chèrent un asile dans la colonie; ils y furent pour- 
suivis. Alors les François se joignirent aux Hurons 
sauvez du carnage qui s'estoit fait dans leur ancien 
pays, et prirent les intérêts des Algonkins. Pendant 
toutte cette guerre, il se fit plusieurs partys petits 
et gros, qui furent tantost vainqueurs et tantost def- 
faits. Quand l'Irroquois, traistre et rusé, vist qu'il ne 
pou voit venir facilement à boust de ses desseins, il 
demanda la paix, et quoyqu'on fust bien avancé dans 
les propositions sur ce sujet, il ne laissa pas de com- 
mettre des actes d'hostilitez et de casser des testes, 
quand on y pensait le moins; se fondant qu'elle 
ne regardoit qu'un de leurs villages, et que, par 
conséquent, touts les autres pouvoient sans diffi- 



105 

culte faire la guerre comme auparavant. On a veii 
mesme les gens du village avec lequel on estoit en 
paix, s'incorporer dans ceux qui ne Festoient pas. 
fSïls se voy oient pris, et qu'on leur demandât pour- 
quoy ils se joignoient à nos ennemis, ils disoient que, 
s'estant trouvez par hazard dans un village où se 
formoit un party, ils s'estoient enrôliez avec le chef 
qui le commandoit. Ces raisons n'estoient que spé- 
cieuses, et faisoient assez connoitre qu'ils persistoient 
tousjours dans le dessein de faire la guerre. 

Il s'est fait plusieurs paix de cette nature, dans 
lesquelles l'Algonkin n'a jamais voulu estre compris, 
persuadé de la malignité et mauvaise foy des Irro- 
quois, qui n'ont jamais eu autre vetie que celle de 
les détruire absolument. Il a consenty cependant à 
quelques paix qui ont estez faites; mais, à dire le 
vray, il n'y en a eii aucune de bien sincère ; puisqu'ils 
s'en sont servy fort souvent pour mieux couvrir leur 
jeu, et faire des coups avec plus d'asseurance. 

IL 

Dett'aite des Hurons. 

Le traitté de paix estant fait entre l'Algonkin 
et l'Irroquois, ces derniers formèrent de touts leurs 
villages un gros party pour venir en guerre dans la 
colonie, et enlever les Hurons establis en village 
au bout de l'isle d'Orléans, qui y avoient des terres 
défrichées. Il faut scavoir qu'il n'y avoit alors au- 
cune habitation françoise depuis les Trois Rivières 
jusques au Cap Rouge, et que ce party déboucha 
par la rivière de Richelieu qui se nomme à présent 
de Sorel. Les Irroquois passèrent la nuit devant 
les Trois Rivières sans estre découverts, descendirent 
à Québec, où ils en firent autant, et marchèrent en- 
suitte vers les terres des Hurons pour y dresser leurs 
embuscades. Il fut résolu d'attendre au landemain 
[18 mai 1656], afin de mieux surprendre les Hurons 



106 

lorsqu'ils iroient pour cultiver leurs terres ; parce- 
que, dans ce temps-là, ils seroient touts hors de leur 
fort. Ces pauvres gens, qui ne s'attendoient a rien 
moins, et qui comptoient sur la paix qui estoit entre 
eux et les Irroquois, sortirent hommes et femmes, à 
l'heure ordinaire, pour travailler à leurs terres; car, 
chez cette nation naturellement laborieuse, les hom- 
mes, contre la coustume des sauvages, assistent les 
femmes dans leurs travaux. Aussytost que les Irro- 
quois les crûrent touts sortis, ils s'emparèrent du ter- 
rain qui estoit entre le fort et les Hurons, afin de 
les empescher de s'y réfugier, et rirent tout le gros 
du village prisonnier. On vit facilement de Québec 
la manière dont l'affaire se passa. 

Les Irroquois, s'estant ainsy rendus maistres des 
Hurons, les firent embarquer dans leurs cannots, et 
passèrent en plein jour devant Québec, en les obli- 
geant de chanter en y passant, pour les mortiffier 
d'avantage. Cela fit murmurer ceux de la ville, et 
tout le monde s'estonna qu'on ne réprimoit pas leur 
insolence, en faisant tirer l'artillerie sur leurs can- 
nots qui marchoient costez à costez, en forme de 
bataillon; mais on ne voulut en rien faire, à cause, 
dit-on, des missionnaires qui estoient chez eux, qu'ils 
n'ont pas laissé pour cela de livrer aux plus cruels 
supplices. Je ne m'étendray pas sur ce sujet, les 
Relations en ayant faits suffisamment mention. 

Cependant les Irroquois se rendirent chez eux 
triomphans; ils firent mourir une partie des prison- 
niers, et donnèrent la vie aux autres, qui se ressou- 
viendront et leur postérité d'avoir estez abandonnez 
par les François à la mercy de leurs ennemis. 

III. 

Defiaite des Algonkins par les Irroquois. 

Les Irroquois n'avoient plus rien tant à coeur 
que de destruire les Algonkins, qui estoient de touts 



107 

leurs ennemis les plus redoutables. Ils avoient mis 
les Hurons hors d'état de se faire craindre, et re- 
gardoient les François comme des gens qui n'estoient 
pas au fait de leurs guerres, et incapables de les pou- 
voir vaincre, ignorant les estres des forests du pays. 

Le bon accueil qu'on leur fit quand ils se ren- 
dirent en grand nombre à Québec, pour traitter de 
la paix, leur fit s'imaginer qu'on les craignoit. S'ils 
y venoient en petit nombre, on les habilloit et on 
les caressoit avec des présents qu'on leur faisoit ; 
cela les engagea à conclure encore une fois la paix 
avec les Algonkins. Ils se donnèrent réciproque- 
ment des colliers, et jurèrent entr'eux une union 
inviolable, promettant qu'ils ne manqueroient pas 
l'hyver suivant de venir la cimenter ensemble. 

Les Algonkins, dont touts les villages estoient 
aux environs des Trois Rivières, partirent dans la 
saison ordinaire pour leur chasse d'hyver, et se divi- 
sèrent en deux bandes. L'une prit sa route du costé 
de la rivière dapÊroolet, et l'autre vers celle d'Ouab- 
machis i ). Il y avoit quantité d'élans dans ces pays- 
là, et la neige estoit très-favorable pour faire cette 
chasse; car, sans se donner beaucoup de peine, ils 
en tùoient à la course autant qu'ils en rencontroient. 

On dit qu'un Algonkin, nommé Piskaret, qui estoit 
la terreur des Irroquois, et dont ils connoissoient la 
valeur, ayant esté dans un des villages ennemis, 
cassa la teste à une famille entierre, et puis se retira 
dans un de leurs bûchers. La* nuit suivante, il en 
fit autant à une autre, et, leur ayant enlevé la che- 
velure, il se cacha dans la mesme retraite. Mais 
la troisième fois qu'il vouloit faire une expédition 
pareille aux deux précédentes, il fut découvert, 
et obligé de fiiir. Il estoit naturellement agile et 
dispos, et eust tousjours beaucoup d'avance au- 
dessus des gens qui le poursuivoient. C'est pour- 
quoy il se mit dans l'esprit de les attendre jusqu'au 
soir. Voyant que la nuit approchoit, il se cacha 



108 

dans le creux d'un arbre: ceux qui avoient couru 
après luy crurent qu'il estoit bien loin, et n'espérant 
plus le rejoindre , se mirent k faire du feu proche 
de sa retraitte et y campèrent. Quand il les vit bien 
endormis, il leur cassa a touts la teste, et revint 
chargé de leurs chevelures. 

On dit encore que, dans une autre occasion, il 
donna luy cinquième sur cinq cannots Irroquois qu'il 
fit tourner, non pas en tirant sur les hommes qui 
estoient dedans, mais au fond de leurs cannots avec 
des balles ramées qui les remplirent d'eau et les 
tirent verser. Se jettant alors sur les ennemis, il 
les tiia touts , a la reserve de quelques prisonniers 
qu'il emmena pour divertir son village. Ce coup 
fust l'ait au large de l'embouchure de la rivière de 
Sorel, au milieu du fleuve. Ces actions extraordi- 
naires et plusieurs autres de mesme nature le ren- 
dirent redoutable chez l'Irroquois. 

Les Algonkins nous disent que ce Piskaret 
estoit un homme généreux, et^rujil se fioit beau- 
coup sur son cœur et sur ses jambes. Il partit un 
jour [Mars, 1647], de la rivière de Nicolet pour 
aller k la chasse au-delà de celle de Saint-François, 
et comme il s'en retournoit chargé de muffles et de 
langues d'élans, il vit six Irroquois derrière luy, qui 
favoient apperceu auparavant, et qui avoient un 
pavillon k la main. Ils chantoient en marchant la 
chanson de paix, par laquelle ils faisoient entendre 
qu'ils venoient a dessein de la confirmer. L'Algon- 
kin les aborda fièrement, et, s'estant assis avec eux, 
alluma sa pipe, leur donna k fumer, et, dans la con- 
versation qu'ils eurent ensemble ; il leur apprit que 
son village estoit k la rivière de Nicolet, où estoit 
campé en gros la moitié des Algonkins, et l'autre à 
la rivière Ouabmachis. Les Irroquois l'informèrent 
aussy de ce qui les amenoit dans le pays où ils se 
trouvoient, et luy dirent qu'ils alloient voir leur 
père Ononthio, et congratuler les Algonkins Après 



109 

s'estre mutuellement fait des honnestetez et des ca- 
resses en fumant ensemble, ils se levèrent pour con- 
tinuer leur chemin, et, sur-le-champ, un des six Irro- 
quois se chargea de ce que l'Algonkin avoit à por- 
ter: c'est la coustume des sauvages d'en user ainsy 
avec ceux qu'ils honnorent et respectent beaucoup. 
Ils marchèrent touts de Iront, l'Algonkin au milieu 
d'eux. Il y eust un de la compagnie qui resta der- 
rière, et qui, les laissant aller un peu devant, les 
joignit ensuitte promptement et cassa la teste à l'Al- 
gonkin qui ne s'en meffioit point. 

Ces Irroquois, dont je viens de parler, avoient 
estez détachez d'un gros party de près de mil hom- 
mes, pour aller à la découverte; s'estant deffaits de 
l'Algonkin, ils coururent en diligence informer leurs 
gens de tout ce qu'ils avoient apris. Sitost qu'on 
le sçut, il fut résolu de se partager en deux corps, 
dont l'un ' iroit enlever les Algonkins a Nicolet et 
l'autre ceux d'Ouabmachis; ce qui fut exécuté le lan- 
demain à la pointe du jour. Il s'en échapa quel- 
ques-uns de leurs mains, mais la plus grande partie 
fut prise ou massacrée. 

Après une telle deifaite, l'Irroquois n'eust plus 
rien à craindre, se voyant vainqueur partout ; car le 
peu d'Algonkins qui restoient encore, n'estoit pas 
Capable, réunis ensemble, d'enlever un seul village 
des ennemis. Ainsy tout le mal qu'ils pouvoient 
faire estoit de casser la teste à ceux qu'ils rencon- 
troient à l'écart. Ils sollicitèrent les Poissons Blancs 
à les ayder, qui sont d'autres Algonkins establis au 
haut de la rivière des Trois Rivières. On rit venir, à 
Sillery, un village des Montagnais du Saguenay. Les 
Mikmaks de l'Accadie s'engagèrent de les secourir; 
les Nepissings se joignirent a eux, et formèrent touts 
ensemble des partys qui estoient de quatre à cinq 
cents hommes. Mais le peu d'union qui regnoit entre 
eux rompit touttes leurs mesures, et fit avorter tout 
ce qu'ils avoient projette; car, comme je l'ay déjà 



110 

dit, l'Algonkin n'a jamais voulu souffrir de subordi- 
nation ; le courage et l'orgueil les font agir seule- 
ment dans les occasions, et les ont empesché de se 
relever des pertes qu'ils ont faites: et, quovque l'Ir- 
roquois fust beaucoup plus nombreux, ils les auroient 
encore deffaits s'ils s'estoient bien entendus, estant 
bien meilleurs guerriers qu'eux. 

Cette guerre a continué jusqu'à l'arrivée du ré- 
giment de Carignan en ce pays [10(35]. Mr. Le Moine 
deffunet, fut pris la même année des Outaouas [des 
Irroquois?] et menez chez eux. Il y avoit desja plu- 
sieurs années qu'ils méditoient de le faire mourir 
s'il venoit a estre pris. Il estoit brave de sa per- 
sonne et redouté de touts les sauvages. On a voulu 
dire qu'une vieille faisait sécher des écorces depuis 
près de dix ans pour le faire brusler. Quand il fust 
arrivé, on le condamna au feu, et comme on l'alloit 
brusler, un des considérables de la nation arriva qui 
obtint sa délivrance, et l'amena à Montréal accom- 
pagné de plusieurs autres chefs 2 j. 

Ils y virent à leur arrivée Mr. de Courcelles, 
gouverneur-général du pays, et touttes les troupes 
nouvellement venues de France. On attendoit in- 
cessamment Mr. de Tracy, qui avoit pris sa route 
par les isles de la Guadeloupe, dont Sa Majesté l'avoit 
fait Yice-roy aussy bien que de cette colonie. Ces 
ambassadeurs Outaouas furent bien estonnez en voyant 
tant de soldats, auxquels on donna ordre de se par- 
tager dans les costes pour soustenir les habitans de 
Nouvelle-France. On fit la mesme année les déta- 
chemens nécessaires pour travailler à la construc- 
tion des forts de Sorel et de Chambly. 

Les ambassadeurs Irroquois se rendirent à Mon- 
tréal dans le mesme temps pour traitter en apparence 
d'une paix semblable à celles qui s'estoient faittes cy- 
devant, mais quand ils virent le secours qui estoit 
arrivé dans le pays, ils changèrent de note et par- 
lèrent plus sincèrement. 



111 

Cette nouvelle se répandit dans touts les villages 
des nations sauvages. Les Tsonontouans et les 
Goyogouans se joignirent à l'Onontagué pour faire 
leur paix avec les François et les nations d'icy-bas, 
jusqu'à la guerre qui se fit contre les Tsonontouans. 

IV. 

Expéditions des François contre les Irroquois. 

Les ambassadeurs Onontaguez, Goyogouans et 
Tsonontouans déclarèrent que leurs alliez [les 
Agniers et les Oneïouths] ne vouloient pas, dès le 
niesme hyver, faire la paix avec nous; ce qui obligea 
Mr. de Courcelles de marcher contre, à la teste 
de cinq cents hommes et d'un bon nombre de Ca- 
nadiens. Les guides ne purent découvrir le chemin 
de leurs villages. Ils menèrent le party à Corlard 
où l'on ne trouva qu'une cabane d'Irroquois [Fé- 
vrier, 1666]. Le Bâtard Flammand y estoit aussy 
avec un party d'Aniez dont il estoit chef. Il se 
passa quelques escarmouches dans les postes avan- 
cés, et l'on se tira de part et d'autre plusieurs coups 
de fusils ; mais l'ennemy fut repoussé. Le comman- 
dant des nostres quitta son poste en voulant pour- 
suivre ceux qui festoient venus attaquer, qui resta 
luy cinquième sans qu'il fut possible de le secourir. 
Mr. de Courcelles se voyant à la veille de manquer 
de vivres, retourna dans sa première retraitte, et fust 
joint par cent Algonkins qui, chassant aux environs, 
apprirent qu'il y estoit, et luy vinrent faire offre de 
leurs services; mais ne se trouvant pas en estât de 
pouvoir rien entreprendre sur les ennemis, il les re- 
mercia et continua sa route. 

Quoyque ce party ne fit aucun progrez , il ne 
laissa pas d'intimider les Aniez et Anoyés [Oneïouths?], 
qui avoient de nos prisonniers chez eux, entr'autres 
Mr. de Noirolle, nepveu de Mr. de Tracy. Mr. de Chasy, 
son cousin, fut tué au nord du fort de La Motte dans le 



112 

lacChanrplain ;! ). A l'issue de cette campagne, les Aniez 
tinrent conseil entre eux et prirent des mesures pour 
rendre les prisonniers et demander la paix. 

Mr. de Tracy lit commander l'esté suivant [Mai, 
KiGti] un party de trois cents hommes François' et 
Algonkins, qui rencontrèrent le Bâtard Flammand 
ayant avec luy Mr. de Noyrolle et trois autres 
François , dont il y en avoit un de blessé au talon, 
que Mr. de Courcelles recommanda en partant au 
sieur Corlard 4 ). Les François et Algonkins de l'avant - 
garde, prirent et lièrent le Bâtard Flammand et deux 
de ses gens; mais sitost que le gros des troupes eust 
joint, qui accourust aux clameurs et aux huées des 
Algonkins, Mr. de Sorel commandant en chef les 
lit délier. Les Algonkins en témoignèrent leur mé- 
contentement, et se portèrent a dire quelques inso- 
lences au commandant; car ils vouloient qu'on les 
bruslat. Mais Mr. de kîorel les relança avec tant de 
feu et de fermeté, qu'ils n'eurent pas le mot à luy 
répliquer. Vous remarquerez qu'ayant estez pris, ils 
déclarèrent qu'ils venoient en ambassade pour parler 
d'accommodement, et que ce fust la raison pourquoy 
Mr. de Sorel en usa ainsy à leur égard. 

Il amena ces ambassadeurs avec luy à Québec, 
et les présenta à Mr. de Tracy qui en renvoya un 
dans son pays, avec une lettre pour Mr. Corlard, par 
laquelle il l'asseuroit de sa parole, pour les faire 
venir touts en asseurance dans la colonie, et qu'ils 
y seroient très bien reçus. 

Il partit vers le mesme temps un chef de guerre 
considérable du pays des Aniez, je veux dire, un 
mois avant que le Bâtard Flammand en sortit, ayant 
trente guerriers sous son commandement qui rame- 
noient les prisonniers françois qu'ils avoient à Mont- 
réal. Il alla se poster avec ses gens à la prairie 
de la Magdeleine, où il n'y avait encore aucun esta- 
blissement, et y trouva des Onontaguez qui y avoient 
chassé pendant l'hvver, pour mieux persuader les 



113 

François de la solidité de cette paix qu'ils veuoient 
de faire ensemble. Ils apprirent à ce party nouvel- 
lement arrivé que le Bâtard Flammand estoit à Que- 
bec pour y conclure la paix. 

Ce chef ayant apris cette nouvelle , ne voulut 
point passer outre. Il y laissa reposer son party, et 
s'embarqua avec les Onontagués, qui l'amenèrent à 
Montréal. Quand il y fut arrivé , on dépêcha un 
batteau, dans lequel il se mit pour se rendre à Que- 
bec. Il trouva la paix faite a son arrivée. Mr. de 
Tracy le reçut fort bien, et le faisoit manger sou- 
vent avec le Bâtard Flammand à sa table ; car c'estoit 
un homme de poids et de considération parmy les 
sauvages de sa nation. 

Mr. de Tracy donnant un jour à manger, té- 
moigna a table combien la perte qu'il venoit de faire 
de Mr. son nepveu luy estoit sensible; mais que le 
bien du public l'avoit engagé nonobstant cela à don- 
ner la paix au Bâtard Flammand qui la luy avoit 
demandée. Cela suffisoit pour faire comprendre à 
ce chef orgueilleux des Aniez la douleur que Mr. de 
Tracy ressentoit de la mort de Mr. de Chasy qu'ils 
avoient tiïé, et l'obliger par bienséance à diminuer 
son orgueil. Mais, loin de compatir à la peine qu'il 
en marquoit, il leva en sa présence et celle de toutte 
la compagnie son bras, se vantant hautement que 
c'estoit le sien qui luy avoit cassé la teste. Cette 
insolence outrée rompit la paix que Mr. de Tracy 
avoit accordée au Bâtard Flammand, et, faisant dire 
sur-le-champ a ce chef indiscret qu'il n'en tiïeroit 
jamais d'autres, il le fît prendre et lier,*et, ayant 
envoyé chercher l'exécuteur, sans le faire mettre en 
prison, il ordonna qu'il fut étranglé en présence du 
Bâtard Flammand, et partit peu de temps après [Oc- 
tobre 1666], a la teste de quatorze cents hommes, 
soldats, Canadiens et Algonkins, accompagné de 
Mr. de Courcelles, pour aller contre les Aniez. Il 
avait laissé à Sorel, en passant, le Bâtard Flammand, 

8 



114 

qu'il renvoya chez Juy après cette campagne, qui 
fust employée à brasier et jetter dans la rivière les 
bleds d'Inde de quatre villages, dont il mourut de 
faim plus de quatre cents âmes pendant l'hyver. 
Ceux qui vécurent estoient errants çà et là, et al- 
loient mandier des vivres chez les Onontagués, qui 
les refusoient et se mocquoient d'eux, en leur disant 
que le nord-est impétueux avait foudroyé leurs grains 
par leur faute. 

A la fin de la campagne, le Bâtard Flammand 
fut renvoyé et arriva chez luy, où il trouva une 
désolation entierre. Les Aniez s'imaginoient avoir 
tousjours les François aux environs de leurs villages; 
ils le pressèrent de retourner sur ses pas et de de- 
mander avec instance la paix. Il ne tarda guerre 
en effet à se rendre à Québec, où il protesta avec 
touttes les asseurances qu'on voudrait exiger de luy 
qu'il désirait avoir la paix ; qu'il resterait en otage, 
et qu'il viendrait luy-mesme demeurer avec sa famille 
dans la colonie, pour prouver la sincérité qui luy 
faisoit venir la demander. Ces raisons furent écou- 
tées favorablement; il ne manqua pas aussy d'accom- 
plir ce qu'il avoit promis, car plusieurs de la mesme 
nation, à son exemple, vinrent s'établir à Montréal, 
sans y défricher cependant aucunes terres. Ils s'esten- 
dirent depuis la rivière des Outaoiias, jusqu'à la Ri- 
vière Creuse, où la chasse des castors, des loutres, 
des cerfs, des biches et des élans est très-commune. 
On les voyoit le printemps et l'automne descendre 
dans la colonie, chargez en si grande quantité de 
toutes sortes de pelleteries, que le prix en diminua 
de plus de la moitié en France. 



115 
Chapitre XVII. 

Assassins faits envers des Irroquois. 

I. 

Premier assassin. 

Des soldats du régiment de Carignan se mirent 
dans l'esprit de vouloir courir les bois avec les Irro- 
quois, et de les suivre partout dans leurs chasses. 
Ils se précautionnèrent de beaucoup d'eau-de-vie ; et 
partirent sans le dire à personne. Ils avertirent de 
leur départ quelqu'un de leurs officiers seulement; 
qui aydoit mesme à les mettre en estât de faire ce 
voyage, dans l'espérance d'y avoir un peu de part. 

Cinq de ces soldats, qui estoient déjà stylez à 
ces sortes de voyages, et qui sçavoient la route de 
cette rivière et les endroits où les Irroquois avoient 
coustume de chasser, partirent la nuit, et arrivèrent 
à la Pointe Claire du lac Saint Louis, où ils trouvè- 
rent un Irroquois qui avoit son cannot plein de 
peaux d'élans. Ces soldats luy demandèrent s'il ne 
vouloit pas boire un coup d'eau-de-vie ; il répondit 
que non. Voyant néantmoins qu'on luy vouloit don- 
ner à boire gratuitement et sans intérest, il accepta 
l'offre qu'on luy faisoit; cela l'engagea à en boire 
davantage, et à force de l'exciter, il en but tant qu'il 
se saoula mort-ivre. Ces soldats, le voyant hors de 
raison et sans connoissance , luy -attachèrent une 
pierre au col et le jettèrent dans l'eau, au large du 
lac. Les autres Irroquois qui avoient fait leur chasse, 
estant rendus k Montréal, demandèrent quelque temps 
après si on ne l'avoit pas veii; on leur dit que non: 
tellement qu'ils le crurent noyé le long du sault de 
la rivière des Outaoiias. 

8* 



Cependant quelques sauvages, allant ou revenant 
de la chasse, aperçurent un corps flottant sur l'eau; 
soit que la corde qui servoit à luy attacher la pierre 
au col fut rompue, ou quelle ne fust pas assez pe- 
sante. Ils furent droit vers ce corps, et reconnu- 
rent celuy dont on ne sçavoit point de nouvelles 
Ils le transportèrent à Montréal et, dans les plaintes 
qu'ils firent, ils représentèrent que dans leurs chasses 
il n'y avoit pas eu d'autres sauvages qu'eux, et par 
conséquent il n'y avoit que des François qui pou- 
voient avoir tué leur camarade. On fit d'exactes 
recherches pour découvrir les autheurs de cette ac- 
tion, sans pouvoir réussir. 

Les soldats, après avoir fait ce coup, aportèrent 
nuittament les pelleteries chez leur officier, et luy 
firent acroire qu'ils les avoient traittées avec des 
Irroquois, qui estoient retournez a la chasse. Cet 
officier en donna en payement à quelqu'un; car c'estoit 
l'usage de s'en servir au lieu de monnoye dans le 
pays. Celuy qui les avoit eu. de cet officier, les 
avoit aussi données à quelqu'autre , et de cette ma- 
nière elles estoient passées en plusieurs mains. Il 
arriva qu'un François, en ayant une, la porta chez 
un marchand où se trouvèrent présens des Irroquois, 
qui la reconnurent par la marque différente que 
chacun d'eux met à sa pelleterie. Ils la saisirent 
pour la porter sur-le-champ au commandant de la 
ville. On fit venir le François, qui fust questionné 
pour sçavoir de qui il avoit eu cette peau. Il nomma 
la personne qui la luy avoit donnée. On la fit ap- 
peler ; elle nomma aussy celle dont elle l'avoit re- 
ceue, et on recojmut par ce moyen qu'elle estoit ve- 
nue en premier lieu de la maison où demeuroit l'of- 
ficier. On y fouilla, et plusieurs peaux de la mesme 
marque s'y trouvèrent,, qui furent reconnues appar- 
tenir à ce sauvage assassiné. Ces preuves ne laissè- 
rent plus douter qu'il avoit esté tué par des soldats. 
Ces soldats dans ce temps-lk estoient partis de rechef 



117 

pour traitter de l'eau -de -vie dans la rivière des 
Outaoiias, après avoir remboursé l'officier de la pre- 
mière avance et de la dernière qu'il leur avoit faite, 
pour le reste du butin de l'Irroquois qu'ils avoient 
assassiné. Il fut ordonné a l'officier de les arrester 
aussytost qu'ils seroient de retour, ou d'avertir afin 
de les punir et de rendre justice aux Irroquois : car 
on les entendoit desjà murmurer. Ils domioient à con- 
noître que leur indignation estoit assez grande pour 
renouveller la guerre , si on avoit manqué à leur faire 
raison de cet assassin. 



II. 

Justice rendue aux Irroquois au sujet de l'assassin mentionné 
ey-dessus. 

Les autheurs de cet assassin n'ayant point de 
retraitte plus asseurée que chez leur officier, arrivè- 
rent la nuit chez luy, où ils furent arrestez et mis 
en prison; le conseil de guerre s'estant assemblé 
pour les juger, ils avouèrent dans les premières in- 
terrogations le crime dont on les accusoit, et furent 
condamnez touts les cinq a estre passez par les ar- 
mes, en la présence des Irroquois. 

On les fit conduire et attacher touts les cinq 
chacun a un potteau. Les Irroquois s'estonnèrent de 
l'ample justice qu'on leur rendoit, et demandèrent 
grâce pour quatre, parceque n'ayant perdu qu'un 
homme, il n'estoit pas juste, disoient-ils, d'en deffaire 
cinq, mais un seulement. On leur lit comprendre 
que les cinq estoient également criminels, et merit- 
toient sans exception la mort. Les Irroquois, qui 
ne s'attendoient pas a une satisfaction si étendue, 
redoublèrent leurs instances pour obtenir la grâce 
de quatre, et firent pour ce sujet des présens de 
colliers de porcelaine ; mais on ne les écouta pas, et 
on les passa touts les cinq par les armes [1669]. 



118 

La justice qui fust dans cette occasion rendue 
aux Irroquois fust publiée dans touts leurs villages, 
qui eurent beaucoup de confiance aux François; plu- 
sieurs de leurs familles, engagez par une réparation 
si éclatante, descendirent dans la colonie et s'y ar- 
restèrent, par la chasse abondante et les autres coni- 
moditez de la vie qu'ils y trouvoient pour vivre gras- 
sement. 



III. 

Autre assassin. 

Quelques années après *), onze Irroquois estoient 
à la chasse au sud du lac des Deux Montagnes, 
vers le bout de l'isle de Montréal, [et] traittèrent 
avec un marchand qui les y vint trouver. Ce com- 
merçant prit avec luy un Canadien fort entendu, 
qui sçavoit parfaitement bien la langue Irroquoise, 
et qui en estoit fort considéré. Les Irroquois, ayant 
scû où estoit' son logis, le furent voir; il les régala 
et les asseui'a qu'il ne manqueroit pas de les aller 
visiter aussy dans leur hyvernement. Il n'y manqua 
pas; car il partit un jour, accompagné d'un mar- 
chand et de son valet, et s'y rendit. Ils furent touts 
les trois parfaitement bien receus, et d'autant plus 
agréablement qu'ils avoient eti soin de porter avec 
eux de l'eau -de -vie, dont ils leur tirent présent. 
Les Irroquois en ayant bû hors de raison, les Fran- 
çois les massacrèrent pour avoir leur butin. Cet 
assassin fut découvert, et les meurtriers ayant estez 
avertis par leurs amis de se retirer, se sauvèrent si 
bien, chacun de leur costé, qu'on ne les pût prendre. 

Les Irroquois [sachant] les recherches exactes 
que l'on faisoit partout pour leur rendre justice, et 
ne doutant plus que c'estoit tout de bon, par rapport 
a la satisfaction entierre qui leur avoit esté donnée 
au sujet de l'assassin précédent, ne témoignèrent 



119 

aucun ressentiment de ce dernier. Ils continuèrent 
tousjours à chasser le long de la rivière des Ou- 
taoiias, ayant avec eux quelques François qui fai- 
soient bien leurs affaires, et dont ils avoient un 
grand soin. Ils en demandèrent encore à Mr. de 
Courcelles, afin que s'il descendoit des Outaoiias qui 
n'eussent pas connoissance de la paix, il n'arrivât 
pas de démeslé ny de carnage. 



Chapitre XVIII. 

Terreur des Outaoiias à la veiïe des Irroquois qui chassoient 
le long de la rivière. 

Plus de neuf,cents Outaoiias descendirent a Mont- 
réal en cannots *) ; nous estions cinq François dans 
cette troupe [1670]. Il faut sçavoir que ces peuples 
estoient dans ce temps-là fort lasches et peu aguerris. 
Nous trouvâmes, dans nostre marche au-delà du Ne- 
pissing, quelques cannots Nepissings qui revenoient de 
Montréal, ce qui nous engagea de camper pour aprendre 
des nouvelles de la colonie. Ils nous asseurèrent qu'il y 
avoit plusieurs bandes d'Irroquois, escortées de quel- 
ques François, qui chassoient aux environs de la ri- 
vière, et qui leur avoient fait un très bon accueil, en 
leur donnant des viandes pour se raffraichir. Le 
gros party , d'apréhension , avoit desjà peur de ce 
qu'on venoit de dire , et pensoit mesme à relascher ; 
mais, comme les Outaoiias avoient beaucoup de con- 
fiance en moy et que j'en estois aynié, je leur per- 
suaday de continuer le voyage, à la reserve de quel- 
ques cannots Saulteurs, Missisakis et Kiristinons qui 
s'évadèrent et retournèrent chez eux. Quand nous 
eusmes descendus les Calumets, nous rencontrâmes, 



120 

un peu au-dessous des Chats, 3Ir. de la Salle 2 ) (jui 
estoit à la chasse avec cinq ou six François et dix 
ou douze Irroquois. 

Cette grosse flotte d'Outaoùas paroissoit desjk 
esbranlée en les voyant, et vouloit relaseher abso- 
lument, sur le raport des François, qui leur disoieni 
qu'il y avoit encore plusieurs autres bandes d'Ir- 
roquois qui chassoient plus Las. Je ne pus m'em- 
peseher alors de leur reprocher leur lascheté, et, 
les ayant rasseurés, ils continuèrent la route, car 
il n'y eust pas lieu de les faire camper. 11 fallut 
donc marcher toutte la nuit, et laisser k flot touts 
les cannots chargez, afin de pouvoir partir le lande- 
main. Deux heures avant le jour, toutte la flotte en 
partant prit le large dans la rivière, et fila vers la 
pointe du jour sans faire de bruit. Nous eusmes le 
matin un gros brouillard si épais qu'il nous empeschoit 
de voir nos cannots; mais le soleil a son lever le 
dissipa, et nous fit remarquer vis-à-vis de nous un 
camp de sept Irroquois, auxquels estoient joints cinq 
à six soldats. 

La plus grande partie des Outaoùas estoient 
desjk passez en ce temps-lk. Les Irroquois ne bou- 
gèrent point de leurs feux, il n'y oust que les 
François qui parurent et qui nous appellèrent; mais 
aucun des cannots ne voulut s'arrester: ils s'efforcè- 
rent au contraire de ramer plus vigoureusement. 
J'obligeay cependant celuy où j'estois de mettre k 
terre. Les soldats me firent boire et manger avec 
eux; mes mattelots me pressoient tousjours de m'em- 
barquer, car la journée que nous fîmes fut grande. 
Le soleil s'alloit coucher, quand le gros descendoit 
de file le long du sault. Mon cannot estoit des pre- 
miers, de trente que nous estions; dont les uns estoient 
débarquez et les autres au large. Il y en avoit mesme 
dans les rapides, qui ne pouvoient monter ny forcer 
le courant des eaux, qu'il nous fallut attendre. 

A deux lieues plus bas, il se fit des décharges 



121 

réitérées de coups de fusils, dont nous vismes la fu- 
mée s'élever en l'air. Cet alarme obligea touts les 
Outaouas. à se ranger en flotte, et ceux qui estoient 
débarquez furent contraints de se rembarquer, malgré 
tout ce que je pus faire pour les empescher, et ga- 
gnèrent le gros. Ils prirent la résolution de tout 
abandonner et de s'enfuir. Je lis mon possible pour 
les en détourner. Ceux qui estoient dans mon can- 
not avoient desjà les bras morts. Je les fus trouver 
touts, et leur proposay de me donner un cannot pour 
prendre le devant, et aller dans l'endroit où s'estoient 
faites les décharges. J'excitay les François à m'y 
accompagner, qui n'estoient pas moins saisis de crainte 
que les sauvages. Je tâchay enfin de les faire re- 
venir de la terreur qui les avoit pris, en les asseu- 
rant que les Irroquois, pour preuve de leur sincérité, 
avoient des François avec eux. Je gagnay la teste 
du gros de la flotte, et fis si bien en sorte qu'ils 
consentirent à me suivre; et, comme mon cannot 
estoit proche de terre, sur le soir, les Irroquois firent 
une dernière décharge pour nous saluer. Le gros 
des Outaouas ayant reconnu que ce n'estoit que pour 
nous- faire honneur que l'on tiroit, reprirent leurs 
esprits et mirent à terre, sans débarquer leurs pelle- 
teries. Cette bande estoit composée de douze Irro- 
quois, qui avoient deux soldats de Montréal avec eux 
que je connoissois. Les Outaouas trembloient encore 
et estoient dans la résolution de marcher toutte la 
nuit, jusqu'à ce qu'ils fussent rendus aux premières 
maisons françoises, ne se croyant pas en seureté 
parmy ces douze Irroquois, qui les auroient sans 
doute caressez et régalez s'ils avoient eii quelques 
viandes de chasse à leur donner. 

Quand les Outaouas virent les Irroquois endor- 
mis, ils s'embarquèrent touts vers la mynuit, mon 
cannot demeura seul. Cependant mes mattelots ne 
cessoient pas de m'appeller pour m'embarquer ; je 
dormois d'un si profond sommeil, avec ces deux 



[22 



François, que je ne les entendois pas. Un de mes 
canotteurs se hazarda de venir m'é veiller, mais si 
doucement que vous eussiez dit qu'il alloit surpren- 
dre une sentinelle. Il me dit tout bas à l'oreille 
qu'il estoit temps d'embarquer, et que toutte la flotte 
estoit desjk bien loin. Je me levay sur-le-champ 
pour m'en aller avec luy, et, à la pointe du jour, elle 
nous parut à perte de veiie. Ils ramoient tous vi- 
goureusement et ne nous attendirent qu'à la Grande 
Anse dans le lac de Saint Louis. Nous en partîmes 
pour aller à Montréal, sur les deux heures après 
midy, où les Outaouas commencèrent à respirer et 
à se trouver en parfaite asseurance, quand nous y 
fumes rendus ;i ). 



Chapitre XIX. 

Sédition esmeue par les Outaouas d'une manière inopinée 
à Montréal. 

La traitte des Outaouas avec les François estant 
fort avancée (elle se fait ordinairement dans la com- 
mune de Montréal, où ils ont coustume d'étaler leurs 
marchandises), il arriva qu'un sauvage de la nation 
cy-dessus nommée desroba quelque chose à un sol- 
dat [marchand] françois sans qu'il s'en apperçùt. La 
sentinelle, qui avoit ordre de veiller sur eux afin 
qu'ils ne fussent point molestez ou fait tort, vit faire 
le vol ; il en avertit celuy à qui on venoit de le faire, 
qui se jetta incontinent sur le voleur, et luy voulut 
arracher quelques lambeaux de castors qu'il avoit: le 
sauvage résista, le factionnaire avança pour s'oppo- 
ser à ceux qui l'auroient voulu fraper, et présenta 
le bout de son fusil, pour arrester le inonde qui se 
voulaient jetter en foule sur luy. Il pressa le sauvage 



123 

de rendre ce qu'il luy avoit veiï prendre. Plusieurs 
des spectateurs crurent qu'on les couchoit en joiïe, et 
se voulurent jetter [se jettèrent] à corps perdus sur 
le soldat et luy estèrent en effet son fusil. Quand 
il. se vit désarmé, il mit l'épée k la main. Celuy 
qui avoit fait le vol le voulut saisir et la luy oster, 
et n'ayant pu en venir k bout, reçut un coup d'épée 
au bras. Il présenta ensuitte la pointe k touts ceux 
qui faisaient mine de l'aprocher. Aussytost les Ou- 
taoiias accoururent les armes k la main Je m'y 
transportay aussy le plustost qu'il me fust possible ; 
plusieurs chefs que je connoissois se joignirent k 
moy, et nous arrestames la sédition qui alloit naistre. 

Mr. de La Motte î ), homme de cœur et d'honneur, 
commandoit alors k Montréal; sa compagnie estoit 
la seule du régiment de Carignan restée dans le 
pays. Ayant esté averty que touts ses soldats et 
ceux de la garde estoient dans la commune, [il] lit bat- 
tre l'assemblée et marcha k la teste des troupes pour 
y ranger tout le monde k son devoir, mais quand il 
arriva, la sédition estoit appaisée. 11 s'appercut, sans 
me connoître, que je parfois fortement aux sauvages, 
et connut bien que j'en sçavois le langage. Il s'a- 
dressa k moy pour me demander où estoient les 
chefs; je les luy montray; il les fit d'abord arrester 
et conduire chez luy. Je fis en sorte de suivre pour 
connoitre l'issu de cette affaire. On posta en mesme 
temps le long des palissades touts les soldats de la 
garnison, qui faisoient en tout le nombre de soixante 
hommes, qui furent commandés par un sergent, avec 
ordre de faire feu sur les premiers Outaoùas qui 
paroitroient se vouloir soulever. 

Une personne considérable, qui vouloit monter 
aux Outaoiias par l'occasion de cette flotte qui s'en 
retournoit, se trouva présente. Mr. de La Motte le 
pria de demander k ces gens, en leur langue, la raison 
qu'ils avoient eu pour exciter ce tumulte. Ils accusè- 
rent ingénuement la vérité; mais ce nouvel interprète 



124 



répéta la chose autrement, pour leur faire plaisir, et 
lit entendre qu'il y a voit purement en tout cela de la 
faute du- soldat. Mr. de La Motte, qui estoit un ancien 
capitaine et reeommandable par son service, ordonna 
au second sergent de sa compagnie de l'aller quérir, 
et de le faire incontinent mettre sur le cheval de 
bois, avec deux cents livres pesants aux pieds. 

Ayant entendu que le sauvage se condamnoit 
dans ce qu'il venoit de dire, et qu'il avoiioit ingé- 
nuement comme l'affaire s'estoit passée, je ne pus 
m'empescher d'éclatter et d'asseurer que, suivant la 
déposition nu-suie du sauvage qu'il venoit de faire, 
le soldat estoit innocent, et qu'il ne merittoit pas le 
châtiment qui avoit esté ordonné, puisque l'interprète 
avoit interprété la chose autrement qu'elle n'estoit. 
Mr. de La Motte, irrité contre le soldat, marchoit 
dans sa chambre à grands pas sans faite attention 
à ce que je venois de dire. Je répétay encore une 
fois l'affaire, et me fis entendre de l'enseigne de la 
compagnie. L'interprète, sans faire semblant de m'a- 
voir oùy, se douta bien que l'officier ne manqueroit 
pas de s'expliquer et d'en parler à Mr. de La Motte. 
Il s'emporta et se picqua d'abord contre moy, et de- 
manda justice du dementy que je venois de luy don- 
ner, au sujet de sa fausse interprétation. Je m'a- 
prochay de luy, dans la présence de Mr. de La Motte, 
et luy soustins qu'il avoit mal expliqué la déposition 
du sauvage, que j'en sçavois la langue, et qu'en in- 
terprétant, il n'avoit pas dit ce qu'il venoit d'avouer. 

Mr. de La Motte, qui avoit suspendu son juge- 
ment à l'égard du soldat, l'envoya chercher, et, après 
l'avoir interrogé, il luy ordonna d'accuser juste comme 
tout estoit arrivé. Il parla comme le sauvage et de 
la manière que je venois de faire. Mr. de La Motte, 
se tournant ensuitte vers la personne qui n'avoit 
pas dit la vérité du fait, se contenta de luy dire 
quelques paroles mortifiantes, et puis renvoya le sol- 
dat et les chefs qu'il avoit fait arrester. 



125 

La traitte des Outaoiias alloit finir, quand il 
arriva un cannot k Montréal de la part de Mr d^ 
Courcelles, avec ordre de faire descendre à Québec 
touts les chefs de cette nation, et ceux des Irroquois 
pour y conclure la paix entr'eux. 

Mr. de La Motte, ayant reçu ces ordres, me fist 
appeller et m'ordonna de m'embarquer avec les Ou- 
taoiias, qui firent difficulté de partir; ils furent obli- 
gez d'obéir malgré eux. Les Irroquois ne parurent 
avoir aucune répugnance là-dessus. 

Quand les chefs Outaoiias se virent forcez d'en- 
trer dans la barque destinée pour le voyage, ils ren- 
voyèrent touts leurs gens chez eux, et firent suivre 
leurs cannots. Un officier et douze soldats furent 
commandez pour les escorter jusqu'au premier cam- 
pement que nous finies, en partant de Montréal. Ils 
me prièrent de demander à l'officier qu'il leur fust 
permis de s'embarquer dans leurs cannots; il y con- 
sentit, et nous arrivâmes heureusement k Québec 
[Juillet, 107'.)], où les amis de celuy que j'avois dé- 
menty à Montréal firent touts leurs efforts pour me 
déservir auprès de Mr. de Courcelles, et empescher 
que je ne fusse l'interprète. Mais Mr. de La Motte 
avoit escrit en ma faveur et certiffié ma constance et 
ma fidélité; en sorte que mes ennemis ne furent pas 
escoutez. 11 y eust quelqu'un qui voulut trouver k re- 
dire k l'interprétation que j'avois faite , et soustenir 
quelle n'estoit pas juste; mais il en eust toutte la confu- 
sion, car elle fut généralement reçeue pour véritable. 



126 



f liajMîiT XX. 

Arrivée de Mr. Talon Intendant ayant les ordres de faire 

poser les armes de France dans le pays des Outaoûas et 

en prendre possession au nom du Roy. 

Les premiers vaisseaux arrivèrent de France à 
Québec pendant que touts les chefs y estoient. Mr. 
de Courcelles récent des lettres de Mr. Talon, qui luy 
niandoit l'utilité qu'il y avoit d'arrester quelques 
François qui auroient estez aux Outaoiu's et qui en 
sçussent la langue, pour pouvoir y monter et prendre 
possession de leur pays au nom du Roy. Mr. de 
Courcelles jetta d'abord la veûe sur moy, et me lit 
rester à Québec jusqu'au retour de Mr. l'Intendant. 

Quand il y fust arrivé, il me demanda si je vou- 
drois me résoudre à monter aux Outaoiias, en 
qualité d'interprète, et y conduire un subdélégué 
qu'il y establiroit pour prendre possession de leur 
pays. Je luy lis connoître que j'estois tousjonrs prêt 
à luy obéir, en luy faisant offre de mes services. Je 
party donc avec le Sr. de Saint Lusson son subdélégué, 
et nous arrivâmes à Montréal, où nous restâmes jus- 
qu'au commencement du mois d'octobre [1670]. Nous 
tûmes contraints, dans le voyage, d'hyverner chez 
les Amikouets ; les Saulteurs hyvernèrent aussy dans 
les mesmes endroits, et tirent une chasse de plus de 
deux mil quatre cents élans, dans une isle appellée 
l'isle des Outaoiias, qui a quarante lieues de lon- 
gueur, et contient l'étendiie du lac Huron, depuis 
la partie vis-à-vis de la rivière de Saint François' jus- 
qu'à celle des Missisakis, en allant vers Michillima- 
kinak '). Cette chasse extraordinaire ne fust cepen- 
dant faite qu'avec des lacets. 



127 

Je les lis advertir de se rendre chez eux 2 ), dans 
le printemps, le plustost qu'ils pourroient, afin d'en- 
tendre la parole du Roy que le Sr. Saint Lusson leur 
portoit et à touttes les nations. J'envoyay des sau- 
vages aussy pour faire sçavoir à ceux du nord de 
ne pas manquer de se rendre aussy dans leur pays 3 ). 
Je traisnay et portay ensuitte un cannot de l'autre 
costé de l'isle, où je m'embarquay; car il est à re- 
marquer que le lac ne se glace jamais que du costé 
où nous hyvernâmes, et non pas vers sa largeur, à 
cause des vagues continuelles que le vent y excite. 
Nous partymes de là pour aller vers la baye des 
Renards et Miamis 4 ) qui n'en est pas bien éloignée, 
et je lis venir touts les chefs au Sault Sainte Marie; 
où se devoit planter le picquet et afficher les armes de 
France, pour prendre possession du pays des Outaoiïas. 
Ce fut l'année 1669 [1671] que cela se passa 5 ). 

Je me rendy le cinq du mois de May au Sault 
Sainte Marie avec les principaux chefs des Poutéoua- 
tamis, Sakis, Puans et Malhommis [Maloumines ou 
Folles- Avoines] ; ceux des Renards [Outagami s], Ma- 
scouetechs [Mascoutins, Nation du Feu], Kikabous et 
Miamis ne passèrent pas la Baye. Entr'autres le 
nommé Tetinchoua, le principal chef des Miamis, qui, 
comme s'il en avoit esté le roy, avoit jour et nuit en sa 
cabane quarante jeunes gens pour la garde de sa per- 
sonne 6 ). Le village qu'il commandoit estoit de quatre 
à cinq mil combatants; il estoit en un mot craint et 
respecté de touts ses voysins. On dit cependant qu'il 
estoit d'un naturel fort doux, et qu'il n'avoit point 
d'autre conversation qu'avec ses lieutenants ou gens 
de son conseil chargez de ses ordres. Les Poutéoiia- 
tamis n'osèrent, par considération, l'exposer à faire 
le voyage, appréhendant pour luy les fatigues du 
cannot, et craignants qu'il n'en tombât malade. Ils 
luy représentèrent que, s'il luy arrivoit quelque acci- 
dent, sa nation les en croiroit responsables, et qu'elle 
les entreprendroit pour ce sujet. Il se rendit enfin 



L28 

à leurs raisons, et les pria raesme de faire pour luy 
dans l'affaire qui se présentait, comme il feroit pour 
eux, s'il e8toit présent. Je leur avois expliqué de 
quoy il estoit question et pourquoy on les fauoit 
appeller. 

Je trouvay, à mon arrivée, non seulement les 
chefs du nord, mais encore touts les Kiristinons, 
Monsonis, et des villages entiers de leurs voysins; 
les chefs des Nepissings y estoient aussy: ceux des 
Amikoiïets, et touts les Saulteurs qui avoient leur 
établissement dans l'endroit mesme. On planta le 
picquet en leur présence, et les armes de France y 
furent appliquées du consentement de touttes les na- 
tions, qui, ne sachant écrire, donnèrent pour leur 
signature des présens; afrirmans de cette manière 
qu'ils se mettaient sous la protection et l'obéissance 
du Roy. On dressa les procez -verbaux au sujet de 
cette prise de possession, dans lesquels je signay 
comme interprète, avec le Sr. de Saint Lusson sub- 
délégué ; les RR. PP. missionnaires Dablon, Allouez, 
Dreùillette et Marquet [Marquette] signèrent plus bas, 
et, au-dessous d'eux, les François qui se trouvèrent 
sur les lieux en traitte. Cela fut exécuté suivant 
l'instruction donnée par Mr. Talon. Après cela, tout- 
tes ces nations s'en retournèrent chacune chez elles, 
et vécurent plusieurs années sans aucun trouble de 
part et d'autre. 

J'ai oublié de dire que les Hurons et les Ou- 
taoiias n'arrivèrent qu'après la prise de possession ; 
pareequ'ils s'estaient enfiiy de Chagouamikon pour 
avoir mangé les Scioux, comme je l'ay dit cy-devant 
On parla de ce qui se venoit de faire, et ils agréè- 
rent comme les autres tout ce qui avoit esté conclu 
et arresté r ). 



129 



Chapitre XXI. 

L'Irroquois n'estant plus en guerre avec les François ny 

leurs alliez la porte chez les Andastes et les 

Chaoiianons. 

L'Irroquois ne pouvaut plus faire la guerre à ses 
voysins, la force des armes l'ayant contraint de met- 
tre fin a touttes ses cruautéz ; il alla chercher a la 
faire chez les Andastes et les Chaoiianons *) , qu'il 
deffit en plusieurs rencontres et dont il augmenta 
considérablement ses forces, par le grand nombre 
d'enfans ou autres prisonniers auxquels ils donnèrent 
la vie. Les Andastes furent entièrement defïaits, et 
ceux qui restèrent se rendirent de gré a gré, ils furent 
reçeus et [sont] présentement chez les Tsonontouans. 

Mr. de Courcelles ayant fait la paix générale 
avec les Irroquois, résolut d'aller voir le lac Onta- 
rio. Il y fust avec peu de monde et se rendit à Ka- 
taracouy, qui est ce qu'on appelle le fort de Frontenac 
[1671]. Il y fit venir les Irroquois qui eurent [ordre] 
de s'y assembler touts, pour leur proposer le dessein 
où il estoit de faire bastir un fort. Ils y Consenti- 
rent, on leur fit quelques présens auxquels ils répon- 
dirent. Dans le mesme automne, peu de temps au- 
paravant, Mr. de Courcelles fut rappelle et relevé 
par Mr. de Frontenac, qui fit bastir ce fort dès l'esté 
suivant ; qu'il fit nommer de son nom ; où il ne man- 
quoit pas d'aller passer quelques mois de l'année. Il 
y faisoit appeller les chefs de touttes les nations Ir- 
roquoises, et a maintenu tousjours l'union entre elles 
et les sauvages d'en haut, jusqu'à ce que des guer- 
riers Irroquois qui venoient de Chaolianonk, où ils 
n'avoient rien fait, leur enlevèrent cinq familles de 
Renards et un chef qui avoient estez solliciter un 

9 



130 

secours dans la guerre qu'ils avoient alors contre 
les Illinois. Cela fut cause [que] l'Jrroquois deftit 
un village Illinois, et qu'il frappa partout sans au- 
cun égard. J'ay fait un mémoire que vous avez, 
Monseigneur, au sujet de ces guerres ; c'est pourquoy 
je n'en marque rien dans ce mémoire. 

Touttes les courses injustes que les Irroquois 
faisoient partout n'engagèrent pas Mr. de Frontenac 
à leur faire la guerre; il en prévoyoit les mauvaises 
suittes ; et aussytost qu'un coup avoit esté fait ; il 
en estoit averty par des présents de la part de ceux 
qui avoient frappé les premiers, et des autres qui 
avoient estez frappez. Il sçavoit appaiser tout, quov- 
que l'Irroquois devint fort de plus en plus par la 
quantité de prisonniers qu'il continuoit de faire sur 
ses ennemis. 

Mr. de Frontenac donna des congez à différens 
particuliers pour la traitte que l'on fait dans le pays 
d'en haut chez les sauvages qui sont hors de la co- 
lonie 2 ). J'en obtins un aussy par la faveur et recom- 
mandation de Mr. Belgralie, secrétaire de Mr. de 
Colbert. 

Ce fut environ le mesmc temps que Mr. du Ches- 
neau, intendant du pays, escrivit contre Mr. de Fron- 
tenac, et manda à la cour qu'il ne donnoit des per- 
missions*qua ses créatures. Ses lettres furent escou- 
tées, et il fust deffendu d'en accorder à personne 
d'avantage. 

Les Canadiens se voyant privés de ces franchi- 
ses, se débandèrent et crurent qu'elles leurs estoient 
délies: cela fust cause que la plus grande partie de 
la jeunesse du pays s'en alla, et ne revenoit qu'à la 
dérobée chercher des marchandises en raportant les 
pelleteries qui estoient furtivement vendues. Ce né- 
goce lit ouvrir les yeux aux commerçants qui y 
trouvoient fort bien leur compte, et qui leur avan- 
çaient ce qui estoit nécessaire dans leur voyage, 
quelques opposez que fussent les ordres qu'on donnoit 



131 

là-dessus. Tellement que ces Canadiens se rendirent 
semblables aux saiivages, dont ils copièrent si bien 
le libertinage, qu'ils oublièrent ce qu'ils [dévoient] 
à la subordination et discipline françoise, et ; si je 
l'ose dire, au Christianisme mesme. Il auroit fallu, 
pour obvier à ce désordre dans son principe, châtier 
dès le commencement ceux qui estoient tombez en 
faute, en contrevenant aux ordres du Roy. La Cour 
ayant esté informée que le mal ne diminuoit pas, 
envoya une amnistie que Mr. de Frontenac lit pu- 
blier dans le pays des Outaoûas, où il envoya Mr. 
de Villeraye pour cet effect, et l'établit comman- 
dant sur les lieux. 

Les Irroquois commencèrent encore à donner 
sur les Illinois et sur d'autres nations; car leurs for- 
ces augmentoient tousjours. Ils voulurent mesme 
s'adresser aux Outaoûas et Népissings dont ils firent 
plusieurs prisonniers. Mr. de Frontenac, estant party 
pour aller au fort qu'il avoit fait bastir, fit assem- 
bler aussytost qu'il y fust arrivé touts les chefs Irro- 
quois, auxquels il parla de manière qu'ils rendirent 
les prisonniers, et demeurèrent en repos, promettants 
de ne plus faire d'incursions sur nos alliez compris 
dans la paix. On sollicitoit cependant tousjours Mr. 
de Frontenac à leur faire la guerre ; mais il pré- 
voyoit que si une fois elle s'allumoit, on ne l'étein- 
droit pas de sitost. Il se contenta donc de l'intimi- 
der de parole et réussit. 

Il naissoit des différens continuels entre luy et 
Mr. du Chesneau par les suggestions de leurs créa- 
tures de part et d'autre ; le roy en ayant esté in- 
formé, les rappella touts les deux en France, et en- 
voya Mr. de la Barre, pour relever Mr. de Fron- 
tenac, et Mr. de Meule en la place de Mr. du Chesneau. 
Les mauvais avis qu'on leur donna à l'un et a l'autre, 
causèrent cette révocation au détriment du pays. 

Mrs. de la Barre et de Meules les ayant relevés 
[1682], furent persuadez par des ecclésiastiques de 

9* 



132 

faire la guerre contre l'Irroquois; les marchands 
mesmes, qui n'envisageoient pas tant la destruction 
de cette nation que leurs propres intérêts, poussoient 
de leur costé a la faire déclarer; ils ne prevoyoient 
pas, qu'en s'en rendant l'ennemy, on ne les ferait 
pas revenir quand on voudroit. Ils s'imaginèrent 
que sitost que le François viendroit à paroistre, l'Ir- 
roquois luy demanderoit miséricorde ; qu'il seroit fa- 
cile d'establir des magasins, construire des barques 
dans le lac Ontario et dans celuy des Outaouas, et 
que c'estoit un moyen de trouver des richesses. Touts 
ces conseillers réussirent à faire entreprendre cette 
guerre. 



Chapitre KM. 

Guerre entreprise par Mr. de la Barre contre les 
Irroquois. 

Mr. de la Barre s'estant enfin déterminé à la 
guerre qu'on luy avoit persuadée de faire aux Irro- 
quois [1684], envoya des présents aux nations Ou- 
taoiiases pour les inviter à le venir joindre au fort 
de Frontenac, afin de détruire conjointement ensem- 
ble le village des Onontaguez. Mr. de la Durantaye 
eust ordre de commander les Outaouas, et on luy 
donna pour second Mr. de Lude [du Luth] qu'il en- 
voya avertir à Kamalastigouia 1 , au fond du lac Supé- 
rieur, où estoit son poste. Il fit amasser tous les Fran- 
çois qui se trouvèrent aux environs de Michillimakinak. 
Tout son monde estant assemblé, il envoya présenter le 
casse-teste 2 ) aux Saulteurs, Missisakis et autres na- 
tions qui habitoient les lacs Huron et Supérieur, 
mais il n'y en eust pas une qui l'acceptât. 11 le fist 



133 

porter chez les nations de la Baye qui le refusèrent 
pareillement. 

Mr. de la Barre m'avoit donné une permission 
d'aller commercer chez les Outaoûas. En allant à 
la Baye je trouvay a cinq lieues de Michillimakinak 
les députez qui alloient inviter les nations de cette 
Baye avec le casse-teste et des présents; mais ils 
raportèrent a leur retour qu'aucune des nations 
n'avoit voulu consentir à la guerre, ny recevoir 
les présents qu'on leur avoit présenté. On fust chez 
les Hurons qui reçurent la hache; les Outaoûas, les 
Kikapous et Sinagos n'en voulurent pas entendre 
parler. 

Mr. de Lude arriva la nuit suivante de Kama- 
lastigouia, et apprit qu'aucune des nations, excepté 
le Huron , n'avoit voulu partir pour faire la guerre. 
On luy dit le landemain que j'estois k Michillimaki- 
nak; il m'envoya chercher, et me fit entendre que 
personne ne pourroit, mieux que moy, engager les 
nations a se joindre avec nous dans cette guerre, 
persuadé de l'ascendant que j'avois sur leur esprit. 
Je party donc un dimanche, après avoir entendu la 
sainte messe, pour aller chez ces nations, qui m'écou- 
tèrent et reçeurent le casse-teste et les présents. Ils 
me demandèrent seulement quelques jours pour ra- 
commoder leurs cannots, et se mettre en estât de 
nous joindre. Ils eurent huit jours pour s'aprester. 
Ils se rendirent ensuitte, et nous partîmes touts en- 
semble; mais les Outaoûas n'arrivèrent que trois 
jours après au Sakinang 3 ), au nombre de quatre cents 
hommes, y compris les chefs et les vieillards. On 
envoya un cannot, après leur départ, informer ceux 
de la Baye qu'on estoit touts party de Michillima- 
kinak, et que j'avois engagé des nations, qui avoient 
refusé d'accepter le casse-teste et les présents, à se 
joindre en guerre avec nous. Je leur dis qu'ils 
m' avoient tousjours regardé comme leur père , et 
que je devois marcher k la teste des Outaoûas, qui 



134 

faisoicnt fort bien de me suivre. Un des chefs parla 
alors, et fit connoître à touts les villages que l'on 
estoit obligé de s'intéresser dans cette guerre, et d'y 
marcher puisque j'y marchois. Il déclara que luy 
et sa famille ne souffriroient pas que je m'exposasse 
au danger sans s'y trouver, et partit sans autre pré- 
paratifs Il fust suivy de cent jeunes gens; tout le 
reste l'auroit accompagné s'il y avoit eu des cannots. 

Les Outaoiias ayant joint, Messieurs nos Com- 
mandants me les donnèrent k ménager. Un acci- 
dent impréveu, qui arriva le troisième jour de nostre 
marche, les intimida et leur fit mal augurer de la 
guerre que nous allions faire. Il y eust un soldat 
françois qui laissa partir inopinément son fusil et en 
fust tiié. Ce coup fâcheux remplit leurs imagina- 
tions d'idées peu favorables à nostre entreprise, mais 
je les en désabusay. 

Quand nous fumes arrivez dans les isles du Dé- 
troit 4 ), on obligea une bande de biches k se jetter 
dans l'eau; un jeune homme, qui estoit au milieu 
d'un cannot, voulant tirer sur elles, cassa le bras k 
son frère qui ramoit dans le devant du mesme can- 
not. Ce second accident fit une telle impression sur 
les Outaoiias, qu'ils alloient faire volte-face, si je 
n'avois persuadé au père du blessé d'engager son 
fils k déclarer publiquement, qu'il n'estoit party de 
son pays que dans l'intention de périr les armes k 
la main contre les Irroquois. Il y mourut en effet 
de sa blessure ; son frère ne vécut guerre après luy 
du chagrin qu'il en eust. Cependant les Outaoiias 
ne purent se dispenser de continuer leur route. 

Les gens de la Baye dont j'ay parlé cy-devant 
nous joignirent k deux lieues de la Longue Pointe 
du lac Erien [Erié], et firent entendre aux Outaoiias 
que s'ils restoient longtemps absents de leurs fem- 
mes, elles jeûneroient, ne sachant pas la manière de 
pêcher le poisson. Ils voulurent donc s'en retourner, 
mais je m'opposay k ce dessein , en leur faisant 



135 

connoître qu'il y avoit de la lascheté dans uae telle 
résolution. Ils s'emportèrent d'abord contre moy et 
nie répondirent brusquement qu'ils m'apprendroient 
ce qu'ils sçavoient faire 5 ). Il y avoit dans ce temps- 
là sept à huit jours que nous estions dégradez 6 ) dans 
un endroit, où [d'où] nous avions eu soin d'envoyer des 
François à la découverte vers le pays des Irroquois. 

Sur ce reproche, les Outaolias firent marcher 
aussy de leurs gens par terre, qui arrivèrent dans 
le pays, où nous avions envoyé les nostres pour dé- 
couvrir les ennemis ; mais ils ne se rencontrèrent 
que quelque temps après. Les Outaoùas se-diver- 
tissoient à siffler en marchant et à contrefaire le 
sifflement du cerf, quand les François, qui n'estoient 
pas bien éloignez d'eux, crurent que c'en estoient 
véritablement; ils entrèrent dans le bois, allans vers 
l'endroit où ils avoient entendu siffler. En estant 
bien proches, quelqu'un d'eux en avançant apperçut 
quelque chose de blanc dans un hallier, et crut voir 
le poitrail d'un cerf, ce qui luy lit tirer son coup de 
fusil, dont il blessa un Outaoùas qui portoit une che- 
mise, et perça celle de celuy qui le suivoit. 

Ce dernier coup acheva de les persuader qu'ils 
avoient [auroient] bien eu raison de nous abandonner ; 
il y en eust mesme qui osèrent dire qu'il falloit se bat- 
tre contre nous, parceque nous commencions déjà à 
les tuer. Je gagnay par mes raisons le blessé et son 
oncle qui asseura les Outaoùas que son nepveu pour 
avoir esté blessé n'estoit pas mort; qu'il vouloit aller 
mourir plus loin, et qu'il estoit party de son pays 
en ce dessein. Il ajouta, en s'adressant directement 
à eux, qu'ils pouvoient cependant relascher s'ils vou- 
loient, mais que pour luy et son nepveu, [ils] sui- 
vroient par tout le François. Son discours lit un si 
bon efieet, qu'ils continuèrent la route avec nous. 

Nous arrivâmes enfin à Niagara, où Mr. de la 
Durantaye me chargea d'informer les Outaoùas, en 
leur donnant le casse-teste, que les trois barques du 



136 

fort Frontenac s'y trouveroient chargées, à nostre 
arrivée, de trois cents fusils pour les armer, et d'au- 
tres munitions de guerre et de bouche a discrétion 
Je luy dis mon sentiment la-dessus, qui estoit de ne 
pas s'engager à ces sortes d'asseurances, et qu'il 
seroit temps de le dire quand on seroit sur les lieux, 
en cas que cette abondance s'y trouvast; parceque 
si les choses alloient autrement et qu'ils se vissent 
trompez, il ne seroit plus possible de jouir d'eux. Il 
voulut absolument, malgrez touttes mes raisons, que 
j'exécutasse ses ordres là-dessus. 

Quand nous y fumes arrivez, il n'y avoit aucune 
barque; je les amusay cependant pendant deux ou 
trois jours, en leur faisant acroire [que les vents con- 
traires] les avoit empesché de venir. Le temps se 
passoit et rien ne venoit; cela les lit murmurer. Ils 
commencèrent à me dire que je les avois trompé, 
et que les François les vouloient trahir et livrer 
entre les mains des Irroquois, qui n'auroient point 
de peine d'enlever leurs femmes et leurs enfants. 
Les Commandants et touts les François ne sçavoient 
plus que dire là-dessus; on se consulta et on assem- 
bla les chefs et touts les anciens des nations, aux- 
quels on déclara qu'il falloit prendre la route vers 
le nord du lac, et aller droit au fort de Frontenac ; 
qu'on y trouveroit, ou qu'on y attendroit Mr. de la 
Barre, s'il n'y estoit pas arrivé; et, si on apprenoit 
qu'il y fust passé, on le suivroit; parceque son ar- 
rivée nous mettroit à l'abri des insultes de l'ennemi. 
Les sauvages qui sont des esprits de contradiction, 
voulans tousjours estre maistres de leurs volontéz, 
dirent qu'il falloit prendre le sud et marcher droit 
aux Tsonontouans. Ils s'entestèrent là-dessus, quel- 
ques bonnes raisons qu'on put apporter pour les faire 
changer de résolution. 

Je fus dans leur camp trouver touts les chefs, 
auxquels je lis voir que c'estoit trop se risquer que 
de s'exposer à une pareille entreprise, et que nous 






137 ' 

ne manquerions pas d'estre deffaits, au lieu que nous 
nous mettrions en asseurance en faisant autrement. 
Je les pris touts l'un après l'autre en particulier, et 
je connus, suivant ce qu'ils me répondirent, qu'il n'y 
avoit que quelques-uns seulement d'entre eux qui sou- 
tenoient avec opiniâtreté ce sentiment. Et la raison 
pourquoy ils estoient si fermes, estoit à cause du 
reproche de lascheté que je leur avois cy-devant 
fait, qu'au reste je n'avois pas tort. Tout le com- 
mun me disoit aussy la mesme chose, quoyque je 
ne leur en parlasse plus. Je retournay vers Mes- 
sieurs nos Commandants leur dire ce que je venois 
d'apprendre, et les asseurer que la terreur estoit 
dans le camp des Outaouas, et qu'ils craignoient 
qu'on ne prit la route par le pays des Tsonon- 
touans. Je proposay un expédient qui estoit de pu- 
blier dans leur camp, que, comme nous avions esté 
les maistres de la marche jusqu'à Niagara, nous leur 
défierions présentement le pouvoir de la gouverner; 
que nous estions prêts de les suivre du costé qu'ils 
croient [croiroient bon] ; et que nous [nous] réglerions 
sur le premier cannot qui partiroit. Ils agréèrent ce 
que je viens de dire, et sur-le-champ touts les cannots 
François furent mis à l'eau et les bagages embarquez. 

Quand tout cela fut fait, je criay dans leur 
camp : Soyez maistres de la marche ; et aussytost 
ceux qui n'estoient pas du nombre des entestez s'em- 
barquèrent prenants le nord du lac et nous les sui- 
vîmes. 

Trente ou environ des opiniastres ne branlèrent 
pas du camp le reste du jour; ils envoyèrent deux 
hommes à la découverte, vers le pays des Irroquois, 
qui découvrirent une barque a la voile et retournè- 
rent au plustost en avertir leurs gens, qui nous en 
donnèrent avis par un cannot. 

Le landemain, nous nous rendismes k Niagara, 
où la barque arriva, qui n'avoit autre chose que les 
lettres de Mr. de la Barre, dans lesquelles il don- 



138 

noit avis de la nécessité où il avait esté de faire 
la paix, par raport à la maladie qui s'estoit mise en 
son camp, dont il estoit mort près de neuf cents 
François et autant des sauvages qui l'avoient accom- 
pagné. Quoyque Mr. de la Barre avoit suivy les 
avis de plusieurs personnes en entreprenant cette 
marche, ils furent les premiers, à escrire contre luy 
à la cour, et mander qu'il n'estoit plus capable de 
faire la guerre. Il fust en effet rapellé l'année sui- 
vante et relevé par Mr. Denonville [Août, 1685]. 

Je ne retournay pas aux Outaouas incessamment 
après la campagne 7 ) ; je n'y fus que le printemps 
suivant, sur les nouvelles qu'on eust par les voya- 
geurs, qui raportèrent que les gens de Mr. de La 
Salle troubloient les François qui alioient sur ses 
congez, depuis la baye des Puans jusqu'aux Illinois, 
et qu'ils enlevoient mesme leurs effects 8 ). 



Chapitre XXIII. 

Campagne de Mr. Denonville contre les Irroquois. 

Je fus envoyé à cette baye, chargé d'une com- 
mission pour y commander en chef et dans les pays 
plus éloignés du costé du ouest, et de ceux mesme 
que je pourrois découvrir 1 ). Mr. de la Durantaye 
relevoit alors Mr. de la Valtrie qui y avoit esté 
commandant dans la campagne des Irroquois. 

Je ne fus pas plustot arrivé dans les endroits 
où je de vois commander, que je reçus ordre de Mr. 
Denonville de revenir avec touts les François que 
j'avois. Je ne le pouvois plus sans abandonner les 
effects qu'il m'avoit fallu emprunter des marchands 
pour mon voyage. Je me trouvois en' ce temps-lk 



139 

dans le pays des Scioux où la gelée avoit brisé tous 
nos cannots; je fus contraint d'y passer l'esté, pen- 
dant lequel je m'appliquay k m'en procurer pour 
aller à Michillimakinak, mais les cannots n'arrivèrent 
que dans l'automne [1686]. 

Je reçus encore d'autres ordres dans le com- 
mencement de l'hyver pour assembler tous les Fran- 
çois et sauvages qui se trouveroient k ma portée et 
sur ma route , afin de me rendre avec eux proche 
du lac, où sont establis les Tsonontouans. Je me 
mis aussytost en chemin, et j'invitay les Miamis à 
cette gnerre, ils me le promirent ; mais les Loups qui 
estoient leurs voysins les en dissuadèrent, en leur 
faisant acroire que les François les vouloient trahir, 
et les faire manger aux Irroquois lorsqu'ils les au- 
roient joints. 

Je fus par terre chez les Miamis qui estoient à 
soixante lieues environ de mon poste, et m'en re- 
vins par terre de mesme que j'y estois allé. J'appris 
en chemin, avant d'y arriver, qu'un corps de quinze 
cents hommes des nations de la Baye, Renards, 
Maskouetechs, Kikapous, qui alloient en guerre 
contre les Scioux, dévoient piller mes marchandises, 
sachant que je n'y estois pas ; et qu'ils dévoient en- 
suitte faire autant plus haut k des François et les 
égorger. Il [en] estoit vray [venu] aussy espier à 
mon poste, dans quelle situation on y estoit, sous pré- 
texte de traitter de la poudre, et qui importèrent au 
camp qu'ils n'avoient vêtis dans le fort 2 ) que quatre 
personnes seulement. 

Quand j'y fus de retour le landemain matin, il 
y en vint deux autres qui m'y trouvèrent. Je leur 
dis que j'avois k parler k leurs chefs; j'en nommay 
sept ou huit des principaux. Ils retournèrent k leur 
camp, et ceux mesme dont je leur avois parlé arri- 
vèrent pour me voir. 

La sentinelle qui estoit en faction m'en avertit i 
j'avois tousjours soin de faire tenir la porte du fort 



140 

fermée ; je la fis ouvrir pour les faire entrer, et les 
menay en ma cabane. Ils y virent plusienrs fusils 
en bon estât, ayant de bonnes pierres et de bonnes 
plaques. Les deux espions qui estoient venus aupa- 
ravant les avoient pareillement veiis. Je leur fis 
acroire que nous faisions le nombre de quarante 
hommes, sans compter ceux que j'avois envoyé k la 
chasse. Ils crurent la chose comme je la disois, parce- 
qu'en entrant dans une cabane les gens qu'ils y 
avoient veiis changeoient aussytost de hardes et se 
présentaient de rechef devant eux. 

Je leur fis donner k manger, et, pendant, je leur 
reprochay le traistre dessein qu'ils avoient conçu de 
vouloir piller mes marchandises et égorger les Fran- 
çois. Je leur déclaray de point en point leur con- 
spiration. Je leur fis connoître aussy qu'ils estoient 
a présent en ma disposition, mais que je n'estois pas 
un traistre' comme eux; que je voulois seulement 
qu'ils se relaschassent de la guerre qu'ils alloient 
faire, et qu'ils tournassent leurs armes plustost con- 
tre les Irroquois. Deux factionnaires furent tous- 
jours postez aux deux bastions du fort, ayant plu- 
sieurs fusils auprès deux, qui se relevèrent toute la 
nuit. Ces sauvages m'avouèrent ce qu'ils avoient 
tramé ; je leur fis quelques présents pour les engager a 
m'obéir, et en eii de bouche toutte sorte de satisfaction. 

Le landemain le gros du party arriva qui crut 
entrer tout d'un coup; je tenois les chefs par devers 
moy dans le fort; je leur fis entendre qu'ils estoient 
morts k la première violence que leurs gens feroient, 
car nous commencerions par eux. Mes François se 
tenoient bien avec les armes sur leurs gardes. Il y 
eust quelques-uns des chefs que je retenois, qui 
montèrent dessus la porte du fort, qui crièrent k 
leur monde que les affaires estoient claires et bon- 
nes entre eux et nous. Ils me prièrent de traitter 
leurs pelleteries pour des munitions, afin qu'ils pussent 
faire la chasse du buffle. Je les faisois entrer tour- 



141 

k-tour. Après avoir traitté avec eux ce qu'ils avoient, 
ils se divisèrent chacun de leur costé pour faire la 
chasse. Quelques jours après je m'en fus a travers 
les terres à la Baye avec deux François. J'en ren- 
controis à tout moment qui m'enseignoient le meil- 
leur chemin et me régaloient fort bien. Quand j'y 
fus rendu je m'abouchay avec les nations. Le prin- 
temps [1687], j'en party avec toutte la jeunesse, et 
arrivay après -midy à Miehillimakinak. Mr. de la 
Durantaye en estoit sorty le matin avec les François, 
qui n'avoient pu résoudre les Outaoiias k se mettre 
en marche. Aussytost qu'ils me virent, ils me dirent 
de les attendre quelques jours, et qu'ils estoient dans 
l'intention de partir avec moy, que leurs cannots 
n'estoient pas en estât, et que lorsqu'ils seroient prêts 
ils suivroient les François. Je les crus et les espéray 
pendant huit jours. Mr. de la Durantaye arresta 
trente Anglois, qui estoient venus traitter avec les 
Outaoiias, et confisqua tous leurs effects. Il en fit 
distribuer la meilleure partie aux Outaoiias et parti- 
culièrement leur eau-de-vie. Les Outaoiias en avoient 
conservé un baril de vingt-cinq pots pour enyvrer 
mes gens, et faire en sorte de les débaucher. Ils 
firent ce qu'ils purent, et leur donnèrent un baril 
plein; on m'en advertit, je le fis casser devant moy 
et le [fisj répandre à terre 3 j. 

Je m'embarquay avec mon monde, après avoir 
bien chanté injure aux Outaoiias. Je joignis Mr. 
de la Durantaye, qui avoit rencontré Mr. de Tonty 
au fort de Mr. de Lude situé au Détroit. Ils avoient 
encore arresté trente autres Anglois; qui estoient 
sur le point de s'en retourner, si je n'estois ar- 
rivé; car soixante Anglois estant [estoient] devenus 
desjk de trop forts ennemis pour eux, et qui 
avoient manqué k les faire détruire par les sauva- 
ges mesmes qui les accompagnoieut. D'autant que 
les François s'estoient saoulez de la boisson qu'ils 
leur avoient pillée; et s'ils n'avoient pris garde a 



142 

eux, cela seroit arrivé. Us craignoient que les Irro- 
quois, ayant connoissance de leur marche, ne leur 
dressassent des embuscades, et que les Anglois se 
joignants a eux, ils n'eussent estez deffaits. Mon ar- 
rivée lit qu'on se mit en chemin le landemain matin, 
sans rien craindre, à cause du secours que mon 
party leur donnoit; et au bout de deux jours nous 
arrivâmes a Niagara, où nous fîmes un retranche- 
ment pour nous deffendre des Irroquois, s'ils venoient 
à nous attaquer. Nous y demeurâmes quelques jours. 
Les Outaoiias et Hurons nous y joignirent, qui s'y 
rendirent par terre de Thehegagon, et laissèrent leurs 
cannots vis-à-vis, dans le lac Huron. Us prirent la- 
résolution de suivre, quand ils virent que les nations 
de la Baye ne les avoient pas voulu croire; car il 
auroit esté honteux pour eux de ne s'estre pas trouvé 
dans une occasion avec l'ennemi, s'il en estoit arrivé 
quelqu'une, ayant veii passer leurs alliez chez eux. 

Nous y reçûmes les ordres de Mr. Denonville, 
et on avança vers les Tsonontouans; on y arriva en 
mesme temps que luy. 

Mr. Denonville ayant fait faire un retranchement 
sur le bord du lac [Ontario], marcha avec les troupes 
contre les villages et se bastit, à une demi-lieue du 
premier, contre huit cents Irroquois qui estoient en 
embuscade et qui furent repoussez [Juillet, 1687]. 
Le landemain on campa dans le village mesme et 
on en ravagea touttes les terres désertées. Pendant 
ce temps-là les Hurons et Outaoiias débauchèrent les 
sauvages d'yci en bas et les firent consentir à cela 
[à ne- pas continuer la guerre]. 

Mr. Denonville m'ordonna de les haranguer et 
leur reprocher leur lascheté, pour n'avoir pas voulu 
continuer leurs victoires. Je les engageay à nous 
suivre partout. 

La campagne estant faite, je descendis dans la 
colonie avec Mr. Denonville, pour luy demander, 
comme médiateur, la paix de l'Irroquois avec le 



143 

François et tous les sauvages alliez. Quoyqu'on en 
eust porté la parole aux Outaoiias et qu'on leur eust 
deffendu de sa part d'aller en guerre, ils y furent 
malgré Mr. de la Durantaye. 

J'ay marqué dans les mémoires que je vous ay 
présenté , Monseigneur, ce qui arrive ordinairement 
parmy ces gens-là, qui veulent tousjours ce qu'on ne 
veut pas, et qui sont partysans de la contradiction. 
11 faut pour en venir à boust les sçavoir ménager; 
il est autrement difficile d'en faire quelque chose. 

Vous connoîtrez facilement, par ces mémoires, 
que les sauvages sont naturellement traistres surtout 
le Huron et l' Outaoiias. J'en ay raporté plusieurs 
exemples de trahison, et je ne tinirois pas si je vou- 
lois m'étendre là-dessus. Il suffira que je vous en 
cite encore icy quelques-uns qui n'y sont pas jus- 
qu'à présent insérés. 



Chapitre XXIV. 

Trahison du Huron avortée contre touttes les nations 
Outaoiiases. 

Le Rat 1 ), qui mourust à Montréal [le 2 août 1701], alla 
trouver les Irroquois et leur proposa la destruction 
des nations Outaoiiases [1689]. Ils convinrent ensemble 
que l'Irroquois viendroit avec un gros party à Michilli- 
makinak, et qu'il y envoyeroit des avant-coureurs 
pour voir et examiner les endroits par où on pour- 
roit les attaquer. Il fust résolu que les Hurons occu- 
peroient le flanc du fort; que le Rat parleroit à 
touttes les nations de la Baye et Saulteuse, et les 
inviteroit de se rendre à ce fort de la part des Ir- 
roquois, qui ne manqueroient pas de les y venir voir, 
pour confirmer plus fortement la paix qu'ils avoient 
fait ensemble, et que le gouverneur leur avoit fait 



144 

conclure; mais qu'il estoit à propos et mesrae néces- 
saire d'en renouveller une autre entre eux, indépen- 
dante de celle-lk, qui seroit bien plus solide et plus 
asseurée. Les lrroquois, pour les en mieux persua- 
der, avoient fait présent de colliers au Rat, afin d'en 
présenter aux autres nations Outaoiiases, quand elles 
seroient assemblées. Ils leur donnèrent encore des 
•asseurances bien plus fortes, en leur faisant dire 
qu'ils pouvoient faire un bon fort; car le dessein dis 
lrroquois estoit, suivant les mesures qu'ils avoient 
prises, de rendre les Hurons maistres d'une palissade, 
et qu'ils saperoient. De cette manière l'assaut estait 
asseuré, parceque le Huron ne tireroit qu'à poudre. 
Cette trahison fut enrin découverte; car un Aniez 
venant en traitte à Michilliinakinak, rencontra des 
Amikouets et autres sauvages au Sakinang, qui le 
reçurent bien, et luy donnèrent mesme des pellete- 
ries. Ils furent si obligeans a son égard, qu'il ne put 
s'empescher de découvrir cette conspiration au chef 
des Amikouets, qui se nommoit Aumanimek, un de 
mes bons amis, qui sçavoit [sçachant] bien que je 
devais monter du Montréal aux Outaoiias, m'attendoit 
pour hyverner avec moy dans l'endroit, où il falloit 
s'arrester, dans les voyages, pour y passer l'hyver. 

J'arrivay chez luy, et aussytost nous partîmes 
pour aller à la baye des Puans. Il me déclara la 
trahison en passant k Michilliinakinak. Je fis dire 
aux Révérends Pères ce qu'il m'avoit dit, qui se ser- 
virent de moy sans nommer l'Aniez, ny le chef des 
Amikouets, pour faire avouer au Rat qu'il estoit au- 
theur de la trahison. Ils l'envoyèrent chercher et 
luy dirent qu'ils avoient appris de la bouche des 
lrroquois mesme le dessein qu'il avoit de détruire 
les nations Outaoiiases. Les Pères, pour l'en con- 
vaincre plus fortement, luy dirent les moyens dont 
il estoit convenu pour en venir à boust, et tout ce 
qu'il avoit projette pour les mieux tromper; il ne 
put pas le nier, et tout avorta 2 ). 



145 

On sçait bien que les Hurons ont tousjours cher- 
ché à détruire les nations d'en haut, et qu'ils n'ont 
jamais estez fort attachez aux François; mais ils 
n'ont pas osé se déclarer ouvertement. Quand ils 
ont eii la guerre avec les Irroquois, ce n'a esté qu'en 
apparence, car ils estoient dans le fond en paix avec 
eux, et leur ont protesté que nous les tenions dans 
la colonie comme des captifs, et qu'ils ne portoient 
les armes que par force contre eux, sans pouvoir 
faire autrement, d'autant qu'ils se trouvoient au mi- 
lieu des François et des Outaoùas, qui les auroient 
molestez et chagrinez s'ils avoient refusé d'obéir. 

Après le combat de Mr. Denonville contre les 
Tsonontouans, les députez [des Hurons] arrivèrent 
chez eux pour s'excuser de ce qu'ils avoient accom- 
pagné l'armée françoise. Les Tsonontouans leur 
répondirent qu'ils ne venoient que lorsque les herbes 
estoient grandes, et qu'on ne leur voyoit que le boust 
de la teste 5 voulant dire qu'ils n'estoient venus les 
avertir de leur malheur que lorsqu'il estoit arrivé. 
Les Hurons leur dirent qu'ils dévoient en avoir eii 
avis auparavant par un Aniez qu'ils avoient envoyé. 
Il est vray aussy qu'il en arriva deux à Michillima- 
kinak , comme les voyageurs alloient partir pour 
joindre l'armée d'en bas, aux Tsonontouans. Les 
commandants se fièrent sur la fidélité d'un des deux 
contre le sentiment de tout le monde, qui déserta à 
huit lieues du village, sans quoy on les auroit trou- 
vés chez eux, car lorsqu'on arriva au bord du lac, 
ils commençoient à décamper et à brusler leur 
village. 



10 



146 



Chapitre XXV. 

Autre trahison des Hurons. 

Les Hurons voyant que Mr. de Louvigny, qui 
commandoit en chef 1 ), ne vouloit pas, conjointement 
avec les Outaolias, que les Hurons changeassent de 
village, sachant parfaitement qu'ils n'avoient dessein 
de quitter ce lieu que pour s'aller rendre chez les 
Irroquois, se partagèrent. Il en alla une moitié de- 
meurer aux Miamis de la rivière de Saint Joseph 2 ). 
Mr. de Louvigny ayant esté alors rappelle, on eust 
pour commandant Mr. de La Motte 3 ) en sa place 



J'estois dans ce temps-là à la Baye, d'où je fis 
partir soixante hommes comme je l'ay marqué dans 
mes autres ouvrages [mémoires], qui furent suivis 
de Hurons et d'Outaouas, et qui allèrent plustost 
avertir l'Irroquois que pour luy faire la guerre. Ils 
se trouvèrent néantmoins contraints de se battre, 
comme je l'ay dit cy-devant. 

Depuis l'establissement du Détroit, les Hurons 
n'ont-ils pas conspiré d'esgorger les François qui y 
tenoient garnison, commandée par Mr. de La Motte 
[1704 ou 1707]? et, si on a éludé leur dessein, ce 
n'a esté que par une vigilance à se bien garder 4 ). 



Chapitre XXVI. 

Trahison des Outaoiias envers les François. 

On a veii aussy bien des fois l'Outaouas tramer 
contre les François qui estoient en traitte chez eux. 



147 

N'ont-ils pas, de ma connoissance, présenté le poi- 
gnard à touttes les nations d'en haut, pour les exci- 
ter à se rendre complices de l'attentat qu'ils avoient 
envie de faire, et les pousser à massacrer ceux qui 
commerçoient chez eux? J'en parle comme témoin 
oculaire, ayant fait échouer leur entreprise 1 ). 

On sçait qu'ils ont égorgé les chefs Miamis, qui 
estoient venus conférer avec les François au Détroit, 
et qu'ils ont frapé dans cette occasion [1706]. Quand les 
Illinois secondez des François ont battu les Renards, 
n'estoient-ils pas disposez a massacrer les François, si 
les Renards [n'jeussent estez entièrement deflFaits 
[1712]? C'est un fait incontestable qu'ils ont tué des 
Irroquois, qui s'estoient mis sous la protection du fort 
deKatarakouy [1704]. N'avons-nous pas veii l'Irroquois 
ayder à brusler des Sakis qui en avoient estez pris 2 )? 

Le Miamis a tué des François, l'Illinois pareille- 
ment, le Saulteur de mesme, et les gens du nord 
aussy. Ce n'a esté de leur part que conspiration 
contre nous, sans qu'on ait fait aucun mouvement 
pour s'en venger. Quelle conséquence ne peut -on 
pas tirer de la suitte? ne doit-on pas s'imaginer que, 
le Renard estant entièrement deffait (qui ne l'est pas 
encore), il surviendra encore d'autres guerres, et que 
le secours que ces traistres tirent de la colonie, pour 
ayder à les détruire, ne serviront qu'à la propre 
destruction des François, quand ils se seront des- 
truits entr'eux. Car il n'y a pas de nation sauvage 
qui n'en veule à une autre. Le Miamis et l'Illinois 
se hayssent réciproquement ; l'Irroquois en veut aux 
Outaoiias et aux Saulteurs, et ainsy des autres. Il 
n'y a aucune de ces nations qui ne se dise fondée 
de faire la guerre les unes aux autres; on ne peut 
donc s'attendre qu'à des guerres successives et inévi- 
tables, si on n'y obvie. Mais j'appréhende qu'on ne 
se mette en estât de les prévenir trop tard, et que 
le feu s'allume si bien qu'on ne le puisse pas estein- 
dre à cause du secours que le François continue de 

10* 



148 

donner aux autres nations, en considération de celle 
des Hurons, qui est plus traistre et plus rusée que 
touttes les autres. Car elle ne subsisteroit [plus] si le 
François ne l'avoit protégée , quoyqu'elle ait bien des 
fois encourue son indignation. Voila donc, Monsei- 
gneur, ce dont je puis vous informer; je me serois 
un peu plus estendu si le papier me l'avoit permis. 
Mais, suivant ce que j'ai marqué, vous pouvez faci- 
lement connoître quels sont les moeurs des sauva- 
ges. L'exemple des Tsonontouans vous persuadera 
facilement qu'on ne peut se fier a aucune des na- 
tions; et qu'il vaudroit bien mieux les laisser vuider 
leurs différents entr'eux que de s'en mesler, si ce 
n'est pour les accommoder. Ces accommodements 
qu'on auroit ménagé auroient estez capables d'insi- 
nuer dans leurs .esprits la crainte et la subordina- 
tion, parceque le Renard, qui est presque détruit, 
n'auroit attendu que la désobéissance de quelqu'un 
de ses ennemis pour se joindre à la nation qu'ils 
auroient voulu attaquer. Ainsy le Renard craintif 
et battu auroit esté force d'agréer la paix, et les 
autres se seroient trouvez contraints de l'accepter. 

On m'objectera peut-être que touttes les nations 
se seroient rangées du costé de l'Anglois; hélas! ne 
le sont-elles pas? Où sont celles qui ne s'y laissent 
pas attirer par le bon marché? Le Huron, en qui 
on se fie le plus, fournit-il bien des pelleteries au 
Détroit, et à Montréal? Ne les vont-ils pas porter 
chez les Anglois, et n'en donnent-ils pas aux Miamis? 
Les Illinoetz n'iront-ils pas chez ceux qui sont esta- 
blis à la Louysianne? C'est donc une foible raison 
qu'on apporte, quand on veut dire qu'ils iront se 
rendre à l'Irroquois, puisque l'Irroquois est plus porté 
pour le Renard, qui est bien avec luy, que pour 
touttes les autres nations qu'ils ont tué depuis la 
paix conclue entre elles et les François 3 ). C'est aussy 
une raison qui n'a pas de fondement, de vouloir 
soustenir que les nations se donneront a l'Anglois, 



149 

puisqu'elles luy aportent leurs pelleteries, a quoy il 
auroit esté facile de remédier, si on avoit eu moins 
de condescendance pour luy [elles], et qu'on n'eust 
pas tant adhéré à ses [leurs] volontez ; c'est d'où 
vient leur vaine gloire qu'on ne se peut passer d'eux 
[d'elles], et qu'on ne pourroit se maintenir dans la co- 
lonie sans le secours qu'elles nous donnent. 

J'espère que vous voudrez bien, Monseigneur, 
examiner ce mémoire et les autres que j'ay eu l'hon- 
neur de vous représenter 4 ), et qu'en y réfléchissant, 
vous connoîtrez que, en établissant la colonie, on com- 
mença d'abord à se rendre maistre des sauvages, 
quoyqu'on fust fort peu de François dans ce temps- 
là; et on eust soin de se maintenir dans cette supé- 
riorité, malgrez touttes les révolutions qui purent 
survenir; estant néantmoins bien plus nombreux et 
plus sauvages alors, je veux dire, brutaux, qu'ils ne 
le sont à présent. Et aujourd'huy qu'ils sont plus 
foibles et mieux humanisez, ils veulent estre nos mais- 
tres. Us poussent desjà leur insolence jusqu'à, pour 
ainsy dire, se flatter d'estre en droit de nous faire la 
loy, voyant qu'on les tolère, et qu'on les laisse dans 
l'impunité. Au lieu que si les François leur eussent 
fait connoître, comme il faut, les obligations qu'ils 
leur ont, les secours qu'ils leur ont donnez, et qu'ils 
tiennent en un mot la vie de leur appuy et de leur 
protection, ils auroient plus de respect, d'égards, 
d'obéissance pour leurs bienfaiteurs. 



Chapitre XXVII. 

De l'insolence et de la vaine gloire des sauvages et de ce 
qui y a donné lieu. 

Touts les sauvages qui commercent avec le Fran- 
çois ne le sont que de nom; ils ont l'esprit de se 



150 

servir de tout ce qu'ils voyent et connoissent leur 
pouvoir estre utile, également comme nous. L'ambition 
et la vaine gloire, comme je l'ay desjà dit, sont les 
passions supérieures qui les gouvernent. Ils voyent les 
François faire mil bassesses touts les jours a leurs 
yeux par un esprit d'intérêt, pour estre de leurs amis 
et en acquérir les pelleteries, non-seulement dans la 
colonie, mais aussy dans leurs pays *). Ils s'apperçoi- 
vent que les Commandants traittent comme les au- 
tres avec eux; car la coustume des chefs, parmy les 
sauvages, est de donner gratuitement, et la chose 
leur paroit d'autant plus odieuse. Ils ont la pré- 
somption de croire que l'on [n'joseroit les châtier, ny 
le faire ressentir à leurs familles, quand ils sont 
tombez en faute; se voyant, quoyque coupables, sous- 
tenus des piûssances, et que le François bien sou- 
vent innocent et fondé en droit [est] puny au sujet des 
différens qu'ils ont eti avec eux. Cela fait qu'ils en 
abusent et surtout quand ils voyent châtier celuy 
contre lequel ils ont formé des plaintes. Les inter- 
prètes ou ceux qui les dirigent en sont bien souvent 
la cause, par le penchant injuste qu'ils ont ordinai- 
rement pour eux. Ces sortes d'injustices, quoyqu'en 
leur faveur, leur fait avoir un mépris si grand pour 
nous, qu'ils regardent ceux de la nation Françoise 
comme des misérables valets, et des gens les plus 
malheureux du monde. Voilà comme on les a mé- 
nagé depuis quelque temps! 

Ils en sont devenus si fiers qu'il faut en user à 
présent avec eux d'une espèce de soumission. S'ils 
parlent aux puissances du pays, c'est d'une manière 
si haute et si impérieuse, qu'ils n'oseroient pour ainsy 
dire leur avoir refusé [leur refuser] ce qu'ils ont à 
demander; et s'ils ne l'obtenoient pas, ils ne crain- 
droient pas d'en témoigner leur ressentiment. On ne 
se laissoit pas autrefois gouverner de la sorte, on 
sçavoit les caresser à propos, et quand ils le mé- 
ritoient, soit dans la colonie soit chez eux. On estoit 



151 

pareillement exact à les châtier lorsqu'ils estoient 
fautifs. J'en ay cité plusieurs exemples dans ce mé- 
moire. Car combien de fois les ay-je obligez à se 
soumettre quand ils ont mal parlé de Mr. le Gouver- 
neur, et de luy aller faire des présents en avouant 
leur faute? Quand ils ont voulu minutter quelque 
entreprise contre l'Estat, je les ay obligé à s'en 
désister. Ce mémoire le marque en bien des endroits; 
et si quelqu'un vouloit gloser contre ce que j'avance, 
je suis prêt d'en prouver la vérité, en leur faisant 
connoître sensiblement que tout ce que j'ay raporté 
est très fidèle, par le témoignage de deux cents per- 
sonnes dignes de foy, qui ont veii et connu ce que j'ay 
fait dans leurs pays, je veux dire celuy des nations 
sauvages, pour la gloire et l'avantage de la colonie. 
Ne voyons-nous pas des François, tous les jours, 
devant nos yeux, qui n'estoient que des misérables 
valets, qui, après avoir déserté dans les bois, ont 
amassé des richesses qu'ils ont aussytost dissipées, 
s'estre ingérez de raporter des merveilles aux puis- 
sances, qui y ont adjouté foy, et, croyant faire pour 
le mieux suivant le raport qu'on leur faisoit, ont 
ruiné touttes les affaires, et les ont réduit dans un 
estât si pitoyable, qu'il sera très difficile de les re 
mettre? On s'estoit proposé pour principe de dé- 
truire le Renard pour faire fleurir touttes choses: 
j'ay donné à Monseigneur de Vaudreuil un mémoire 
la-dessus, qui a esté traversé puisqu'il n'a pas eu 
son effect. Il a connu par la suitte que ce que j'y 
exposois est arrivé au préjudice de la colonie. Je 
souhaite que tout aille mieux, mais je crains le con- 
traire ; et que le proverbe usité dans le monde ne 
se trouve véritable, c'est-à-dire, que la fin ne cou- 
ronne l'oeuvre, à l'avantage de quelqu'autres que de 
la colonie. Je ne veux point marquer ce que je 
prévois, crainte de [causer du] chagrin a des per- 
sonnes qui m'en voudroient, et qui néantmoins avoiïe- 
roient dans la suitte que j'aurois exposé la vérité. 



152 

Quand j ay eii l'honneur d'estre chargé de mé- 
nager l'esprit des sauvages, on m'a laissé la liberté 
de leur dire ma pensée; il s'est trouvé des jaloux 
qui m'ont taxé d'avoir esté trop rude en leur en- 
droit. Quand je leur ay parlé sérieusement on les 
a veu venir se soumettre et témoigner le repentir 
qu'ils avoient de leur faute. 

Quand sept des nations Outaoiiases, se rangèrent 
du costé des Irroquois, Mr. de Louvigny m'envoya les 
en empescher [1090 ou 1G94]; je leur fis voir qu'ils 
s'alloient livrer en des gens qui les détruiroient dans 
la suitte, et que si leur père Onontio ne les avoit 
soutenu, ils seroient à présent touts détruits ; je leur 
exposay la trahison qui estoit arrivée de la part des 
Irroquois envers les Hurons, dans les temps que les 
Miamis aydèrent à les détruire, et se joignirent à 
eux sans avoir égard a la paix qu'ils avoient faite 
ensemble 2 ). 

Lorsque les Anglois ont voulu les attirer par 
des présents qu'ils ont acceptez, je leur ay fait com- 
prendre qu'ils alloient s'allier avec des traistres qui 
avoient empoisonné une partie des nations qui s'es- 
toient trouvez chez eux; et qu'après avoir enyvré 
les hommes, ils avoient sacrifié et enlevé leurs fem- 
mes et leurs enfans pour les envoyer dans les isles 
éloignées, d'où ils ne revenoient jamais 3 ). Qu'ils 
voy oient bien que l'Irroquois en estoit comme le fils, 
qui n'auroient pas manqué de concert avec eux à 
les détraire, si leur père Onontio ne les avoit pro- 
tégé et deffendu; que le bon marché des marchan- 
dises n'estoit qu'un appât, dont ils se servoient pour 
se rendre maîtres d'eux, et les donner en proye aux 
Irroquois. Quand ils ont voulu s'imaginer des rai- 
sons pour se faire la guerre, ne leur ay-je pas 
donné à connoître que c'estoit troubler le repos de 
leurs familles, et qu'ils dévoient plustost se soustenir 
les uns et les autres contre l'Irroquois, qui estoit 
leur ennemy k touts ? 



153 

Dans touttes leurs mauvaises entreprises, n'ont- 
ils pas suivi mon sentiment pour s'en désister? Je 
leur ay tousjours parlé de mon chef dans l'absence 
de mes supérieurs; c'est ce qui donna lieu à des en- 
vieux de médire à mon sujet; c'est aussy d'où sont 
provenues touttes les mauvaises affaires qui sont sur- 
venues dans la suitte. 

Si j'eusses monté avec Mr. de Louvigny [1716, 
1717], je me serois flatté d'engager les Renards à 
demander la paix, quoyque nos alliez n'y fussent 
pas portez. 



Chapitre XXII. 

Harangue qu'il auroit fallu faire à touttes les nations 

Outaoiiases pour les obliger à la paix du Renard 

et ses alliez. 

Escoutez, mes enfans, dit nostre père Onontio, 
escoutez, dit-il; j'ai du chagrin d'entendre touts les 
ans dire et parler des carnages qui se font dans vostre 
pays, en vous détruisant les uns les autres; j'ay en 
horreur le sang répandu et qui se répandra encore. 
Si je n'y mets fin, je suis asseuré qu'en peu de temps 
vous vous détruirez touts et que je n'auray plus d'en- 
fans. J'aime vos personnes et vos familles, et je 
veux qu'elles vivent. 

Toy Outaouack, tu fais la guerre au Renard qui 
t'a donné la vie, prenant son [ton] party contre le 
Miamis, lorsque tu allois en chasse au haut de la 
Rivière Noire; car il l'auroit [t'auroit] tué sans luy 
et le Kikapou qui s'opposèrent à son dessein 1 ). 

Toy Saulteur, dans le mesme temps tu as sauvé la 
vie à toutte la nation qui estoit dans Mamekagan, 



154 

lorsque Chingouabé pria le Miamis d'aller manger ses 
chiens. Il te vouloit trahir et te manger, si le Renard, 
que tu regardois comme ton ennemy, a [eut] voulu con- 
sentir à ta perte. Tu l'as cependant tué; il ne s'est 
vengé que lorsque tu l'y as contraint; mais il t'a 
rendu de bon grez tes gens, et tu as encore les siens. 

Toy, Miamis, tu sçay que le Renard n'a jamais 
eu guerre contre toy; il t'a soustenu et t'a aydé a 
te venger, lorsque tu as esté deffait par les Scioux 2 ). 

Toy 3 ) tu n'ignores pas que tes chefs mou- 
rurent de maladie, quand le Renard fust venger 
les Miamis de la Grue , qui auroient estez deffaits 
par les Scioux, s'il n'en avoit eii pitié; il les a gagné 
par des présents et a confirmé l'alliance que tu avois 
contractée avec luy, et avec lequel tu n'as jamais 
esté en guerre, non plus qu'avec le Kikapou qui a 
fait tousjours village avec luy; au lieu que les au- 
tres Miamis ont tué les parens de tes gens cet 
hyver*). _ - 

Toy, Illinoëts, tu n' avois jamais eii guerre contre 
le Renard ny contre le Kikapou; tu Tas cependant 
attaqué lorsqu'il estoit - au Détroit; il s'est deffendu, 
vous vous estes fiiez les uns les autres; tu t'es vengé 
quand on l'a deffait au Détroit, et quand il s'est rendu 
dans son pays; il a pris un de tes chefs qu'il a ren- 
voyé, et tu as cassé la teste à ses députez, tu dois 
estre content. 

Toy, Pouteouatamis, ta nation est demy Sakis ; 
les Sakis sont en partie Renards; tes cousins et tes 
beaux frères sont Renards et Sakis. Pirimon et 
Ouenemek, qui sont tes chefs, et qui pleurent les 
meurtres qui se font dans tes familles les uns sur 
les autres, ils sont aux Sakis. Je vous aime touts, 
dit vostre père Onontio, je veux esteindre les feux 
de la guerre qui sont si allumez, que, outre ceux de 
vous touts qui en ont estez consommez, ils ne man- 
queront pâ*s de consommer de part et d'autre le reste, 
si je ne les éteins. 



155 

Toy, Huron, sois content; tu as perdu tes gens, 
niais tu dois estre vengé. Tu es trop cruel: souviens- 
toy de ce que tu as fait contre moy, et contre mes 
enfans tes alliez, lorsque j'ay entrepris pour toy con- 
tre tous, et que je te protégeais. Et si je ne te 
protégeois, tu ne serois plus. Tu m'as voulu trahir 
en telle rencontre et je t'ay pardonné afin d'attirer 
ta reconnoissance. 

Toy, Outaoiïack, tu as tué les Miamis au Détroit, 
qui estoient entre mes bras, tu y as assassiné des 
François dans le mesme temps, et ailleurs. 

Toy, Saulteur, tu as pareillement tué des Fran- 
çois; toy de mesme Missisakis; j'ay avalé le chagrin 
que j'avois de mes morts, et je ne t'ay pas châtié, 
et toy, Miamis, aussy. J'ay pardonné a tous. Et, 
bien loin de me venger, je vous ay soutenu contre 
l'Irroquois qui estoit un de mes fidèles enfans que 
vous avez tué, et qui n'a jamais remlié depuis la 
dernière paix que je luy ay fait faire avec vous, 
sans laquelle il vous auroit touts détruits. Car il 
estoit capable de vous deffaire, sans emprunter de 
moy que ma volonté et mon consentement. Au con- 
traire, pour vous soustenir, je vous ay non-seulement 
fourny le secours de mes armes, mais encore ma 
jeunesse qui a esté entièrement [tuée] à cause de 
vous. Je vous ay mesme soustenu contre le Renard 
qui ne m'en a jamais tué. 

Je veux mes enfans que cette guerre finisse; et 
si quelqu'un ne m'obéit pas, je me déclare contre 
luy et pour le Renard 5 ). 

Touttes les nations auroient consenties à la paix. 
C'est pourquoy on ne doit pas craindre de leur re- 

Ïirocher leurs vices, non plus que les services qu'on 
eur a rendus; car le caractère du sauvage est de 
ne point oublier le bien qu'on luy a fait, dans les 
occasions qui sont survenues. 

Voilà, Monseigneur, mes petites pensées, qui au- 
roient eiies leurs succès, si j'avois accompagné Mr. 



156 

de Louvigny. Quant aux Renards, j'en serois bien 
venu à bout. 

La disette de papier ne me permet pas de m'es- 
tendre sur ces sortes de harangues, comme j'aurois 
eu lieu de le faire, si je n'en avois pas esté dé- 
pourveu 6 ). 






Notes. 



Les remarques critiques et les corrections de 
l'annotateur anonyme, dont il est question dans la 
préface, sont suivies de la lettre majuscule (A). 

Les chiffres romains et arabes placés après un 
nom d'auteur indiquent le tome et la page de l'ou- 
vrage cité. 

Pour les seules Relations de la Nouvelle - France 
le chiffre romain désignera le chapitre, quand il s'en 
trouve, et non le volume; parce que, dans l'édition 
dont je me sers (Québec 1858, 3 vols. in-8°), la pa- 
gination change avec chacune des relations réunies 
en grand nombre dans un même volume. 



Chapitre I. 

Note 1. Cajeux, radeau ou train de bois. — 
„Notre canot . . . nous ayant été enlevé par un coup 
„de vent . . . nous fut ramené par un autre . . . lors- 
„qu'éveillez par le bruit . . . nous pensions a faire un 
„cajeux pour l'aller quérir." (Relation de ce qui s'est 
passé de plus remarquable ... en la Nouvelle-France 
es années 1669, 1670, XII, 93, col. 2). 

On trouve ailleurs cayeux (Relat. de 1653, IV, 
16, col. 1), et caieul (Relat. de 1648, II, 8), a moins 
toutefois que cette dernière forme ne soit une simple 
faute d'impression. 

Cajeux se dit encore au Canada ; il figurait dans 
les documents officiels de la colonie au siècle der- 
nier: ^Lesquels bois il fera conduire en cajeux jus- 
„ques dans la rivière Saint-Charles." (Ordonnance de 
l'Intendant Hocquart du 5 X bre 1731, rapportée dans 
les Edits, Ordonnances . . . relatifs à la Tenure Sei- 
gneuriale, p. 149, Québec 1852, in-8°). 

Note 2. Les traditions recueillies par Perrot, 
dans ce chapitre et le suivant, étaient communes a 
la plus grande partie des nations de la Nouvelle- 
France. On les retrouvait avec des variantes plus 
ou moins importantes, chez les Algonquins inférieurs 
des environs de Québec, appelles aussi Montagnais; 
chez les Outaouais ou Algonquins Supérieurs; enfin 
chez les tribus de race Huronne-Iroquoise. Cf. Re- 
lation de 1633 (16), de 1634 (IV, 12, 13), de 1636 
(2 e part. I, 102) ; — Lettres Edifiantes (IV, 168, 169, 
Paris 1781); — Charlevoix, Hist. de la Nouvelle- 
France (III, 344, Paris 1744, in-4°). 



1G0 

C'est surtout aux traditions et aux croyances 
des Outaouais ou Nations d'en haut, comme il les 
appelle parfois, que Perrot s'est attaché. Seuls, en 
effet, de tous les peuples énumérés ci-dessus, les Ou- 
taouais attribuaient au Grand-Lièvre la formation de 
la terre. Suivant eux, ce Grand-Lièvre (Michabou, 
Ouisaketchak) était un homme d'une taille gigantes- 
que, né dans l'île de Michillimakinak (aujourd'hui 
Makinac dans le lac Huron), et qui fabriqua les pre- 
miers rets à prendre le poisson, sur le modèle de la 
toile tissée par l'araignée. (Relat. de 1670, XII, 93; 
— Lettres Edif. IV, 168, 169). 

Chez les Hurons, au contraire, qu'il s'agisse de 
la création de la terre ou de celle de l'homme, il 
n'est jamais question du Grand-Lièvre. Quant aux 
Montagnais, ils en font le frère cadet du Messou ou 
Créateur, et, par une juste compensation, le frère 
aîné des animaux de son espèce, c'est-k-dire un lièvre 
merveilleusement grand et puissant: le même très 
vraisemblablement qui fut un beau jour mis à mort 
par un certain Tchakabesch, dont il avait, par dis- 
traction sans aucun doute, dévoré la mère (Relat. 
de 1637, XI, 54; et de 1634, 13 col. 1). 

Puisque j'ai parlé des Outaouais, je ferai obser- 
ver que ce nom appartenait en propre à la nation 
des Cheveux-Relevés (Ondataouaouat) ; plus tard, les 
Français s'en servirent pour désigner toutes les au- 
tres tribus d'Algonquins supérieurs (Relat. de 1670, 
X, 78). 



Chapitre II. 



^ m Note 1. Les Montagnais assignaient au genre | 
humain une tout autre origine. L'homme, disaient- 
ils, était né du Messou et d'une ratte musquée ^Re- 
lation de 1633, 16, et de 1634, IV, 13, col. l). 



< 



161 

Les Hurons ne supposaient pas que notre espèce 
sublunaire eût été l'objet d'une création proprement 
dite. Ils croyaient qu'au-dessus du ciel avait existé de 
tout temps un monde semblable au nôtre, peuplé 
d'hommes tels que nous. Un jour, une femme, nommée 
Ataentsic, en tomba ou s'en précipita par un trou qui 
s'était creusé sous ses pas. A cette époque, notre 
terre n'existait point encore, et partout, à sa place, 
s'étendait un océan sans limites. La tortue, voyant 
tomber Ataentsic, invita tous les autres animaux aqua- 
tiques à construire une île pour la recevoir ; elle s'offrit 
même à porter sur son dos cette île qu'on allait for- 
mer. Ataentsic ne se blessa point dans sa chute, e%. 
mit au jour, dans l'asile qu'on lui avait préparé, deux 
jumeaux qu'elle appella Tamiscaron et Jouskeha. Le 
premier fut plus tard tué par le second, à la suite 
d'une querelle qui s'était élevée entre eux (Relation de 
1635, 34, et de 1636, 2c part. I, 101). 
«ak Les Iroquois ajoutaient à ceci que la postérité 
ae Jouskeha n'avait pas dépassé la troisième géné- 
ration; un déluge l'ayant engloutie tout entière. 
Pour repeupler la terre, il fallut changer les bêtes 
en hommes (Charlevoix III, 345). 

Maintenant, que faut-il penser de l'antiquité ou 
de l'authenticité de ces traditions? Remontent-elles 
réellement aux temps qui précédèrent la venue des 
Européens en Amérique? Et, ceci admis, n'ont-elles 
pas dû subir bien des transformations depuis cette 
époque jusqu'à celle où on les recueillit pour la pre- 
mière fois? Il est très permis de le supposer; et très 
sage par conséquent de n'accepter ces traditions que 
sous toutes reserves. Ainsi pensait Charlevoix (III, 
199), dont cependant la critique ne fut jamais que 
je sache, taxée de témérité. Voici très brièvement 
les motifs a l'appui de mon opinion. 

1°. Lorsque Perrot, et, avant lui, les missionnaires 
Récollets ou Jésuites étudiaient les anciennes tradi- 
tions des sauvages, ceux-ci, depuis plus d'un siècle, 

11 



€ 



162 

entretenaient des relations médiates ou immédiates 
avec les Européens (de 1500 à 1615). 

2°. Ces traditions ne furent jamais confiées à 
des monuments écrits ou figurés. L'unique moyen 
en usage chez quelques-unes des peuplades de la 
Nouvelle -France pour conserver le souvenir du pas-', 
n'offrait aucune garantie sérieuse de fidélité; il se 
prétait donc aussi aisément à la transmission du faux 
qu'à celle du vrai. On lit à ce sujet dans la rela- 
tion de 1646 (V, 71, 72): „Les anciens du pays [des 
„Hurons] estoient assemblez cet hyver pour l'élection 
„d'un capitaine fort célèbre. Ils ont coustume en 
^semblables rencontres de raconter les histoires qu'ils 
„ont appris de leurs ancestres, et les plus éloignées: 
„afin que les jeunes gens qui sont présens et les en- 
tendent en puissent conserver la mémoire, et les 
^raconter à leur tour lorsqu'ils seront devenus vieux : 
„pour ainsy transmettre à la postérité l'histoire et 
„les annales du pays; taschans par ce moyen de 
^suppléer au défaut de l'escriture et des livres qui leur 
^manquent." Or, précisément dans un de ces grands 
conseils des Hurons, un capitaine s'étant mis à ra- 
conter l'histoire de la tortue et d'Ataentsic, un chré- 
tien prit la parole: „Où sont, lui dit-il, les escritures 
„qui nous fassent foy de ce que tu dis ? Estant per- 
„mis à un chacun de eontrouver ce qu'il voudra; 
„est-ce merveille que nous ne sachions rien de véri- 
table; puisque nous devons avouer que les Hurons 
„ont esté menteurs de tout temps/' 

3°. Ce qu'on vient de lire des Hurons, est vrai 
de tous ou de presque tous les sauvages. Dans leurs 
rapports avec les étrangers, le mensonge leur est aussi 
naturel que la parole (Relat. de 1634, VI, 31, col. 1); 
„ils ont une meschanceté en eux, qui est... d'estre 
„grands menteurs" (Champlain, Voyages de \a Nou- 
velle-France, Ire partie, 125, Paris, 1632, in-4°) ; ils sont, 
en un mot, „trop menteurs pour être crus" (Relat. de 
1673, dans le tome I des Relations inédites p. lli'. 



163 

Paris, 1861, in-12°). Oviedo (Historia General y Natu- 
ral de las Indias, I, 499 , et II, 244, Madrid, 1852, 
in-fol.), et le P. Cassani (Hist. de la Provincia de la 
Compania de Jésus en el Nuevo-Reyno, 53, Madrid, 
1741, in-fol.) ne parlent pas autrement des indiens de 
l'Amérique Espagnole. 

4°. Les sauvages sont incapables de calculs chro- 
nologiques quelque peu étendus. Trente ou quarante 
ans écoulés constituent pour eux une très haute an- 
tiquité, au sein de laquelle tous les événements, quel- 
que soit d'ailleurs l'époque où ils se sont accomplis, 
se perdent dans un même éloignement. Vingt-huit 
ans après la découverte du Mississipi par Jolliet et 
le P. Marquette, le P. Gravier demandait au chef 
des Akanseas: „S'il se souvenoit d'avoir autrefois 
„vû un François vêtu de noir (le P. Marquette) dans 
„leur village; il lui répondit qu'il s'en souvenoit bien, 
„mais qu'il y avoit si longtemps, qu'il ne pouvoit pas 
„compter les années" (Relation ou Journal du Voyage 
du P. Gravier . . . jusqu'à l'embouchure du Mississipi, 
p. 20, 21, New-York 1859, in-8°). 

Les choses étant ainsi, qui peut nous assurer 
qu'au contact des idées Européennes, prolongé pen- 
dant plus d'un siècle, les traditions cosmogoniques 
et religieuses des sauvages ne se sont pas plus ou 
moins modifiées? Sommes-nous même bien certains 
qu'elles ne se soient pas constituées de toutes pièces, 
a une époque relativement récente, et postérieure- 
ment à l'arrivée des Français au Canada? Ce ne 
serait pas la première fois, peut-être, que des sau- 
vages auraient transformé quelques lambeaux de 
l'enseignement chrétien nouvellement reçu et mal 
compris , en croyances antiques de leurs ancêtres. 
C'était là du moins ce que craignait Burriel, au mo- 
ment même où, sur la foi de quelques missionnaires, 
il insérait dans son histoire de la Californie l'exposé 
des traditions qu'on lui disait être en vigueur chez les 
nations barbares de cette contrée (Noticia de la Cali- 

11 * 



164 

fornia, I, 107 et suiv., Madrid, 1757, in-4°). Qu'aurait-il 
donc pensé s'il eût lu dans les -relations qu'on lui 
transmettait, ce que nous lisons dans les nôtres: 
,,Ils [les sauvages] varient si fort en leur créance, 
„qu'on ne peut rien avoir de certain de ce qu'ils 
„croient" (Relat. de 1637, XI, 54)? 

Il est au reste un moyen facile de savoir à quoi 
s'en tenir sur ce sujet. Si, comme je le prétends, 
les traditions des peuples sauvages se sont enrichies 
d'élémens étrangers, et profondément modifiées, du 
16e au 17 e siècle, sous l'influence de rapports mul- 
tipliés entre les naturels du pays et les Européens; 
cette transformation aura dû , pour la même cause, 
se continuer et se développer graduellement du 17e 
au 19e. Or c'est là précisément ce qui est arrivé. 
Aujourd'hui, les Outaouais et les autres nations de 
l'ouest (Maloumines, Sakis, Renards et Ouinipegs ou 
Puans) citent, comme appartenant à leurs croyances 
primitives, certains faits, dont il n'y pas encore cent 
cinquante ans, ni Perrot, ni les missionnaires Jésui- 
tes ne trouvaient la plus légère trace dans les tra- 
ditions de ces peuples. Tels sont, par exemple, la for- 
mation de la femme d'une côte enlevé au premier 
homme ; le genre humain englouti dans un déluge 
universel, à l'exception d'un seul couple porté sain 
et sauf au sommet d'une haute montagne ; les eaux, 
jaillissant du rocher frappé par la verge d'un pro- 
phète etc. etc. (Annales de la Propag. de la Foi, IV, 
495 et 537). 



Chapitre 111. 

Note 1. Assassin, pour assassinat, revient assez 
souvent sous la plume de Perrot. Cette expression 
était encore en usage chez les Canadiens Français, 
en plein dix-huitième siècle. „I1 est ordonné au sieur 



165 

„de Villiers, écrivait, en 1754, Contrecoeur comman- 
dant du fort Duquesne, de partir incessamment 
„avec le détachement François et sauvage que nous 
„lui confions pour aller à la rencontre de l'armée 
„Angloise . . . pour les châtier de l'assassin qu'ils nous 
„ont fait en violant les lois les plus sacrées des na- 
ttions policées." — „Comme notre intention, „lisons 
nous encore dans la capitulation accordée à Washington 
et à ses Anglais par le capitaine Villiers, „n'a jamais 
„été de troubler la paix . . . mais seulement de ven- 
„ger l'assassin qui a été fait sur un de nos officiers 

,,(de Jumonville) porteur d'une sommation " (Dus- 

sieux, le Canada sous la domination Française p. 124, 
126, 2. édit. Paris 1862, in-18°. C'est dans cet ou- 
vrage que ces deux pièces ont été publiées pour la 
première fois.) 



Chapitre IV. 

Note 1. „Faux: ils n'ont jamais été si proches 
voisins qu'à présent" (A). Bacqueville de La Pothe- 
rie (Histoire de l'Amérique septentrionale, I, 292, 
Paris 1753), parle comme Perrot: „Les Iroquois ron- 
gèrent leur frein, et . . . retournèrent, au printemps 
„suivant, dans leurs premières terres qui étoient aux 
„environs de Montréal et le long du fleuve , en mon- 
„tant au lac Frontenac." 

Le témoignage de La Potherie n'est pas à dé- 
daigner: nous savons, par un de ses contemporains, 
qu'il avait puisé ses renseignemens aux meilleures 
sources. 11 s'adressait de préférence aux chefs sau- 
vages alliés de la France, à Jolliet qui découvrit le 
Mississipi, aux pères Jésuites, et surtout à Nicolas 
Perrot, dont il a presque textuellement inséré les 
divers mémoires dans son second volume. Cf. La 
Potherie, IV, 268, 269. Ici, cependant, La Potherie, 



16a 

après notre auteur, n'aurait-il pas confondu les lroquets 
anciens habitans de l'île de Montréal, avec les Iro- 
quois, changés en Iroqoués par la prononciation alors 
usitée de la diphtongue oi, dont on trouve de fré- 
quents exemples dans Perrot (Illinoetz pour Illinois, 
Amicoués pour Amicouas ou Àmiquois)? C'est une 
question que je soumets k de plus compétens que moi. 

Note 2. „Depuis qu'ils [les Iroquois] se sont 
approchés du lac Ontario, ils n'ont pas retourné au 
Sud" (A). — Cette critique est parfaitement fondée; 
ce sont, en effet, les Chaouanons qui, vaincus par 
les Iroquois, se réfugièrent dans la Caroline, ainsi 
que Perrot lui-même l'affirme un peu plus loin. 

Note 3. Charlevoix et La Potherie reproduisent 
en l'abrégeant le récit de Perrot. Le premier remar- 
que avec raison que de toute l'histoire primitive des 
Iroquois et des Algonquins, cet événement est le 
seul dont le récit nous soit parvenu revêtu de quel- 
que vraisemblance ; ajoutons, et le seul que nous con- 
naissions. Charlevoix n'ose en fixer l'époque; mais 
il ne la suppose pas très éloignée. Un passage de 
la relation de 1660 (II, 6, col. 2) me porterait à 
croire 1°. que cette lutte éclata dans la seconde 
moitié du 16 e siècle; 2°. qu'elle eut lieu principale- 
ment entre les Agniers et les Algonquins. 

Tout le monde sait que la confédération Iro- 
quoise était composée des cinq nations suivantes, les 
Agniers {Mohawks des Anglais], les Onneyouts (Onei- 
das) , les Onontagués (Onondagas) , les Goyogouins 
(Qayngas), et les Tsonnontouans ( Senecas). Cf. Char- 
levoix, III, 199; — La Potherie, I, 289; — Ferland, 
cours d'Histoire du Canada, I, 94. Québec 1861, in-8°. 



Chapitre V. 



Note 1. Les écrivains les plus anciens et les plus 
accrédités de la Nouvelle-France sont, en ce qui con- 



167 

cerne l'absence de toute religion proprement dite 
chez les diverses nations de cette contrée, parfaite- 
ment d'accord avec notre auteur: „I1 n'y a aucune 
„loi parmi eux, et ne sçavent ce que c'est que d'ado- 
rer et prier Dieu, vivant comme des bestes brutes" 
(Champlain, 126). 

„lls croyent un Dieu, ce disent-ils, mais ils ne 
,,savent le nommer que du nom de soleil Niscami- 
„nou, ny ne savent aucune prière, ny façon de l'ado- 
„rer" (Biard, Relat. de la Nouvelle-France, VIII, 20, 
col. 1, 2e édit. Québec, 1858; dans le tome 1. de la 
collection des relations de la Nouvelle - France pu- 
bliée en cette ville.) 

„Ils n'ont aucun culte divin, ny aucunes sortes 
„de prières. Ils croyent néantmoins qu'il y en a un 
„qui a tout faict; mais pourtant ils ne luy rendent 
„aucun honneur" (Relat. de 1626, 4, col. 1). 

„Mais après tout, lors mesme que ces peuples 
„barbares invoquent le créateur du monde, ils avouent 
„ne sçavoir qui il est; ils n'ont ny crainte aucune 
„de sa justice, ny de l'amour pour sa bonté, et tout 
„ce qu'ils l'invoquent est sans aucun respect et 
„sans culte de religion" (Relat. de 1648, XVI, 77, 
col. 2). 

„I1 seroit difficile de dire quelle est la religion 
„de nos sauvages: elle consiste uniquement dans 
„quelques superstitions dont on amuse leur crédulité. 
„Comme toute leur connoissance se borne à celle des 
„bêtes et aux besoins de la vie, c'est aussi à ces 
„choses que se borne tout leur culte." (Marest, Let- 
tres Edif. VI, 330). Dans la lettre qui ouvre le vo- 
lume suivant, le P. Le Petit assure que, de tous les 
peuples de cette partie du continent Américain, les 
Natchez seuls paraissaient avoir un culte réglé (Let- 
tres Edif. VII, 6). 

Chez les sauvages qui en avaient une, la religion 
n'était qu'un grossier fétichisme, dont les pratiques se 
réduisaient le plus ordinairement à des danses, des 



168 

jeûnes et des festins; et dont le régulateur a peu 
près unique était le songe interprété par les sorciers 
de la tribu. 

Le lecteur dont la curiosité aurait été plutôt ex- 
citée que satisfaite par les détails que donne Perrot 
sur les superstitions des sauvages, trouvera sur le 
même sujet les renseignements les plus étendus dans 
les anciennes relations des missionnaires. Ainsi, la 
religion des naturels de l'Acadie est exposée dans 
la relation du P. Biard que nous avons citée plus 
haut: celle des Algonquins inférieurs dans la relation 
de 1634 (IV, 12 — 27); celle des Outaouais, dans la 
relation de 1667 (V, 11 — 13), et dans une lettre du 
P. Rasles (Lettres Edif. VI, 173); celle des Hurons 
et des Iroquois, dans les relations de 1636 (III, 107), 
de 1648 (XII — XVI, 70 — 78), et de 1670 (IX, 72, 
col 2); celle des Kilistinons et des Sauteurs, dans les 
relations de 1667 (XIII, 24) et de 1670 (X, 81) ; celle 
des Maloumines ou nation de la Folle-avoine, dans 
la relation de 1674 (Relations inédites de la Nouvelle- 
France, I, 224); celle des peuplades qui habitaient 
au fond de la Baie- Verte, ou baie des Puants, dans 
la relation de 1672 (II, 38); celle des Illinois, dans 
la relation de 1671 (IV, 48, col. 2), et dans le P. 
Marest (Lettre Edif. VI, 330) ; celle des Miamis enfin, 
dans une lettre du P. Beschefer. Cette lettre étant 
inédite, j'en donne ici un court extrait. Le Père 
écrivait le 21 8 bre 1683: „Pour ce qui est des su- 
perstitions des Miamis, il n'a pas eu beaucoup de 
„peine à les en désabuser, parce que, comme elles 
„consistent presque toutes dans une observation très 
„rigoureuse de certains jevines de plusieurs jours, 
„que les vieillards faisoient garder aux jeunes gens 
„pour pouvoir découvrir en dormant la chose à la- 
quelle estoit attachée leur heureuse destinée; le 
,,Père ne leur a pas plutost fait voir la vanité de 
fleurs songes, que les jeunes gens, ravis de se voir 
^délivrés de cette obligation qui leur paroissoit bien 



169 

„rude, les ont abandonnés; et les vieillards ont été 
„obligés d'avouer que leur unique motif, qu'ils avoient 
„cependunt couvert d'un spécieux prétexte de reli- 
„gion, estoit pour accoustumer leur jeunesse à la fa- 
tigue, et pour les empescher de devenir trop pe- 
nsants" (Relat. de 1682, p. 60 du ms. orig.). 

Si quelque lecteur s'étonnait du silence gardé 
par Perrot sur la croyance des sauvages en un Dieu 
suprême ou Grand-Esprit, je lui rappellerais que les 
Outaouais, au témoignage du P. Allouez qui les avait 
longtemps pratiqués, „ne reconnaissoient aucun sou- 
verain maistre du ciel et de la terre" (Relat. de 
1667, V, 11). Or, c'est des Outaouais que Perrot 
s'occupe tout spécialement dans cette partie de son 
mémoire. 

Ces peuples d'ailleurs n'étaient pas les seuls 
étrangers à cette connaissance, parmi les nations du 
Nouveau-Monde. Le P. Ribas, qui, pendant quarante 
années, évangélisa les indiens de Sonora et de Ci- 
naloa, rencontrait à côté de nations idolâtres des 
tribus qui n'avaient aucune notion de la Divinité 
(Historia de los triunfos de nuestra santa Fè . . . en 
las misiones de la provincia de Nueva-Espana, I, 16, 
Madrid, 1645, in-fol.). Il en était de même des Chi- 
quitos et des Abipons. „En materia de religion, 
lisons-nous des premiers dans leur historien le P. 
Juan Patr. Fernandez (Relacion historial de las mi- 
siones de los indios, que llaman Chiquitos, p. 39, 
Madrid, 1726, in-4°), son brutales totalmente ... no 
dan culto à causa ninguna visible ni invisible . . . 
aqui paran sin pasar adelante a investigar . . . quien 
es el artifice . . . que les dio el ser é les sacô de la 
nada." Le P. Dobrizhofer n'est pas moins explicite 
en ce qui concerne les Abipons (Historia de Abipo- 
nibus, II, 69, Viennae, 1784, in-8°): „In omni istorum 
barbarorum lingua, caeterum minime sterili, vocem 
penitus desiderari intellexeram, qua Deus vel Divi- 
nitas quoquo demum modo significaretur. Ad illos 



170 

religione imbuendos ex Hispanica mutuari oportebat 
Dei nomen." 

Il est inutile de multiplier les exemples: ceux-ci 
suffisent. Cette ignorance, en effet, paraîtra toute 
naturelle, si l'on veut bien réfléchir à la vie inquiète 
et agitée de ces pauvres gens ; ainsi qu'aux préoccu- 
pations brutales et matérielles qui en absorbent 
tous les moments. Loin d'en être surpris, peut-être 
faudrait-il plutôt s'étonner qu'elle n'ait été ni plus 
profonde ni plus répandue. Qu'on en juge par le 
trait suivant. 

Le Père Dobrizhofer campait un soir avec quel- 
ques Abipons sur les bords de la Plata. S'adressant 
à leur chef assis avec lui près du feu qu'ils venaient 
d'allumer, et lui montrant le ciel resplendissant d'é- 
toiles: „ Vois-tu, lui disait-il, cette voûte majestueuse? 
Quel plus sublime spectacle que celui de ces astres 
sans nombre semés dans le firmament, où ils se meu- 
vent avec tant d'ordre et d'harmonie? Qui pourrait ne 
voir là qu'une oeuvre du hasard ? La pirogue livrée à 
elle-même s'écarte de sa voie, ou périt dans les flots; 
comment donc serions-nous assez fous pour ne pas 
reconnaître, dans la marche si savamment combi- 
née des globes célestes, l'action d'une souveraine 
sagesse ? Quel est à ton avis l'auteur de ces mer- 
veilles? Quelles étaient là-dessus les croyances de 
vos ancêtres ?" — ?>Père, répondit le cacique, nos an- 
cêtres ne regardaient jamais que la terre pour y 
chercher l'eau et les pâturages dont leurs chevaux 
avaient besoin. Du ciel et de ce qui s'y passe ; de 
celui qui crée et régit les astres, ils ne se souciaient 
en aucune façon" (Historia de Abiponibus, II, 70, 71). 

On trouvera un exposé très bien fait de la reli- 
gion des sauvages du Canada, dans Charlevoix (III, 
343 et suiv.) , et dans Mr. Ferland (I, 97 et suiv.). 

Note 2. Sur ces coutumes soi-disant Judaïques, 
V. Charlevoix, Hist. de la Nouvelle-France, III, 349. 

Note 3. „C'est qu'ils sont si gras, qu'ils n'ont 



171 

„pas besoin de manger; les marmottes et les siffleurs 
„ne mangent non plus que les ours" (A). 

Note 4. Ce que Perrot dit ici de l'influence des 
rêves sur les déterminations à prendre par les sau- 
vages, qu'il fût question de guerre, de chasse ou de 
maladie, ne peut donner au lecteur une idée suffi- 
sante de la puissance et de l'étendue de cette super- 
stition. Tout était permis dès qu'il s'agissait de don- 
ner aux songes leur accomplissement. Un Iroquois, 
par exemple, avait-il rêvé qu'il était pris par les en^ 
nemis et attaché au poteau pour y être brûlé vif; 
il se hâtait à son réveil de convoquer ses meilleurs 
amis et se faisait tourmenter cruellement, afin que le 
songe étant partiellement vérifié en temps de paix, 
il n'eût plus a craindre son entière réalisation en 
temps de guerre. Sur les songes, leur origine d'après 
les sauvages, et les superstitions auxquelles ils don- 
naient lieu, on peut consulter Champlain (liv. III, V, 
126); — les relations de 1G48 (XII, 70, 71), de 1633 
(17, col. 2), de 1636 (II, 10, col. 2 ; et III, 109, col. 2), 
de 1642 (X, 86, col. 2), de 1662 (IV, 9), de 1670 
(VII, 66, 72, 73), de 1656 (IX, 26, 27), de 1671 (III, 
17), de 1672 (II, 38). 

Quant aux jeûnes des sauvages, aux circonstan- 
ces particulières dans lesquelles ils se les imposaient, 
et aux cérémonies dont ils étaient accompagnés, cf. 
relations de 1634 (III, 23, col. 2), de 1667 (V, 12, 
col 2, XI, 22), de 1672 (II, 38, col. 2), de 1673 (Re- 
lations inédites, I, 107, 108). 

Note 5. Mattachez, peints ou bariolés d'une ou 
de plusieurs couleurs. On trouve aussi Matachez et 
Matachiez. „Ma quatorzième [parole] fut pour lui 
„matachier le visage ; car c'est ici la coustume de ja- 
„mais n'aller au combat qu'ils n'ayent le visage peint 
„qui de noir, qui de rouge, qui de diverses autres 
„couleurs, chacun ayant en cela comme des livrées 
particulières, auxquelles ils s'attachent jusques à la 
mort" (Relat. de 1634, 15). — „Une peau matachée 



172 

„est une peau peinte par les sauvages de différentes 
„couleurs, et sur laquelle ils peignent des calumets, 
„des oiseaux, des animaux" (Lettre du P. Poisson, 
„dans les Lettres Edif. VI, 384). — „Son visage est 
„tout mataché de noir" (La Potherie, II, 12, et III, 
2G, 45). 

Note 6. Si le chien était le plus estimé de tous 
les mets chez les Algonquins supérieurs et les Hu- 
rons, il passait en revanche pour le plus vil de tous 
chez les Montagnais. C'est au moins ce que je trouve 
consigné dans mes notes, comme extrait des ancien 
nés relations, mais sans autre indication qui puisse 
me faire retrouver aujourd'hui le passage que j'ai 
certainement eu naguères sous les yeux. 

Note 7. „Faux ; il est assis" (A). — Chez les 
Iroquois l'orateur prononçait debout ou en se pro- 
menant le discours qui précédait certains repas so- 
lennels: „Le plus ancien ou le plus éloquent de cette 
„famille, écrivait en 1674 le P. Millet missionnaire 
„des Oneiouths (Relat. de 1674 p. 32 du ms. origi- 
„nal), fait une harangue, soit en se tenant debout, 
„soit le plus souvent en se promenant, tantost d'un 
„ton lugubre et avec des mots traisnez, tantost d'un 
„accent vif et capable d'exhorter, quelque fois d'une 
„voix gaye et entremeslée de chansons que les au- 
„tres anciens répètent harmonieusement ..... tout 
„se termine par un festin de viandes, ou d'autres 
„ mets du pays." 

C'était peut-être dans les conseils de la tribu, 
que l'orateur, par respect sans doute pour son audi- 
toire (Biard, VIII, 19), parlait assis. Celui qui, chez 
les Hurons, prenait la parole en cette circonstance, 
recevait „un petit faisceau de pailles d'un pied de 
„long, qui luy servoient comme de jetons, pour sup- 
puter les nombres et pour ayder la mémoire des 
„assistans, les distribuant en divers lots, suyvant la 
„ diversité des choses" (Relat. de 1646, V, 71). Dans 
l'Amérique du sud, les Galibis de la rivière d'Ama- 



173 

courou et de l'Orénoque usaient, du même procédé 
mnémotechnique, 'mais perfectiunné. „Le capitaine 
„[GalibisJ et moy, écrit le P. La Pierre (Voyage en 
„terre-ferme et a la coste de Paria, p. 15 du ms. 
„orig.), eusmes un grand discours . . . luy ayant de- 
mandé ce qu'il alloit faire à Barime, il me respon- 
„dit qu'il alloit avertir tous les capitaines des aultres 
,,rivières, du jour qu'il en faudroit sortir pour aller 
„donner l'attaque à leurs ennemis. Et, pour me faire 
comprendre la façon dont il s'y prenoit, il me rnon- 
,,tra vingt petites bûches liées ensemble qui se plient 
„à la façon d'un rouleau. Les six premières estoient 
„d'une couleur particulière ; elles signifioient que, les 
„six premiers jours, il falloit préparer du magnoc 
„[manioc] pour faire des vivres. Les quatre suivan- 
tes estoient d'une aultre couleur pour marque qu'il 
„falloit avertir les hommes. Les six d'aultre cou- 
„leur et ainsi du reste, marquant par leurs petites 
„buches, faites en façon de paille, l'ordre que cha- 
„que capitaine doit faire observer à ses gens pour 
„estre prest tous en mesme temps. La sortie de- 
„vroit se faire dans vingt jours ; car il n'y avoit que 
,,ces [vingt] petites bûches." 

Note 8. „ Je t'adore, dit-il, et t'invoque" . . . L'an- 
notateur anonyme corrige ainsi ce passage: „Mau- 
„noré, ou je te salue, dit-il, et t'invoque." 

Il se pratiquait chez les Hurons quelque chose 
de semblable. Voir la relation de 1636 (III, 107). 

Note 9. ,, Chacun a sa chanson, qu'un autre 
„n'oseroit chanter et il s'en offenseroit. C'est pour 
„ce mesme sujet que pour déplaire a leurs ennemis, 
„ils entonnent quelque fois celles du party contraire" 
{Relat. de 1636, VII, 36). — „ Chacun chantant sa chan- 
„son, sans que qui que ce soit osât répéter celle d'un 
„autre, a moins que de vouloir choquer d'un propos 
„délibéré celui qui l'avoit composée, ou que celui de 
„la façon de qui elle étoit, ne fût mort, comme pour 
„en relever le nom en s'apropriant sa chanson" 



174 

(La Potherie, II, 116, 117). — On peut voir sur les 
chants des sauvages, les relations de 1634 (18 — 20), 
de 1642 (X, 41), de 1656 (VII, 18 et suiv.). 

Note 10. „En ce pays, il n'en va pas des noms 
„affectez aux familles de mesme qu'en Europe: les 
„enfants ne portent pas le nom du père, et il n'y 
„en a aucun qui soit commun à toute la famille: 
„chacun a le sien différent; en telle sorte néantmoins 
„que s'il se peut faire, jamais aucun nom ne se perd. 
, , Ainsi quand quelqu'un de la famille est mort, tous 
„les parents s'assemblent et délibèrent ensemble le- 
„quel d'entr'eux portera le nom du deffunt, donnant 
„le sien à quelqu autre parent. Celuy qui prend un 
„nouveau nom entre aussi dans les charges qui y 
„sont annexées, et ainsi il est capitaine si le deffunt 
,,1'estoit. Cela fait, ils retiennent leurs larmes, ils 
„ cessent de pleurer le mort, et le mettent en cette 
„sorte v au nombre des vivans, disans qu'il est résus- 
„cité, et à pris vie en la personne de celuy qui a 
„reçu son nom et l'a rendu immortel" (Kelation 
de 1642, X, 85). Perrot parle plus loin de cette cu- 
rieuse coutume, et des cérémonies dont on accom- 
pagnait cette résurrection des morts. 

Note 11. „Faux; car ils ne sont point sur leur 
„bouche; mais mangent beaucoup quand il le faut, 
„et jeûnent de mesme" (A). Ce n'était vraiment pas 
la peine de donner un démenti à Perrot, pour affir- 
mer ensuite la même chose. Perrot n'a jamais nié 
que les sauvages ne fussent d'intrépides jeûneurs 
quand ils n'avaient rien à mettre sous la dent, ou 
quand la superstition, plus puissante sur eux que la 
gloutonnerie, leur imposait l'obligation d'une absti- 
nence momentanée; mais ce qu'il affirme, et ce qui 
est vrai, c'est qu'en toute autre occasion, ils man- 
geaient avec un appétit qu'eussent envié les héros 
d'Homère, et mettaient au service de leurs hôtes une 
voracité que ne fatiguait pas un jour entier employé k 
la satisfaire. On trouve, k chaque page des anciennes 



175 

relations l'équivalent de ce que Perrot avance dans 
ce passage de son mémoire. 

L'auteur anonyme d'une histoire latine et inédite 
de la Nouvelle-France, écrite vers 1637 (de variis 
Gallorum ac nominatim religiosorum virorum in 
Novam-Franciam profectionibus , ac praesertim de 
jactis christianae Fidei fundamentis, XII, p. 96), 
parle de la gourmandise des sauvages dans les mê- 
mes termes que notre auteur: Il faut, dit-il, se con- 
cilier ces peuples crebris muneribus praesertim gulae, 
cm sunt addictissîmi. 

.,11 est du manger parmy eux, écrit un vieux mis- 
sionnaire, comme du boire parmy les ivrognes d'Eu- 
rope. Ces âmes seiches et toujours altérées expire- 
„roient volontiers dans une cuve de malvoisie, et les 
, ; sauvages dans une marmite pleine de viande ; ceux- 
-là ne parlent que de boire et ceux-cy que de man- 

„ger ils croyent que c'est bestise et stupidité 

„que de refuser le plus grand contentement qu'ils 
„puissent avoir en leur paradis qui est le ventre .... 
„La première action qu'ils font le matin à leur res- 
„veil, c'est d'estendre les bras à leur escuelle d'écorce 
„garnie de chair et puis de manger ... Ils finissent 
„le jour comme ils le commencent; ils ont encore le 
„morceau à la bouche, ou le calumet pour pétuner, 
„quand ils mettent la tête sur le chevet pour repo- 
ser. . . . Les sauvages ont tousjours esté gourmands." 

Et un peu plus loin: „Ils voudroient que nous 
„allassions avec eux manger de leurs vivres tant 
„qu'ils en auroient, et ils viendroient aussi manger 
„les nostres tant qu'ils dureroient, et quand il n'y 
„en auroit plus, nous nous metterions tous à en 
^chercher d'autres. Voilà leur vie 'qu'ils passent en 
„festins pendant qu'ils ont de quoy" (Relat. de 1634, 
VI, 31, 32, 34). Voir encore sur le même sujet la 
relation de 1635 (IV, 15, col. 2, et 17, col. 2); — 
La Potherie (II, 184). 

Note 12. Il y avait chez les sauvages deux 



176 

sortes de festins: 1°. Les festins ordinaires, dans les- 
quels chaque convive pouvait manger ce qui lui plai- 
sait de la portion servie devant lui, et laisser, à son 
gré, ou emporter le reste. 2°. Les festins a tout man- 
ger, qu'il fallait entièrement consommer sur place et 
séance tenante. Dans cette dernière sorte de repas, 
chacun des conviés devait manger sa part sans en 
rien laisser. Si ses forces venaient à trahir son cou- 
rage , il était obligé de chercher chez quelqu'un des 
autres convives un estomac assez complaisant pour 
engloutir ce que refusait le sien. 

Sur les festins des sauvages, et l'étiquette qu'on 
y gardait, cf. relations de 1634 (VI11, 37, XII 1, 64 
et 77, col. 2), de 1637 (II, 113, col. 2), de 1642 (X, 
84, col. 2), de 1648 (XIV, 75, col. 1); — et aussi, en ce 
qui concerne les festins des Illinois, le P. Rasles dans 
les Lettres Edifiantes (VI, 175 et suiv.). Le P. Gravier 
dans une relation dont j'ai sous les yeux une copie, 
et dont l'original doit se trouver à la Bibliothèque 
impériale de Paris (Lettre ... en forme de journal de 
la mission de l'Immaculée Conception de Notre-Dame 
aux Illinoisj nous fait connaître une singulière cou- 
tume de ce peuple : celui qui donnait le festin avait 
le droit de dire tout ce qu'il voulait à ses convives, 
sans que ceux-ci pussent le trouver mauvais. 



Chapitre VI. 

Note 1. Le Michipissy ou le Grand-Tigre, ap- 
pelle ailleurs Michibissy et Missibizi, était invoqué 
par les Outaouais ou nations d'en haut, pour en ob- 
tenir une bonne pêche d'esturgeons (Relat. de 1667, 

V, 12, col. 2); — Lettre du P. Rasles (Lettres Edif., 

VI, 173). Il était aussi l'objet de la vénération des 
nations sauvages voisines de la baie des Puans 



177 

(Relat. de 1673, IV, 116, dans le tome 1 des Relat. 
inédites). 

Note 2. Cette superstition était en vigueur chez 
les Illinois, comme le prouve le passage suivant 
de la relation déjà citée du Père Gravier: „Peu 
„de jours après, je vis un petit chien pendu au bout 
„d'une perche piquée en terre. Je n'avois rien veu 
„de pareil depuis que je suis chez les Illinois. J'en 
„fus surpris, n'ayant encore été convaincu par au- 
„cune expérience qu'ils fissent des sacrifices à leurs 
„manitous, ou qu'ils leur pendent ainsi des chiens 
„ou autres bestes pour faire cesser les maladies. 
„Tout ce qu'ils ont coustume de faire, est que dans 
„leurs festins ils disent: „Mon manitou, je prépare 
„ou je donne à manger." Mais les cuisiniers mangent 
„tout, et l'on ne présente rien, ni l'on ne met rien à 
„part pour le manitou. Je demandai ce que signi- 
„fioit ce petit chien qu'on avoit pendu à cette per- 
che; l'on me dit qu'il étoit mort de maladie, et que 
„pour empêcher que les enfants ne le touchassent 
„ils l'avoient mis en un lieu qu'ils ne pussent y at- 
teindre; un vieillard qui vit bien que je ne me con- 
„tentois pas de cela, me dit que c'étoit pour appaiser 
„le tonnerre, parce qu'un de ses enfants avoit été 
„malade le jour qu'il avoit beaucoup tonné!" 

Les Kilistinons qui vivaient sur les bords du lac 
Alimibegong, entre le lac Supérieur et la baie d'Hud- 
son, étaient aussi „idolâtres du soleil, à qui ils pré- 
sentent ordinairement des sacrifices, attachant un 
„chien au haut d'une perche, qu'ils laissent ainsi 
„pendu jusques à ce qu'il soit corrompu" (Relat. de 
1667, XIII, 24). Il en était de même des Amikonés 
(Relat. de 1673—79, 1, 33, 39, Albany, 1860, in-12°). 
Chez les Maloumines on plaçait au haut de la perche 
l'image du soleil, et plus bas, ce qu'on lui offrait en 
sacrifice (Relat de 1674, V, 224, dans le tome I des 
Relations inédites). Enfin, nous savons par le P. Al- 
louez (Relat. de 1667, V, 12), que, chez tous les peu- 

12 



178 

pies connus sous le nom d'Outaouais, le chien était 
une des victimes le plus fréquemment offertes aux 
manitous. 

Note 3. Cette tradition des Amikouas, ou, comme 
Perrot les appelle ailleurs , des Amikoués, est rap- 
portée, d'après notre auteur, par Charlevoix (III, 
283). On lit aussi quelque chose de semblable dans 
la relation de 1670 (XII, 93). 



Chapitre VII. 

Note 1. „Faux ; les plus durs sur ce fait sont 
„les Miamis. Mais il ne font que couper le nez à 
„ces libertines" (A). 

Ce démenti est lancé un peu trop légèrement; 
car parmi les tribus que Perrot visita, il en était au 
moins une où l'épouse infidèle était punie de mort. 
„Un homme (chez les Illinois) tue hardiment sa 
„femme, s'il apprend qu'elle n'ait pas été fidèle" 
(Relat. de 1670, XI, 90, col. 2). 

D'autres nations sauvages sans aller aussi loin, 
châtiaient l'adultère plus sévèrement que les Miamis. 
Ainsi, chez les Sioux, on coupait le nez à la femme 
coupable de ce crime, et on lui arrachait au haut de 
la tête un lambeau de peau taillée en rond (Relat. 
de 1660, III, 13, col. 1). Il est bon toutefois d'ajou- 
ter que la mutilation du nez était, même chez les 
Illinois, la peine la plus ordinairement infligée : „Les 
femmes, dit un vieil auteur (Relat. de 1673, p. 2 du 
ms. orig.), y sont fort retenues; aussy leur coupe-t- 
on le nez quand elles font mal." 

Note 2. „Touts les Sauvages prennent des fem- 
„mes de campagne, et en ont d'autres qui restent 
„avec les enfants à la maison" (A). 



179 

La polygamie simultanée était en effet pratiquée 
par le plus grand nombre des nations de la Nouvelle- 
France. Elle était en vigueur dans le bassin du 
Saint-Laurent (Biard, Relat. de la Nouvelle-France, 
VI, 13; — Relat. de 1644, VIII, 51; — Perrot p. 27; 
— LaPotherie, 11,31; — Charlevoix, III, 2831; et, 
dans la grande vallée du Mississipi , chez les Illinois 
entre autres et chez les Sioux (Lettres Edif. VII, 21 
et 22; — Relat. de 1660, III, 13, col. 1). 

Note 3. „Contes" (A). Ce démenti n'est pas plus 
mérité que celui dont il est question dans la première 
note de ce chapitre. Un Illinois ne pouvait se sépa- 
rer de sa femme, quand il en avait eu des enfants 
(Lettr. Edif. VII, 21, 22). — Quant aux enfants prenant 
le parti de leur mère contre leur père qui l'aurait 
abandonnée, je lis qnelque chose de semblable dans 
le P. Lafitau (Moeurs des Sauvages Amériquains, I, 
189, 190. Paris, 1724, in-4°). 

Note 4. „Ces amours sont fort amplifiés" (A). — 
Pas du moins quant à ce que dit Perrot de l'usage 
universellement reçu chez ces peuples, en vertu du- 
quel les jeunes gens allaient la nuit visiter les jeu- 
nes filles dont ils recherchaient la main. Les an- 
ciens missionnaires en font fréquemment mention 
et ne cessent de gémir sur les désordres qu'une 
telle coutume entraînait à sa suite. On peut voir 
entre autres sur ce sujet les relations de 1639 (IV, 
17, col. 1), de 1640 (VIII, 30, col. 1), de 1642 (II, 
9, col. 2), de 1643 (IV, 15, col. 1), de 1670 (XI, 
89, 90). 

Chez quelques unes des nations du Canada ces 
visites nocturnes avaient lieu par forme de passe- 
temps, sans aucune pensée de mariage (Relat. de 
1642, X, 42, col. 1). 

Note 5. „Contes: cela n'arrive que quand il y 
„a seulement promesse entre des jeunes gens" (A). 

Voici cependant ce que je lis dans la relation 
de 1152 (II, 5) : „Ces peuples se comportent ordi- 

12* 



180 

„nairement les deux, trois et quatre premiers mois 
„de leur mariage comme s'ils estaient frères et soeurs, 
„donnans pour raison de leur façon de faire qu'ils 
„s'entrayment d'un amour de proches parents qui ont 
„horreur des actions de la chair. Cet amour de pa- 
tenté est plus grand et plus fort parmy les payens 
„que l'amour du mariage, dans lequel il dégénère. 
„Que si dans ces premiers mois ils viennent a se 
„desgouter l'un de l'autre, ils s'éloignent sans bruit, 
„demeurans comme ils estoient auparavant." Cf. La 
Potherie (II, 20); — Lafitau (I, 514); — et Gravier 
(Relat. de la mission N. D. p. 5 de mon ras.). 

Note 6. L'annotateur anonyme a corrigé tout 
ce passage de la manière suivante: ,, Quand il re- 
„vient de la chasse ou de la pêche, sa mère luy 
„donne une partie de ce qu'il a apporté pour sa belle- 
„nière ; s'il vient de traitte pareillement, et sa femme 
„est obligée" etc. Mais cette correction ne peut, ni 
ne doit être adoptée. Elle est contraire à la véri- 
table pensée de l'auteur, clairement exprimée dans 
le texte original. La Potherie (II, 30, 31) est d'ac- 
cord avec Perrot. On retrouve au reste quelque 
chose de semblable chez certains peuples de la Flo- 
ride (Oviedo, III, 616). 

Note 7. ,,Faux" (A). — Vrai, d'après Charle- 
voix (III, 376), et Lafitau (II, 439, 440). „Dès que 
,,1'un des deux époux, lisons-nous dans ce dernier 
„écrivain, a payé son tribut à la nature, la cabane 
„du défunt acquiert un droit sur celui qui reste .... 
„11 seroit honteux à un homme veuf, encore plus à 
„une femme veuve de se remarier avant le temps 
„prescrit au deuil ordinaire, et si ils le faisoient l'un 
„ou l'autre avant que les parents du mort leur en 
„eussent donné la liberté , ils s'exposeroient eux et 
„les époux ou épouses qu'ils prendroient à toutes 
„sortes d'outrages." 

Note 8. De ce qui a été dit par Perrot dans 
le paragraphe précédent, on doit conclure qu'ici le 



181 

pronom elle se rapporte, non à la veuve, mais à sa 
belle-mère. 

Note 9. Les relations de la Nouvelle - France, 
La Potherie, Lafitau et Charlevoix auraient pu, en 
dehors des emprunts que je leur ai faits dans les 
notes précédentes, fournir encore de nouvelles et 
nombreuses preuves à l'appui de la véracité de Perrot, 
et de la sûreté de ses renseignements sur tout ce qui 
concerne le mariage chez les sauvages du Canada; 
mais il faut savoir se borner. Je me contenterai 
donc de placer sous les yeux du lecteur les quel- 
ques indications suivantes: Champlain (293, 294); 
Kelations de 1639 (X, 45, 46), de 1642 CXI, 89, col. 
2, 90), de 1646 (X, 48, col. 2, et 2e partie, II, 61, 
col. 2, 62), de 1657 (XII, 34, col. 2, 35), de 1670 
(XI, 89, col. 1); — La Potherie (III, 13 et suiv.); — 
Charlevoix (III, 284 et suiv.). 

Note 10. Tout ce que dit ici Perrot des occu- 
pations et des travaux réciproques de l'homme et de 
la femme dans le ménage a été reproduit par Char- 
levoix (III, 331 — 334) et se trouve parfaitement d'ac- 
cord avec les détails donnés sur le même sujet, tant 
par Champlain (202, 293), que par les relations des 
anciens missionnaires. Voir en particulier celles de 
1633 (11, col. 2 et 12), et de 1634 (V, 28, col. 2); et 
aussi Charlevoix (ubi supra) ; — le P. Lalitau (II, 3, 
63 et suiv., 106 et suivantes). 

Chez les Illinois, il en était à peu près de même, 
sauf que les femmes y travaillaient encore plus (Let- 
tres Edif. VI, 179, 329). Nous verrons plus loin que 
les Hurons, par une exception à la coutume en 
vigueur dans toutes les autres tribus sauvages du 
Canada, partageaient avec leurs femmes les travaux 
des champs. Les Tounika de la Louisiane prenaient 
pour eux tous les travaux pénibles et ne laissaient 
à leurs femmes que le soin du ménage (Gravier, 
A^oyage, 30). 



182 



Chapitre VIII. 

Note 1. A la description donnée par Perrot de 
la sépulture et du deuil chez les sauvages , on peut 
comparer ce que disent sur le même sujet Biard 
(VIII , 17—20); — Champlain (303); et, parmi les 
relations de la Nouvelle-France, celles de 1636 (VIII, 
128 — 131) et de 1639 (X, 46, col. 1). 

C'est à ces sources qu'ont puisé tous les histo- 
riens du Canada, La Potherie (II, 43 — 45), Lafitau 
(II, 388 et suiv.), Charlevoix (III, 371—376), et Mr. 
Ferland (I, 101, 102). 

Les Illinois n'enterraient pas leurs morts. Le 
cadavre, soigneusement enveloppé de peaux, était 
attaché par les pieds et par la tête au haut des ar- 
bres (Lettres Edif. VI, 178, 179). 

Note 2. „Ce tambour est de la grandeur d'un 
„tambour de basque ; il est composé d'un cercle large 
„de trois ou quatre doigts et de deux peaux roide- 
„ment estendues de part et d'autre, ils mettent de- 
„dans des petites pierres ou petits cailloux pour faire 
„plus de bruit : le diamètre des plus grands tambours 
„est de deux palmes ou environ ; ils le nomment 
„Chichigouan ; et le verbe Nipagaldman signifie, je 
„fais jouer ce tambour. Ils ne le battent pas comme 
„font nos Européens, mais ils le tournent et remuent 
„pour faire bruire les cailloux qui sont dedans; ils 
„en frappent la terre tantost du bord, tantost quasi 
„du plat, pendant que le sorcier fait mille singeries 
„avec cet instrument (Relation de 1634, IV, 19, col. 1). 

Note 3. Cette adoption d'un vivant destiné à 
remplacer, ou, suivant le langage de ces peuples, à 
ressusciter un mort en relevant son nom, se faisait 
pour plusieurs raisons: 1° „Pour ressusciter la mé- 
moire d'un vaillant homme et pour exciter celuy qui 
^portera son nom à imiter sa générosité; pour tirer 



183 

„ vengeance des ennemis; car celuy qui prend le nom 
„d'un homme tué en guerre s'oblige de venger sa 
„mort ; 2° pour secourir la famille d'un homme mort ; 
„d' autant que celui qui le fait revivre et qui le re- 
présente porte toutes les charges du déffunct, nour- 
rissant ses enfants comme s'il estoit leur propre 
„père, en effect ils l'appellent leur père, et luy ses 
„enfants; 3° vne mère ou vn. parent qui ayme ten- 
drement son fils ou sa fille ou quelqu'un de ses pro- 
ches, le fait ressusciter par une affection de le voir 
„auprès de soy; transportant l'amour quelle portoit 
„au deffunct à celuy ou à celle qui se charge de son 
„nom. Cette cérémonie se fait en un festin solennel 
„en présence de plusieurs conviez. Celuy qui fait 
^revivre le trépassé, fait vn présent à celuy qui doit 
„prendre sa place: il luy met parfois vn collier de 
„porcelaine au col; s'il l'accepte, il prend le nom 
„du trépassé, et se met a danser le beau premier 
„pour marque de resjouissance" (Relation de 1642, 
XII, 53, col. 1). 

Voir aussi les relations de 1636 (VIII, 131), et 
de 1646 (X, 48), mais surtout celles de 1644 (XIV, 
66 et suiv.), et de 1669 (VII, 23). 

Note 4. Il y a évidemment ici une lacune de 
quelques mots. Comme, dans ce passage, il est ques- 
tion de présents dont la provenance Européenne ne 
saurait faire doute, je restituerais ainsi la phrase mu- 
tilée: „S'ils reviennent de la traitte, ce sont" etc., etc. 

Note 5. Sur la grande fête des morts tant chez 
les Hurons que chez les Algonquins supérieurs, cf. 
Champlain (303, 304) ; — les relations de 1636 (IX, 
131—138), et de 1642 (XII, 94—97); — La Potherie 
(II, 47) ; — Lafitau (II, 446—457) ; — Charlevoix (III, 
377, 378). 



184 



Chapitre IX. 

Note 1. Rien de mieux constaté que cette asser- 
tion. Dès les premiers jours de la découverte du 
Canada par les Français, Jacques Quartier trouva 
les naturels du pays fermement convaincus de l'im- 
mortalité de l'âme: „Le dit peuple, écrit-il dans sa 
„relation, n'a aucune créance de Dieu qui vaille — 
,.Us croyent aussy quand ils trépassent qu'ils vont 
„ès étoiles ; puis vont en beaux champs verds, pleins 
„de beaux arbres et fruits somptueux" (Seconde 
navigation faite par Jacques Quartier, natif de Saint- 
Malo de 'l'Ile en Bretagne, chap. X, 50, Québec, 
1843). 

Moins d'un siècle après Quartier, Champlain et 
Biard retrouvaient la même croyance plus vivante 
que jamais chez les sauvages des environs de Qué- 
bec, et de l'Acadie. „Ils croyent l'immortalité des 
„âmes, lisons-nous dans le premier (chap. V, p. 127), 
„et disent qu'ils vont se resjoiiir en d'autres pays 
„avec leurs parents et amis qui sont morts." — „Ils 
„tiennent, dit le P. Biard (VIII, 20), l'immortalité 
„de l'âme et la récompense des bons et des mauvais 
„confusément et en général; mais ils ne passent pas 
„plus avant en recherches ny souci, comme cela doibt 
„estre ; occupez tousjours ou préoccupez ou des né- 
cessitez de la vie ou de leurs us et coustumes." 

Du vivant même de Champlain, et avant que 
celui-ci eût publié la dernière édition de ses voya- 
ges, le P. Charles Lallemand (Relat. de 1626, 3 et 4) 
complétait en ces termes les renseignements fournis 
par l'illustre fondateur de Québec : „Ils enterrent les 
„morts et avec eux tout ce qu'ils avoient .... Et 
„comme je demanday un jour à un vieillard pour- 
„quoy ils mettoient tout ce bagage dans les fosses, 
„il me répondit qu'ils le mettoient afin que le mort 



185 

„s'en servît dans l'autre monde qu'à la vérité, 

„le corps des chaudières, peaux, cousteaux etc. de- 
; ,meuroA auns les fosses; mais que l'âme des chau- 
dières, cousteaux etc. etc. s'en alloit dans l'autre 
„monde avec le mort, et que là il s'en servoit. Ainsy 
„ils croyent . . . l'immortalité de nos âmes ; et de 
„faict ils asseurent qu'après la mort elles vont au ciel, 
„où elles mangent des champignons et se communi- 
„quent les unes avec les autres." 

Dans le cours des années suivantes, chaque dé- 
couverte de peuplades nouvelles ne fit que rendre 
cette vérité plus incontestable, en multipliant les 
preuves à l'appui. Cf. relations de 1634 (IV, 16, 
col. 2), de 1636 (II, 104—107), de 1637 (XI, 53), de 
1639 (X, 43); — Lettres Edif. (VII, 11 et 12> Ce 
qu'il y de remarquable, c'est qu'a l'autre extrémité 
de l'Amérique, les Chiquitos croyaient, comme les 
sauvages de Jacques Quartier,, au séjour des morts 
dans les étoiles: „Quando truena y caen rayos, créen 
que algun difunto que vive alla con las estrellas es 
enojado con ellos." (Fernandez supr. cit.). — Les 
Diaguites du Tucuman plaçaient dans les étoiles le 
séjour préparé aux âmes du commun, tandis que les 
planètes étaient réservées à celles des nobles et des 
caciques. (P. Nie. del Techo, Historia Paraqueriae, 
48, Leodii, 1673, in-fol.). 

Je ne connais qu'une seule exception à ce con- 
sentement général. Les Illinois Péouaroua décla- 
raient au P. Gravier que l'homme mourait tout en- 
tier, et que si l'âme survivait, on verrait des morts 
revenir sur la terre (Relation de la mission N. D. 
p. 4 de la copie ms.). 

Note 2. „Plusieurs parmi les Hurons s'imagi- 
„noient que chaque homme a deux âmes, toutes deux 
„divisibles et matérielles, et cependant toutes deux 
„raisonnables. L'une se sépare du corps à la mort, 
„et demeure néantmoins dans le cimetière jusques à 
„la feste des morts, après laquelle, ou elle se change 



186 

„en tourterelle, ou, selon la plus commune opinion, 
„elle s'en va droit au village des âmes. L'autre est 
„comme attachée au corps, et informe pour ainsy 
„dire le cadavre, et demeure en la fosse des morts 
„après la feste, et n'en sort jamais si ce n'est que 
„quelqu'un l'enfante de rechef'' (Relat. de 1636, IX, 
133, col. 2). 

Donc, après la grande fête des morts, la pre- 
mière de ces deux âmes, qui jusqu'alors demeurait 
le jour dans le cimetière de son village, et se pro- 
menait la nuit dans les cabanes, où elle prenait sa 
part des festins, se met en route couverte des belles 
robes et des colliers qu'on a mis dans la fosse , et 
s'en va vers un grand village situé à l'Occident 
(Ibid. II, 104, col. 2). 

Sur sa route elle rencontre une cabane, où 
loge un certain Oscotarach , c'est-à-dire Perce-tête, 
ainsi appelle parce qu'il ouvre la tête des âmes et 
en retire la cervelle qu'il garde (Ibid. 105, col. 1). 

Il lui faut ensuite passer une rivière sur un tronc 
d'arbre couché en travers, et éviter les assauts d'un 
chien furieux qui cherche à la faire tomber dans le 
torrent, où elle serait étouffé dans les eaux (Ibid.). 

Le village des âmes est en tout semblable à 
celui des vivans, sauf que jour et nuit les habitans 
du premier ne sont gémir et pleurer (Ibid.). 

Les vieillards et les petits enfants, qui ne pour- 
raient faire un si long voyage, demeurent dans le 
pavs, où ils ont leurs villages particuliers (Ibid. 104, 
col. 2). 

Note 3. „Contradiction: car si l'âme est immor- 
telle, elle ne peut être tuée ny par l'eau ny par le 
pillon" (A). 

Assurément. Mais il ne s'agit pas de trouver un 
procédé logique dans les assertions des sauvages. 
La véritable question se réduit au fait de savoir si 
cette croyance a vraiment existé chez eux, et non 
si elle est raisonnable ou absurde. 



187 

Note 4. Cf. La Potherie (II, 45), — Charlevoix 
(III, 351 — 353), — Lafitau (I, 401—404, 409 et 
410). Dans le second de ces passages, Lafitau re- 
produit presque textuellement ce que dit Perrot à la 
page 42 de son mémoire. 



Chapitre X. 

Note 1. „Faux; jamais ni bras, ni jambes cas- 
sées, encore moins tués" (A) 

Entre l'anonyme et Perrot qui passa quarante 
années de sa vie au milieu des sauvages, le lecteur 
prononcera. J'ajoute seulement que Charlevoix (III, 
319) donne à ce jeu l'épithète de dangereux; et que 
La Potherie (II, 126, 127), quand il veut en décrire 
les suites funestes, emprunte a Perrot ses propres 
expressions : „Ces sortes de jeu, dit-il, sont ordinai- 
rement suivis de têtes, bras et jambes cassées, et 
„souvent des gens y sont tuez." 

Note 2. „Faux; il est aisé de connoitre qu'ils 
jouent" (A). 

Note 3. „Le sieur Perrot, qui étoit un voya- 
geur célèbre, et l'un des Européans que les Sauva- 
„ges de la Nouvelle-France ayent le plus honoré, a 
„laissé une description de ce jeu dans ses mémoires 
„manuscrits. Je l'aurois insérée ici volontiers ; mais 
„elle est si obscure qu'elle est presque inintelligible. 
„Personne des autres François Canadiens, que j'ai 
„vû, n'a sçu m'en rendre raison; tout ce qui j'ai pu 
„en apprendre, c'est qu'après avoir divisé ces pailles, 
„ils les font passer dans leurs mains avec une dex- 
térité inconcevable: que le nombre impair est tou- 
jours heureux, et le nombre de neuf supérieur à 
„tous les autres: que la division des pailles fait 
„hausser ou baisser le jeu et redoubler les paris, 



188 

„ selon les différents nombres jusqu'au gain de la 
„partie; la quelle est quelque fois si animée, lorsque 
„les villages jouent les uns contre les autres, qu'elle 
,,dure des deux et trois jours. Quoique tout s'y 
„passe tranquillement et avec une bonne foy appa- 
rente, il y a cependant bien de la friponnerie et 
„des tours d'adresse" (Lafitau, II, 351). 

Charlevoix (III, 318) avoue, lui aussi, n'avoir 
rien compris à toutes les explications de ce jeu; et 
La Potherie (III, 23) reconnait que le mécanisme ne 
s'en conçoit pas facilement. Je n'ai pas été plus 
heureux que mes devanciers, et le jeu des pailles 
reste pour moi une énigme indéchiffrable. 

Note 4. Momon, ou Momnwn, défi fait sur un 
coup de dé. 

Sur le jeu de dés ou du plat, cf. relat. de 1636 
(IX, 113), de 1639 (VIII, 95, col. 2), — La Potherie 
(III, 22), — Lafitau (II, 339—342), — Charlevoix (III, 
2Q0 et 261). Il existait chez les Indiens de Cinaloa 
un jeu a peu près semblable (Ribas, 14). 

Si ce que dit Perrot de la passion du jeu chez 
ces mêmes sauvages, et des désordres qu'elle entraîne 
avec elle, avait besoin de confirmation, il suffirait 
de lire ce qu'en racontent les relations de 1636 (II, 
92, col. 1, et IX, 113), et de 1639 (X, 45). 



Chapitre XI. 

Note 1. La Tripe de roche est une espèce de 
lichen dont il est souvent parlé dans les anciennes 
relations du Canada. C'est un triste et misérable 
aliment, autant qu'on en peut juger par la descrip- 
tion qu'en donnent les voyageurs et les missionnai- 
res. „Ces rochers .... sont couverts d'une espèce 
„de plante qui ressemble à la crouste d'un marécage 
„seché par l'ardeur du soleil. Les uns l'appellent 



189 

„mousse, bien qu'elle n'en ait aucunement la figure ; 
„d'autres l'appellent tripe de rocher .... Il y en a 
„de deux sortes: la petite est facile à cuire et bien 
^meilleure que la grande il ne faut qu'un bouil- 
lon à la première pour bouillir; et, après, la lais- 
sant un peu auprès du feu et la remuant de temps 
„en temps avec un baston, on la rend semblable à 
„de la colle noire. Il faut fermer les yeux quand 
„on commence à en gouster (Relat. de 1671, IV, 35). 
Cf. Relat. de 1663 (VIII, 18, col. 2), de 1667 (II, 6, 
col. 1), — La Potherie (II, 57). 

Note 2. „En esté les bluets y sont fort com- 
„muns: c'est un petit fruit gros comme des pois, 
„bleu et très agréable au goût" (Relat. de 1671, 
IV, 35, col. 2). — „Toutes les montagnes sont rem- 
plies de bluets, qui sont une manière de groseille 
^qu'ils font sécher pour manger au besoin" (La Po- 
therie, II, 57). 

Note 3. Dans ce passage de notre manuscrit 
on a effacé les mots Chiripinons ou, pour leur sub- 
stituer ceux de Cristinaux, nation différente des Assî- 
niboils. En outre, on lit en marge l'annotation sui- 
vante: „La folle-avoine vient sans semer." 

Comme la manière dont ces nations récoltent la 
folle-avoine n'est pas très clairement décrite dans 
Perrot, je citerai ce qu'en dit le P. Marquette dans 
la relation de ses voyages et découvertes (I, 9): 
„La folle-avoine dont ils [les Maloumines] portent 
,,le nom, parce qu'elle se trouve sur leur terre, est 
„une sorte d'herbe qui croist naturellement dans les 
„petites rivières dont le fond est de vase, et dans 
„les lieux marescageux. Elle est semblable a la 
,, folle-avoine qui croist parmy nos bleds .... Les espies 
„sont sur des tuyaux noués d'espace en espace; ils sor- 
tent de l'eau vers le mois de juin et vont toujours 
„montant, jusqu'à ce qu'elles surnagent de deux pieds 
„environ. Le grain n'est pas plus gros que celuy 
„de nos avoines, mais il est une fois plus long; aussi 



190 

„la farine en est-elle plus abondante. Voicy comme 
„les sauvages la cueillent dans le mois de Sep- 
tembre qui est le mois de cette récolte. Ils vont 
„en canot au travers de ces champs de la folle- 
avoine, ils en secouent les espies de part et d'autre 
„dans le canot à mesure qu'ils avancent. Le grain 
„tombe aisément s'il est mur; en peu de temps ils 
; ,en font leur provision." 

Note 4. „Rompent la cabane et non pas l'écluse, 
„pour le filet, mais bien lorsqu'ils le veulent attra- 
per dans les lieux où il a coutume d'aller" (A). 

Note 5. „Faux : on ne tend pas ce filet au pas- 
sage de l'eau, mais où il faut que le castor passe 
„pour venir à sa cabane, lorsqu'il est chassé aux 
„autres endroits. On le tend encore a l'entrée d'un 
„lieu où l'on a connu qu'il s'est allé cacher, et où 
,,1'on a fait une barrière avec des piquets plantés 
„dans la glace, et on laisse une porte à cette bar- 
prière, où on tend le filet" (A) 

Note 6. „Faux" (A). — C'est aux chasseurs en 
effet, et non aux castors, que le retentissement du 
manche de la tranche sur la glace, indique les ca- 
vités où ceux-ci ont été chercher un refuge. Aussi, 
suis-je très porté à croire que le copiste a par erreur 
substitué ici le mot castors à celui de chasseurs qu'on 
lisait dans l'original. 

Note 7. „On ne darde jamais le castor l'hyver; 
„on les prend avec la main par un trou qu'on à fait 
„k la glace; par où l'on connoit qu'il est proche, au 
„mouvement qu'il cause à l'eau" (A). 

J'extrais de la relation de 1634 (IX, 42) une 
description plus complète et surtout plus intelligible 
de la chasse au castor. „Pendant l'hyver, y est-il 
„dit, ils le prennent à la retz et soubs la glace. 
„Voicy comment: on fend la glace en long proche 
„de la cabane du castor, on met par la fente vu 
„rets et du bois qui sert d'amorce; ce pauvre animal 
„venant chercher à manger, s'enlace dans ces filets 



191 

,,faicts de bonne et forte ficelle double, et encore 
„ne faut-il pas tarder à les tirer, car ils seroient 
„bientost en pièces. Estant sorty de l'eau par l'ou- 
verture faite en la glace, ils l'assomment avec vn 
„gros baston. 

L'autre façon de le prendre sous la glace est 
„plus noble, tous les sauvages n'en ont pas l'vsage, 
„mais seulement les plus habiles. Ils brisent à coups 
„de haches la maison du castor Or les sau- 
nages ayant brisé cette maison, ces pauvres ani- 
maux qui sont parfois en grand nombre sous vn 
,,mesme toict, s'en vont sous les glaces, qui d'vn 
„costé, qui d'vn autre, cherchant des lieux vuides et 
„creux entre l'eau et la glace, pour pouvoir respirer: 
„ce que sçachans leurs ennemis, ils se vont pour- 
,,menans sur l'estang ou sur le fleuve glacé, portans 
„vn long baston en main, armé d'vn costé d'vne 
„tranche de fer, faite comme vn ciseau de menuisier, 
„et de l'autre d'vn os de baleine comme je croy; 
„ils sondent la glace avec cet os, frappans dessus 
„et prenant garde si elle sonne creux et si elle donne 
„quelque indice de sa concavité, alors ils couppent 
„la glace avec la tranche de fer, regardans si l'eau 
„n'est point agitée par le mouvement où par la res- 
piration du castor : si l'eau remue, ils ont vn baston 
„recourbé qu'ils fourrent dans le trou qu'ils viennent 
„de faire; s'ils sentent le castor, ils le tuent avec 
„leur grand baston qu'ils appellent Ouikachit , et le 
,,tirans de l'eau en vont faire curée tout aussitost, 
„si ce n'est qu'ils ayent grande espérance d'en pren- 
„dre d'autres. Lorsqu'il y a quelque fleuve voisin, ou 
„quelque bras d'eau conjoinct à l'estang, où ils [les 
„castors] sont, ils se coulent la dedans ; mais les Sau- 
„vages barrent ces fleuves quand ils les découvrent, 
„ils cassent la glace et fichent quantité de pieux les 
„vns auprès des autres en sorte que le castor ne peut 
„évader par là. J'ay veu de grands lacs qui sau- 
,, voient la vie aux castors, car nos gens ne pouvant 



192 

,,casser tous les endroicts où ils pouvoient respirer, 
,, aussi ne pouvoient-ils attraper leur proye." Cf. La 
Potherie, 1, 134. 

Note 8. „Tous ces sauvages .... sont connus 
„dans les relations Françoises sous le nom générique 
„de Savanois, parce que le pays qu'ils habitent est 
„bas, marécageux, mal boisé et qu'en Canada on 
^appelle Savanes ces terrains mouillés qui ne sont 
„bons à rien" (Charlevoix, III, 181). 

Note 9. Champlain (p. 266) nous a laissé de 
cette chasse, une description qui se rapproche 
beaucoup de celle qu'on vient de lire. Je n'en citerai 
qu'un fragment assez court, destiné à faire mieux 
comprendre un passage où notre auteur s'est ex- 
primé très confusément. 

„Toutes choses estans faites, ils partirent demie 
„heure devant le jour pour aller dans le bois à quel- 
que demie lieue de leur dit clos, s'esloignant les 
„uns des autres de quatre vingt pas, ayant chacun 
„deux bastons desquels ils frappent l'un sur l'autre, 
„marchant au petit pas en cet ordre jusqu'à ce qu'ils 
^arrivent à leur clos. Les cerfs [caribousj oyant ce 
„bruit s'enfuyent devant eux jusqu'à ce qu'ils arrivent 
„au clos , où les sauvages les pressent d'aller , et se 
„joignent peu à peu vers l'ouverture" etc. — Char- 
levoix (III, 128, 129) a fondu en un seul tableau ce que 
Perrot et Champlain avaient dit sur cette chasse du 
caribou ou renne d'Amérique; il donne le tout comme 
tiré de Champlain. 

Note 10. J'emprunte à la relation de 1634 (IX, 
41) la peinture de la chasse de l'élan ou de l'ori- 
gnal par les sauvages. ,, Quand il y a peu de neige, 
„les sauvages le tuent à coups de flèches; le pre- 
„mier que nous mangeâmes fut ainsi mis à mort. 
,,Mais c'est un grand hazard quand ils peuvent ap- 
procher de ces animaux à la portée de leurs arcs, 
„car ils sentent les sauvages de fort loing et cou- 
vrent aussi vite que les cerfs. Quand les neiges 



193 

„ sont profondes, ils poursuivent l'élan a la course et 
;; le tuent à coups d'espées qu'ils emmanchent à de 
„longs bastons pour cet effect; ils dardent ces espées 
„quand ils n'osent ou ne peuvent aborder la beste; 
„iîs poursuivent parfois deux et trois jours un de 
„ces animaux, les neiges n'estant ni assez dures ni 
„assez profondes; d'autresfois un enfant les tueroit 
„ quasi, car la neige venant à se glacer après quel- 
que petit dégel ou quelque pluye, elle blesse ces 
, ; pauvres orignaux qui ne vont pas loing sans estre 
„massacrez." 

Note 11. „Les premiers et les naturels habitans 
„de ce lieu sont ceux qui s'appellent Pahouitingo- 
„nach .... que les François nomment Saulteurs, parce 
„que ce sont eux qui demeurent au Sault comme 
,,dans leur pays; les autres n'y étant que comme par 
„eniprunt" (Relat. de 1670, X, 79, col. 2). 

,,Ce qu'on appelle communément le Sault n'est 
„pas a proprement parler un sault ou une cheute 
„d'eau bien élevée, mais un courant très violent des 
„eaux du lac Supérieur-, qui se trouvant arrêtées 
„par un grand nombre de rochers qui leur dispu- 
tent le passage, font une dangereuse cascade, large 
„de demie lieue, toutes ces eaux descendans et se 
„précipitans les unes sur les autres comme par de- 
„grez sur de gros rochers qui barrent la rivière. 
„C'est à trois lieues au-dessous du lac Supérieur et 
„douze lieues au-dessus du lac des Hurons; tout cet 
^espace faisant une belle rivière, couppée de plu- 
sieurs isles" etc. (Ibid. 78, col. 2). 

Les Sauteurs d'aujourd'hui ne se donnent pas 
d'autre nom que celui d'Odgiboweke (Otjibwek, Od- 
jibewais), d'où les Anglais les ont appelles Chippe- 
wats. Ces peuples de race Algonquine ont presqu'en- 
tièrement abandonné leur ancienne demeure du Saut- 
Sainte-Marie. Ils forment la portion la plus nom- 
breuse de la population sauvage répandue dans les 
vastes possessions Britanniques du nord-ouest, et ha- 



194 

bitent non loin de la ligne qui sépare ces possessions, 
du territoire Américain. Leur vie se passe à guer- 
royer contre les Sioux leurs voisins du sud, a chas- 
ser le bison, et surtout à exploiter la libéralité des 
Bois'Bndés de la Rivière-Rouge (métis Canadiens- 
Sauteurs). La nation des Sauteurs, écrivait en 1851 
un missionnaire de ces contrées (Rapport sur les mis- 
sions du diocèse de Québec, n° 9, p. 111, Québec, 
1851) „est en général le peuple le plus fainéant et 
„le plus mendiant que je connaisse. Il est le fléau 
„des métis, qui sont industrieux à la chasse, et cou- 
rageux à en soutenir les fatigues ; aussi les Sauteurs 
„les poursuivent-ils pour vivre presque exclusivement 
„à leurs dépens." 

Note 12. Tout ce passage n'est pas très clair. 
Perrot, je crois, a voulu dire que les sauvages du 
lac Huron et de celui des Illinois [lac Michigan], ne 
chassent pas seulement le castor, mais aussi „toutes 
„les autres bestes" . . . parce que „dans les chasses 
„éloignées où ils ont coustume d'aller, il y a des ours, 
„des cerfs", etc. etc. 

Note 13. Il existe au Canada et dans les Etats- 
Unis deux espèces de corbigeaux ou courlis: le 
courlis au long bec [Numenius longirostris d[Audu- 
bon], et le courlis du nord [Numenius Hudsonicus 
du même]. Ce que dit Perrot du corbijeux des 
prairies, peut s'entendre de l'un aussi bien que de 
l'autre. Cf. Ornithologie du Canada par Mr. J.-M. 
Lemoine (p. 356, 357, 2e Edit., Québec 1861, in-18 ). 

Note 14. „Le Pokékoretck de Perrot est sans 
„ aucun doute le Nelumbium luteum, plante aquatique 
„a racine cylindrique et charnue, dont la fleur me- 
sure de 6 à 20 pouces de diamètre, et flotte à la 
„surface de l'eau. On en mange les racines et les 
„graines. Celles-ci sont de la grosseur d'une noisette. 
„EUes ont le goût de la châtaigne, et sont fort re- 
cherchées des sauvages." — Je dois cette note et 
les deux suivantes a l'obligeance de Mr. Brunet, 



195 

professeur de botanique à l'Université -Laval de 
Québec. 

J'ajoute qu'il n'est pas absolument impossible 
de reconnaître le Pokékoretch de Perrot dans la 
plante que le P. Marquette décrit en ces termes 
(Récit des voyages et des découvertes, sect. VII, 
64): „I1 se trouve aussi dans les prairies un fruit 
^semblable à des noisettes, mais plus tendre. Les 
„feuilles sont fort grandes, et viennent d'une tige 
„au bout de laquelle est une teste semblable à un 
„tournesol, dans laquelle toutes ces noisettes sont 
„proprement arrangées: elles sont fort bonnes cuites 
„et crues." 

Note 15. „La pomme de terre dont il est ici 
„parlé n'est pas autre chose que la Psoralea escu- 
„lenla, plante de la famille des légumineuses, qui 
„abonde dans les plaines élevées du Missouri, et sur 
„les collines des environs de Saint-Louis. Les voya- 
„geurs Canadiens l'appellaient pomme ou navet de 
„prairie. Les sauvages la font toujours bouillir avant 
„de la manger, quoique, même crue, cette racine 
„n'ait point nn goût désagréable" (B). 

Note 16. „Les trop rares données que renfer- 
„ment les deux paragraphes précédens sur les ca- 
ractères spécifiques de Yognon de Perrot, me por- 
tent à croire qu'il s'agit d'une espèce àHallium, Yal- 
v hum Canadevse probablement. Les Chérokées, voi- 
„sins des Illinois, s'en nourrissaient assez volon- 
tiers" (B). 

Pour compléter les détails, parfois trop écourtés, 
que donne Perrot sur les productions naturelles des 
Prairies, je citerai l'extrait suivant du P. Marquette 
(Récit des voyages .... sect. VII, 47, 48): „Nous 
„trouvasmes quantités de meures aussi grosses que 
, , celles de France ; et un petit fruit que nous pris- 
âmes d'abord pour des olives, mais il avoit le goust 
,, d'orange 5 et un autre fruit, gros comme un oeuf 
,,de poule. Nous le fendismes en deux parties, et 

13* 



1913 

^parurent deux séparations dans chacune desquelles 
„u y a huit ou dix fruicts enchâssez. Ils ont la 
„fïgure d'amande, et sont fort bons quand ils sont 
„meurs. L'arbre néantmoins qui les porte a très 
„mauvaise odeur, et sa feuille ressemble a celle du 
„noyer." — Ne sont-ce pas là les noix de Perrot? 
Et, par conséquent, dans la texte de ce dernier, au 
lieu de: à Fuyard des noix, il s'en trouve de la gros- 
seur d'une poule, ne faut-il pas lire: il s'en trouve 
de la yrosseur d'un oeuf de poule? La seule chose 
qui m'embarrasse c'est de voir dans Perrot que ces 
noix ne valent rien à manyer , tandis que le P. Mar- 
quette les déclare fort bonnes. Mais ce n'est là que 
pure affaire de goiit, en laquelle il est très permis 
de ne pas s'entendre. 

On trouvera sur le sujet traité par Perrot a la 
fin de ce chapitre d'autres renseignements dans une 
lettre du Père Gabriel Marest (Lettres Edif. VI, 327). 

Note 17. Les Panys de Perrot, Punis de Char- 
levoix (III, 2l2), Panismaha des Lettres Edifiantes 
(VII, 103) et Pawnees des historiens et des géogra- 
phes Anglo-Américains erraient sur les bords et au 
sud-ouest du Missouri. Ils s'étendaient très loin vers 
le Nouveau-Mexique (Charlevoix, supr. cit.). Le P. 
Vivier (Lettr. Edif., ubi supra) les range aussi parmi 
les tribus Missouriennes. Aujourd'hui encore leur 
territoire de chasse s'étend au nord de la rivière 
Platte dans le Nebraska. En 1837 leur population 
atteignait le chiffre de dix mille âmes (Annales de 
la Propagation de la Foi, XI, 394). 

Les Ayoës, voisins et alliés des Sioux, demeu- 
raient entre le 44° et le 45° de latitude nord, à 
douze journées au-delà du Mississipi. Ils figurent 
dans une des relations de la Nouvelle-France, sous 
le nom de Aiaoua ou Mascouteins Nadouessi (Relat. 
de 1673 — 1679, III, 86, Albany, 1860). Charlevoix 
(III, 396) les appelle Aiouez. 

Lorsque Perrot, chargé par Mr. de La Barre 



197 

gouverneur de la Nouvelle -France de faire la dé- 
couverte des peuples de l'ouest, eut, en 1685, établi 
sa résidence sur les bords du Mississipi, il entre- 
tint avec les Ayoës les relations les plus amicales. 
Le récit suivant de La Potherie (II, 182 — 184) met- 
tra le lecteur au courant de certains usages en vi- 
gueur chez ce peuple fort peu connu d'ailleurs. ,,11 
„ arriva au bout de onze jours de ce signal des dé- 
.,putez de la part des Ayoës, qui donnèrent avis que 
„leur village approchoit dans le dessein de s'établir 
„avec eux [avec les François]. L'entrevue de ces 
^nouveaux venus se fit d'une manière si particulière 
,, qu'il y avoit sujet de rire; ils abordèrent le Fran- 
çois [Perrot] en pleurant à chaudes larmes qu'ils 
„faisoient couler dans leurs mains avec de la salive 
„et autre saleté qui leur sortoit du nez, dont ils leur 
„frottoient la tête, le visage et les habits. Toutes 
„ces caresses lui faisoient bondir le coeur; ce n'étoit 
„que cris et hurlements de la part de ces sauvages, 
„que l'on appaisa en leur donnant quelque couteau 
„et des alênes ; enfin, après beaucoup de mouvement 
„quils firent pour se faire entendre, ce que ne pou- 
vant n'ayant pas d'interprète , ils s'en retournèrent. 
„I1 en vint quatre autres au bout de quelques jours, 
„dont il y en avoit un qui parlait Illinois , qui dit 
,.que leur village étoit à neuf lieues au-dessus, sur 
„le bord du fleuve. Les François les y allèrent trou- 
„ver; les femmes s'enfuirent à leur arrivée; les unes 
,,gagnoient les montagnes, les autres se jetoient dans 
„les bois en courant le long du fleuve, pleurant et 
,,levant les mains au soleil. Vingt considérables pré- 
sentèrent à Perrot le calumet et le portèrent sur 
„une peau de boeuf dans la cabane du chef qui 
„marchoit à la tête de ce cortège. Quand ils se 
„furent mis sur la natte, ce chef se mit à pleurer 
„sur sa tête en la mouillant de ses larmes et des 
„eaux, qui distilloient de sa bouche et du nez. Ceux 
,,qui Tavoient porté en firent de même. Ces pleurs 



198 

„finis, on, lui présenta de rechef ce calumet. Le 
„chef fit mettre un grand pot de terre sur le feu 
„que l'on remplit de langues de boeuf, qui furent 
„tirées au premier bouillon, on les coupa en petits 
„morceaux; le chef en prit un qu'il lui mit dans la 
„bouche; Perrot l'ayant voulu prendre lui-même, ce 
„que le chef ne voulut pas, jusqu'à ce qu'il lui [en] 
„eut mis [trois], la coutume étant de mettre les mor- 
„ceaux dans la bouche jusqu'à trois fois, quand c'est 
„un capitaine, avant que de présenter le plat. Il ne 
„put s'empêcher de rejeter ce morceau qui étoit en- 

„core tout sanglant ils prirent leur calumet et 

„le parfumèrent de la fumée du tabac. On n'a ja- 
„mais vu au monde de plus grands pleureurs que 
„ces peuples; leur abord est accompagné de larmes, 
„et leur adieu en est de même. Ils ont l'air fort 
„simple et une grosse poitrine, Un bon fonds de voix, 
„ils sont extrêmement courageux et bon coeur, ils 
^prennent souvent les boeufs et les cerfs à la course, 
„ils mangent la viande crue, ou la font seulement 
„un peu chauffer; ils ne sont jamais rassasiez, car 
„quand ils ont de quoi ils mangent nuit et jour; 
lorsqu'ils n'ont rien, ils jeûnent avec beaucoup de 
„tranquillité. Ils sont fort hospitaliers, et ils n'ont 
,,pas de plus grande joie que de régaler les étran- 
gers." 

En 183b' l'antique alliance des Ayoës et des 
Sioux n'existait plus. Je lis ce qui suit dans une 
lettre du P. Van Quickemborne de la Compagnie de 
Jésus, missionnaire chez les Poutéouatomis et les 
Kickabous (Annales de la Propagation de la Foi, 
X, 130): „Des bruits de guerre nous ont inquiétés 
„pendant plusieurs jours. On annonçait une irrup- 
tion des Sioux septentrionaux; on les disait déjà 
„vainqueurs des Sacks (Sakis, Ousakis) et des 
,,Aiouais." 

Ces derniers et les Sakis vivaient réunis, en 
1836, à 30 milles au nord de Leavenworth, dans le 



199 

Kansas. Cf. Annales de la Propagation de la Foi, 
X, 132. 

Note 18. Ceux du^ festin, c'est-k-dire le chef 
<jui donne le festin, car lui seul, parmi les convives, 
s'abstenait de prendre part au repas ; c'est du moins 
ce qu'affirme Charlevoix (III, 116). Cet usage est 
encore en vigueur chez quelques-unes des nations de 
l'amérique Anglaise: „ Quand les provisions de bou- 
che sont abondantes ils [les sauvages du lac Abbi- 
tibbi] font quelquefois des festins en l'honneur du 
grand Manito . . , . celui qui donne le festin a droit 
de chanter pendant tout le temps que'~dïïre le repas; 
mais il ne lui est pas permis de manger" (Rapport 
sur les missions de Québec, n° 2, p. 52). 

Note 19. Les empescheroit de sortir de leur giste. 
C'était en effet au sortir du gîte que les sauvages 
tuaient l'ours. „Ils le trouvent dans des arbres 
„creux où il se retire, passant plusieurs mois sans 
„manger .... Ils coupent l'arbre pour faire sortir 
„la proye qu'ils assomment sur la neige; ou bien a 
„la sortie de son giste. u (Relat. de 1634, IX, 43). — 
„Ils se cachent dans des creux d'arbres, raconte le 
„P. Allouez (Relation de 1676, III, 61, du ms. orig.), 
„surtout les femelles pour y faire leurs petits; ou 
„bien ils se couchent sur des branches de sapin, 
„qu'ils coupent exprès pour s'en faire un lit sur la 
,,neige, d'où ils ne sortent point tout l'hyver, sinon 
„lorsque les chasseurs les découvrent par le moyen 
„de leurs chiens qu'ils façonnent à cette chasse/' 

Ces animaux étaient extraordinairement nom- 
breux a l'ouest de la Baie -Verte et du lac Michi- 
gan. En une seule campagne, un village de Pou- 
téouatomis en tua plus de cinq cents (id. ibid. 63). 

Note 20. Des cérémonies toutes particulières 
précédaient, accompagnaient et suivaient le festin 
où les Montagnais [Algonquins inférieurs] mangeaient 
l'ours tué à la chasse. 

1°. „L'ours estant tué, celuy qui l'a mis à mort 



200 

,,ne l'apporte point, mais il s'en revient à la cabane 
„en donner la nouvelle, atin que quelqu'un aille voir 
„la prise comme cho.se précieuse." 

2°. „L'ours apporté, toutes les filles nubiles et 
„les jeunes femmes mariées qui n'ont point encore 
„eu d'enfants, tant celles de la cabane où l'ours 
,,doit être mangé, que des autres voisines, s'en vont 
„dehors, et ne rentrent point tant qu'il y reste au- 
„cun morceau de cet animal dont elles ne goustent 
„point." 

3° Il faut bien esloigner les chiens de peur qu'ils 
„ne leschent le sang ou ne mangent les os, voire 
„les excréments de cette beste, tant elle est chérie. 
,,0n enterre ceux-cy sous le foyer, et on jette ceux- 
-là au feu." 

< "4°. „0n fait deux banquets de cet ours, l'ayant 
„fait cuire en deux chaudières, quoyqu'en mesme 
„temps. On invite les hommes et les femmes âgées 
„au premier festin, lequel achevé, les femmes sortent, 
,,puis on dépend l'autre chaudière, dont on fait festin 
„à manger tout, entre les hommes seulement. Cela 
„se fait le soir de sa prise." 

"o°. „Le lendemain sur la nuict ou le second 
„jour .... l'ours estant entièrement mangé, les jeu- 
,,nes femmes et les filles retournent" (Relation de 
1635, IV, 25, 26). 

6°. Pour connaître d'avance le succès heureux ou 
malheureux de leur chasse, les Montagnais faisaient 
griller sur des charbons ardens non le filet de la 
langue des ours déjà tués, comme les Outaouais, mais 
leur fiel (Relat. de 1637, XI, col. 2, 51). 

Les Montagnais, convertis au_Catholicisme, ont 
depuis longtemps déjà renoncé à toutes ceiTpratiques 
superstitieuses. Aujourd'hui, lorsqu'ils ont tué un 
ours, ils en font un festin auquel ils invitent tous 
leurs amis, et dont la graisse de cet animal constitue 
la mets le plus recherché. La tête de l'ours est ex- 
posée au haut d'une perche à l'endroit même où il 



201 

a été tué. C'est un trophée érigé par les chasseurs 
pour faire connaître à tous les passants leur heu- 
reux succès. Cf. missions de Québec, lie rapp. p. 94. 

Les Nascapis, voisins des Montagnais, croiraient 
encore, comme autrefois ceux-ci „se rendre hostiles 
„les mânes de certains animaux, s'ils donnaient leurs 
„ossements aux chiens. Aussi en suspendent-ils les 
„têtes aux arbres de leurs forets, enfouissant en terre 
, ; ou jetant à la rivière les autres ossements" (ibid. 
p. 63). 

Chez les peuples de la baie des Puans, la tête 
de l'ours tué recevait les adorations des convives 
I occupés à manger le corps. ,, Quand ils en ont tué 
,, quelqu'un a la chasse, ils en font d'ordinaire un 
„festin solennel, avec des cérémonies fort particuliè- 
res. Ils conservent précieusement la teste de cet 
,, animal ; ils la peignent des plus belles couleurs 
,qu'ils peuvent trouver, et, pendant le festin, ils la 
„placent dans un lieu éminent, afin qu'elle reçoive 
„îes adorations de tous les conviez, et les louanges 
,,qu'ils luy donnent les uns après les autres par leurs 
^„plus belles chansons (Relat. de 1672, II, 38). 

Les Miamis mangeaient d'abord l'ours dont en- 
suite ils adoraient la dépouille. ,,11 y a en ce pays, 
écrit le P. Allouez (Relat. de 1674, XII, p. 74 du 
ms. orig.), quelque espèce d'idolâtrie, car, outre la 
teste du boeuf sauvage avec ses cornes, qu'ils tien- 
nent dans la cabane pour l'invoquer, ils ont des 
peaux d'ours escorchez par la teste qui ne sont point 
fendues par le milieu. Ils y laissent la teste, les 
yeux, le museau qu'ils peignent ordinairement de 
verd. Ils élèvent la teste sur un potteau, au milieu 
de leur cabane, le reste de la peau pend le long du 
potteau jusques-à terro. Ils l'invoquent dans leurs 
maladies, guerres et autres nécessitez/' 

Les coutumes Finlandaises constatent aussi de 
grands honneurs rendus à Fours tué par les chas- 
seurs: usage né sans doute en divers pays de la 



202 



terreur qu'inspire ce vigoureux animal, et du profit 
qu'apporte sa chasse dans la famille. 



Chapitre XII. 

Note 1. „lls chantent encore et font ces bruits 
„en leurs sueries ; ils croiroient que cette médecine, 
„qui est la meilleure de toutes celles qu'ils ont, ne 
„leur serviroit de rien, s'ils ne chantoient en suant. 
„Ils plantent des bastons en terre, faisant une espèce 
; ,de petit tabernacle fort bas: car vn grand homme 
„ estant assis là dedans, toucheroit de sa teste le 
„hault de ce taudis, qu'ils entourent et couvrent de 
„peaux, de robes et de couvertures. Ils mettent dans 
„ee four quantité de grosses pierres qu'ils ont faites 
„chaufFer et rougir dans vn bon feu, puis se glissent 
„tous nuds dans ces estuves ; les femmes suent parfois 
7, aussi bien que les hommes; d'autres fois ils suent 
„tous ensemble hommes et femmes pesle et mesle, 
„ils chantent, ils crient, ils hurlent dans ce four, ils 
«haranguent; par fois le sorcier y bat son tambour.. . . 
„Bref, quand ils ont crié trois heures ou environ 
„dans ces estuves, ils en sortent tout mouillez et 
„trempés de sueur" (Relat. de 1634, VI, 19). Autre 
similitude avec les peuples septentrionaux de l'Eu- 
rope orientale. 

Note 2. La plupart des relations, celles par 
exemple de 1634 [V, 29, et XIII, 8), de 1635 (36, 
col. 2), de 1636 (VI, 118, col. 1), et enfin de 1673 
(II, 8, du ms. original) font de l'hospitalité des sau- 
vages le même éloge que Perrot. „L'hospitalité," dit- 
on dans la dernière de celles que je viens de citer, 
„est une vertu morale qui est fort commune chez les 
„sauvages." Si donc on venait à tomber sur certains 
passages (Relat. de 1634, VI, 33), où l'on semble af- 



203 

firmer le contraire, il faudrait l'entendre des sauva 
ges gâtés par le voisinage des Européens, et initiés 
par eux aux plus vils calculs de la cupidité. Il faut 
bien pourtant avouer que l'hospitalité sauvage semble 
avoir été assez fréquemment un gaspillage aveugle 
dont on espérait prendre sa revanche sur autrui; 
c'était tout autant camaraderie folle, et insouciance 
de l'avenir, que libéralité cordiale. „Un sauvage 
„ verra que la chaudière est sur le feu chez son voisin, 
„ou bien que celui-ci est occupé à prendre son re- 
„pas; il ira sans cérémonie et sans être invité se 
„mettre à manger comme s'il était chez lui; et ... . 
„s'en retourne chez lui, ne tenant aucun compte de 
„la faveur qu'il vient de recevoir; parceque, a ses 
„yeux, ce n'en est point une. Demain un autre lui en 
„fera autant" (Missions de Québec, 12 e Rapport, p. 66). 
Note 3. L'union entre les membres d'une même 
tribu et surtout d'une même famille était et est encore 
véritablement admirable chez les sauvages. Perrot, 
dans la peinture qu'il nous en fait, reste au-dessous 
de la réalité. „Ostez quelques mauvais esprits qui se 
„rencontrent quasi partout," écrivait le P. Le Jeune 
(Relat de 1636, 2e partie, VI, 118), „ils ont une dou- 
„ceur et une affabilité quasi incroyable pour des 
„sauvages; ils ne se picquent pas aisément, et en- 
„core s'ils croyent avoir receu quelque tort de quel- 
qu'un, ils dissimulent souvent le ressentiment qu'ils 
„en ont ; au moins en trouve-t-on icy [chez les Hu- 
„rons] fort peu qui s'échappent en public pour la 
„colère et la vengeance. Ils se maintiennent dans 
„cette si parfaite intelligence par les fréquentes vi- 
„sites, les secours qu'ils se donnent mutuellement 
„dans leurs maladies, par les festins et les alliances. 
„Si leurs champs, la pesche, la chasse ou 4a traitte 
„ne les occupe, ils sont moins en leurs cabanes, que 
„chez leurs amis. S'ils tombent malades, et qu'ils 
„désirent quelque chose pour leur santé, c'est à qui 
„se monstrera le plus obligeant." 



104 

Mais un exemple prouvera mieux que toutes 
ces généralités à quel degré d'héroïsme peuvent 
sY lever chez un sauvage ces affections de famille. 
A^oici ce qu'on lit dans la relation de 1648 (X, 
42): „Un jeune Irroquois, âgé de dix-neuf a vingt 
ans s'estant sauvé dans la défaite de ces gens 
dont nous avons parlé cy-devant, mais en sorte 
qu'il estoit entièrement hors de tout danger, voyant 
que son frère aisné, auquel il avoit donné parole 
qu'il ne l'abandonneroit jamais, ne paroissoit point, 
il s'en retourne froidement sur ses pas, et se doutant 
bien que son frère estoit pris, il le vient chercher 
entre les mains de ses ennemis. Il aborde les Trois 
Rivières, il passe devant plusieurs François qui ne 
luy disent aucun mot, ne le distinguant pas des Hu- 
rons ; il monte sur un petit tertre, sur lequel le fort 
est basty, et se va froidement asseoir au pied d'une 
croix plantée à la porte du fort. Un Huron l'ayant 
apperceu .... le reconnut aussi-tost, le dépouillant, 
et le garrotant, et le faisant monter sur un échaf- 
faud où estoient tous les captifs, le pauvre garçon, 
interrogé pourquoy il se venoit jetter dans le feu, 
dans les marmites et dans les estomachs des Hurons 
ses ennemis, répondit qu'il vouloit courir la mesme 
fortune que son frère, et qu'il avoit plus d'amour 
pour luy, que de crainte des tourmens, qu'il n'auroit 
peu souffrir en son pays le reproche de l'avoir lasche- 
ment abandonné." Cf. Relat. de 1634 (V, 28, 29). 

Note 4. „Pour les larrons, quoyque le pais 
„des Hurons en soit rempli, ils ne sont pas pourtant 
„tolérez; si vous trouvez quelqu'un saisi de quelque 
„chose qui vous appartienne, vous pouvez en bonne 
„conscience jouer au roy dépouillé, et prendre tout 
„ce qui est vostre, et avec cela le mettre nud comme 
„la main. Si c'est à la pesche, luy enlever son ca- 
„not, ses rets, son poisson, sa robe, tout ce qu'il a: 
„il est vray qu'en cette occasion le plus fort l'em- 
porte. Tant y a que voilà la coustume du païs^ 



205 

„qui ne laisse pas d'en tenir plusieurs en leur de- 
voir" (Relat. de 1636, VI, 120, col. 2). 

Le bourg près duquel un vol a été commis en 
est responsable, si l'on n'en peut découvrir le véri- 
table auteur (Relat. de 1637, 2 e partie, I, 104, 105). 
Note 5. „I1 n'est plus question- de présents lors- 
qu'on a coupé la teste du coupable ; mais c'est ce 
„qui arrive si rarement qu'on pourroit dire point du 
„tout" (A). 

Les empoisonneurs pris sur le fait, ou ceux qu'on 
soupçonnait d'avoir par leurs sorcelleries causé la 
mort de quelqu'un étaient tués sans forme de procès 
(Relat. de 1635, 35, col. 1). 

Quant aux autres meurtriers , ils n'étaient ordi- 
nairement obligés qu'à payer le prix du sang aux 
parens de la victime. Et encore n'étaient-ce pas 
eux, mais leur village ou leur nation qui devait 
le fournir. Ce prix n'était presque jamais refusé. 
,,Pour les meurtriers, lisons-nous dans la relation 
„de 1636 (VI, 118 — 120), quoiqu'ils [les Huronsj 
„ne tiennent pas la sévérité que faisoient jadis 
„leurs ancestres, néantmoins le peu de désordre 
„qu'il y a en ce point, me fait juger que lenr 
„procédure n'est guéres moins efficace qu'est ailleurs 
..le supplice de la mort: car les parents du deffunct 
„ne poursuivent pas seulement celui qui a fait le 
,.meurtre , mais s'adressent a tout le village qui en 
„doit faire raison et fournir au plustost pour cet 
„effet jusques à soixante présens, dont les moindres 
„doivent estre de la valeur d'une robbe neufve de 
„castor." 

Le père Paul Ragueneau, supérieur de la mis- 
sion des Hurons, confirme et complète ainsi ee 
qu'on vient de lire. „Ce seroit, dit-il (Relat. de 
,,1648, XVII, 78, col. 2 et 79), tenter l'impossible et 
,.mesme empirer les affaires plustost que d'y appor- 
ter remède, qui voudroit procéder avec les sauva- 
,.ges selon la justice de France qui. condamne a la 



206 

„morl celuy qui est convaincu de meurtre. Chaque 
„pays a ses coustumes conformes aux divers natu- 
rels de chaque nation. Or, veu le génie des sau- 
„vages, leur justice est sans doute très efficace pour 
„empescher le mal, quoyqu'en France elle parust une 
„injustice : car c'est le public qui satisfait pour les 
„fautes des particuliers, soit que le criminel soit re- 
„connu, soit qu'il demeure caché. En un mot, c'est 
„le crime qui est puny." 

Note 6. „C'est de quoy ils ne manquent ja- 
mais" (A). — „Ils [les Outaouais] portent toujours 
„le miroir à la main, et très souvent ils se regar- 
dent pour admirer leurs grotesques ornemens" (Ann. 
de la Propag. de la Foi, IV, 543). Pour être témoin 
de pareils ridicules, il n'est pas absolument nécessaire 
d'aller jusque chez les sauvages. 

Note 7. Perrot me semble ici beaucoup trop 
sévère, ses préjugés d'Européen ne lui permettant 

{>as de rendre à la valeur du sauvage la justice qui 
ui est due. De ce que ces peuples n'entendent pas 
le courage à notre façon, il ne s'ensuit pas qu'on 
puisse les accuser de lâcheté. Ils sont braves à peu 
près comme les héros d'Homère. C'est le succès 
qu'ils recherchent avant tout; aussi, quand ils voient 
la chance tourner contre eux, et qu'une voie est encore 
ouverte à la fuite, ils n'hésitent pas à la prendre; 
non pas tant par crainte de la mort, que parcequ'ils 
sont partis en guerre pour enlever la chevelure de 
leur ennemi et non pour lui laisser la leur. Ils 
tiennent donc en médiocre estime ces trépas glo- 
rieux (à la façon moderne) qu'une précaution prise 
à propos eût pu faire éviter. 

Supposez-les au contraire animés par l'espoir de 
vaincre, ou placés en face d'une mort désormais in- 
évitable, vous les verrez braver tous les dangers 
avec un courage qui ne le cède en rien à celui de 
nos plus intrépides soldats; ou défier du regard et 
de la voix cette mort, rendue cependant si affreuse 






207 

par les abominables supplices dont la haine d'un 
ennemi sans pitié se plait à l'accompagner. Comme 
les histoires et les relations de la Nouvelle-France 
sont remplies de traits en ce dernier genre, je ne 
citerai qu'un exemple de ce courage qui consiste à 
marcher en ligne contre un ennemi, et à se faire 
vaillamment tuer sur la brèche. Il s'agit de l'assaut 
donné par les Iroquois au fort Richelieu: „Ces bar- 
bares se divisèrent en trois bandes: et nonobstant 
„qu'ils vissent trois barques à l'ancre, ils se jettèrent 
„sur nous auec vne fureur si étrange, qu'il sembloit 
„qu'ils deussent tout enlever d'vn premier coup. 
„Aussitost chacun court aux armes; vn caporal, 
„nommé Du Rocher estant en garde voyant qu'ils 
„mettoient desjà le pied dans le retranchement, 
„s'avance la teste baissée auec quelques soldats, et 
„les repousse courageusement. Les balles de mous- 
„quets et d'arquebuses sifflent de tous costez. Mon- 
sieur le Gouverneur estant sur l'eau dedans son 
„brigantin se fait porter au plustost à terre sur vn 
„batteau; il entre dans le réduit qui n'estoit pas en- 
„core en estât de se bien défendre. Nos François 
„sont bien étonnez de voir le courage et la résolu- 
tion d'vn ennemy qui passe, dans l'esprit de ceux 
„qui ne le connoissent pas, pour timide, et qui fait 
„des actions d'vne très grande hardiesse: bien atta- 
„qué, bien défendu. Vn grand Iroquois portant vn 
„pennache, ou vne espèce de couronne de poil de 
„cerf, teint en écarlate, enrichy d'vn collier de pour- 
„celaine, s'avançant trop, est couché par terre tout 
„roide mort d'vne mousquetade. Vn autre receut sept 
„postes dans son bouclier et bien autant dans son 
„corps. Nos François estant animez, se ruent auec 
„vn tel carnage, qu'ils font lascher prise à ces bar- 
bares .... Ils firent néantmoins leur retraite auec 
„conduite, se retranchans dans vn fort qu'ils avoient 
„secrètement dressé à vne lieue ou environ au dessus 
„de nous. On trouva par après des haches et d'au- 



208 

„tres armes, que les blessez auoient laissées auec du 
„sang qui rougissoit leur trace. Nos soldats les 
„louoient de leur générosité, ne pensans pas que des 
„gens qui portent le nom de sauvages , eussent les 
„ armes si bien en la main: tel s'auança pour mettre 
„le pied dans vne barque, d'autres tirèrent dans la 
;j redoute par les meurtrières mesmes Cet as- 
saut qui dura assez longtemps eut deux bons effets: 
,,1'vn fut d'arrester ces barbares et de les empescher 
„non seulement de venir chercher nos sauvages 
„chrestiens jusques auprès de nos portes, mais encor 
„de venir surprendre les Huuons et les Algonquins 
; ,qui passent tous les jours dans ce grand fleuve 
„pour nous venir visiter; de plus nos soldats appri- 
rent qu'il se falloit délier d'vn ennerny qui fond 
„comme vn oiseau sur sa proye , qui fait la guerre 
„en larron , et qui attaque en vaillant homme 1 ' (Re- 
lation de 1642, XI, 51). 

Que le courage de ses peuples ait eu besoin 
d'être excité par des motifs de vengeance, d'hon- 
neur ou d'intérêt, je l'admets volontiers sur la foi 
de Perrot; mais quel civilisé n'est sauvage en ce 
point? 

Ces motifs ne leur manquaient point, la bra- 
voure étant tenue en très haute estime chez nos In- 
diens, et, unie à la libéralité, pouvant seule donner 
quelque influence parmi eux. Le cas extra ordinaire 
qu'ils en faisaient, peut même nous fournir une ex- 
plication assez plausible des horribles tourmens qu'ils 
infligeaient à leurs prisonniers de guerre. Chez quel- 
ques-unes de ces nations, on parait, en effet s'être sur- 
tout proposé de forcer le captif à se deshonorer lui et 
sa tribu en cédant à la violence des tortures et en 
trahissant sa faiblesse par des pleurs ou des gémis- 
semens indignes d'un brave. Mais ce raffinement de 
vengeance n'atteignait presque jamais son but. Alors, 
c'est- k- dire quand la victime avait par son iné- 
branlable fermeté trompé l'espérance de ses bour- 



209 

reaux ; ceux-ci s'en consolaient en dévorant son coeur 
et en buvant son sang, afin de s'approprier ainsi ce 
courage invincible qu'ils étaient forcés d'admirer. 
Ailleurs, c'était ce dernier résultat qu'on recherchait 
à peu près exclusivement. Aussi ne faisait-on subir 
ces tourmens qu'aux prisonniers de marque, dont 
l'intrépidité connue dissipait jusqu'à l'ombre du doute 
à cet égard. Cf. Simon, Noticias Historiales de la 
Gonquista de Tierra-Firme, Not. II, p. 82, et IV, 315, 322. 

Note 8. „Faux, point de témérité chez eux" (A). 
— On a pu voir par la note précédente que la va- 
leur du sauvage est parfois accompagnée d'une har- 
diesse qui frise la témérité. On en verra plus loin, 
dans Perrot lui-même (ch. XVI, p. 107), de nouveaux 
exemples. Au reste, le témoignage des anciennes rela- 
tions est formel là-dessus. Voici ce que le P. Bruyas 
missionnaire chez les Iroquois Onneiouths écrit à ce 
sujet (Relat. de 1670, VI, 45, col. 2): „Ils sont si 
„ ardents à faire quelque meurtre dans le pais en- 
„nemi, que quelquefois mesme un seul homme ira 
„faire un coup de prouesse, entrant de nuit dans 
„une bourgade ennemye, et y massacrant un ou plu- 
sieurs de ceux qu'il y trouvera endormis ; se sau- 
„vant après à la fuite, quoyqu'il soit poursuivy de 
„trente et quarante ennemys qui se seront reveillez 
„au bruit du meurtre . ... Souvent ils y sont pris 
„et brûlez cruellement." 

Note 9. „Faux" (A). — Je serais assez porté 
à croire que cette fois le critique a raison. 

Note 10. „A la faveur de la nuit et de quel- 
que bois" (A). 

Note 11. „Exagération" (A). — Nous voyons 
cependant, ici même (p. 102), les Outaouais violer pour 
un misérable lucre les droits les plus sacrés de l'hospi- 
talité, en livrant à la fureur des Hurons, un chef 
Sioux qu'unissait à leur propre chef l'alliance la plus 
intime qui puisse exister entre deux Indiens de na- 
tion différente. 

14 



210 

Il me parait à peu près certain, que, en traçant 
dans ses mémoires ce portrait assurément très peu 
flatte des sauvages en général, Perrot avait surtout 
en vue la grande famille des Illinois. On n'a, pour 
s'en convaincre, qu'à rapprocher du texte de notre 
auteur, ce qu'écrivait de ce même peuple, a la même 
époque, le P. Marest (Lettr. Edif. VI, 322): „Ils 
„sont, dit-il, lâches, traîtres, légers, et inconstans, 
„fourbes, naturellement voleurs, jusqu'à se faire gloire 
„de leur adresse à dérober; brutaux, sans honneur, 
„sans parole , capables de tout faire quand on est li- 
„béral à leur égard, mais en même temps ingrats et 
„sans reconnaissance. C'est même les entretenir dans 
„leur fierté naturelle que de leur faire gratuitement 
„du bien ; ils en deviennent plus insolents. On me 
„craint, disent-ils, on me recherche. Ainsi quelque 
„bonne volonté qu'on ait de les obliger, on est con- 
traint de leur faire valoir les petits services qu'on 
„leur rend." — On voit, en somme, que, générale- 
ment parlant, les sauvages ne sont ni des brutes, ni 
des héros, ni tout-à-fait des hommes, mais de grands 
enfants; qui se laissent le plus souvent entrainer à 
la première impression bonne ou mauvaise, quand 
l'intérêt ne les fixe point. 

Note 12. „Quelques-uns sont capables de ces 
sortes de lâchetés, mais peu" (A). 

Note 13. L'indépendance chez les sauvages de 
la Nouvelle-France était absolue en principes. Elle 
ne reconnaissait à aucune autorité le droit de lui 
assigner des limites. Chaque nation, et dans cha- 
que nation, chaque bourgade, et dans chaque bour- 
gade, chaque famille, et dans chaque famille, chaque 
individu se considérait comme libre d'agir à sa guise, 
sans avoir jamais de compte à rendre à personne. 
Aussi est-il vrai de dire que les Hurons, les Iroquois 
et les Algonquins n'avaient pas de gouvernement. 
Leurs chefs ne jouissaient de quelque pouvoir qu'à 
la guerre et à la chasse, où d'ailleurs ils n'étaient 






211 

suivis que par ceux qui le voulaient bien. En toute 
autre circonstance, leur seul moyen de se faire obéir 
était la persuasion; et ce moyen ne réussissait pas 
toujours. „Les sauvages , dit un vieux missionnaire 
„(Kelation de 1648, X ; 43, 44), depuis le commence- 
„ment du monde jusques à la venue des François 
„en leur pays, n'ont jamais sceu que c'estoit de def- 
„fendre solemnellement quelque chose à leurs gens, 
„sous aucune peine pour petite qu'elle soit; ce sont 
„peuples libres, qui se croyent tous aussy grands 
„seigneurs les uns que les autres, et qui ne dépen- 
dent de leurs chefs qu'autant qu'il leur plaist." 

Un assassinat était-il commis, une paix solennel- 
lement jurée avec une autre peuplade était- elle violée 
par le caprice d'un seul individu: il ne falloit pas 
songer a punir directement le coupable ; c'eût été 
s'attribuer sur lui une juridiction qu'on ne songeait 
pas même à réclamer. On offrait à la partie lésée 
des présents destinés à couvrir le mort, ou à rame- 
ner la paix, et tout était dit. Coutume que nous re- 
trouvons dans les nations qui envahirent l'empire 
romain au cinquième siècle. Le plus grand châti- 
ment qu'on pût infliger au coupable était de ne pas 
le défendre, et de laisser à ceux qu'il avait offensés 
la liberté d'en tirer vengeance à leurs risques et 
périls. C'est ce que nous apprend la relation citée 
plus haut (44, col. 1): „Cependant, y est-il dit, 
„le capitaine .... pour autant qu'il connaissoit bien 
„que les sauvages ne reconnoistroient pas les def- 
„fenses faites par un François, il répéta plusieurs 
„fois ces paroles: Ce n'est pas seulement le capitaine 
„des François qui vous parle, ce sont tels et tels 
„capitaines, dont il prononça les noms, c'est moy 
,.avec eux qui vous asseure que si quelqu'un tombe 
„dans les fautes deffendues, nous l 'abandonnerons aux 
„lois et aux façons de faire des François. Voilà le 
„plus bel acte de jurisdiction qu'on ait exercé parmy 
„les sauvages depuis que je suis en ce Nouveau- 

14* 



212 

„Monde." On peut voir sur ce même sujet les re- 
lations de 1634 (30, col. 1), et de 1637 (XIII, 59, 
col. 2). 

Il n'en était pas tout a fait ainsi des nations dis- 
persées dans la vallée du Mississipi. Chez quelques- 
unes d'entre elles (les Miamis, par exemple, et les 
Natchez), les chefs possédaient un pouvoir beaucoup 
plus étendu, et parfois même illimité; mais ce n'était 
là qu'une exception. Cf. Perrot (infr. ch. XX); — 
Relation de 1671 (IV, 47, col. 2); — et Lettres Edif. 
VII, 9 et suiv. 



Chapitre XIII. 

Note 1. Ce passage de Perrot est fort obscur. 
Les phrases dont il se compose pouvant s'appliquer 
indifféremment aux Iroquois ou aux Algonquins, n'of- 
frent qu'un sens équivoque et embarrassé. Entre 
toutes les explications qu'on peut en donner, celle-ci 
me parait la plus vraisemblable : les Algonquins 
marchèrent contre les partis Iroquois qui s'étaient 
mis en course pour venger le meurtre de leurs com- 
patriotes ; ils en défirent plusieurs. Mais les Iroquois 
ne tardèrent pas a prendre leur revanche. N'ayant, 
en effet, été attaqués dans les premières rencontres 
que par de petites bandes d'Algonquins, leurs défai- 
tes ne purent être bien sanglantes, ni par conséquent 
les affaiblir beaucoup. Cf. La Potherie (I, 293). 

Note 2. „Dont le courage avoit épouvanté les 
Iroquois." Grammaticalement, ces mots ne peuvent 
s'entendre que des Agniers, une des cinq tribus Iro- 
quoises confédérées. Mais alors comment le courage 
des Agniers pouvait-il épouvanter les amis et le* 
alliés de cette belliqueuse peuplade? Parce que leur 
courage, c'est-à-dire leur audace présomptueuse et 



213 

leur violence ; en imposait au reste de la confédé- 
ration et empêchait la conclusion de la paix avec 
les Français. Ceci serait assez d'accord avec ce que 
la relation de 1(548 (VU, 57, col. 1) rapporte de la 
crainte inspirée par les Agniers à leurs propres com- 
patriotes: „Ce qui, dit-on, a fait entrer l'Onnontae- 
„ronnon (PIroquôis d'Onnontagué) dans ces pensées 

„de paix, est secondement , la crainte qu'il a 

„que l'Iroquois Annieronnon (Agnier), qui devient 
„insolent en ses victoires, et qui se rend insupporta- 
„ble mes/ne a ses alliez, ne devienne trop fort, et ne 
„les tyrannise avec le temps. 1 ' 

Peut-être aussi faudrait-il rapporter ce membre 
de phrase a MM. de Tracy et de Courcelles, dont 
le courage épouvanta les Iroquois et les contraignit 
à demander la paix. Ce ne serait pas la première 
fois que, dans ce mémoire, la construction gramma- 
ticale et le sens de l'auteur se contrediraient ouver- 
tement. Perrot, on le sait, ne se piquait point de 
littérature ; il était plus rompu aux affaires qu'aux 
règles de la syntaxe. Il faut d'ailleurs tenir compte 
de l'incertitude où nous sommes sur la vraie leçon 
d'un texte dont l'original est perdu, et dont il ne 
nous reste qu'une seule copie. 

Note 3. „Mr. de La Barre a fait son expédi- 
tion devant que Mr. Denonville fut venu en ce 
„pays; et c'est Mr. de Callières qui a conclu la paix 
„que Mr. Denonville avoit rompue" (A). — Dans 
la narration détaillée de ces événements qu'on lira 
plus loin, Perrot a rétabli l'ordre des faits, brouillé 
ici par distraction. 



Chapitre XIV. 



Note 1. „Dans les Trois Rivières et au Mont- 
réal" (A). 



214 

Note 2. „Entre le lac Huron et le lac Onta- 
rio" (A). 

Note 3. „La défaite des Hurons se répandit 
„chez tous les peuples voisins, l'effroi s'empara de 
„la plupart .... les Nipiciriniens s'enfuirent au nord ; 
,,les Sauteurs et les Missisakis avancèrent dans la 
^profondeur des terres. Les Outaouacs et ceux qui 
„habitoient le lac Huron se retirèrent dans le sud, 
„et s'étant tous réunis, habitèrent une isle qui porte 

^encore le nom de l'isle Huronne Quelque 

„temps après un de leurs canots donna avis d'une 
„ armée d'Iroquois qui étoit fort proche. L'allarme 
„se répandit bien vite dans tous les lieux circon- 
„voisins. Toutes se réfugièrent chez les Poutéoua- 
,,témis qui étoient k une journée plus loin. Ils n'eu- 
rent pas de peine à faire un grand fort, où elles 

„se trouvèrent à l'abri des Iroquois " etc. La 

Potherie II, 51 — 53. 

L'île Huronne, placée k l'entrée de la baie des 
Puans, dans le lac Michigan, figure aujourd'hui, sur 
les cartes américaines, sous le nom d'île Porto wato- 
mie; et a bon droit, puisque les Poutéouatamis en 
furent les premiers habitans. Mais a l'époque où les 
Algonquins Outaouais de Sankinon et de l'Anse-au- 
tonnerre (Sagînam Bay et Thunder Bay sur la rive 
occidentale du lac Huron), de Michillimakinak et de 
Manitoaletz (Mackinaw et Manitouline, deux îles du 
même lac) s'y réfugièrent, les Poutéouatamis l'avaient 
déjà quittée. On voit, en effet, par la comparaison 
du récit de Perrot avec celui de La Potherie, qu'au 
sortir de l'île Huronne, les Algonquins et leurs alliés 
se retirèrent dans le Michingan (état actuel du Wis- 
consin et section nord-ouest du Michigan) et s'arrê- 
tèrent chez les Poutéouatamis, k une journée (sept 
ou huit lieues) de l'habitation que la peur des Iro- 
quois les forçait d'abandonner. 

Les Poutéouatamis accueillirent les fugitifs avec 
d'autant plus de faveur qu'ils appartenaient k la 



215 

même race, parlaient la même langue, et étaient 
animés de la même haine contre les Iroquois, qui 
les avaient eux aussi chassés anciennement de leur 
pays natal, c'est-à-dire de l'immense péninsule qui 
forme aujourd'hui la section orientale du Michigan 
(Relat. de 1667, IX, 18; de 1671, 3e partie, 25, col. 
2, et V, 42, col. 1). Cette première migration des 
Poutéouatamis dut s'accomplir vers 1636 au plus 
tard, car dès 1637 ou 1638, nous les trouvons 
établis dans la voisinage des Puans et par consé- 
quent près de la baie à laquelle ceux-ci donnaient 
leur nom (Relation de 1640, X, 35). Dans le 
cours des années suivantes, ils se répandirent le 
long des rivages de cette même baie, dont, en 1671, 
ils occupaient le fond (Relat. de 1671, ubi supr.), 
tout en ayant repris possession de l'île Huronne , et 
dispersé quelques-unes de leurs bandes sur le conti- 
nent voisin, à l'entrée de la baie. C'est au moins 
ce que semble indiquer le P. Allouez, quand, d'une 
part, il place le pays des Poutéouatamis dans le lac 
des Illinois ou lac Michigan (Relat. de 1667, IX, 
18), ce qui n'est vrai à la lettre que de l'île Hu- 
ronne; et que, de l'autre, il parle d'un village de 
cette même nation, situé sur une des rives de la 
baie, à huit lieues d'un village Ousaki construit sur 
la rive opposée (Relat. de 1670, XII, 95). Or la baie 
n'a cette largeur qu'à son orifice (Récits des voyages 
du P. Marquette , 1 , 15). Belliqueux , chasseurs et 
pêcheurs, les Poutéouatamis étaient de tous les sau- 
vages de l'ouest les plus dociles et les plus affec- 
tionnés aux Français. Leur politesse naturelle et 
leurs prévenances s'étendaient aux étrangers, ce qui 
est très rare chez ces peuples (Relat. de 1667, ubi 
supra). Enfin, et ceci fait l'éloge le plus complet 
de leur énergique vitalité, ils ont résisté jusqu'ici à 
la méthode aussi efficace qu'hypocrite dont la race 
Anglo-Saxonne s'est si avantageusement servie pour 
se débarrasser de tant d'autres tribus. On les a 



216 

empoisonnés de rhum et d'eau-de-vie; on leur a im- 
posé, par menace ou par séduction, de frauduleux 
traités qui les dépouillaient presque sans compensa- 
tion de leur territoire. On les a refoulés ainsi, de 
contrées en contrées, bien au-delà du Mississipi, 
dans un coin du Kansas: d'où le flot envahisseur va 
sans doute les chasser encore; tout a été inutile: ils 
s'obstinent à vivre. Un jour viendra cependant où, 
lassés de tant d'injustices et d'outrages, ils essaieront 
de prendre à leur manière une revanche trop mé- 
ritée: tout alors sera fini. Sur ces incorrigibles 
Peaux-rouges, assez osés pour scalper quelques-uns 
de ces Visages-pâles qui les ont si long-temps oppri- 
més, volés ou même assassinés, on lâchera cinq ou 
six mille hommes de milices et un héroïque général 
ayant sa réputation à refaire: on les mitraillera sans 
pitié, et l'on pendra, pour l'exemple, ceux que la 
mitraille aura épargnés. Demandez plutôt aux tribus 
de l'Orégon et aux Sioux du Minnesota. 

Un mot maintenant sur cette baie des Puans 
(Grande baie, Green-Bay, Baie-Verte) dont il est fait 
si souvent mention dans les relations et dans Perrot. 
J'emprunte au P. Marquette (ubi supra) les détails 
qui suivent sur l'étendue de cette baie, la vraie 
signification du nom qu'elle porte, et le remarquable 
phénomène physique qui s'y produit. ,, Cette baye," 
dit-il , „porte un nom qui n'a pas une si mauvaise 
., signification en la langue des sauvages; car ils l'ap- 
pellent plustost la baye salée que la baye des Puans 
„quoyque parmy eux ce soit presque le mesme, c'est 
„aussy le nom qu'ils donnent a la mer .... la baye 
„a environ trente lieues de profondeur et huit de 
,, large en son commencement. Elle va tousjours en 
„estroississant jusque dans le fond, où il est aisé de 
,, remarquer la marée qui a son flux et son reflux 
„réglé presque comme celuy de la mer. Ce n'e<t 
„pas icy le lieu d'examiner si ce sont de vrayes 









217 

„marées, si elles sont causées par des vents ou par 
^quelque autre principe." 

Deux ans plus tard, ces mêmes marées furent 
attentivement observées, et leur existence constatée 
par un des successeurs du P. Marquette. „Le mesme 
„père André/' lisons-nous dans la Relation de 167<> 
(p. 8 du ms. original), „a fait quelques remarques 
„assez curieuses sur les marées de la baye des Puans, 
„où elles se reconnaissent sensiblement. Cette baye 
,,a plus de trente lieues (le ms. porte 300) de long 
„sur sept ou huit de large en quelques endroits. Elle 
„reçoit toutes les eaux du grand lac des Illinois, ou 
„bien elle les luy envoyé, les recevant de plusieurs 
,, rivières qui s'y deschargent. Il a dressé une table 
„très exacte des marées d'hyver soubs les glaces, et 
„une autre des marées d'esté. Il a trouvé quelles 
„sont très déreiglées; que dans l'espace de 24 heures, 
„il y a tantost 2 marées pleines, tantost 3, tantost 
„4; que quand il n'y en a que 2, tantost elles retar- 
„dent, tantost elles advancent. Il a remarqué les 
,, rapports qu'elles ont avec les jours de la lune; il 
„n'a pas cependant encore pu, quelque soin qu'il y 
„ait apporté, dire justement a quel rumb de vent 
„est la lune lorsque la marée est pleine, à cause des 
„inconstances. Il s'est estudié avec beaucoup de peine 
„à rechercher quelles pouvoient estre les causes de 
„ces marées. Il estime qu'elles peuvent estre du lac 
„des Illinois plustost que des vents, qui peuvent de 
„vray contribuer k l'inconstance de ces marées estant 
„d'eux mêmes extraordinairement inconstans dans 
„cette baye. Il y a de plus remarqué qu'il n'est 
„point de vent si violent qui empesche la marée de 
„monter et de descendre pendant tout le temps qu'il 
„règne. Il est vray qu'il l'altère et est cause qu'elle 
„est basse quand elle devroit estre haute, et qu'elle 
„recule ou advance extraordinairement ; mais il ne 
„faict qu'elle descende tousjours sans jamais monter, 
„ni qu'elle monte tousjours sans jamais descendre, 



218 

,,quoyqu'il règne plusieurs jours de suite de la mesme 
; , force. Enfin son journal comprend tout ce que les 
„curieux peuvent souhaitter en ces matières." Des 
observations récentes ont confirmé la vérité de tout 
ce qui précède. Voici en effet ce que je lis dans le 
Correspondant d'Octobre 18(32 (tom. LVII de la col- 
lection p. 257, note 2): „Mr. Graham vient de con- 
stater le fait de marées lunaires dans le lac Michi- 
„gan d'Amérique." 

Note 4. Notre manuscrit offre ici une lacune 
que je renonce a combler. J'avais cru d'abord pouvoir 
le faire en lisant ainsi ce passage : ,,Dont Hun rela- 
scha de /'«[utre côté du lac]"; mais le peu d'espace 
laissé en blanc par le copiste, enlève toute vraisem- 
blance à cet essai de restitution. 

Ce qui est certain, c'est que, des deux partis 
Iroquois, l'un revint sur ses pas, et traversant la 
baie des Puans et le lac des Illinois, se dirigea vers 
son pays, en côtoyant les bords du lac Huron; où 
il fut surpris et battu par les Saulteurs, Mississakis 
et Mikikouets: l'autre poussa plus loin vers le sud- 
ouest, et pénétra jusqu'au territoire des Illinois, où 
il fut, lui aussi complètement défait. C'est ce qui 
ressort des récits comparés de Perrot et de La Po- 
therie (II, 54). Observons toutefois que ce dernier, 
par un quiproquo évident, fait aller aux Illinois ceux 
des Iroquois, dont, après leur départ du pays des 
Poutéouatamis , la marche suivit les bords du lac 
Huron, ce qui est absurde; car pour se rendre du 
Micliingan au lac Huron, il leur fallait de toute né- 
cessité tourner le dos aux Illinois, et aux vastes 
prairies où l'on prétend qu'ils les auraient rencontrés. 

Note 5. On a vu plus haut (ch. XI, note 11) 
que les Sauteurs, ou Chippewais, qui habitaient an- 
ciennement la portion du Michigan occidental baignée 
par les eaux des trois lacs Michigan, Supérieur et 
Huron, l'ont presque entièrement abandonnée. Une 
partie d'entre eux, a dû, il y a déjà plusieurs années, 



219 

«migrer bon gré mal gré au-delà du Mississipi ; d'au- 
tres résident aujourd'hui dans la grande île Mani- 
touline ; quelques-uns enfin n'ont pu se résigner en- 
core à quitter leur ancien territoire (Annal, de la 
Prop. de la Foi VI, (39). 

Les Mississakis (Mississagués, Missagués, Michis- 
sagués) avaient leurs établissements sur la côte sep- 
tentrionale du lac Huron, non loin de l'île Manitou- 
line (Relat. de 1648, X, 62; de 1671, 3e partie 25, 
col. 1, et II, 31; — La Potherie II, 60). Vers 1720, 
quelques-unes de leurs familles résidaient au fort 
Frontenac; on voyait aussi de leurs villages sur la 
rive occidentale du lac Ontario, à Niagara, et au 
Détroit (Charlevoix, III, 195). Je n'ai plus rien autre 
chose à dire des Mississakis, sinon que „ce peuple, 
,, outre la pluralité des femmes et les superstitions qui 
„luy sont communes avec les autres, est le plus fier 
,,et le plus superbe de tous ceux d'alentour" (Relat. 
de 1673, II, 2S du ms. original). 

Des Mikikoués (ou gens de la Loutre), il n'est 
plus fait mention ni dans Perrot ni nulle part ail- 
leurs. Les anciennes relations en particulier ne di- 
sent mot de cette nation. Peut-être s'est-il glissé 
quelque erreur dans notre manuscrit; et le copiste 
aura-t-il écrit Mikikoués, au lieu de Nikikoués, na- 
tion Algonquine, qui demeurait sur la rive nord du 
lac Huron, entre les Mississakis et les Amikoués 
(Relat. de 1648, X, 62, col. 1; et de 1658, V, 22). 
Le P. Bescheter associe lui aussi les Nikikoués aux 
deux autres peuplades que je viens de nommer (Re- 
lation inéd. de 1682, p. 59). 

Il est assez surprenant que, dans le récit de 
Perrot, il ne soit point parlé des Amikoués; puisque, 
d'après la relation de 1671 (II, 32), c'est à leur 
chef que reviendrait la principale part dans la vic- 
toire remportée par les Sauteurs, les Mississakis 
et les gens de la Loutre sur les Iroquois retour- 
nant dans leur pays, après leur malheureuse expé- 



22< I 

dition chez les Poutéouatamis. Nous y lisons éga- 
lement que ces Iroquois furent battus sur le ter- 
ritoire même des Amikoués, et que, sur cent vingt, 
il ne s'en échappa qu'un seul. Cet exploit acquit a 
ce chef une telle gloire, que, trois ans après sa 
mort, son fils ayant voulu honorer sa mémoire en 
ressuscitant son nom, plus de seize cents guerriers 
de toutes les nations voisines répondirent à son ap- 
pel, et assistèrent aux fêtes célébrées à cette occa- 
sion (Relat. de 1671, ïbicL). 

Note 6. „Un Iroquois aperçut ... de la 

„fumée, il en donna aussitôt avis aux autres, qui 
, , reconnurent un petit village d'Illinois. Ils donnè- 
rent dessus sans trouver de résistance, n'y ayant 
„que des femmes et des vieillards, le reste du vil- 
lage «'-tant dispersé à la chasse" (La Potherie II, 
55). C'est sur l'autorité de ce passage que je pro- 

{)Ose de lire dans le texte de Perrot bourgade, au 
ieu de brigade que porte le manuscrit. 

Les Illinois (Erinouai, Erinouek, Alimouek, Ili- 
mouek, Liniouek, Illinoets, les Hommes) étaient en- 
core à cette époque l'une des plus puissantes nations 
de la Nouvelle -France. Leurs soixante bourgades 
renfermaient vingt mille guerriers et de cent à cent 
vingt mille habitans; non compris les Miamis, qui 
pouvaient fournir un contingent de huit mille guer- 
riers (Relation de 1658, V, 21; et de 1660, III, 12, 
col. 2). Mais dès 1667, tout était bien changé : ces 
nombreux et florissans villages, dépeuplés par la 
guerre avaient été réduits à dix d'abord, puis à deux 
(Relat. de 1667, XI, 21; et de 1670, XI, 90, col. 2), 
ou à huit, suivant une autre relation (Relat. de 1671, 
3 e part. 24, col. 2), qui ne comptaient plus que huit 
ou neuf mille habitans (Relat. de 1670, supr. cit.). 

Ils parlaient un dialecte de la langue Algonquine 
très différent de la langue mère; j)as assez cepen- 
dant pour que, avec un peu d'habitude, les Illinois et 
les Algonquins ne pussent s'entendre les uns les au- 



221 

très (Relat. de 1667, XI, 21; — Voyage du P. Mar- 
quette, 48). 

Cette grande et puissante nation se subdivisait 
en un certain nombre de tribus. Voici les noms de 
quelques unes d'entre elles: 1° les Kikabous ou Kika- 
pous („les Kikabous pareillement Illinois." Lettre 
inédite du P. Binneteau, p. 1 du ms. orig.); 2° les 
Kaskaskias (Marquette, X, 91 ; Gravier, Voyage, 6) ; 

3° les Kaokia („les Tamaroha et les Kaokia 

qui sont Illinois." Lettre du P. Gravier sur la Mis- 
sion Notre-Dame des Illinois) ; 4° les Tamarois 

ou Tamarohas (Gravier, ubi supra: Charlevoix, III, 
392; et le P. Binneteau, 10); 5° les Kouivakouinta- 
nouas (Gravier, Mission Notre-Dame, 1); 6° les Ne- 
gaouichirinouek (les Illinois Negaouich?) voisins des 
Poutéouatamis (Relat. de 1658, V, 21, col. 1); 7° les 
Peorias, Peouarouas, Peoualeas, Peouris („Les autres 
Ilinois Peoulea, Moiïingoiiena viennent ici" Relat. de 
1674, XII, 76 du ms.; Binneteau, 9; Gravier, Voyage, 
6; Marquette, 48) ; 8° les Moiiingouena (Relat. de 1674; 
et Gravier, Voyage, ubi supra); '9° les Mitchigamias 
qui étaient de tous les Illinois, les plus éloignés vers le 
sud (Marquette, 77; Charlevoix, II, 484; Bancroft, 
II, 811); 10° les Kitchigamich ou Ketchegamins par- 
laient la même langue que les Illinois Kikapous (Relat. 
de 1670, XI, 90, col. 2 ; XII, 100, col. 1 ; Relat. inéd. 
du P. Beschefer, p. 56 de mon ms.); on peut donc 
avec assez de vraisemblance les regarder comme ap- 
partenant a la même race; 11° les Maskoutens, ou 
nation du Feu, classés parmi les Illinois pour la 
même raison que les précédens (Relat. de 1670, 100, 
col. 1); 12° les Miamis, appelles parfois Miamiak et 
Miamioiiek, parfois aussi Oumiamis et Oumamis, par 
l'addition a leur nom de la préfixe algonquine ou, qui 
équivaut à notre article (Relat. de 1670, XI, 90, col. 
2; de 1671, 3e part. 25, col. 2; de 1673, V, 41, 42, 
44 du ms.; Beschefer, 56, „les Oumiamis, les Kitchi- 
gamins, le long du lac des Illinois", et enfin Charle- 



222 

voix, III, 188). Les Miamis étaient composés de plu- 
sieurs peuplades, ayant chacune son nom particulier: 
1° les Atchatchakangouen (Tchidiiakouingoues de La 
Potherie?); 2° les Mengakoukia (Mangakekis) ; 3° les 
Kilatika; 4° les Ouaouiatanoukak (Oùaoiiiartanons, 
Oiïeas); 5° les Pepikoukia (Pepikokis), les Poùanki- 
kias ou Piankaskouas. Cf. Relat. de 1673 (Ms. Rom. 
p. 41 et 45); La Potherie (II, 261); Annales de la 
Propag. de la Foi (X, 137, 138). 

Les Illinois étendaient leurs courses et leurs chasses 
sur un immense territoire, dont l'état actuel de l'Illinois 
ne représente qu'une partie. Il était borné au nord par 
la Rivière-aux-Renards, le Wisconsin, le lac Michigan 
et la rivière Saint-Joseph; à l'est et au sud, par la ri- 
vière des Miamis et l'Ohio ; à l'ouest par la rive occi- 
dentale du Mississipi que les Illinois occupaient depuis 
le 40° de latitude nord jusqu'au 33 e (Marquette, 34, 77). 
Mais ces délimitations n'eurent jamais rien de bien fixe; 
elles flottaient, à l'est et à l'ouest surtout, au gré des 
événements. On lit, à ce sujet, dans la relation de 1671 
(3e part., 25, col.l)." „De là on entre dans le lac Mit- 
„chiganons, à qui les Illinois ont laissé leur nom. De- 
„puis que ces peuples qui ont autrefois habité proche 
„de la mer de l'ouest, en ont été chassez par leurs en- 
„nemis, ils se vinrent réfugier sur les rivages de ce lac, 
„d'où les Iroquois les ayant aussy dépossédez, ils se 
„sont enfin retirez à sept journées au-delà de la grande 
,,rivière", c'est-à-dire, le Mississipi, ainsi que l'auteur 
l'affirme un peu plus haut (ibid. 24, col. 2): „C'est, 
„dit-il, vers le midy que coule la grande rivière qu'ils 
„appellent Mississipi, laquelle ne peut avoir sa dé- 
charge que vers la mer de la Floride, à plus de 
„quatre cents lieues d'icy. . . . Au-delà de cette grande 
„rivière sont placées les huit bourgades des Illinois, 
„à cent lieues de la pointe du Saint-Esprit (sur le 
„lac Supérieur). Et, à quarante ou cinquante lieùe.s 
„du mesme endroit tirant au couchant, on découvre 
„la nation des Nadouessi (Sioux) fort nombreuse et 



223 

belliqueuse, qui passent pour les Iroquois de ces 
contrées/' 

C'est cette dernière nation, dont les hostilités 
continuelles paraissent avoir forcé les Illinois à leur 
première migration vers le lac Michigan ; ainsi que 
semble l'indiquer le P. Allouez dans le passage sui- 
vant de la relation de 1667 (XI, 21): „Les Illimouec 
ne demeurent pas en ces quartiers; leur païs est à 
plus de soixante lieues d'icy, du costé du midy, au- 
delà d'une grande rivière .... c'estoit une nation 
nombreuse distribuée en dix grands bourgs; mais à 
présent, ils sont réduits à deux. Les guerres conti- 
nuelles avec, les Nadouessi d'un costé, et les Iroquois 
de l'autre, les ont presque exterminez. u 

Ces extraits d'anciennes relations demandent 
quelques éclaircissements. 1° Qu'est-ce d'abord que 
cette mer de l'ouest, sur les bords de laquelle les 
Illinois auraient eu leurs premiers établissements, et 
d'où ils auraient été chassés par leurs ennemis (Itelat. 
de 1671, 2b)? Je n'ose trop interprêter à la lettre 
cet ancien témoignage, et croire que ce soit l'Océan 
Pacifique, seule véritable mer de l'ouest. J'aimerais 
mieux supposer que, dans le récit de leurs migra- 
tions donné par les Illinois à nos missionnaires, 
ceux-ci auront entendu de cette mer lointaine l'ex- 
pression de grandes eaux, usitée chez les sauvages 
pour désigner le Mississipi. Déjà, trente ans aupa- 
ravant, Jean Nicolet, premier explorateur du Wiscon- 
sin et du Michigan occidental, s'y était trompé. Par- 
venu à trente ou quarante lieues du Mississipi, il 
s'arrêta, s'imaginant n'être plus qu'à trois journées de 
la mer (Relat. de 1640, X, 36 ; — Shea, Discovery . . . 
of fhe Mississippi Valley, p. XXI, New- York, 1852; — 
Ferland, I, 325). 

Mes doutes n'enlèvent pas cependant sa proba- 
bilité à la tradition dont il s'agit; j'ajoute même 
que, en 1721, on en retrouvait des traces chez les 
peuplades du Missouri et chez les Miamis. Charle- 



224 

voix apprit d'une Missourite que les Illinois et les 
Miamis venaient des bords d'une mer fort éloignée 
à l'ouest; et une Miamise esclave des Sioux racontait, 
vers le même temps au P. de Saint-Pé, que ses 
maîtres l'avaient conduite dans un village de sa pro- 
pre nation situé fort près de la mer (Charlevoix III, 
398). Il serait trop long d'expliquer pourquoi ce 
double témoignage joint au précédent ne réussit pas 
à dissiper toutes mes incertitudes. Il reste donc au 
lecteur le droit très légitime de ne pas les partager, 
et d'adopter un autre avis. 

2° Nous avons vu plus haut, que, d'après les re- 
lations de 1667 et de 1670, les Illinois presque entiè- 
rement exterminés par les Iroquois leurs ennemis, ne 
formaient plus que deux bourgades; comment se fait-il 
donc que, dès l'année suivante (Relat. de 1671, 3 e 
part. 24, col. 2), le P. Dablon en comptât huit au- 
delà du Mississipi seulement? C'est ce que je ne me 
charge pas d'expliquer. 

3° La guerre entre les Iroquois et les Illinois, 
commencée vers 1656, avait, dès 1667, amené la 
ruine de cette dernière nation et l'émigration de ses 
tristes débris au-delà du grand fleuve; c'est donc 
par distraction que Charlevoix (I, 446), recule jus- 
qu'en 1673 les premières incoursions des Iroquois 
dans le pays des Illinois. 

4° On s'étonnera peut-être de voir les Illinois 
vaincus se réfugier auprès des Sioux leurs premiers 
ennemis; mais il est assez vraisemblable qu'à l'épo- 
que de leur retour forcé au Mississipi (entre 1661 et 
1666), les Illinois n'avaient plus rien à redouter d'un 
tel voisinage. On peut, en effet, supposer que la 
paix, raffermie en 1669 par les soins du P. Mar- 
quette, existait déjà entre les Sioux et les Illinois, 
lorsque ces derniers accomplirent leur seconde mi- 
gration. Cf. Relat. de 1670 (XI, 91, col. 2). 

Plus tard (1663) , la paix imposée aux Iroquois 
par les armes de la France rouvrit aux Illinois les 



225 

portes de leur pays. Beaucoup d'entre eux ne profi- 
tèrent pas de l'occasion qui leur était offerte, ou 
n'en profitèrent qu'assez tard. Il n'y avait encore, 
en 1674, que la seule tribu des Kaskaskias sur les 
bords de la rivière des Illinois ; elle comptait 
soixante-quatorze loges et près de trois mille âmes 
(Voyages du P. Marquette, 91 et 98). Sept autres 
tribus rejoignirent la première en 1676, et for- 
mèrent avec elle une bourgade de trois cents cin- 
quante loges, qui comptait au moins onze mille ha- 
.bitans (ibid. 136). Car, chez les Illinois, quatre 
ou cinq feux étaient réunis dans chaque loge et 
chaque feu était toujours pour deux familles (Let- 
tres Edif. VI, 175). Vers 1693 ou 1694, la nation 
Illinoise était répartie dans onze villages, dont un 
seul renfermait trois cents cabanes ou douze cents 
feux (ibid.) ; mais, dès 1712, ces villages étaient réduits 
à trois, jettes a d'immenses distances l'un de l'autre, 
sur un territoire de deux mille lieues carrées (ibid. 
328 et 325). 

On chercherait vainement aujourd'hui un seul 
Illinois dans la plus grande partie de ces vastes con- 
trées. Par un mélange habilement combiné de vio- 
lence et de fraude, les Etats-Unis ses ont emparés de 
ce territoire et en ont brutalement expulsé les anciens 
possesseurs (Lettre du P. Thébaud, Propag. de la Foi, 
XVI, 450). Ici encore, les Anglo-Américains ont fait ce 
que, au témoignage des missionnaires, ils font partout 
ailleurs: après avoir démoralisé le sauvage, et l'avoir 
dépossédé, ils l'ont chassé de sa terre natale comme 
une bête fauve (Rapport sur les missions du diocèse 
de Québec, n° XII, p. 70, Québec, 1859). 

J'ai cité précédemment (ch. XII, not. 11) le ju- 
gement peu favorable porté sur nos sauvages par un 
de leurs plus zélés missionnaires; c'est donc pour 
moi un devoir de stricte justice de reconnaître ici 
que leurs premiers apôtres les peignent sous des 
couleurs plus flatteuses. „Les Illinois, disent-ils, sont 

15 



226 

affables et humains" (Relat, de 1667, XII, 21, col 2); 
— „leur physionomie est la plus douce et la plus 
„attrayante qu'on puisse voir .... le dedans ne dé- 
„ment pas l'extérieur" (Relat. de 1671, IV, 48). — 
,,Ils ont un air d'humanité qu'on ne remarque point 
„dans les autres nations . . . leur naturel est doux et 
„traitable ... ils sont belliqueux et se rendent redou- 
tables aux peuples esloignez du sud et de l'ouest" 
(Voyages du P. Marquette, 48, 49, 51). Entre ces 
deux jugemens, l'opposition n'est peut-être pas en 
somme aussi tranchée qu'on serait d'abord tenté de 
le croire. Il serait même possible de les concilier à 
peu près sur tous les points, mais a deux conditions : 
la première de tenir compte de la démoralisation 
produite chez ces Indiens, en un demi siècle, par 
leurs rapports avec les Européens et par la traite 
de l'eau-de-vie ; la seconde, de faire dans les éloges 
prodigués aux Illinois par les pères Allouez et Mar- 
quette, la part des illusions de cette charité, qui 
croit tout, espère tout et ne songe au mal qu'à la 
dernière extrémité. On trouve toutefois, dans la re- 
lation du second de ces deux missionnaires, un in- 
dice malheureusement trop clair de l'immoralité 
qu'on a plus tard reprochée à nos Illinois. Il suffit 
pour s'en convaincre de comparer le mystère signalé 
par le P. Marquette (Voyages 52, 53), avec ce que 
racontent d'une coutume identique, en vigueur chez 
d'autres nations sauvages, bon nombre d'historiens 
Espagnols ou Français (Oviedo, I, lib. V, 133, et III, 
lib. XXIX, 134; — Simon, Noticias Historiales de 
Tien a-Firme, not. 2 a. II, 56, Cuenca, 1636, in-fol. ; — 
Piedrahita, Conquista ciel Nuevo-Reyno de Granada, 
lib. I, c. I, 13, 14, s. 1. 1688, in-fol. : — Rapport sur les 
missions ... de Québec, n° XI, p. 126, Québec, 1825). 
Mais si grandes qu'on les suppose, ces infirmités 
morales des Illinois ne doivent pas nous faire oublier, 
a nous Français, l'invariable fidélité de ces sauvages 
à notre patrie. Entré dans leur coeur en même 



227 

temps que la foi catholique, ce dévouement à la 
France ne se démentit pas une seule fois, de la tin 
du XVlIe siècle au traité de Paris (1763), qui livra 
nos colonies de l'Amérique du nord à l'Angleterre. 
Lorsque notre cause fut perdue sans retour et qu'en 
exécution de ce traité honteux, le commissaire An- 
glais se présenta (1765) pour prendre possession du 
fort de Chartres et du pays des Illinois, ceux-ci ne 
purent se résigner a cette paix et à ce changement. 
Le chef des lvaskaskias, parlant en son nom et en 
celui des Missourites et des Osages ses alliés, déclara 
au commandant Français, que, dans toutes leurs tri- 
bus, il n'était pas un seul homme qui consentit à 
s'y soumettre. Puis, s'adressant a l'officier Anglais: 
„Pars, lui dit-il, pars d'ici au plutôt. Va dire a ton 
„chef que nous et nos frères sommes décidés à 
„vous combattre si vous essayez de pénétrer en ce 
,,pays .... ces terres sont à nous .... Pourquoi vou- 
,,lez-yous venir ici? Vous ne nous connaissez pas, 
„et nous ne vous avons jamais vus. Dis a ton chef 
„de rester sur ses terres, comme nous sur les nôtres 
„ . . . nous ne voulons pas d'Anglais parmi nous ; telle 
„est l'inébranlable résolution des hommes rouges." — 
„Nous pensons comme nos frères les Illinois, répon- 
dirent a leur tour les chefs des Osages et des Mis- 
„sourites, et nous les aiderons a conserver leur ter- 
ritoire .... Pars donc, va-t'en, va-t'en, et dis à ton 
„chef que l'homme rouge ne veut point d'Anglais ici. 
„Va-t'en, et ne reviens jamais. Le Français est le 
„seul que nous voulions au milieu de nous" (Bancroft, 
History of the United States, vol. IV, ch. XVIII). 
C'étaient bien là ces alliés fidèles et dévoués qui, 
deux ans auparavant, répétaient avec angoisse au 
commandant de fort de Chartres: „Père, n'aban- 
donne pas tes enfans ; pas un Anglais ne pénétrera 
„jusqu'ici du vivant de l'homme rouge .... nos coeurs. 
„sont avec le Français; nous détestons l'Anglais et 
„nous voudrions les tuer tous" (id. ibid. ch. VII). Ne 

15* 



228 

dirait-on pas qu'un pressentiment secret leur faisait 
reconnaître dans ces nouveaux-venus, les auteurs 
prochains de leur dernière et irréparable ruine? 



Chapitre XV. 

Note 1. Perrot se trompe: le P. Mesnard m 
monta chez les Outaouais qu'en 1660. Le P. bar- 
reau eut pour compagnon en 1656 le P. Dreuilletîe : 
et celui-ci, après la catastrophe du lac des Deux- 
Montagnes, se voyant abandonné par les sauvages 
Outaouais, rentra dans la colonie avec les quelques 
Français qui l'avaient suivi (Relat. de 1656, XV, 4<>, 
41). — „Le P. Grarot. qui fut tué par la bande du 
,. Bâtard Flammand. qui s'estoit embarqué avec les 

„Hurons et en prirent plusieurs." — Cette phrase 

du texte n'exprime dans sa construction présente, 
aucun sens raisonnable. L'ordre naturel en aura 
vraisemblablement été bouleversé par suite de quel- 
que distraction du copiste. Je crois qu'on peut le 
rétablir en cette façon: ..Le P. Oarot. qui s'estoit 
, ; embarqué avec les Hurons. fut tué par la bande du 
..Bâtard Flammand sur le lac des Deux-Montagnes. 
„où il [le Bâtard] avoit fait construire un fort" etc. etc. 

Le Bâtard Flamand, dont il sera parlé plu- 
sieurs fois encore, était fils d'un Hollandais et d'une 
Iroquoise. La nation des Agniers, auquel il appar- 
tenait par sa mère, le choisit pour un de ses chefs. 

Le lac des Deux-Montagnes est formé par une 
expansion de l'Outaouais , près de son embouchure 
dans le Saint-Laurent. Au nord de ce lac s'étend 
la seigneurie du même nom appartenant au sémi- 



229 

naire de Montréal. C'est dans cette seigneurie que 
messieurs de Saint-Sulpice ont établi vers le com- 
mencement du siècle dernier deux villages d'Algon- 
quins et d'Iroquois chrétiens , qui subsistent encore 
aujourd'hui et* comptent un millier d'habitans. 

Note 2. Une lettre en partie inédite du P. Pi- 
jart, qui assista le P. Garreau à ses derniers moments, 
nous fait connaître une circonstance qu'on cher- 
cherait vainement dans la relation de 1656, dans 
Perrot et dans Charlevoix. „Sur la fin du mois d'août 
,,1656, environ trois cents sauvages estant venus de 

„lèur pays firent plusieurs présents pour 

„ obtenir quelques Eobbes noires ... Ils demandèrent 
„entr'autres nommément le P. Léonard Garreau, 
„comme celuy qui desja autrefois les avoit instruits. 

„ Le Père donc part avec un autre de nos Pères 

„et trois ou quatre autres François. Les Iroquois, 
„qui infestent continuellement la rivière , les ayant 
„apperceus, les poursuivent a dessein de leur dresser 
,,embusche . . . . En les poursuivant, ils arrivèrent en 
„une des habitations des François, nommée les Trois 
„ Rivières. Les habitans de ce lieu prient les Iro- 
„quois, avec lesquels pour le présent nous avons paix, 
„cle ne pas poursuivre ces estrangers nos alliez; ils 

^refusent On leur dit qu'il y a des François 

,,parnry jeux, qui s'en vont avec eux pour les en- 
seigner. Ils répondent que si les balles de leurs ar- 
„quebuses ont assez d'esprit pour discerner un François 
„d'avec un sauvage , ils en seront extrêmement aises ; 
„sinon qu'il faudroit attribuer cela au malheur de 
„la guerre, et que cela ensuitte ne seroit pas suffisant 
„pour rompre la paix qu'ils vouloient garder avec 
„nous." (Relation particulière de la mort du P. L. 

„Garreau extraicte d'une lettre du P. Cl. Pijart ... in 

„4°. ms.). 

De tons les anciens historiens ou chroniqueurs 
du Canada, Perrot est, a ma connaissance, le seul 
qui rejette sur un François l'assassinat du P. Garreau. 



230 

Les relations des Jésuites, tant manuscrites qu'im- 
primées, se taisent sur cette circonstance assez peu flat- 
teuse pour l'amour-propre national, et que, à ce titre, 
leurs auteurs auront supprimée. Toutefois, il me 
semble en retrouver quelques traces cfcans le passage 
suivant de la relation de 1656 (XVI, 43, 43): „A 
„mesme temps que les Iroquois l'eurent blessé et 
„traisné dans leur fort, s'oubliant dans sa nudité, 
.,inéprisant les playes .qui luy causoient la mort, il 
„[le P. Garreau] se traisna vers quelques captifs Hu- 

„rons qu'il avoit engendrez à Jésus-Christ il leur 

„parla d'une A T oix à la vérité languissante, mais 
„pleine de feu, pleine d'amour, pleine de sang. Il 
„îes anima à souffrir constamment pour Dieu les tour- 
„ments qu'il sçavoit bien leur estre préparez, les 
,,asseurant qu'ils se verroient bientost au ciel s'ils per- 
„severoient dans la foy qu'ils avoient embrassé .... 
„Puis ayant jette les yeux sur un jeune Français qui 
„par un dépit remply de rage et de trahison , s'estoit 
„Jetté parmy les Iroquois, il l'appelle, luy gagne le 
„coeur, luy fait voir l'énormité de son crime. Il tire 
„des regrets et des larmes de ce perfide, luy fait 
„confesser tous ses péchez, et, en luy donnant l'ab- 
solution, il le dispose à la mort qu'il ne croyoit pas 
„si voisine. Unlroquois l'ayant découvert aux François, 
„il fut pris et mené à Québec, et condamné au dernier 
„supplice, qu'il supporta avec une résignation qui ravit 
,,tout le inonde." 

Quand bien même on supposerait que courir les 
bois en compagnie de sauvages alors en paix avec 
la France, pût être considéré comme un crime capital, 
on n'en comprendrait pas mieux que les Iroquois aient 
trahi et livré aux autorités de la colonie un Français 
devenu leur allié, s'il n'avait été coupable que de 
les avoir suivis. Tout s'explique au contraire , sans 
difficulté, dès qu'on admet la circonstance mentionnée 
par Perrot: les Iroquois auront abandonné au châti- 
ment qu'il avait si justement mérité l'auteur d'un 



231 

assassinat^ dont, pour le moment, ils ne se souciaient 
point d'accepter la responsabilité. 

On se rend aussi très aisément raison de l'absence 
d'un bourreau au sein d'une population profondément 
chrétienne et si morale, que, en soixante neuf ans 
(de 1021 à 1690), on n'y peut signaler que deux 
naissances illégitimes (Ferland, Notes sur les registres 
de Notre-Dame de Québec, p. 30, Québec, 1854, in- 12°.). 
L'inutilité d'un tel fonctionnaire dans la Nouvelle- 
France de ce temps-là n'est pas au reste une vaine 
conjecture ; elfe est démontrée par les faits. „ Je sçay 
„d'asseurance, écrivait l'auteur d'une relation contem- 
poraine (Relat. de 1654, XI, 30, col. 2), que dixhuit 
,.ans se sont écoulés sans que le maitre des liautes- 
„oeuvres qui estoit en ce pays-là ait fait acte de 
„son mestier." 

Note 3. „De cousteaux de pierre de moulange, 
„de haches et de cailloux/' — Ne faudrait-il pas lire : 
et de haches de caillou? cette leçon me parait plus 
conforme an sens général de tout le passage. Perrot 
en effet veut moins énumérer ici les armes diverses 
des Sioux, qu'en indiquer la matière. 

Quant à la pierre de moidange dont ces sauvages 
fabriquaient leurs cousteaux, ce n'est autre chose que 
notre pierre de meule , ou meulière. Cette expression 
est encore en usage au Canada: — ; >La Grande-Baie 
^possède un moulin à farine à trois moulanges" (Le 
Saguenay en 1851, p. 71, Québec 1852, in 12°.). Fu- 
retière écrit moulage, et donne de ce .mot la définition 
suivante. „ La partie du moulin qui sert à faire 
„tourner la meule." 

Note 4. On a lu plus haut (chap. XI, not. 17) 
une description détaillée de ce singulier cérémonial, 
en vigueur chez les Ayoës comme chez les Sioux ; il 
est donc inutile d'en reparler ici. Cf. La Potherie, 
II, 216. 

Les Dacotahs ou Sioux étaient au 17 e siècle ce 
qu'ils sont encore aujourd'hui, l'une des plus puissan- 



232 

tes et des plus nombreuses nations sauvages de l'Amé- 
rique du nord. Ils se divisaient en deux grandes 
sections: les Sioux orientaux ou sédentaires, et les 
Sioux occidentaux ou nomades. Les premiers habi- 
taient, sur les deux rives du haut Mississipi, le terri- 
toire dont Perrot nous trace plus loin les* limites 
(p. 88). Les anciennes relations de la Nouvelle-France 
les désignent sous le nom de Xadouessis. Nadoiieêswuek 
et Nadoilessioux. Ce nom, d'origine étrangère, aurait, 
s'il faut en croire un missionnaire moderne (12 e rap- 
port sur les missions de Québec, p. 181), été im- 
posé aux Dacotahs par les Cris ou Kilistinons; il se- 
roit formé de Natfooue, Iroquois, et de siou forme dimi- 
nutive; et signifierait, par conséquent, Petits- Iroquois. 
Les Sioux nomades, répandus dans les immenses 
prairies de l'ouest, au nord du Missouri, ('-tendaient 
leurs courses et leurs chasses jusqu'aux Montagnes 
Rocheuses. Leur tribu la plus rapprochée des Na- 
douessioux figure dans la relation de 1660 (III, 13, 
col. 1, et 27, col. 2), sous le nom de Poualaks ou 
guerriers. Peut-être ce nom, qu'ils devaient h leur 
bravoure éprouvée (ibid.), servit-il primitivement à 
désigner toute la nation Siouse? Ce qui me le 
ferait penser, c'est qu'on le retrouve dans celui des 
Assinipoualaks ou Guerriers de la roche (Relat. de 
de 1658, V, 21, col. 2, et de 1671, 2e partie, 24, 
col. 2), aujourd'hui Assiniboines, tribu Siouse, qui, 
vers le commencement du 17e siècle, s'étant prise de 
querelle avec le . reste de la nation, fut obligée de 
s'en séparer et de se réfugier dans les rochers (assin) 
du Lac-des-Bois (Lettr. Edif. VI , 31 ; — Missions 
de Québec, 1er rapport p. 4 et 5, Québec, 1839). Ne 
serait-ce même pas ce nom glorieux de Poualak qui 
aurait suggéré aux Sauteurs le sobriquet insultant de 
Pouanak (les impuissants, de Pouan, qui ne peut), par 
lequel ils désignent les Sioux devenus leurs irrécon- 
ciliables ennemis? Cf. Missions de Québec, 12e rap- 
port, p. 100. 



233 

Perrot ne s'occupe dans son mémoire que des 
Sioux orientaux (Nadouessioux des relations) et, par 
ce qu'il en dit, il est facile de juger que cette nation 
l'emportait alors de beaucoup, en qualités morales, sur 
les diverses tribus de race Algonquine ou Huronne- 
Iroquoise. Aussi braves que pas une d'elles, les Sioux 
étaient de plus fidèles à leur parole, amis de la paix, 
bienveillants et hospitaliers pour les étrangers, humains 
pour leurs ennemis vaincus et prisonniers, auxquels ils 
rendaient presque toujours la liberté et qu'ils ne com- 
mencèrent à torturer que lorsque la loi des repré- 
sailles, dont un sauvage ne se croit jamais dispensé, 
leur en lit un devoir sacré. 

Les relations de la Nouvelle-France sont, sur le 
compte des Sioux, d'accord en tout point avec Perrot. 
Et leur témoignage est ici d'autant moins suspect, 
qu'il concerne un peuple adversaire acharné des 
nations qu'évangélisaient les religieux de la Com- 
pagnie de Jésus auteurs de ces relations. 

Elles rendent d'abord un éclatant hommage à 
la valeur des ces Indiens: „Les Nadouessis, lisons- 
„nous dans celle de 1674 (IX, G3 du ms.), nation 
„extrémement nombreuse, et belliqueuse au possible, 
„estoient les ennemis communs de tous les sauvages 
„qui sont compris soubs le nom d'Outaouais ou Al- 
„gonquins supérieurs. Ils poussoient mesme leurs 
„ armes fort avant vers le nord, et faisoient la guerre 
,,aux Kilistinons qui y habitent. Partout ils se ren- 
voient terribles par leur hardiesse, par le nombre, 
,,et par leur adresse dans le combat, où, entre autres 
„armes, ils se servent de couteaux de pierre. Ils 
„en portent toujours deux, l'un attaché à la ceinture, 
,,et l'autre pendu à leurs cheveux." 

Le P. Allouez, qui les avait connus et pratiqués 
à la pointe du Saint-Esprit (Pointe Chagouamigon, a 
l'extrémité sud-ouest du lac Supérieur), n'en parle pas 
autrement (Relat. de 1607, XII, 23): „Ils ne se 
„servent point de fusils, mais seulement de l'arc et 



234 

„de la flèche, qu'ils tirent avec une grande adresse 
„ — Ces peuples sont, par dessus tous les autres, 
„sauvages et farouches. Ils paraissent interdits et 
„immobiles en nostre présence comme des statues. 
„Ils ne laissent pas d'estre belliqueux, et ont porte 
„la guerre sur tous leurs voisins, *dont ils sont ex- 
trêmement redoutés." — „A quarante ou cinquante 
,, lieues du mesme endroit, écrit le P. Dablon (Relat. 
„de 1071, 3e part. p. 24, col. 2), on découvre la 
„nation des Nadoiïessi fort nombreuse et belliqueuse, 
„qui passent pour les Iroquois de ces contrées, ayant 
„guerre eux seuls presque contre tous les autres 
„peuples d'icy." Et ce n'est point une vaine 
exagération : on ,sait , en effet , que les Sioux n'ont 
jamais reculé devant Hroquois, et qu'ils ont vaincu 
en maintes rencontres la grande nation des Illinois, 
toutes les tribus Outaouaises, les Hurons, les Outa- 
gamis et les Assiniboines. Cf. relat. de 1671, 3 e partie, 
IV, 39, col. 2. 

A cette bravoure éprouvée, les Sioux, moins per- 
iides que les Iroquois auxquels leur courage les éga- 
lait, joignaient une fidélité inviolable à la foi jurée, 
une modération qui ne leur permettait d'attaquer 
qu'après avoir été attaqués les premiers (Relat. de 
1(370, XI, 91, 92), et, à la guerre, une générosité 
fort au dessus de celle des Hurons et des Algonquins. 
Satisfaits d'avoir remporté la victoire, ils rendaient 
le plus souvent la liberté aux prisonniers faits dans 
le combat (Relat. de 1671, IV, 39, col. 2). 

Tout ceci surprendra sans doute les lecteurs ha- 
bitués, sur la foi d'écrivains modernes, à se repré- 
senter les Sioux sous un autre aspect. 11 y a loin, 
en effet, de ce peuple, tel que Perrot et les relations 
de la Nouvelle-France nous le montrent, aux Sioux 
aussi lâches que cruels, aussi perfides que vindicatifs 
des journaux Américains. Mais les nations, comme 
les individus, étant sujettes à de déplorables trans- 
formations, quoi d'étonnant si les Sioux d'aujourd'hui 



235 

n'ont plus rien de commun avec ceux d'autrefois? 
Peut-être aussi, au moment où on les extermine 
pour les punir de leurs cruautés, et surtout pour faire 
plus promptement nette la maison qu'on veut occuper, 
a-t-on, dans le portrait qu'on en trace, grossi ou dé- 
figuré les traits et chargé les couleurs. C'est un 
procédé fort en usage, et dont la sagesse des nations 
a tenu compte depuis longtemps, témoin le vieux 
proverbe Espagnol: 

Quien à su perro quiere matar, 
rabia le ha de levantar. 

et le dicton Français: 

Qui veut tuer son chien dit qu'il est enragé. 
Les Sioux travaillaient la terre à la façon des 
Hurons ; 'mais ne cultivaient guère s que le tabac et 
quelque peu de maïs (Relat. de 11.542, Xll, 37). Le 
P. Allouez (Relat. de 1667, XII, 23), revenant sur 
ces premiers renseignements pour les compléter, nous 
apprend que, dans leur pays abondant en toute sorte 
de chasse , les Nadoùessioux „ont des champs aux- 
quels ils ne sèment pas du bled-d'Inde, mais seu- 
lement du pétun (tabac). La providence, ajoute-t-il, 
„les a pourveus d'une espèce de seigle de marais 
,,( folle-avoine) , qu'ils vont cueillir, vers la fin de 
,,1'esté, en certains petits lacs qui en sont couverts. 
„Ils le sçavent si bien préparer, qu'il est fort agréa- 
„ble au goust et bien nourrissant". Afin que cha- 
cun pût faire sa récolte en paix, sans empiéter 
sur autrui, les Sioux se partageaient entre eux les 
marais et les lacs où croissait la folle-avoine (Relat. 
de 167 1, IV, 39). Leur pays, étant peu fourni de 
bois, ni eux, ni les Poualaks ne couvraient leurs 
loges avec des écorces, comme les sauvages du 
Saint-Laurent, mais avec des peaux de cerfs très 
bien passées, et si adroitement cousues que le froid 
n'y pénétrait point; quelques-uns plus industrieux 
se dressaient „des demeures de terre grasse, à peu 
„près comme les hirondelles bâtissent leur nid." Ils 



23G 

brûlaient du charbon de terre (Relat. de 1660, III, 
13 et de 1007, nbi supra); gardaient pendant leurs 
repas un profond silence et, si quelque étranger y 
prenait part, l'usage voulait qu'on lui portât les 
morceaux a la bouche, comme on fait aux petits 
enfants (Relat. de 167u ; XI, 92). La polygamie 
( : tait en grand honneur chez eux, chaque Sionx 
ayant sept ou huit femmes (Relat. de 1(500, III, 13. 
En 1070). On ne leur connaissait guères d'autre 
culte que celui du calumet (Relat. de 1670, supr. 
cit.). Dans leurs combats, ils se servaient presque 
exclusivement de l'arc et de la flèche. Ils en usaient 
avec tant d'adresse et de promptitude que, en un mo- 
ment, l'air était r,empli de leurs traits, „surtout quand, 
,.à la façon des Parthes, ils tournoient visage en 
„fuyant; car c'est pour lors qu'ils décochent leurs 
„flèches si prestement, qu'ils ne sont pas moins à 
„craindre dans leur fuite que dans leurs attaques" 
(Relat. de 1071, IV, 39). Enfin, leur langue différait 
complètement de celle des Hurons et des Algonquins 
(Relat. de 1070 et de 1071 supr. cit.). Tout ce qu'on 
vient de lire est vrai des Poualaks aussi bien que 
des Nadouessioux ou Sioux sédentaires. Entre ces 
diverses fractions d'un même peuple, il n'exista jamais 
que deux différences purement accidentelles : l'une que 
les Xadouessioux vivaient dans un territoire dont les 
limites étaient à peu près déterminées (Perrot, 88) ; 
l'autre qu'ils avoient quelque connaissance de la na- 
vigation, à laquelle les Poualaks et le reste des 
tribus Siouses étaient étrangers. „ Ces Sioux, écri- 
rait en 1712 le P. Gr. Marest (Lettres Edif. VI, 372) 

„ sont grands guerriers, mais c'est principak- 

„ment sur l'eau qu'ils sont redoutables. Ils n'ont que 
„de petits canots d'écorce faits en forme de gondole 
„et guères plus larges que le corps d'un homme, où 
„ils ne peuvent tenir que deux ou trois au plus. 
„Ils rament à genoux, maniant l'aviron tantôt d'un 
„côté, et tantôt d'un autre, c'est-à-dire , donnant 



237 

„trois ou quatre coups d'aviron du côté droit, et 
„puis autant du côté gauche, mais avec tant de dex- 
..térité et de "vitesse, que leurs canots semblent voler 
„sur l'onde." Cf. Relat. de 1660, III, 13, et de 
16.70, XI, 02; — Perrot, 91. 

Eien de plus difficile que de fixer même ap- 
proximativement le chiffre de la population ►Siouse 
au 17 e siècle. Tout ce qu'on peut en dire c'est 
qu'il devait s'élever très haut. Les relations donnent, 
en effet, aux Nadouessioux quarante bourgades, aux 
Poualaks au moins trente, aux Assinipoualaks, trente 
(Relat. de 1656, XIV, 39, de 1658, V, 21, col. 2, 
de 1660, III, 13, col. 1, et de 1671, 3e part., 24, 
col. 2) ; sans parler des Ayoës, qui très vraisembla- 
blement appartenaient à la nation Siouse, ainsi 
que l'indique le nom de Nadouessioux Maskoutens, 
ou Xadouessioux des prairies que les Algonquins 
leur avaient donné. Car Maskoute, radical de Mas- 
koutens, signifie terre déchargée d'arbres, ou prairû 
(Relat. de 1671, III, 45; — 12e rapport des missions 

de Québec, p. 100). Ceci admis, il faudrait, par 

une conséquence toute naturelle, faire encore entrer 
en ligne de compte les Ouinipegous ou Puans, nation 
autre fois très nombreuse (Relat. de 1667, X, 21, 
col. 1; et de 1640, X, 35, col. 1), mais presque 
entièrement exterminée depuis par les Illinois (Relat. 
de 1670; XII, 101), et qui parlait la môme langue 
que les Ayoës ou Aiouas (Relat. ras. de 1676, p. 8). 

Même en ce qui concerne les Sioux orientaux 
ou Xadouessioux, le chiffre donné par les relations 
peut être regardé comme bien inférieur au chiffre 
réel. Nous savons, en effet, que deux Français 
visitèrent en 1659 les quarante bourgades ISiouses 
sans traverser ni même voir le Mississipi, dont ils 
n'ont parlé que par oui- dire et sur la description 
que leur en avaient fait les Hurons de la Rivière- 
Noire (Relat. de 1660, III, 12, col. 2 et 13, col. 1). 
Ces -villages appartenaient donc tous à la portion 



238 

orientale du territoire Sioux, située en deçà du 
fleuve, c'est-à-dire, à la moitié du pays réellement 
occupé par cette nation. Cf. Perrot, 88. Il se pour- 
rait toutefois toutefois que, dans le Mississipi naissant 
et déguisé sous un nom Sioux, nos deux voyageurs 
n'aient pas reconnu le fleuve large et puissant que les 
Hurons leur désignaient sous son nom Algonquin. 
Dans ce cas, ils auraient, mais à leur insu, revu 
les premiers au 17 e siècle, le Mississipi découvert 
au 16e par Ferdinand de Soto. 

En 1829, un missionaire évaluait à dix mille 
le nombre des hommes en état de porter les armes 
chez les Sioux résidant aux environs du fort Saint- 
Pierre, sur le haut Mississipi; et à vingt cinq ou 
trente mille, celui des femmes et des enfans. Ce 
dernier chiffre est propablement insuffisant: c'est trente 
ou quarante mille qu'il eïït fallu dire (Ann. de la 
Propag. de la Foi, IV, 536). Un autre missionaire 
n'accorde en tout aux Sioux que 8000 âmes (ibid. 
VIII, 311, 312); et un troisième (ibid. XXIV, 423), 
que trois mille loges et trente mille âmes. 

Note 4. L'île Pelée, est située dans le Mississipi, 
à trois lieues au-dessous de l'embouchure de la ri- 
vière Sainte-Croix, et à l'entrée du lac de Bon- Se- 
cours (aujourd'hui lac Pépin). Son sol entièrement 
dépouillé d'arbres lui fît autrefois donner le nom 
sous lequel elle est désignée par Perrot et par Char- 
levoix (III, 398). 

Note 5. Perrot ne joint aucune indication chro- 
nologique à son curieux récit des migrations Hu- 
ronne et Outaouaise. Essayons de combler cette la- 
cune, en nous aidant des relations contemporaines. 

Voici d'abord rapidement décrites, dans celle de 
1672 (IV, 35, 36), les principales péripéties de cette 
fuite. Ce court exposé complétera en certains points 
celui de notre auteur. 

„Les Hurons de la nation du Petun, appeliez 
„Tionnotanté, ayant autrefois esté chassez de leur 



239 

„païs par les Iroquois, se réfugièrent en cette isle 
„si célèbre pour la pesche, nommée Missilimakinac. 
„Mais ils n'y purent rester que peu d'années, ces 
„mesmes ennemis les ayant obligez de quitter ce 
„poste si avantageux; ils se retirèrent donc plus loing 
„dans les isles qui portent encore leur nom, et qui 
„sont à l'entrée de la baye des Puans. Mais ne s'y 
„trouvant pas encore en assurance, ils se retirèrent 
; ,bien avant dans les bois, et de là choisirent pour 
„dernière demeure l'extrémité du lac Supérieur, dans 
„un endroit qu'on a apellé la pointe du Saint-Esprit. 
„Ils estoient là assez esloignez des Iroquois pour ne 
„les pas craindre, mais ils estoient trop près des 
„Nadoùessi, qui sont comme les Iroquois de ces 

„quartiers du nord Ces Nadouessi ayant esté 

„irritez par les Hurons et les Outaoûacs, la guerre 
„s'alluma entr'eux, et on la commença avec tant de 
„chaleur que quelques prisonniers qu'ils, tirent les 

„uns sur les autres ont passé par le feu Des 

„ennemis si redoutables jettèrent bientost la frayeur 
„dans les esprits de nos Hurons et de nos Outaoûacs 
„qui prirent la résolution d'abandonner la pointe du 
„ Saint-Esprit. ... Dans cette retraitte, les Hurons se 
„souvenant des grandes commoditéz qu'ils avoient 
^autrefois trouvées à Missilimakinac, jettèrent les 
„yeux sur cet endroit pour s'y réfugier, et c'est ce 
„qu'ils ont fait depuis un an." 

Ainsi moins de vingt ans (de 1652 ou 1653 à 
1671) avaient suffi pour ramener les Hurons et les 
Outaouais à leur point de départ; car ces derniers 
rentrèrent, eux aussi, en 1671, dans l'île Manitoua- 
line, et plus tard au Saguinan, qu'ils avaient quittés 
au même temps que les Hurons abandonnaient Missil- 
limakinac (Relat. de 1671, 3e part., IV, 39; — 
Charlevoix, III, 279). 

Le fuite de ces nations aux îles Huronnes ne 
peut être retardée au delà de 1653; puisque la 
relation de l'année suivante (Relat. de 1654, IV, 9, 



240 

col. 1) nous les y montre établies et envoyant, de 
ces lointaines contrées, un de leurs partis trafiquer 
à Montréal et aux Trois-Ri viens. En 1057 les 
1 lurons et les Outaouais, qui, depuis plusieurs années, 
avaient abandonné ces îles pour s'enfoncer plus avant 
clans le Méchtngan de Perrot (Michigan - ouest et 
Wisconsin actuels), résidaient, les premiers sur les 
bords de la baie des Puans, chez les Poutéouatamis, 
où ils avaient repoussé victorieusement l'attaque des 
Iroquois (Perrot, 82; ; les seconds, chez les Ouini- 
pegous ou Puans et chez les Maloumines. C'est ce 
que nous apprend la relation de 1658 V, .21): „Le 
„P. Dreuillettes, y est-il dit, fait porter le nom de 
„Saint-Michel au premier bourg dont il fait mention, 
,,ceux qui l'habitent se nomment en Algonquin les 
„Oupoutéouatamik. On compte dans ce bourg en- 
viron cent hommes ( ou quatre cents âmes) de la 
„nation du Petun, qui s'y sont retirez, fuiant la 
„cruanté des Iroquois. La seconde nation est des 
,,Noukek, des Ouinipegouek et des Malouminek. 

„Ces peuples sont peu esloignez des Oupoutéoua- 

„tamik.... C'est icy où environ deux cents Algon- 
„quins (près de huit cents âmes) qui demeuroient sur 
,.les rives du grand lac — des H lirons du costé du 
„nord, se sont retirez." 

Dès le commencement de 1(360, les Outaouais ha- 
bitaient la pointe Chagouamigon ainsi que les îles 
qui en dépendent sur la rive méridionale du lac 
Supérieur (Relat. de 1661, III, 12, col. 1, et de 
16l;4, I, 3, col. 2). Les Hurons, à la même époque, 
se tenaient cachés près des sources de la Rivière- 
Noire, à six journées (40 ou 50 lieues) du même lac, 
et a sept ou huit de la baie des Puans (Relat. de 1660, 
III, 12, col. 2, et 27, col. 2). Ces deux peuplades 
furent visitées en 1659 par deux traiteurs Français, 
qui, poussant plus avant, firent alliance avec les 
Sioux (ibid.). C'est donc entre les années 1657 et 
1660 qu'ont dû s'accomplir les événements racontés 



241 

par Perrot, depuis la fuite des Hurons et des 
Outaouais au Mississipi, jusqu'à leurs premiers dé 
mêlés avec les Sioux, suivis d'une nouvelle migration, 
qui ne devait pas être la dernière (Perrot, XV, 
85-87). 

Les Hurons occupaient encore la même station 
vers la fin de 1661 (Relat, de 1663, VIII, 20 et 21); 
mais leur séjour ne s'y prolongea pas longtemps. 
En 1665, le P. Allouez trouva les deux nations 
réunies à la Pointe (Relat. de 1667, III, 9, VI, 13 
et 14, VII, 15 et VIII, 17). Quatre ans plus tard, 
on comptait à Chagouamigon quinze cents sauvages, 
dont cinq cents Hurons chrétiens de la nation du 
Petun. Le reste se composait de Hurons payens et 
des Algonquins leurs compagnons de fuite, appar- 
tenant aux trois tribus des Outaouais Sinagaux, 
Outaouais Kiskakous, et Outaouais Keinouché (Relat. 
de 1667, VII, 17, col. 1 et 1670, XI, 86, 87). 

En évaluant à quarante ou cinquante lieues, les 
six journées de marche qui séparaient du lac Supé- 
rieur la résidence des Hurons (Relat. de 1660; III, 
12), je n'ai fait qu'appliquer la règle tracée à ce 
sujet, dans la relation de 1658 (V, 19), par le 
P. Dreuillettes; „Vous verrez aussi, écrit- il, les 

,,nouveaux chemins pour aller à la mer du nord 

„avec la distance des lieux, selon les journées que 
„les sauvages ont faites, que je mets à quinze lieues 
,:par jour en descendant, à cause de la rapidité des 
„eaux, et à sept ou huit lieues en montant." 

Note 7. „La méthode qu'ils ont pour naviguer 
,,dans ces sortes de lacs est de couper devant leurs 
„seniences avec leur cannots." — Il faut, je crois, 
substituer ici dedans, à devant qu'on lit dans le 
texte. 

Note 8. Cette désastreuse expédition suivit 
l'arrivée des Hurons à Chagouamigon (Perrot, 88); 
elle ne put par conséquent avoir lieu avant 1662; 
d'un autre côté, elle précéda, de plusieurs années, 

16 



242 

peut-être, la visite que le chef des Outaouais Sinagaux 
rendit aux Sioux en 1665, ou 1666 (Perrot, 91 et 
99) ; il est donc très vraisemblable que la défaite 
des Hurons par les Sioux se rattache a l'une des 
deux années 1662 ou 1663. Charlevoix (1, 346) et 
La Potherie (II, 217, 218) ont emprunté k Perrot le 
récit de cet événement , mais sans chercher à lui 
assigner une date précise. 

La passage auquel cette note se rapporte (p. 89), 
est le seul où je me sois permis de glisser une cor- 
rection de ma façon. Je lisais dans mon ms. , „mais 
„ce qui les étonna le plus est qu'ils ne vovoient que 
„les vestiges de la sortie et non ceux de V entrée: " 
j'ai cru a un quiproquo de l'auteur ou du copiste, 
et j'ai imprimé:" les vestiges de ï entrée et non ceux 
de la sortie. J'ai eu tort; car, à tout prendre, la 
leçon originale offre un sens très clair et très rai- 
sonnable: par une ruse familière aux sauvages, et 
pour mieux dépister les Sioux qui les poursuivaient, 
les Hurons entrèrent a reculons dans les lacs de 
folle-avoine, ne laissant ainsi que des vestiges de leur 
sortie. 

Note 9. Notre ms. porte ici, en surcharge, la 
correction suivante: „11 faut remarquer que les Sioux, 
„quovqu'ils ne soient pas si guerriers, sont plus rusez 
„que les autres nations" etc. etc. Rien dans Perrot 
ne me parait nécessiter ou autoriser ce changement. 

Les paroles qui suivent immédiatement ont besoin 
de quelque explication. On se fourvoierait, en effet, 
grandement si, de ce que les Sioux ri étaient pas 
anthropophages comme les autres sauvages, on con- 
cluait que les nations du Canada pratiquaient habi- 
tuellement l'anthropophagie. En fajt, elles ne s'y li- 
vraient que très exceptionnellement, et pour des motifs 
qui n'avaient rien de commun avec l'abominable 
convoitise des Caraïbes, et autres anthropophages 
proprement dits. Cette restriction posée, il faut 
bien reconnaître que l'accusation portée par Perrot 



243 

contre nos sauvages est parfaitement fondée : Algon- 
quins inférieurs ou supérieurs , H lirons et Iroquois, 
quand ils torturaient leurs prisonniers attachés au 
poteau, dévoraient avec une joie frénétique des lam- 
beaux de leur chair. Les anciennes relations de la 
Nouvelle - France nous fourniraient de nombreux 
exemples de ces cruautés, s'il n'était inutile de multi- 
plier les témoignages, a propos d'un fait qui ne peut 
être contesté sérieusement. 

Ce qui me parait très digne de remarque, c'est 
le contraste qui, sous ce rapport, existait "primitive- 
ment entre la presque totalité des nations du Mississipi, 
et tous les autres peuples tant sauvages que civilisés 
de la Nouvelle-France et du Mexique. On a vu plus 
haut quelle était originairement l'humanité des Sioux 
envers leurs prisonniers de guerre. Les nombreuses 
tribus d'Illinois, qui occupaient sur une si vaste 
étendue la vallée du Mississipi au-dessous des Sioux, 
réduisaient leurs ennemis en esclavage, et les ven- 
daient aux nations voisines; mais on ne voit pas 
que, avant leurs guerres avec l'Iroquois, elles les 
aient torturés ou mis a mort; on est même certain 
du contraire (Relat. de 1670, XI, 91, col. 2; — 
Voyages du P. Marquette, I, sect. 6, pag. 50 ; ■ — Let- 
tres Edif. VI, 182, 183). Si nous continuons à des- 
cendre le Mississipi, nous rencontrons, après les 
Illinois et les Natchez , les Houmas, plus doux en- 
core et plus bienveillants pour leurs captifs que les 
Illinois et les Sioux. Quand, à la suite d'une ex- 
pédition heureusement terminée, les guerriers Houmas 
faisaient leur entrée solemnelle dans leur village, 
toutes les femmes de la tribu venaient pleurer sur 
les vaincus, les plaignant d'avoir été pris, et les 
traitaient ensuite aussi bien, si non mieux, que leurs 
propres enfans (Gravier, voyage, 45). Je ne connais, 
dans tout le continent Américain , que les Abipons 
du Paraguay qui aient surpassé les Houmas en bonté et 
en affection pour les esclaves faits à la guerre. Ils 

16* 



244 

les accablaient de soins et de prévenances, et les ser- 
vaient beaucoup plus qu'ils n'en étaient servis. Aussi 
voyait-on leurs prisonniers, qu'ils fussent Espag- 
nols, Nègres ou Indiens, refuser très souvent la li- 
berté que leurs maitres leur voulaient donner. Je 
cite les propres paroles d'un témoin oculaire, afin 
d'échapper au soupçon d'exagération ou d'erreur. Voici 
donc ce qu'on lit dans le P. Dobrizhofer (Hist. de 
Abiponibus, II, 148, 149), „Hispanos, Indos, JEthio- 
„pas — a se bello captos non ut servos vexant, sed, 
„prope dicerem, filiorum instar, comiter, indulgen- 
„terque habent. Si quid a captivo sibi praestandum 
„velit .... supplicantis voce id significat herus. Si 
v tîbi libuerit, blande praefatur; vel miserere mei, 
, } equumque mihi meum adducilo .... Quantumvis ter- 
„giversantem , oscitantemve in heri obsequio, capti- 
„vum nec verbo, minus verbere, plecti unquam vidi. 
„Tenerrima est multorum ac incredibilis suos in cap- 
„tivos pietas, beneficentia, fiducia. Hos ut vestiant, 
„se nudant. Cibum sibi subtractum, esurientes licet, 
„esurientibus his porrigunt .... Novi complures qui, 
„dato pretio redempti jam, suamque in patriam re- 
„ducti, ad Abipones héros suos sponte revolarent, etc. etc. 

Pour en revenir aux peuples du Mississipi, je 
dois avouer que les Natchez condamnaient au feu 
les ennemis que le sort des armes jetait entre leurs 
mains (Lettr. Edif. VII, 26). Mais nous ignorons 
si cette coutume, dont l'existence n'a été signalée 
pour la première fois qu'en 1712, n'était pas chez 
eux d'institution récente, et l'effet de représailles 
longtemps provoquées, comme chez les Sioux et les 
Illinois. 

Quand les Sioux livraient aux flèches de leurs 
enfans les captifs condamnés à mort (Perrot 90), ils 
se rencontraient, en cet usage, avec les Aréagues 
de l'Orénoque , qui , lorsqu'ils font quelque prisonnier 
de guerre, „le mettent à la discrétion des enfans, 
„donnant des couteaux ou autres ferrements pointus 



245 

„pour les tourmenter. Quand les enfans sont las, 
, ; les femmes succèdent, et enfin les hommes viennent 
„pour achever" (Voyage inédit du P. La Pierre à la 
Côte de Paria, p. 17 du ms.). 

Note 10. Le texte de Perrot me parait ici 
tellement maltraité que je n'essaierai même pas d'en 
découvrir le véritable sens. Tout ce que je crois 
y comprendre, c'est que les Sioux, tant ceux qui 
vont en canot, que ceux des prairies détruisirent 
leurs ennemis, non sans éprouver eux-mêmes des 
pertes si considérables, qu'ils se virent réduits presque 
a rien. 

Note 11. Les débris des missions Huronnes fu- 
rent conduits a Québec par le P. Paul Ragueneau: 
aucun P. Lallemand ne figure dans les récits de cette 
douloureuse transmigration (Relat. de 1650, 1, et 
VIII, IX, 26—28). 

Ni la relation de 1650, ni Charlevoix ne font 
allusion à la mésavanture du Père chargé de 
guider vers Québec les Hurons fugitifs; Perrot seul 
nous en a conservé le souvenir. Mais le silence 
des uns, et l'erreur où l'autre est tombé quant au 
nom du missionnaire maltraité par le borgne de 
l'île, ne sont pas une raison suffisante pour rejeter 
dans son entier le récit de notre auteur. 

La Rivière-Creuse est un des nombreux affluents 
de l'Outaouais; un peu au-dessous de son embouchure, 
on rencontre l'île des Allumettes, appelée aussi l'île 
du Borgne pour la raison assignée par l'auteur, et 
plus bas enfin l'île du Grand-Calumet, le rapide et 
le portage du même nom. 

Note 12. La relation de 1663 (IV, 10) attribue 
tout l'honneur de cette victoire aux Sauteurs ; elle 
nous apprend , en outre, que le parti Iroquois se 
composait d'Agniers et d'Onneiouths. Voici en quels 
termes elle décrit ce combat: „Ceux-cy (les Sauteurs) 
„ayant découvert l'ennemy, firent leurs approches si 



246 

„hardiment , sur le point du jour, qu'après la dé- 
charge de quelques fusils et ensuite celle de leurs 
„flesches , ils sautent la hache à la main sur ceux 
„que le feu ou le fer avoient épargnez. Les Iro 
„quois tout orgueilleux qu'ils sont, et qui n'ont pas 
^jusqu'à présent appris à fuir, eussent bien voulu 
„le faire, si les traits qui leur estoient dardés de 
„toutes parts ne les eussent arrestés. De sorte qu'il 
„ne s'en est sauvé que fort peu pour porter clans 
,,leur pays une si triste nouvelle." 

Note 13. Le calumet „est composé de deux 
„pièces : d'une pierre rouge , polie comme du marbre 
„et percée d'une telle façon qu'un bout sert à rece- 
voir le tabac, et l'autre s'enclave dans le manche; 
„c'est un baston de deux pieds de" long, gros comme 
„une canne ordinaire et percé par le milieu. Il est 
„embelly de la teste ou du col de divers oyseaux 
„dont le plumage est très beau. Ils y adjoustent 
„aussy de grandes plumes rouges, vertes et d'autres 
„couleurs , dont il est tout empannaché. Ils en font 
„estat particulièrement, parcequ'ils le regardent comme 
„le calumet du soleil. De fait ils [le] luy présen- 
tent, quand ils veulent obtenir du calme, ou de la 
„pluye, ou du beau temps" (Marquette, sect. 6 e , 
„Ms. Rom. p. 39). — .,11 n'y a rien parmi eux ny 
„de plus mystérieux ny de plus recommandable ; 
„on ne rend pas tant d'honneur aux couronnes et 
„aux sceptres des Roys qu'ils lui en rendent. Il 
^semble estre le Dieu de la paix et de la guerre; 
,,1'arbitre de la vie et de la mort. C'est assez 
„de le porter sur soy et de le faire voir pour 
„marcher en asseurance au milieu des ennemis, qui, 
„dans le fort du combat, mettent bas les armes 

„quand on le monstre Il y a un calumet pour 

„la paix, et un autre pour la guerre, qui ne sont 
^distinguez que par la couleur des plumages dont 
„ils sont ornez. Le rouge est marque de guerre. 
„Ils s'en servent encore pour terminer leurs dirïérens, 



247 

„pour affermir les alliances, et pour parler aux 
„étrangers" (Ici. ibid.). 

Se servir du calumet pour parler aux étrangers, 
c'était ce que Perrot appelle ici même leur chanter 
le calumet. Voici comment les Ayoës, alliés des 
Sioux , le chantèrent k notre auteur. 

„Quarante Ayoè's vinrent traiter au fort des 
,, François, Perrot s'en retourna avec eux a leur 
.,village, où il fut bien reçu. Le chef le pria de 
^vouloir bien accepter le calumet que l'on vouloit 
„lui chanter; il y consentit. C'est un honneur que 
,,1'on n'accorde qu'a ceux qui passent, selon eux, 
„pour grands capitaines. Il s'asseoit sur une belle 
„peau de boeuf, trois Ayoës étoient derrière lui qui 
„îui tenoient le corps, pendant que d'autres chantoient, 
„tenant des calumets k leurs mains et les faisant 
,. aller à la cadence de leurs chansons Celui qui le 
„berçoit le faisoit aussi aller de cette manière, et 
„passèrent une bonne partie de la nuit k chanter le 
„ calumet" (La Potherie II, 185). 

Le chant ou la danse du calumet était aussi en 
grand honneur chez les Illinois: „lls pratiquent, dit 
„le P. Allouez (Eelat. de 1667. XI, 22), une sorte 
„de danse qui leur est toute particulière. Ils l'ap- 
pellent la danse de la pipe a prendre tabac. Voicy 
„comme ils la font: ils préparent une grande pipe 
„qu'ils ornent de panaches, et la posent au milieu 
„de la place, avec une espèce de vénération; un de 
„la compagnie se lève, se met k danser, et puis cède 
„sa place k un second, celuy-cy k un troisième, et 
„ainsy consécutivement dansent les uns après les 
^autres, et non pas ensemble. On prendroit cette 
„danse comme un balet en posture qui se fait au 
„son du tambour. Il [le danseur] fait la guerre en 
„cadence: il prépare ses armes, il s'habille, il court, 
„il fait découverte, puis se retire, il s'approche, il 
„fait le cry, il tue î'ennemy, luy enlève la cheve- 
lure, et retourne chantant victoire; mais tout cela 



248 

„avec une justesse, une promptitude et une activité 
„surprenante. Après qu'ils ont tous dansé l'un après 
,,1'autre autour de la pipe, on la prend, et on la 
„présente au plus considérable de toute l'assemblée 
„pour pétuner, puis à un autre, et ainsy consécutive- 
„ment à tous, voulans signifier, par cette cérémonie, 
„ce qu'en France on veut dire quand on boit dans 
„le mesme verre. Mais de plus on laisse la pipe 
„entre les mains du plus honorable, comme un dépost 
„sacré et un gage asseuré de la paix et de l'union 
„qui sera tousjours entre eux , tant qu'elle demeurera 
„entre les mains de cette personne." Cette danse 
du calumet est décrite beaucoup plus au long par 
le P. Marquette (Voyages, I, sect. VI, 56 — 60), dont 
La Potherie (II, 16 — 20) a reproduit le récit presque 
textuellement. 

Le P. Ribas (1. I, c. III, 9) nous apprend que, dans 
la province de Cinaloa, quand une tribu acceptait 
les cigarettes en paille de riz offertes par une des 
nations voisines, elle déclarait, par ce seul fait, con- 
tracter alliance avec elle en vue d'une guerre com- 
mune. „Quando alguna nacion combida à otra a 
„hazer liga para alguna guerra, el estilo de com- 
„bidarla era embiarle cantidad de canitas de carrizo 
„embutidos de tabaco, en las quales encendidas gozan 
„del humo, que tanto ha cundido por el mundo y 
„emanado de taies gentes. Y el admitir este pré- 
sente, era darse por coligadas y combidadas para 
„la guerra." 

Les danses figurées, dont nous venons de voir 
un si curieux exemple dans celle du calumet, étaient 
en usage chez la plupart des nations américaines. 
On les retrouve au sein des sociétés polies de Mexico, 
de Bogota et du Pérou, comme parmi les tribus les 
plus misérables et les plus sauvages de la basse 
Californie. Les Mexicains dans les danses, appelées 
Mitotes, représentaient les mystères de leur religion, 
les événements de leur histoire, les exercices variés 



249 

de la guerre ou de la chasse, et les travaux de 
l'agriculture (Clavijero, Ston'a antica del Messico t. II, 
lib. VII, p. 181, 182, in 4°., Cesena, 1780). Il en 
était de même à Bogota, où les rois vainqueurs 
étaient reçus en triomphe dans leur capitale, au 
milieu de chants et de danses, célébrant et figurant 
leurs exploits les plus mémorables (Piedrahita, lib. II, 
c. III, p. 40, col. 1.) — „Les Californiens, dit Cla- 
„vijero (Storia délia California, I, XX, 128, in 8°. 
„Venezia, 1789), avaient plus de trente espèces de 
„danses, toutes figuratives, et reproduisant les cir- 
constances principales de la guerre, de la chasse, 
„de la pêche, de leurs enterrements et d'une foule 
„d'autres événements analogues. Ces danses avaient 
„lieu pour célébrer un mariage, une naissance, un 
„heureux succès a la chasse ou à la pêche, une ré- 
volte abondante, ou une victoire remportée sur leurs 
„enneinis." — „ Au Pérou , dit le P. de Acosta (Historia 
„natural y moral de las Indias, lib. VI, c. XXVIII, 
„p. 446, in 4°. , Madrid, 1008) j'ai assisté à une foule 
„de danses toutes différentes les unes des autres, 
„dans lesquelles on imite les divers métiers de ber- 
„ger, de laboureur, de pêcheur et de chasseur." Ces 
danses, connues sous le nom de Taquî, s'exécutaient 
au son des flûtes et des tambours; elles étaient ac- 
compagnées de chants, tantôt superstitieux et tantôt 
plaisants ou historiques (id. ibid. p. 447). Ceci nous 
conduit tout naturellement aux Areytos des indigènes 
de Saint-Domingue et de l'Amérique centrale, où 
le chant se mariait à la danse, comme dans les 
Milotes du Mexique et du Nicaragua, les Taquî du 
Pérou, et la danse du calumet de nos Illinois. Dans 
la plupart de ces Areytos, on chantait les généalogies 
des rois et des chefs, leurs guerres et les anciennes 
traditions nationales, ou bien encore on traitait les 
affaires publiques; mais, tous, quel qu'en fut l'objet, 
étaient accompagnés d'abondantes libations de chicha 
ou vin de maïs; aussi se terminaient-ils par l'ivresse 



250 

complète des danseurs et des chanteurs, c'est-a-dire de 
tous les assistans. Ces Areytos auraient donc été 
parfaitement inutiles, tant pour le gouvernement de 
la tribu, que pour la conservation des vieux souve- 
nirs de son histoire, puisque décisions prises et tra- 
ditions chantées étaient finalement noyées et perdues 
dans le vin, si l'on n'eût obvié à cet inconvénient 
par une invention fort ingénieuse. Quelques vieillards, 
auxquels en cette circonstance la boisson était inter- 
dite, assistaient k l'Areyto, et répétaient le lende- 
main aux ivrognes de la veille ce qu'ils avaient 
chanté ou réglé dans leur réunion. On trouvera 
sur ce sujet de longs et curieux détails dans Oviédo, 
auquel j'ai emprunté ceux qui précèdent. Cf. Oviedo, 
part. I, lib. V, p. 125— 129; part. II, lib. XXIX, 
c. XXVIII, p. 137, et enfin part. III, lib. XLII, 
c. XI, p. 93 — 99; — et aussi Simon, notic. IV, 
c. XXVI, p. 319, col. 1. 

Dans la province de Cumana, en certaines cir- 
constances solennelles, avait lieu une danse mimique, 
dans laquelle, en présence du Cacique, de ses femmes 
et des principaux chefs, les jeunes gens, conduits 
et dirigés par im des leurs, imitaient de la façon 
la plus burlesque les occupations ordinaires et même 
les infirmités de la vie humaine, les cris des bêtes 
féroces et le vol des oiseaux. L'un riait, l'autre 
pleurait; celui-ci nageait, celui-là péchait; un troisième 
contrefaisait l'aveugle, un quatrième le boiteux: 
l'un battait des ailes, l'autre rugissait comme un tigre 
ou grognait comme un pourceau. Lorsqu'ils avaient 
ainsi donné longtemps la comédie aux spectateurs, 
l'un des danseurs sortait de la foide, et, se plaçant 
en un lieu élevé d'où il pût être vu et entendu de 
tous, débitait avec le plus grand sang -froid le 
panégyrique du Cacique et de tous ses ancêtres. La 
cérémonie se terminait par un grand repas. Sï un 
étranger arrivait sur ces entrefaites, on lui offrait 
de l'or et des esclaves, qu'il ne pouvait refuser sans 



251 

se déclarer l'ennemi de la nation (Simon, ibid.). 
Je ne crois pas que des inimitiés aient jamais pris 
naissance à cette occasion. 

Note 14. Deux raisons m'ont engagé à placer 
en 1665 — 1666 la venue des Sioux à Chagouarnigon, 
suivie de leur retour en leur pays avec le chef des 
Sinagaux et les quatre Français dont parle Perrot: 
la première est que, cette année là, des Sioux visi- 
tèrent très certainement la pointe du Saint Esprit 
(Relat. de 1667, XII, 23, col. 2); la seconde, que, 
d'après le récit des événements, tel qu'il est donné 
par notre auteur, quatre ou cinq ans au moins se 
sont écoulés entre cette visite et l'abandon de Cha- 
gouamigon, en 1670 — 71, par les Hurons et les 
Outaouais. 

Les relations de la Nouvelle-France mentionnent 
en divers endroits les démêlés de ces deux dernières 
nations avec les Sioux, et les désastres qui en furent 
la suite; mais elles n'entrent dans aucun détail. Cf. 
Relation de 1667, IV, 10, col. 2; de' 1670, XI, 86; 
de 1671 3e part., 24, col. 2, et II, 31, col. 2, IV, 39, 
col. 2; de 1672, IV, 36, col. 1. 



Chapitre XVI. 

Note 1. Perrot écrit tour-à-tour Ouabmakis et 
Ouaèmacki's, j'ai adopté de préférence Ouabmaclds, 
comme se rapprochant davantage de Y Ouamachis de 
Charlevoix. La forme véritable me parait être 
Oumachiche , d'où, par le retranchement de l'article 
Algonquin ou, se sera formé Machiche , nom que 
porte actuellement cette rivière. Le Machiche prend 
sa source au nord du Saint-Laurent et se jette dans 
la partie de ce fleuve qu'on appelle le lac Saint- 
Pierre. 



252 

Note 2. Ce Le Moine, dont parle Perrot, doit 
être le même que Charles Le Moine, sieur de Longueil, 
chef d'une des plus illustres familles de la Nouvelle- 
France. J'ai, dans le passage qui le concerne, pro- 
posé de substituer le nom des Iroquois a celui des 
Outaouais que porte le texte. Les Outaouais, amis 
des Français et leurs alliés dans le guerre qui déso- 
lait alors la colonie, ne pouvaient nourrir des desseins 
hostiles contre un des plus braves défenseurs de leur 
propre cause, le faire prisonnier, et le condamner 
au feu. Tout ceci s'explique au contraire fort natu- 
rellement chez les Iroquois. C'est sans aucun doute 
à Charles Le Moine et à sa captivité que se rapporte 
le passage suivant de la relation de 16(56 (11, 3, 
col. 1): 

„Un gentilhomme François qui fut pris cet esté 
„dernier par les Iroquois et mené à Agnié, et qui 
,,fut mis depuis en liberté, rend des témoignages 
^illustres de la vertu de ces heureux captifs (Hurons), 
„qui l'exhortoient par signes k unir ses souffrances 
„k celles que le Sauveur a endurées sur la croix; 
„qui lui rendoient tous les bons offices imaginables, 
„sans craindre de s'exposer k la mort la plus cruelle 
„pour le secourir/' 

Note 3. Mr. de Chasy était le neveu et non 
le cousin de Mr. de Tracy. Perrot a corrigé lui- 
même cette erreur un peu plus loin. 

Note 4. Arendt van Corlaer (Corlar et Corlart 
des relations et de Perrot) commandait vers 1640 
un petit fort construit par les Hollandais k six lieues 
d'Orange (aujourd'hui Albany). Les sauvages, et les 
Français k leur exemple, appelèrent de son nom 
d'abord le poste où il avait résidé, puis les gouver- 
neurs, successivement Hollandais et Anglais, de la 
Nouvelle-Belgique, devenue plus tard la Nouvelle- 
York. Un de ces derniers, le Gouverneur Dongan, 
dans son rapport du 22 Février 1687 au Bureau du 
commerce (Board of Trade) explique cet usage par 



253 

l'amour que cet homme de bien avait inspiré aux 
Indiens qui traitaient avec lui (O'Callaghan, Docu- 
mentary History of ihe state of New-York, I, 156, 
Albany, 1849, in 8°.). — S 'inspirant des mêmes 
motifs, les sauvages du Canada donnèrent a tous les 
gouverneurs de la colonie le nom oVOnonthio (Grande- 
Montagne) qui n'était que la traduction en leur 
langue de celui de Montmagny , que portait le suc- 
cesseur de Champlain. Il s'en servaient aussi pour 
désigner le Roi, mais en y ajoutant l'épithète de 
grand (Grand-Ononthio). 



Chapitre XVII. 

Note 1. Ce double assassinat ayant été commis 
dans le cours d'une seule et même année (Relat. 
de 1670, VI, 45, et IX, 76, 77; — Charlevoix I, 
425, 426), il faut nécessairement changer en quelques 
mots, les quelques années de Perrot. 

Ces crimes abominables, arrivés coup sur coup 
dans une colonie où ils avaient été jusqu'alors in- 
connus, auraient du faire comprendre, à certains 
gouverneurs de ce temps-là, combien était funeste 
cette traite de l'eau-de-vie, qu'ils s'obstinaient a pro- 
téger par fausse politique, et surtout par opposition 
à l'autorité ecclésiastique qui la proscrivait. En 
réalité, le résultat le plus net de cet infâme commerce 
a toujours été la démoralisation des traitans Européens, 
la dégradation, la ruine et la mort des sauvages. 
Aussi, l'honorable et protestante compagnie de la 
Baye d'Hudson, mieux inspirée que ces catholiques 
aveugles ou jaloux, l'a-t-elle, depuis plusieurs an- 
nées, absolument interdite dans toute l'étendue des 
immenses contrées soumises à sa juridiction. Et 
l'on a pu, depuis lors, constater un temps d'arrêt 
dans le mouvement de dépopulation qui menaçait 



254 

d'amener, avant peu, l'extinction complète des tribus 
aborigènes (10 e Rapport sur les missions.. ..de Québec, 
36, 107; et 13 e Rapport, 137). 

J'ai parlé de démoralisation, de ruine et de 
mort ; ce langage n'a rien d'exagéré. Qu'on en juge 
par l'extrait suivant d'un Mémoire historique et ano- 
nyme adressé en 1705 au Cte. de Pontchartrain, sur les 
'mauvais effets de la réunion des castors dans une 
vicme main (ce mémoire se trouve aux archives de 
la marine): „I1 y a plusieurs de ces coureurs de bois 
„qui, dans la vue de s'enrichir tout d'un coup, font 
, , rouler presque tout leur commerce sur la traite de 
,,1'eau-de-vie. Tout le monde sait la passion des sau- 
„vages pour cette liqueur et les funestes effets qu'elle 
„ produit en eux. Une expérience, aussi ancienne 
„que la colonie, nous apprend qu'ils n'en boivent que 
,,pour s'enyvrer, sans qu'on ait jamais pu comprendre 
„par quel charme fatal cet effet surprenant peut se 
„produire. Le village ou la cabane dans laqueUe 
„les sauvages boivent de l'eau-de-vie est un image 
„de l'enfer : le feu vole de toutes parts ; les coups 
„de hache et de couteau font couler le sang de tous 
,,côtés; tout retentit de hurlemens et de cris effroya- 
bles. Ils se mangent le nez, s'arrachent les oreilles ; 
„partout où leurs dens s'attachent, elles emportent 
„le morceau. Le père et la mère jettent leurs petits 
„enfants dans les brasiers ou dans les chaudières 
^bouillantes. La mère avec ses enfants, le père avec 
„ses filles, les frères avec leurs soeurs commettent 
„mille abominations. Ils se roulent sur les cendres, 
„le charbon, et le sang. Ils s'endorment dans cet 
„état affreux les uns parmi les autres; les esprits de 
,,1'eau-de-vie se dissipent, ils s'éveillent le lendemain, 
„défigurés, abattus et confus du désordre où ils se 
„trouvent. Tout sauvages qu'ils sont, ils ne laissent 
„pas d'en avoir horreur: plusieurs d'entr'eux se re- 
„pentent et forment la résolution cte ne plus boire 
,,à l'avenir. Des François indignes de porter ce nom 



255 

„les sollicitent à recommencer. Ils trouvent des 
^profits immenses dans cet infâme commerce, parce- 
„que, lorsqu'ils ont une fois enyvrés les sauvages, 
„ils les dépouillent même des habits , des armes et 
,,des autres choses qu'ils leur avoient vendues aupara- 
vant. On a vu de ces François avouer, avec dou- 
bleur et des marques de repentir, qu'ils avoient fait 
„plus de 15000 livres en castors, avec une seule 
,, barrique d'eau-de-vie qui ne leur coutoit pas 200 
,, livres; mais que, en revenant de leurs voyages, le 
,,feu ayant pris à leur cabane pendant qu'ils dor- 
„moient, tous leurs castors furent consumés avec le 
„reste de leurs équipages. Il y a encore cent exem- 
ples de la malédiction de Dieu sur ceux qui font 
„ce commerce odieux. On n'en voit pas un seul 

; ,dont les affaires ayent eu une heureuse fin Sa 

„Majesté a fait, en divers temps de sages règlements 
„contre ce mauvais commerce : l'avarice , la cupidité 
„la jalousie de l'autorité, la fausse politique ont 
^toujours trouvé le moyen de les éluder." 

Ces désordres se reproduisent encore aujourd'hui, 
sous les mêmes traits, partout où peuvent pénétrer les 
marchands de liqueurs fortes. Voici ce qu'écrivait, 
en 1839, un missionnaire du Missouri, qu'on ne soup- 
çonnera point d'avoir puisé ses inspirations dans le 
mémoire précédent: „Le déplorable excès des liqueurs 

„ finira, je le crains, par entraîner la ruine totale 

„de la nation; car la guerre, la peste et la famine 
„en sont les inévitables suites. Des Américains sans 
„conscience inondent le pays de leurs fatales boissons, 
„et le' gouvernement, qui seul pourrait mettre fin à 
„un trafic si immoral, ne lui a opposé jusqu'ici que 
„des lois sévères, mais point de mesures efficaces. 

„ Il faut avoir été témoin des orgies de ce 

„peuple , pour comprendre a quels excès l'emporte 
„sa brutale passion. Une fois les bornes de la tem- 
pérance passées, son sang s'enflamme, une espèce 
„de rage le consume d'abord ce sont des chants 



256 

„de joie, mais bientôt viennent les cris et les hur- 
„lemens, suivis d'altercations. Un combat s'engage 
„à coups de couteaux et se termine à coups de 
^massues. Très souvent le sang se mêle aux libations, 
„et le meurtre assaisonne le festin. Par-dessus tout, 
„les lutteurs cherchent à se couper le nez ; c'est pour 
„eux un exploit dont ils se glorifient" (Propag. de 
la Foi, XIII, 52, 53). — Cf. J. Long, Voyage and Tra- 
cels of an Indian Interpréter and Trader ', p. 97 et 1 1 1 
de la traduction Française, Paris, an II, in-8. 

Les sauvages ne se font, au reste, aucune 
illusion sur la véritable cause de leur dégradation et 
de leurs malheurs. Un jour, je ne sais plus quel 
commissaire du Président des Etats-L'nis, réunit en 
conseil les Ouinipegous ou Puans, pour leur signifier 
l'ordre de quitter leurs anciennes demeures, où, 
prétendait-on, ils étaient devenus une cause per- 
manente de trouble et de scandale par leur mauvaise 
conduite. Le grand orateur et premier chef de la 
peuplade prit la parole, et, entre autres choses fort 
sensées, „Pour se dispenser, dit-il, d'être justes 
„envers nous, on nous accuse d'être la nation la plus 
„perverse qui soit sous le ciel. Si ce reproche nous 
„était fait par des Indiens , je montrerais qu'il est 
„exagéré. Mais ce sont les Blancs qui nous l'adressent, 
„et je me borne à répondre qu'il retombe sur eux. 
„Pourquoi nous imputer des vices que vous-mêmes 
„avez fomentés? Pourquoi venez-vous nous tenter 
„jusqu'à la porte de nos cabanes avec votre eau-de- 
„feu, si destructive de notre tribu? S'il se commet 
„des crimes parmi nous, c'est par suite de l'ivresse; 
„et qui nous enivre? Qui? Des hommes avides 
„qui nous vendent du poison au prix de nos dé- 
pouilles" (Propag. de la Foi, XVII, 490). — Au fait, 
l'eau-de-vie est pour les sauvages un véritable poison. 
De la strychnine ou de l'arsenic les tuerait plus 
promptement, sans doute, mais non plus sûrement. 



257 
Chapitre XIII. 

• Note 1. La flotte Outaouaise, d'après la re- 
lation de 1679 (I, 4), n'aurait compté que quatre- 
vingt-dix canots, montés par quatre cents hommes. 
Il y a loin de là aux neuf cents Outaouais de Perrot. 
Mais il est facile de faire disparaître ce désaccord, 
plus apparent que réel, en considérant ces quatre- 
vingt-dix canots comme une portion de la flotte totale ; 
ce à quoi nous autorise l'expression de dernières ban- 
des, dont la relation se sert pour les désigner. 

Perrot, qui se met ici en scène pour la première 
lois, se présente brusquement au lecteur, sans un seul 
mot d'introduction ou d'éclaircissement sur sa vie 
antérieure ; bien différent en ceci de tant d'autres 
personnages, qui, dans leurs mémoires, n'ont guères 
songé qu'a parler d'eux-mêmes. Nous ne saurions 
donc absolument rien de la famille de notre auteur, 
de l'année et du lieu de sa naissance, de sa jeu- 
nesse et de ses premières expéditions chez les sau- 
vages de l'ouest, si Charlevoix et La Potherie 
n'avaient, en partie du moins, supplée a son silence. 
J'ai réuni, dans cette note, les renseignements peu 
nombreux dont nous leur sommes redevables, et dont 
trop souvent ils nous laissent ignorer la date précise. 

Nicolas Perrot, né en 1044, se rendit, j'ignore 
en quelle année, a la Nouvelle-France. Il apparte- 
nait à une famille honnête, mais peu fortunée: aussi, 
après avoir reçu quelque teinture des lettres, se 
vit-il obligé d'interrompre ses études pour entrer 
au service des missionnaires. Les Jésuites, alors 
dispersés au loin parmi des nations sauvages que 
la guerre et la faim décimaient à l'envi, avaient 
bientôt compris qu'ils ne pouvaient sans témérité se 
mettre, pour leur entretien, à la discrétion des 
pauvres Indiens au milieu desquels ils vivaient. Il 

17 



258 

leur fallut donc, comme leurs néophytes, demander 
k la chasse , a la pêche et k l'agriculture leurs alimens 
de tous les jours. Ces travaux, auxquels leur éducation 
première les avait laissés étrangers, étaient en outre 
incompatibles avec les fonctions de leur ministère. 
Le peu de frères coadjuteurs Européens qu'ils comp- 
taient parmi eux, étant presque aussi inhabiles k ces 
exercices que les missionaires eux-mêmes, ceux-ci s'as- 
socièrent quelques jeunes gens du pays, qui, gratuite- 
ment ou moyennant salaire, consentaient k par- 
tager leurs dangers, leurs fatigues et leurs privations, 
et pourvoyaient a leurs besoins. Les Pères Mes- 
nard (Relat. de 1GG3, VIII, 18— 13), Allouez flEtelat. 
de 16G7, XVI, 26), Marquette (I, 6 et 94), et bien 
d'autres avant ou après eux, eurent pour compa- 
gnons de leurs courses apostoliques un certain nombre 
de ces donnés ou engagés. C'est parmi ces derniers 
que s'enrôla Perrot, ce qiù lui fournit l'occasion de 
visiter la plupart des peuplades indigènes, et d'ap- 
prendre leurs langues (Charlevoix, I, 437). Quelle 
fut la durée exacte de cette sorte d'apprentissage? 
Je l'ignore; mais il n'a pu se prolonger longtemps. 
Nous savons, en effet, par La Potherie (II, 88, 89), 
que Perrot visita le premier les Poutéouatamis, pour 
y faire la traite du fer, c'est-à-dire des armes et 
des munitions de guerre. Il avait donc, k cette épo- 
que, quitté déjà le service des missionnaires. Mais 
ce voyage ne put avoir lieu qu'en 16G5 au plus tard ; 
puisque, d'une part, Perrot, de chez les Poutéouta- 
mis, se rendit chez les Outagamis, l'année même qui 
suivit l'établissement de cette dernière peuplade dans 
le voisinage des Sakis et de la Baie (La Potherie 
II, 99); et que, de l'autre, cette migration des Ou- 
tagamis était accomplie dès l'année 1GG5 (Relat. de 
1G67, X, 21). Nous sommes donc forcément con- 
duits k n'assigner k l'engagement de Perrot qu'une 
durée de quatre ou cinq ans au plus (de 1GG0 à 
16G4 ou 1665); car on ne peut guères supposer que 



259 

Perrot se soit associé aux missionnaires avant sa sei- 
zième année. 

Dans ce récit de La Potherie une chose encore 
m'embarrasse: Perrot, y est-il dit, aurait le premier 
de tous les Français pénétré jusqu'aux Poutéouata- 
mis. Et cependant ces Indiens, établis a l'entrée de 
la baie des Puans dès 1638, avaient du être visités 
par les deux jeunes voyageurs canadiens qui vinrent 
à cette même baie en 1G54. Mais, peut-être, ne 
s'agit-il, dans La Potherie, que d'un des villages de 
cette nation, le plus reculé au fond de la baie. 

Quoiqu'il en soit de cette conjecture, qui n'a d'au- . 
tre fondement que l'affirmation d'un seul écrivain, il 
est certain que Perrot lit, avant 1670, plusieurs voya- 
ges chez les diverses nations de la baie des Puans 
et du Wisconsin. 

Lorsqu'il parut pour la première fois au milieu 
des Poutéuuatamis, ceux-ci furent tout surpris de 
voir que les Français étaient des hommes faits comme 
eux, et tinrent la venue d'un de ces étrangers dans 
leur village pour un bienfait signalé du Grand-Esprit. 
;; Les vieillards allumèrent un calumet solemnel, vin- 
rent au devant de lui, et le lui présentèrent comme 
,.un hommage qu'ils lui rendoient. Après qu'il eut 
„fumé le calumet, le chef le présenta à ceux de sa 
„nation, qui se le présentèrent tous les uns et les 
..autres en répandant de leur bouche la fumée de 
..tabac sur lui, comme un encens. Tu es un des pre- 
„miers esprits, lui disoient-ils , puisque tu fais le fer', 
„c'est toi qui dois dominer et protéger tous les hommes. 
„Loué soit le soleil qui t'a éclairé et rendu sur notre 
„terre. Ils l'adoroient comme un dieu ; ils prenoient de 
„ses couteaux et de ses haches, qu'ils encensoient 

„avec leur bouche de la fumée de tabac Quand 

,.il sortoit, on vouloit le porter sur les épaules, on 
„applanissoit les chemins par où il passoit; on 
„n'osoit le regarder en face. Les femmes et les 
,,enfans se tenoient un peu loin pour le considérer 

17* 



260 

„ Le sauvage qui l'avoit introduit chez cette 

„nation fut reçu en capitaine par reconnaissance" 
(La Potherie, II, 88, 89). 

Perrot n'était pas un trafiquant vulgaire, unique- 
ment préoccupé de ses intérêts et de ceux de ses 
commettans. Dès le commencement de sa carrière, 
il comprit combien il importait a la colonie et à la 
France, de voir toutes les nations de l'ouest unies entre 
elles contre l'Iroquois l'ennemi commun. Ayant 
donc appris, à son arrivée chez les Poutéouatamis, 
que des hostilités avaient déjà éclaté entre ces In- 
diens et les Maloumines ou Folle - Avoines leurs 
voisins , dont ses hôtes redoutaient une attaque, 
d'autant plus à craindre, en ce moment, que tous 
leurs guerriers étaient en traite à Montréal , il s'offrit 
d'aller lui-môme négocier la paix avec leurs ennemis. 
Cette proposition fut accueillie avec reconnaissance 
par les vieillards de la tribu, et Perrot partit aus- 
sitôt pour remplir sa mission. 

Les Maloumines, ou plutôt Manomines (de Ma- 
nomin, folle -avoine) habitaient sur les bords de la 
rivière du même nom, qui limite, au nord, l'état actuel 
de Wisconsin et se jette dans la baie des Puans. 
Ces peuples de langue et de race Algonquine (Relat. 
de 1640, X, 35, col. 1, et de 1670, XII, 100, col. 2), 
ayant donné asile aux Outaouais fugitifs (Relat. 
de 1658, V, 21), avaient eu, par leur intermédiaire, 
quelque connaissance des Français. Aussi, lorsque 
Perrot, s'arrêtant à une demi-lieue de leur village, 
leur eut envoyé annoncer l'arrivée d'un de ces 
Français , la joie fut-elle universelle. Tous les jeunes 
gens, revêtant leurs ornements de guerre, coururent 
aussitôt au-devant de lui. „lls marchaient de file 
„avec des contorsions et des hurlemens capables 
„d'effrayer. C'étoit la réception la plus honorable 
,, qu'ils croyoient devoir lui faire." Du plus loin que 
Perrot les aperçut, il tira un coup de fusil en l'air. 
A ce bruit extraordinaire, les Manomines .s'arrêtèrent 



261 

tout court, ^regardant le soleil avec des postures 
„tout-k-fait plaisantes. Après qu'il leur eut fait en- 
tendre qu'il ne venoit pas pour troubler leur repos, 
„mais pour faire alliance avec eux, ils approchèrent 
„avec beaucoup de gesticulations. On lui présenta 
„le calumet, et, lorsqu'il fallut arriver au village, il 
„y en eut un qui se baissa pour le porter sur ses 
„épaules. Son interprète leur témoigna qu'il avoit 
„refusé ces honneurs chez plusieurs nations. On le 
„conduisit avec ces grands empressemens. C'étoit à 
„qui abattroit des branches d'arbres qui avançoient 
„dans le chemin et qui le netoieroient L'on s'as- 
sembla dans la cabane du premier chef de guerre, 
„où l'on dansa le calumet au son du tambour. Il les 
; ,fit tous assembler le lendemain'"' et, prenant la 
parole, il leur recommanda de garder la paix avec 
les Poutéouatamis ; leur offrit deux présents pour 
couvrir le corps du Manomine que ces Indiens avaient 
tué, et les exhorta à vivre tous ensemble dans la 
plus parfaite union, leur promettant, s'ils y consentaient, 
la piotection de la France. Ce discours eut un plein 
succès. Le père du mort se leva et prit le collier 
que Perrot leur avait donné. Il alluma ensuite son 
calumet, l'offrit d'abord au Français, puis au chef 
et k tout les assistans. Alors commençant à chan- 
ter, il sortit de la cabane, le collier d'une main et 
le calumet de l'autre; les présenta au soleil, et 
se mit en marche, tantôt reculant et tantôt avançant. 
Il fît ainsi le tour de la cabane du conseil, passa 
par une grande partie des loges du village, et, reve- 
nant à celle du chef, il s'écria qu'il s'attachait 
entièrement aux Français, qui avaient reçu des esprits 
la domination sur tous les autres hommes; et que sa 
nation, animée des mêmes sentiments, ne demandait 
que la protection des Français, qui pouvaient leur 
donner la vie et la jouissance de tous les biens néces- 
saires k l'homme. Cette déclaration mit fin k la céré- 
monie : la paix était conclue (La Potherie, II, 90—94). 



262 

Un nouveau triomphe attendait Pcrrot chez les 
Poutéouatamis. Il était rentré depuis quelques jours 
dans leur village, lorsqu'on signala la flotte long- 
temps désirée, qui ramenait de Montréal les guer- 
riers de la nation. On accourut pour la recevoir : 
dès qu'elle fut en vue, elle commença k faire des 
salves de mousqueterie, entremêlées de cris et de 
hurlements, qu'elle continua jusqu'à deux ou trois 
cents pieds du rivage. Alors le chef de l'expédition 
se leva, prit la parole, et fit aux anciens un long 
récit du bon accueil qu'ils avaient reçu dans la co- 
lonie. Un ancien lui répondit, et. montrant Perrot, 
rendit grâces au soleil, qui leur avoit aussi envoyé 
un Français pour les protéger et les favoriser, en 
diverses rencontres. En apprenant ce que Perrot 
avait fait pour leurs compatriotes, les nouveaux venus 
se hâtèrent de débarquer et de lui témoigner leur 
joie et leur reconnaissance. Ils l'enlevèrent bon grè 
mal grè, et, l'ayant placé sur une couverture d'écarlate, 
lui tirent faire le tour de leur fort. Il était préeédé 
et suivi de tous les guerriers, qui, mataehêa a leur 
mode et affublés, pour faire honneur à leur hôte, 
des habits qu'on leur avait donnés à Montréal, mar- 
chaient deux a deux, le fusil sur l'épaule. On se 
rendit ainsi à la loge du chef de l'expédition, où 
l'on servit à Perrot et à tous les anciens un 
grand festin d'esturgeons. C'est là que fut définiti- 
vement scellée l'alliance conclue entre les Français 
et les Poutéouatamis (La Potherie 96 — 98). 

Ces caresses, ces marques d'honneur, ces dé- 
monstrations enthousiastes nétaient pas aussi désin- 
téressées qu'on pourrait le croire. Perrot observe 
quelque part, que, dans leur trafic avec les Euro- 
péens, les sauvages ne sont sauvages que de nom: 
et savent très habilement mettre en oeuvre les 
moyens les plus assurés d'arriver a leurs fins. Le 
but qu'ils se proposaient d'atteindre était ici de 
gagner là confiance de Perrot et des marchands de 



263 

la colonie, de les attirer chez eux à l'exclusion des 
autres peuples, et de devenir ainsi les intermédiaires 
obligés du commerce de la Nouvelle-France avec les 
tous les Indiens de l'ouest. C'est dans ce dessein qu'ils 
cherchaient à prévenir autant que possible l'établisse- 
ment de relations directes entre Perrot et les nations 
plus éloignées, tout en se hâtant d'envoyer à celles-ci 
des députés chargés de leur faire connaître l'alliance 
des Poutéouatamis avec les Français, le voyage des 
premiers a Montréal, et leur retour avec une grande 
quantité de marchandises, contre lesquelles ils les 
invitaient à venir échanger leurs fourrures. 

Mais s'ils avaient un but, Perrot avait aussi le 
sien dont il ne se laissa pas détourner. !Son patrio- 
tisme et son esprit aventureux le poussaient a visiter 
par lui-même les diverses tribus de la Baie et des 
contrées voisines. Il voulait, en traitant personelle- 
ment avec elles, se les attacher e* les attacher à la 
France. C'est ce qu'il ht dans le cours des années 
suivantes. 

Les Outagamis ou Renards, chassés de leurs ancien- 
nes demeures par la crainte des Iroquois, s'étaient 
réfugiés en un lieu appelé Ouestatinong, à vingt- 
cinq ou trente lieues de la baie des Puans, vers le 
sud -ouest (Relat. de 1670, XII, 94, col. 2, et 98, 
col. 1). L'époque précise de cette migration ne nous 
est pas connue. Ce qui est certain, c'est 1° qu'elle 
eut lieu après 1658; puisque les Outagamis ne 
figurent pas dans le dénombrement des peuples de 
la Baie et du Méchingan donné par la relation de 
cette année (V, 21); et 2° qu'elle était déjà faite à la fin 
de 1665 (cf. supr. p. 258). Cette nation, de race Algon- 
quine, était parente et alliée des Sakis, dont elle 
parlait la langue (Relat. de 1667, X, 21; de 1670, 
XII, 98, col. 1 ; — Perrot XXIX, 154). C'est pourquoi, 
dès le printemps de l'année qui suivit son nouvel 
établissement, elle envoya des députés chargés 
de leur annoncer son arrivée. Les iSakis, à leur 



264 

tour, résolurent de dépêcher quelques chefs en am- 
bassade, pour féliciter les Outagamis de leur venue 
en ce pays, et les conjurer de ne plus s'en éloigner, 
Perrot ne laissa point échapper cette occasion de 
visiter une tribu, qui jusqu'alors n'avait eu aucune 
relation avec les Français (La Potherie II, 99 et 1731. 
Il nous sera facile de le suivre, grâce aux P. P. 
Allouez et Dablon, qui, peu après, tirent le même 
voyage, et nous ont donné de leur itinéraire une rela- 
tion curieuse et circonstanciée (Relat. de 1670, XII, 
96 et suiv.; de 1671, 3 e part. V, 43 et suiv.). 

Partis du village des Sakis (1665?), Perrot et les 
chefs de cette nation remontèrent d'abord la rivière 
des Puans, par laquelle les eaux du lac Ouinipeg se 
déchargent dans le fond de la Baie. Les anciens 
missionnaires lui avaient donné , ainsi qu'au lac d'où 
elle sort, le nom de Saint-François : c'est la Rivière-au- 
Renard (Fox rt'vef*) des géographes modernes. Cette 
rivière, large de deux et parfois de trois arpens,. 
présente à la navigation d'assez grandes difficultés. 
A une journée (huit ou dix lieues) au-dessus de son 
embouchure, on rencontre des rapides qui en embar- 
rassent le cours. „Us sont beaucoup plus difficiles à 
„franchir que ceux des autres rivières, parceque les 
„cailloux sur lesquels il faut marcher a pieds nuds 
„pour traisner les canots, sont si affilez et si coupans 
„qu'on a toutes les peines du monde à s'y tenir ferme 
„contre le grand courant des ces eaux." Ces rapides 
s'étendent sur une longueur de trois ou quatre 
lieues (Relat. de 1671, 43). 

Au sortir de ces passages également rudes 
et dangereux, Perrot et ses compagnons entrèrent 
dans le plus beau pays qui se puisse voir. „Ce sont 
„toutes prairies à perte de veùe de tous costez, coupées 
„d'une rivière qui y serpente doucement, et dans 
„laquelle c'est se reposer que d'y voguer en ramant. 
„On a passé le païs des forests et des montagnes. 
„Quand on est arrivé à celuy-cy, il n'y a que de 



265 

„petites émiuences plantées de bocages d'espace en 
„espace, comme pour présenter leur ombre aux 
„passans, afin de s'y rafraischir contre les ardeurs 
„du soleil. On n'y voit que des ormes, des chesnes 

„et autres arbres de cette nature les vignes, les 

^pruniers et les pommiers se trouvent aisément en 
; , chemin faisant, et semblent par leur veùe inviter 
„les voyageurs à débarquer, pour gouster de leurs 
„fruits , qui sont très doux et en grande quantité. 
,,Tous les rivages de cette rivière, qui coule paisi- 
blement au milieu de ces prairies, sont couverts de 
„certaines herbes, qui portent ce qu'on appelle icy 
„de la folle-avoine, de laquelle les oyseaux sont 
„ merveilleusement friands: aussy la quantité de toute 
,, sorte de gibier y est partout si grande que sans 
„beaucoup s'arrester on en tue à discrétion.' - On y 
rencontre des troupes nombreuses d'outardes, de 
canards, d'oies et de cygnes, ou plutôt „de cer- 
tains oyseaux rares et d'une espèce toute particu- 
lière , que les sauvages appellent chêtê. On juge- 
rait à les voir que se sont des cignes, parcequ'ils 
„en ont la blancheur du plumage, la longueur du 
„col et des pieds, et la grosseur du corps; mais la 
„différence et la rareté est dans le bec, qui est d'un 
, , grand pied de long et gros comme le bras. Ils 
„le portent d'ordinaire couché sur le col qu'ils re- 
plient à ce dessein comme pour luy servir de lit 
,,bien délicat — si ce n'est qu'ils s'en servent pour 
„la pesche; car alors c'est merveille de voir comme 
„au dessous de ce bec la nature a formé une espèce 

„de nasse faite d'une peau fort délicate et très 

„souple, qui estant fermée se ramasse si bien et si 

proprement que rien ne paroist mais quand il 

„est temps ils sçavent.... prestement l'élargir et 

„nageant à mesme temps contre le poisson, ou l'atten- 
dant au dessous des courans quand il descend, y 
„tenant cette nasse toute étendue, ils le font entrer 
,, dedans comme dans un rets et puis la referment 



266 

„promptement de peur qu'il ne s'échappe." Dans 
les immenses prairies, qui, de cette rivière s'éten- 
dent jusqu'au Mississipi, erraient les bisons et vaches 
sauvages, par troupeaux de quatre ou cinq cents 
têtes, qui fournissaient Raisonnablement des vivre* 
„aux bourgades entières, lesquelles, pour se sujet, 
„ne sont point obligées de se disperser par familles 
„pendant le temps de leur chasse , comme font les 
„sauvages des autres contrées" (Relat. de 1670, XII, 
97, col. 1, et de 1671, V, 43— 45). ^ 

Après avoir navigué pendant cinq ou six lieues 
sur le lac Ouinipeg, nos voyageurs le quittèrent pour 
entrer dant une rivière venant d'un lac de folle- 
avoine, qui reçoit à son extrémité deux autres cours 
d'eau, dont l'un conduit chez les Outagamis, et l'autre 
chez les Maskoutens. Ils prirent le premier et, 
traversant plusieurs petits lacs, arrivèrent au terme 
de leur voyage (Relat. de 1670, ibid.). 

Le bourg des Outagamis se composait alors d'au 
moins six cents loges, au dire de La Potherie (II, 
99); quoique la relation de 1671 (V, 49) ne lui en 
accorde qu'un peu plus de deux cents, dont chacune 
renfermait cinq ou six familles, et quelquefois dix. 
Ces loges, construites de grosse écorce, étaient toutes 
renfermées dans l'enceinte d'un fort, élevé par ces 
sauvages au milieu de leurs déserts ou défrichements 
(Relat. de 1670, 98, col. 1). Dans leurs chasses ou leurs 
voyages, les Outagamis cabanaient sous des nat- 
tes. Les terres qui environnaient le village étaient 
d'excellente qualité, et donnaient aux sauvages du 
blé d'Inde en abondance. Ceux-ci vivaient de leur 
chasse pendant l'hiver, et, rentrant chez eux au 
printemps s'y nourrissaient du maïs dont ils avaient 
fait cache en automne et qu'ils accommodaient avec 
du poisson (ibid.). Mais, au moment ou Perrot 
les visita, ils étaient destitués de toutes choses, 
et la vue de leur misère excitait la compassion. 
Dans de pareilles circonstances, il ne fallait pas 



267 

s'attendre à faire avec eux un commerce bien lucra- 
tif. Comme d'ailleurs ces sauvages, obéissant aux 
instincts quelque peu cupides de la race Indienne, 
surexcités encore par leur dénûment actuel , se mon- 
traient d'une exigence insupportable, et prétendaient 
obtenir gratuitement tout ce qui leur faisait envie, 
Perrot se retira, laissant les Sakis faire pendant 
l'hiver la traite des castors avec les Outagamis leurs 
alliés. Il se reservait de leur acheter, l'automne sui- 
vante, les fourrures qu'ils se seraient ainsi procu- 
rées. (La Potherie II, 99, 100). Ces façons d'agir 
assez brutales des Outagamis ne paraissent pas 
avoir laissé de traces fâcheuses dans les souvenirs 
de Perrot. On doit supposer que, formé à l'école 
des missionnaires, il avait compris qu'il y avait là 
un mélange de qualités et de défauts qui deman- 
daient, de sa part, une certaine condescendance. Il 
est même facile de s'apercevoir qu'il éprouvait un 
certain faible pour ces peuples, dont les autres histo- 
riens de la Nouvelle-France nous donnent une idée 
très désavantageuse (Relat. de 1670, XII, 98, col. 1, 
et de 1(371, Y, 49, col. 2; — La Potherie, ubi supra) ; 
car, bien des années après cette entrevue, il leur rap- 
pelait avec une juste fierté qu'il était leur père, et 
que, ayant été le premier Français qui eut ouvert les 
portes de leurs cabanes, c'était par son entremise 
que le Grand-Esprit avait pénétré jusqu'à eux (La 
Potherie II, 173). Plus tard encore, et. lorsqu'il fut 
question dans les conseils de la colonie de faire aux 
Renards une guerre d'extermination, ce fut Perrot 
qui les défendit, et présenta un mémoire en leur fa- 
veur au gouverneur, Monsieur de Vaudreuil (Perrot, 
191). De leur côté, les Outagamis conservèrent pour lui 
une affection et une confiance qui ne se démentirent 
jamais et qui lui font honneur. Ils le sauvèrent des 
flammes auxquelles les Miamis l'avaient condamné ; 
et, en 1701, dans l'assemblée générale des nations 
sauvages, qui se tint à Montréal, sous le gouverne- 



268 

ment de Monsieur de Callières, ils se plaignirent 
hautement de n'avoir plus desprit depuis que Per- 
rot les avait quittés (Charlevoix, II, 211, 276). Il 
est donc fort à croire que l'inutile expédition de 
Monsieur de Louvigny contre ces sauvages, en 1717, se 
serait autrement terminée, si leur vieil ami Métami- 
nens (Petit-blé-d'Jnde, nom donné par les Indiens de 
la Baie à notre auteur) en ei'it t'ait partie. Son inter- 
vention, toujours favorablement accueillie par les 
Outagamis, les eût sans doute engagés à demander 
une paix aussi désirable pour eux-mêmes que né- 
cessaire à la colonie. Cf. Perrot, 153. 

Il ne faudroit pas, au reste, s'imaginer, d'après 
ce qui se précède, que les nations de la Baie n'aient 
entretenu avec les Français, récemment arrivés parmi 
elles, que des relations amicales. Ces Indiens, tout 
enfants de la nature qu'ils étaient et précisément 
pareequ'ils l'étaient, ne ressemblaient en rien à ces 
fades personnages, coiffés de plumes, doux comme 
des agneaux, braves comme des lions, tendres, 
pleurnicheurs et bavards, que, sous le nom de sau- 
vages, des historiens, assurément très dignes d'être 
romanciers, ont produit dans le monde. Comme tous 
leurs pareils, les gens de la Baie ne manquaient ni 
de rudesse, ni de fausseté, ni d'envie de s'approprier 
le bien d'autrui. Les trafiquants ou coureurs de 
bois, à leur tour, s'ils ne se piquaient pas en main- 
tes occasions dune probité fort rigoureuse, tenaient 
essentiellement à n'être jamais dupes de leurs hôtes. 
Ils veillaient donc de très près à leurs intérêts, et, 
en cas de conflit, laissaient de côté la patience pour 
en appeler à la force. Entre des hommes de cette 
trempe, surtout lorsque l'eau -de -feu se mettait de 
la partie, les rixes étaient presque inévitables. Quand 
elles éclataient, toute la prudence de Perrot et son 
crédit auprès des sauvages ne l'empêchaient pas de 
s'y trouver parfois compromis, même assez grave- 
ment. Car c'est bien lui que je soupçonne avoir, 



269 



un certain jour, au moment où il s'efforçait d'arrêter, 
trop sommairement il est vrai, une querelle de cette 
espèce, reçu sur la tête un coup de tomahawk, qui 
l'étendit sans connaissance, et qui, mieux appliqué, 
nous eût à jamais privés de ses mémoires. Heureu- 
sement qu'il reprit ses sens assez à temps pour em- 
pêcher les représailles, que les Sakis et une portion 
des Poutéouatamis se préparaient à exercer sur la 
famille de son agresseur (La Potherie, IL 100 et 101). 

De pareilles mésaventures, pain quotidien du 
missionnaire ou du voyageur chez les sauvages que 
la religion n'a point encore adoucis, ne pouvaient 
arrêter Perrot dans l'exécution de ces desseins. Aussi, 
n'hésita-t-il pas à profiter de la première opportunité 
qui si présenta de pénétrer jusqu'aux Maskoutens et 
aux Miamis. 

Ces deux nations n'avaient pas suivi l'exemple 
des tribus Illinoises, en allant chercher au delà 
du Mississipi un refuge contre les incursions des Iro- 
quois. Elles avaient, comme les autres, pris la fuite 
devant ces redoutables adversaires, mais sans s'ex- 
patrier complètement. Les Miamis se retirèrent 
dans la vallée du Mississipi , à soixante lieues de 
la Baie ; les Maskoutens ne poussèrent pas si loin, 
et ne dépassèrent pas l'extrême limite du bassin 
du Saint-Laurent. Ils y étaient établis dès 1657 
(Relat. de 1658, V, 21, col. 2), et c'est là qu'on les 
retrouve toutes les fois qu'il en est fait mention, de 
1658 a 1676. La Potherie doit donc se tromper lorsqu'il 
affirme (II, 102) que les Maskoutens, les Miamis, les 
Kikabous et cinquante loges d'Illinois vinrent tous 
ensemble se fixer en cet endroit, à une époque, qui, 
d'après son récit, coïnciderait avec l'une ou l'autre 
des années 1667 et 1668. Car, en 1669, les Kika- 
bous n'étaient point encore réunis aux Miamis et 
aux Maskoutens: ils vivaient sur les bords de la 
même rivière, mais quatre lieues plus loin (Relat. 
de 1670, XII, 100, col. 1). Et, quand aux Illinois, 



270 

ils étaient encore au-delà du Mississipi. Ceux d'en- 
tre eux qui se joignirent aux Miamis et aux Mas- 
koutens, ne le firent que beaucoup plus tard, en 
1G72. On lit, en effet, dans la relation de cette 
dernière année (V, 41, col. 2), que le P. Allouez 
fut reçu comme un ange du ciel par les trois 
peuples dont se composait la bourgade des Mas- 
koutens, „et particulièrement de ceux qui estant 
^arrivez de nouveau des quartiers du sud, n'avoient 
,.jamais eu connaissance d'aucun François." Mais, 
de ces trois peuples, deux, les Miamis et les Mas- 
koutens, avaient été alors déjà visités au moins 
deux fois par Perrot (avant 1669 et en 1670), et 
une fois par le P. Allouez lui-même (Relat. de 1671, 
V, 45, col. 2) ; cette phrase des relations n'est donc 
applicable qu'à la troisième peuplade, celle des Illi- 
nois Kikabous et autres (Relat. de 1673, V, 41 du 
ms. orig. ; de 1674, XI, 73 — 75, id.; — voyages de 
P. Marquette, 19; — La Potherie, ubi supra). 

Quoiqu'il en soit de tout ceci, on ne peut nier 
que les Maskoutens n'eussent admirablement choisi 
le lieu de leur demeure. De l'éminence sur laquelle 
leur bourgade était placée, „on découvre de toutes 
„parts, dit le P. Marquette (Voyages, 21) des prai- 
,.ries à perte de veùe, partagées par des bocages 
,,et des bois de haute futaye. La terre y est très 
„bonne et rend beaucoup de blé-d'Inde. Les sau- 
„vages ramassent quantité de prunes et de raisins, 
„dont on pourroit faire beaucoup de vin si on vouloit." 
Cette situation „belle et bien divertissante"' offrait 
encore, en temps de guerre, de nombreux avantages 
aux Maskoutens. Ils y surveillaient de très loin les 
approches de l'ennemi quelqu'il fut. Etaient-ils trop 
pressés par l'Iroquois venu de l'est? Ils pouvaient, 
par le bras de la Rivière-aux-Renards qui coulait 
dans la plaine, à une lieue de leur fort, et en suivant 
une route dont seuls ils connaissaient tous les détours 
(Relat. de 1670, V, 99, col. 1; et Marquette, 23, 24), 



271 

gagner le Wisconsin et le Mississipi, où ils étaient 
en sûreté. Avaient ils, au contraire, à redouter une 
invasion des Sioux, partis du nord -ouest? La 
même rivière leur ménageait une fuite assurée, au 
nord-est, vers le lac Ouinipeg et la baie des Puans. 
Il ne faut donc pas s'étonner que les Miamis soient 
promptement venus se joindre aux Maskoutens, dans 
une station si favorisée sous tous les rapports, et 
dont la beauté avait „quelque chose du paradis ter- 
restre" (Relat. de 1671, V, 43, col. 2). Cf. Relation 
de 1G70 (XII, 99, col. 2, et 100, col. 1) et le P. Mar- 
quette (Voyages, 23 — 27). 

Depuis longtemps déjà ces deux tribus sauvages 
connaissaient les Français de réputation. Les Hurons 
et les Algonquins, fuyant, comme elles et avant elles, 
les furieuses poursuites des Iroquois, leur avaient 
parlé de la France et de son industrie, dont les armes 
à feu, les haches et autres produits leur donnèrent dès 
lors la plus haute idée. Aussi, désiraient-elles ardem- 
ment ouvrir avec la colonie un commerce d'échanges. 
Quand donc, après la première chasse au bison qui 
suivit leur réunion, elles invitèrent les Poutéouatamis 
a venir prendre leur part du festin solennel qui la 
termine ordinairement; elles les prièrent d'y amener 
les Français, si d'avanture il s'en trouvait dans leur 
village. Les Poutéouatamis acceptèrent l'invitation; 
mais, en gens avisés, se gardèrent bien de la com- 
muniquer a Perrot et à un autre Français qui étaient 
alors dans leur village. Ils partirent même à leur insu. 
Cette ruse fut promptement déjouée: un Maskoutens 
et un Miami s'obstinèrent, en effet, à redescendre 
jusqu'à la Baie avec les invités, et furent très surpris 
d'y voir nos deux Français. Les reproches amicaux 
qu'ils adressèrent à ces hôtes si vivement désirés, et 
inutilement attendus, amenèrent une explication, dont 
le résultat fut que ceux-ci remonteraient avec le 
Miami et son compagnon au village des Maskoutens. 
Les Poutéouatamis s'opposèrent à ce projet. Us 



272 

exagérèrent a Perrot les danger» de la route, la 
brutalité des nations qu'il se proposait de visiter, et 
les risques de pillage. Celui-ci , devinant le motif 
intéressé de cette sollicitude, n'en tint aucun compte 
et se mit en chemin avec son compagnon. 

Au cinquième jour du voyage, le Miami prit 
les devants, et bientôt après tira un coup de fusil. 
A se signal, un vieillard, une femme chargée de 
provisions et deux cents jeunes gens, armés et peints 
pour le combat, parurent sur le bord de la rivière 
que remontaient les Français. C était l'escorte 
d'honneur envoyée au devant des étrangers, qu'une 
lieue de marche ,dans la prairie séparait encore du 
village. Dès qu'ils eurent débarqué, le vieillard 
s'approcha de Perrot, regardé comme le plus puissant 
de tous, et dansa, en son honneur, le danse du ca- 
lumet. Cette première cérémonie terminée, et elle 
dura longtemps , un des guerriers déploya sur l'herbe 
une grande peau de* bison ; on y fit asseoir les deux 
voyageurs, auxquels on offrit d'abord le calumet, 
puis un repas composé de sagamité, ou bouillie de 
blé d'Inde, de viande sèche et d'épis nouveaux 
de maïs. On ralluma ensuite le calumet et les fu- 
meurs vinrent, chacun à leur tour, lâcher leur 
bouffée de tabac au visage de Perrot. C'était le 
plus insigne honneur qu'on pût lui rendre; force 
lui fut donc de se laisser ainsi boucaner sans rien 
dire. On étendit ensuite une seconde peau pour 
l'autre Français, l'invitant à s'y asseoir, et l'on se 
préparait à les porter jusqu'au bourg; lorsque Perrot 
fit observer que, étant assez robustes pour pétrir le fer 
à leur gré, ils marchaient d'habitude seuls et sans 
secours. On n'insista plus, et le cortège se dirigea 
vers le bourg qu'on apercevait dans le lointain; 
mais, avant de l'atteindre, on fit halte dans la prairie 
et l'on recommença ks danses et cérémonies qui 
avaient accompagné le débarquement. Au pied de 
la colline, dont le sommet était couronné par l'en- 



273 

ceinte palissadée du village, on fit un troisième temps 
d'arrêt. Peu après, le grand chef des Miamis, suivi 
des chefs inférieurs et de trois mille guerriers, des- 
cendit lentement vers les étrangers. Tous les chefs 
étaient entièrement nus, comme l'exigeait, en pa- 
reille occurrence, la coutume Illinoise (Marquette, 
38). Arrivés auprès de Perrot, ils dansèrent et 
chantèrent le calumet encore une fois. Cette triple 
répétition d'une danse solennelle qui ne s'xécute 
que fort rarement et pour les personnages de dis- 
tinction (Voyage du P. Gravier, 22), montrait assez 
en quelle estime on tenait les nouveaux venus. Un 
chef de guerre prenant alors Perrot sur ses épaules. 
on gravit la colline, et l'on fit dans le bourg une 
entrée solennelle (La Potherie II, 102 — 107). 

Le grand chef des Miamis, avec la politesse 
innée de ceux de sa nation, céda au chef des Mas- 
koutens l'insigne honneur d'être l'hôte des Français. 
Ce fut donc dans la loge de ce dernier chef que 
Perrot et son compagnon furent conduits. A peine 
arrivés, on leur offrit le calumet et quelques ra- 
fraîchissements, puis on leur frotta les pieds et les 
jambes avec de la graisse de bison (Relation de 
1670, XII, 99). Comme les chefs craignaient pour 
eux les importunités de la foule, on leur assigna 
cinquante gardes chargés de veiller sur leur per- 
sonne et d'en écarter les curieux. Dans le grand 
festin, auquel ils furent ensuite conviés, on ne 
leur servit guères que des viandes assaisonnées 
de graisse, qui leur étaient présentées dans des 
espèces d'auges en bois. Ces énormes portions 
profitaient surtout à leurs gardes, qui, en gens 
de bon appétit, les faisaient renouveler souvent. Le 
lendemain, Perrot réunit tous les sauvages et leur 
exposa le but de sa visite. Il commença par leur 
exprimer son étonnement et son admiration à la vue 
de la belle et florissante jeunesse dont il était en- 
touré. Quoique née dans les ténèbres, elle lui parais- 

18 



274 

sait digne d'être comparée à celle qui riait et vit au 
sein de la plus pure lumière. Il n'aurait jamais cru 
que la terre, mère de tous les hommes, eût pu leur 
fournir les moyens de subsister loin de la salutaire 
clarté du Français, dont l'heureuse influence se fai- 
sait déjà sentir à tant de peuples. Il continua en 
leur déclarant que, si leur prospérité présente était 
grande , elle s'accroîtrait encore lorsque se lèverait 
sur eux le soleil, dont lui, Perrot, n'était que l' avant- 
coureur. Eclairés et réchauffés par les rayons de ce 
soleil bienfaisant, ils allaient renaître à une vie nou- 
velle, où rien ne leur manquerait de ce qui est né- 
cessaire à l'homme. Perrot termina son discours par 
des présens. Il donna un fusil aux guerriers, comme 
gage de l'estime qu'il faisait de leur bravoure, et, 
aussi, dans l'espoir que, mieux armés, ils tueraient 
plus d'ennemis dans les combats, plus d'ours ou de 
bisons dans leurs chasses. Il offrit aux vieillards 
une chaudière, pour y cuire le gibier abattu, en plus 
grande abondance, par la jeunesse de la tribu. Aux 
femmes enfin et aux filles, il distribua des alênes et 
des couteaux, qui devaient leur rendre désormais 
plus facile l'accomplissement de leur tâche quoti- 
dienne. 

Huit jours après, le chef des Miamis donna un 
grand banquet, pour remercier le soleil de lui avoir 
envoyé de pareils hôtes; mais, dès le début, il se 
présenta une difficulté qu'on n'avait point prévue. 
Au centre de la loge du grand chef, où le festin 
devait avoir lieu, et sur une espèce d'autel, était 
placé le Pindukosan ou sac à médecine, qui renfer- 
mait les manitous dont ce chef avait fait choix. 
Perrot, l'ayant aperçu, déclara vouloir se retirer im- 
médiatement; le dieu qu'il servait ne lui permettant 
pas de manger des mets offerts aux malins esprits, 
et à des peaux de bêtes (apparemment une de ces 
peaux d'ours dont il est parlé plus haut, p. 205). 
Sur sa promesse de prendre part au repas dès que 



275 

les manitous auraient disparu, le chef les fit enlever. 
Il alla même plus loin: il pria Perrot de le vouer 
au Grand-Esprit des Français, dont il espérait rece- 
voir plus de secours que des dieux qu'il avait adorés 
jusque-là (La Potherie, II, 107— 110). 

Ces Indiens, n'ayant en leur possession que très 
peu de fourrures, la traite se termina bientôt et sans 
beaucoup de profit. Mais, en revanche, le voyage 
de Perrot eut pour la colonie les plus heureux ré- 
sultats. L'alliance conclue avec les Miamis, et, par 
eux, avec leurs alliés de race Illinoise, ouvrait à la 
France, représentée par ses missionnaires et ses mar- 
chands, les plaines du Wisconsin et de l'Illinois, et la 
vallée du Mississipi. L'exploration de ces vastes con- 
trées, et la découverte du grand fleuve qui les arrose, 
n'étaient plus désormais qu'une question de temps, 
et ce temps ne devait pas être bien long. Perrot 
avait-il dès lors une idée nette du service qu'il venait 
de rendre à son pays? Je n'oserais l'affirmer; mais 
ne l'eût-il que soupçonné, c'en était assez pour faire 
oublier à un homme tel que lui les fatigues de son 
voyage, et le désappointement commercial qui l'avait 
suivi. Au reste, à ne s'en tenir qu'au présent, sans 
se préoccuper des espérances qu'un avenir prochain 
devait réaliser, ce n'était pas un si mince résultat 
que d'avoir gagné l'affection de deux tribus confé- 
dérées, dont la population totale s'élevait à douze ou 
quinze mille âmes, si le chiffre de trois mille guerriers, 
que La Potherie leur attribue, ou celui de quatre 
à cinq mille donné par Perrot (p. 127) est accepté 
comme exact. Le père Allouez ne comptait, il est 
vrai, en 1671 et 1673, chez les Miamis et lesMaskoutens 
réunis, qu'un peu plus de trois mille âmes, réparties 
entre cent quarante loges, dont quatre-vingt-dix pour 
les premiers et cinquante pour les secorids (Relat. de 
1671, V, 45, et de 1673, V, 41 du ms.). Mais 
il est k présumer qu'à cette époque, et depuis la pre- 
mière visite de Perrot, les Miamis avaient, en grand 

18* . 



276 

nombre, quitté la bourgade des Maskoutens, pour 
aller former de nouveaux établissements, soit à Chi- 
cago dans l'Illinois, soit k la rivière Saint-Joseph, et 
à la rivière Maramek dans le Michigan oriental. Au 
fait, la façon de vivre des sauvages ne leur permet- 
tait guères de rester longtemps groupés en agglomé- 
rations, aussi considérables que celle dont il est ques- 
tion dans La Potherie. 

Entre tous les nouveaux alliés des Français, les 
Miamis se distinguaient par leurs manières nobles et 
polies, leur caractère doux, affable, et posé, leur 
respect profond et leur obéissance sans bornes pour 
leur chef (Relat. de 1670, XII, 99; de 1671. V, 47, 
col. 2; Perrot, 127). Les autres Illinois (Maskoutens 
et Kikabous) , quoique l'emportant de beaucoup en 
douceur et en urbanité sur les nations Algonquines 
ou Huronne-Iroquoises , ne paraissaient plus que de 
grossiers paysans, auprès de ces gentilshommes de la 
prairie (Marquette, 20). Tous adoraient le soleil et 
le tonnerre, mais pratiquaient peu de superstitions, 
et n'honoraient point une foule de génies, comme les 
Hurons et les Outaouais (Relat. de 1670, XI, 90, col. 2 : 
et de 1671, V, 48, col. 2). Leurs prières étaient ordi- 
nairement accompagnées d'une offrande de tabac en 
poudre. Rien de plus simple que cette cérémonie: 
le premier des chefs, élevant vers l'objet de son culte 
ses deux mains remplies de tabac, „Aie pitié de 
nous, lui disait-il, tu es notre manitou, nous te 
donnons a fumer. Nous sommes souvent malades, 
nos enfans meurent, nous avons faim: écoute-moi, 
manitou, je te donne à fumer. Que la terre nous 
fournisse du blé, et les rivières du poisson; que la 
maladie ne nous tue point, et que la famine ne nous 
maltraite plus si rudement." A chacune de ces de- 
mandes, les vieillards présens répondaient par un 
Ooh! vigoureusement accentué. La prière finie, le 
chef répandait par terre, en l'honneur de son dieu, 



277 

le tabac qu'il venait de lui offrir (Relat. de 1670, 
XII, 99; et de 1674, XII, 76 du ms. orig.). 

Les Mi amis et les Maskoutens parlaient deux 
dialectes différens de la langue Illinoise (Relat. de 
1672, V, 41). Ils avaient une même façon de vivre, 
sauf en ce qui touchait au gouvernement de la tribu, 
lequel était monarchique chez les Miamis (Perrot, 
127; Relat. de 1671, V, 47, col. 2, et 49, col. 1). Le 
goût pour la parure leur était commun avec les au- 
tres sauvages ; mais, tandisque, chez ceux-ci, les uns 
mettaient leur gloire a porter les cheveux longs, et 
les autres à les porter coiu'ts, suivant la diversité 
des nations, „Les Miamis et les Maskoutens sem- 
„bloient, dit un missionnaire , avoir ramassé l'un et 

,,1'autre Ils ont ce que les Outaoûacs pensent 

„avoir de beau en leurs cheveux courts et redressez, 
.,et ce qui agrée aux autres en leurs longs cheveux; 
„car ceux-cy [les Miamis et leurs confédérés], se ra- 
„sant la pluspart de la teste comme les premiers, 
^conservent quatre grandes moustaches, aux deux 
„costez des oreilles, qu'ils agencent proprement pour 
„n'en estre point incommodez" (Relat, de 1671, V, 
„49). Ils ne voyageaient par eau que fort rarement 
„(ibid. 44, col. 1), mais étaient grands marcheurs, 
ce qui leur avait valu le nom de Metousceptinioueks 
ou piétons (La Potherie, II, 113). Puisqu'il est ques- 
tion d'un des noms donnés à ces Indiens, il ne sera 
pas, hors de propos de faire observer que celui de 
Maskoutens ou plutôt Machkoutens, dont j'ai fait con- 
naître ailleurs (p. 237) la véritable signification, offre 
un tout autre sens, si l'on en change les deux pre- 
mières lettres (Machkoiite, prairie, Ichkoute, feu). 
Trompés, sans doute, par la ressemblance que ces 
mots ont entre eux, les Iroquois, les Hurons, et, à 
leur exemple, les auteurs de quelques relations, ont 
appelé ces peuples Assista Eciaeronnons (on trouve 
aussi Assistachronnons) ou nation du feu (Relat. de 
1671, V, 45, col. 2, et de 1670, XII, 99, col. 1, et 



278 

Observ. critiques inéd. sur l'histoire de la Nouvelle- 
France par Charlevoix, p. 10 du ms.). J'ai moi-même 
employé plusieurs fois ce dernier nom dans quelques- 
unes des notes précédentes. 

Comme chez les Outagamis, une enceinte de 
palissades entourait, et protégeait, contre les surpri- 
ses de l'ennemi, le village Miami -Maskoutens, dont 
les loges ou cabanes étaient faites de nattes de jonc 
(Relat. de 1671, V, 44, col. 1, et 45, col. 2), fabri- 
quées par les femmes de la tribu (Perrot, p. 30). 

Cependant les Poutéouatamis, mécontens du dé- 
part de Perrot, et voulant, dans leur propre intérêt, 
empêcher le succès de son entreprise, envoyèrent 
sous main un de leurs esclaves au bourg des Mas- 
koutens, avec ordre de prévenir, par tous les moyens 
possibles, l'alliance qn'ils redoutaient. Celui-ci, dès son 
arrivée, se mit à parcourir les cabanes, vomissant 
mille injures contre les Français, et s'étonnant qu'on 
accueillît, avec tant d'honneurs, des hommes que ses 
maîtres méprisaient profondément, et traitaient comme 
des chiens. Malheureusement pour lui, il osa répéter 
ces discours outrageants en face de Perrot. A l'in- 
stant même, notre auteur administra, de ses propres 
mains, a cet insolent, une correction telle, que le 
malencontreux envoyé en perdit a la fois le pouvoir 
et l'envie de continuer sa mission. 

Lorsque les Français quittèrent le village, les 
chefs , qui les avaient comblés de présents , les for- 
cèrent d'accepter pour escorte presque tous les guer- 
riers des deux nations, qui les accompagnèrent jus- 
qu'à la Baie. A la première nouvelle du retour de 
nos voyageurs, les Poutéouatamis s'empressèrent d'ac- 
courir, et de féliciter Perrot sur l'heureuse issue de 
son expédition: ils en furent très mal reçus. Il leur 
reprocha vivement les intrigues de leur esclave, et 
leur propre perfidie. Les Poutéouatamis se récriè- 
rent, protestant qu'ils étaient complètement étrangers 
à toutes ces manoeuvres; mais, voyant bien que 



279 

Perrot ne se payait point de leurs défaites, ils lui 
offrirent un sac de maïs et cinq robes de castor, pour 
l'aider à étouffer ses soupçons, et à rejeter la colère 
dont son coeur était plein (La Potherie, II, 110 — 112). 

Il est a croire que, dans le cours de ces quel- 
ques années, Perrot rit encore d'autres voyages; mais 
les deux que je viens de raconter sont les seuls sur 
lesquels les anciens historiens du Canada m'aient 
fourni quelques renseignements. Je me contenterai 
donc d'ajouter à ce qui précède, que, lorsqu'il rentra 
dans la colonie, avec la flotte des Outaouais, Perrot 
avait déjà visité la plupart des nations sauvages de 
l'ouest, et s'était acquis leur confiance, au point de 
leur persuader tout ce qu'il voulait (Cliarlevoix, I, 
436). Les Algonquins l'aimaient et l'estimaient (Per- 
rot, 119), et les diverses nations de la Baie l'hono- 
raient comme leur père (La Potherie, II, 173 et 175). 
En un mot, il était, de toute la Nouvelle-France, 
l'homme le mieux préparé à remplir la mission, dont 
Mr. de Courcelles devait bientôt le charger (Cliarle- 
voix, loc. cit.). 

Au printemps de 1670, Perrot se joignit à une 
flottille de trente canots, qui partait de la Baie pour 
Montréal. Cette flottille se grossit en chemin d'un 
grand nombre d'embarcations Outaouaises, et, du 
!Sault-Sainte-Marie où elle avait touché d'abord, se 
rendit à Montréal, par le lac Huron, la rivière des 
Français, le lac Nipissing et l'Outaouais. Je laisse 
maintenant la parole à Perrot, qui, dans son mé- 
moire, commence en cet endroit le récit de ses pro- 
pres aventures (La Potherie, II, 118; — Perrot, 119). 

Note 2. Robert Cavelier de La Salle, né a Rouen 
en 1633, mort assassiné au Texas, le 16 mars 1687, 
a joué dans la Nouvelle-France un rôle très impor- 
tant. D'abord jésuite, puis voyageur, il n'était en- 
core que peu connu, lorsque, en 1670, il fut rencon- 
tré par Perrot sur les bords de l'Outaouais. Il avait, 
cependant, dès l'année précédente, descendu le pre- 



280 

mier Ja rivière d'Ohio, jusqu'à la chute qui en inter- 
rompt la navigation (Margry, Les Normands dans 
COhio et le Mississipi, Journal Général de l'Instr. Pu- 
blique, supplém. du 20 Août 1862). Treize ans plus 
tard (1682), il termina la découverte du Mississipi, 
commencée par Jolliet et le P. Marquette en 1673. 
Le savant auteur de la dissertation que je viens de 
citer soutient, il est vrai, qu'avant ces deux voya- 
geurs, et de 1669 à 1672, La Salle aurait re- 
trouvé ce fleuve, complètement oublié et perdu 
depuis la première découverte que Ferdinand de 
Soto en fit au XVI e siècle; mais cette assertion 
ne me parait pas admissible. Pour résoudre, en 
effet, une question de priorité avec quelque cer- 
titude, il ne suffit pas de produire les titres d'un 
des prétendans ; il faut aussi les mettre en regard 
de ceux de son rival, et en comparer minutieu- 
sement les dates. Car celui-là seul doit être re- 
gardé comme le véritable auteur d'une découverte, 
auquel l'attribuent les plus anciens documents. Or, 
de la comparaison de toutes les pièces, publiées jus- 
qu'ici, de part et d'autre, sur la découverte du Mis- 
sissipi, comparaison qui fait l'objet de cette note, il 
ressort très clairement, ce me semble, que les plus an- 
ciennes sont en faveur de Jolliet. Le lecteur en jugera. 



1°. En 1672, Talon intendant, et Frontenac 
gouverneur de la Nouvelle -France regardaient la 
découverte du Mississipi comme une entreprise à 
exécuter. Frontenac, de l'avis de Talon, en char- 
geait Louis Jolliet, „hoinme, dit-il, fort entendu dans 
„ces sortes de découvertes et qui a été déjà jus- 
qu'auprès de cette rivière", qu'on croyait alors se dé- 
charger dans la mer de la Californie (Lettre de Fron- 
tenac à Colbert, 2 Novembre 1672; — Archives de 
la marine) ; ce qui prouve qu'à cette époque on igno- 
rait encore sa véritable direction. 



281 

Jolliet, arrivé à Michillimakinak, le 8 Décembre 
1672, en repartait, le 17 Mai 1673, avec le P. Mar- 
quette et cinq autres Français ses compagnons de voyage. 
Jolliet et Marquette avaient eu soin de prendre, auprès 
des sauvages de ce poste, tous les renseignements néces- 
saires ou utiles au succès de leur expédition. „Nous 
„traçâmes, dit le P. Marquette (Voyages, 7), sur leurs rap- 
ports, une carte de tout ce nouveau païs ; nous y Jtsmes 
^marquer les rivières sur lesquelles nous devions navi- 
v guer, les noms des lieux et des peuples par lesquels 
„nous devions passer, le cours de la grande rivière, 
„et le rund (sic) de vent que nous devions tenir 
„quand nous y serions." Cette carte, revue et com- 
plétée plus tard par le P. Marquette, a été publiée 
pour la première fois, sur le ms. autographe, par 
Mr. Gilmary Shea (Discovery and Explorât, of the 
Mississipi Valley). On y voit, outre la partie du 
Wisconsin, du Mississipi et de l'Illinois que descen- 
dirent et remontèrent nos voyageurs, figurer encore 
le cours inférieur du Mouingouena (aujourd'hui Ri- 
vière des Moines) , du Pekittanoui (Missouri) , de 
l'Ouabouskigou (l'Ohio au-dessous de son confluent 
avec la Wabash) et de l'Akunsea (Rivière des Ar- 
kansas). Jolliet et ses compagnons pénétraient dans 
le Mississipi le 17 Juin, visitaient, le 25 du même 
mois , le premier village Illinois ; puis descendaient 
le fleuve jusqu'au bourg des Arkansas (33° 40 de lat. 
Nord). Ils le quittaient, le 17 Juillet, pour revenir dans 
la colonie, et, par le Mississipi, la rivière des Illinois 
et le lac Michigan, rentraient, vers la fin de Sep- 
tembre, à la Mission de Saint-François-Xavier du 
lac des Puans (Voyage du P. Marquette, 27, 34, 38, 
90 et 92). Le P. Marquette et Jolliet hivernèrent 
dans ses quartiers. Au printemps de l'année 1674, 
Jolliet revint à Québec (Frontenac, infra). Quant au 
P. Marquette, un flux de sang, causé par les fatigues 
du voyage, le retint à Saint-François-Xavier, jusqu'à 
l'automne de cette même année. Pendant ce repos 



. - 

forcé; il écrivit la relation de l'expédition a laquelle 
il avait pris part: puis, lorsque l'état de sa saut' le 
lui permit, il quitta la Baie (25 Octobre 1674), pour 
aller fonder une mission chez les Kaskaskias de la 
rivière des Illinois (Lettre et Relation du P. Mar- 
quette, à la suite de ses voyages, p. 147 et 14 s ). 

2°. Dès les premiers moments de son retour, Jolliet 
mit au courant de ses découvertes le gouverneur de 
la colonie, et le P. Dablon supérieur général des jé- 
suites du Canada. Celui-ci, à son tour, se hâta d'en 
informer le provincial de France, par une lettre du 
1 er Août 1674, placée en tête de la relation de l'an- 
née précédente (Relat. de 1673, ms. Romain, p. 1 — 6). 
On y lit que , deux ans auparavant , le comte de 
Frontenac et monsieur Talon jugeant „qu'il estoit 
„important de s'appliquer à la découverte de la mer 
„du midy ... et surtout de sçavoir dans quelle mer 
„s'alloit décharger la grande rivière dont les sauva- 
ges font tant de récit," firent, pour remplir ce des- 
sein, choix du Sr. Jolliet, qui, „de fait, s'en est ac- 
quitté avec toute la générosité, toute l'adresse et 
„toute la conduite qu'on pouvoit souhaitter." Il ajoute 
que, parti de la Baie avec le P. Marquette, vers le 
commencement de Juin 1673, pour entrer dans des 
pais où jamais aucun Européen oiavoit mis le pied, 
„se trouvant a 42° et demy de hauteur." Jolliet pé- 
nétra enfin ,,dans cette fameuse rivière que les sau- 
„vages appellent Mississipi." Le P. Dablon donne 
ensuite, d'après ce voyageur, une description rapide, 
mais très exacte, du pays parcouru, de ses produc- 
tions, des moeurs de ses habitans et du parti qu'on 
pourrait tirer de cette découverte, pour la prospérité 
et l'agrandissement de la colonie (Cf. Relations in- 
édites de la Nouvelle-France, I, 195 et suiv.). 

3°. Le comte de Frontenac n'est pas moins expli- 
cite. Dans une lettre du 14 Novembre 1674 (Ar- 
chives de la marine), il annonce, en ces termes, à 
Colbert l'heureux succès de l'expédition au Mississipi. 



283 

7 ,Le sieur Jolliet que Mr. Talon m'a conseillé d'en- 
„voyer à la découverte de la mer du sud .... en est 
„de retour depuis trois mois, et à découvert des pais 
^admirables, et une navigation si aisée par les bel- 
les rivières qu'il a trouvées, que, du lac Ontario et 
„du fort de Frontenac, on pourrait aller en barque 
,,jusques dans le golphe du Mexique : n'y ayant qu'une 
„seule décharge à faire dans l'endroit où le lac On- 
tario tombe dans celuy d'Erié ... où l'on pourroit 
„avoir une habitation et faire une barque sur le lac 
„Erié. Ce sont des projets à quoi l'on pourra tra- 
vailler lorsque la paix sera bien établie et quand 
„il plaira au Roi de pousser ces découvertes. Il a 
„été jusqu'à dix journées près du golphe du Mexi- 
que et croit que par les rivières qui, du côté de 
,,1'ouest, tombent dans la grande rivière qitil a trou- 
„vée, qui va du nord au sud, et qui est aussi large 
„que celle du Saint-Laurent vis-à-vis de Québec, on 
„trouveroit des communications d'eaux qui mène- 
„roient à la mer Vermeille .... Je vous envoie par 
„mon secrétaire la carte qu'il en a faite et les re- 
marques dont il s'est pu souvenir, ayant perdu tous 
„ses mémoires et ses journaux dans le naufrage qu'il 
„fit à la vue de Montréal, où il pensa se noyer." 

4°. La carte, dont il est parlé dans cette dépêche, 
et qui se trouve aujourd'hui aux archives de la ma- 
rine, porte le titre suivant: „Carte de la découverte 
„du sieur Jolliet, où l'on voit la communication du 
„ fleuve Saint-Laurent avec les lacs Frontenac, Erié, 

„le lac des Hurons et Illinois au bout duquel 

„on va joindre la rivière Divine (rivière des Illinois) 
„par un portage de mille pas. Cette rivière tombe 
„dans la rivière Colbert (Mississipi) qui se décharge 
„dans le golphe du Mexique." 

Jolliet revendique encore plus hautement la dé- 
couverte du Mississipi dans l'épître dédicatoire au 
comte de Frontenac, dont sa carte est accompagnée. 
„Cette grande rivière, y est-il dit, qui porte le nom 



284 

„de rivière Colèert pour avoir esté découverte ces der- 
„nières années 1673, 1674, par les ordres que vous 
„me donnastes entrant dans vostre gouvernement de 
„la Nouvelle-France, passe au delà des lacs Huron 
„et Uinois, entre la Floride et le Mexique; et, pour 
„se décharger dans la mer, coupe le plus beau pays 
„qui se puisse voir sur la terre." 

5°. Les mêmes affirmations se répètent au début de 
la relation de 1674 (Ma Romain, p. 2, et Relat. inéd. 
II, p. 5 et 6), dans le récit du P. Marquette (Voya- 
ges du P. Marquette, passim; — Lettre et Journal 
du même , ibid. p. 148) , dans la relation de 1675 
(Relat. inéd. II, p. 20, 22, et Ms. Rom. p. 2), et enfin 
dans l'acte de concession de l'île d'Anticosti (Québec, 
Mars 1680) par lequel l'intendant de la Nouvelle- 
France, Mr. Duchesneau, conjointement avec Mr. le 
comte de Frontenac, accorde cette seigneurie au sieur 
Jolliet „en considération de la découverte du païs des 
,, Illinois dont il nous a donné le plan, sur lequel la 
„carte que nous avons envoyée depuis deux ans à 
^monseigneur Colbert ministre et secrétaire d'Estat 
„a esté tirée" (Pièces et documents relatifs à la te- 
nure seigneuriale, p. 359, Québec, 1852, in-8°). 

6°. Un autre témoignage, d'origine très peu suspecte, 
confirme indirectement tout ce qui précède: il nous 
est fourni par La Salle lui-même. Ce voyageur, dans 
un mémoire adressé au comte de Frontenac, en 1677, 
énumère ses entreprises et ses découvertes, depuis 
son arrivée à la Nouvelle-France, et demande à les 

compléter. „Le sieur de La Salle, dit-il passa 

„en Canada en 1666, et commença la même année 
„le village de la Chine, situé dans l'île de Montréal 
„au-dela de toutes les habitations Françoises. L'an- 
née 1667 et les suivantes, il fit divers voyages .... 
„dans lesquels il découvrit le premier beaucoup de 
„pays au sud des grands lacs et entre autres la grande 
, , rivière d'Ohio ; il la suivit jusqu'à un endroit où elle 
„tombe de fort haut dans de vastes marais, à la hau- 



285 

„teur de 37 degrés, après avoir été grossie par une 
„autre rivière fort large qui vient du nord, et toutes 
„ces eaux se déchargent selon toutes les appa- 
rences dans le golfe du Mexique" (Margry, 2 e art. 
p. 623). Ce passage est surtout remarquable en 
ce qu'il n'y est fait mention ni du Mississipi, ni 
de sa découverte. Le nom même de ce fleuve 
n'y ligure pas une seule fois. Ce silence, dans 
l'hypothèse que nous combattons, est d'autant plus 
inexplicable, que, au su de La Salle, Jolliet, de- 
puis trois ans, s'attribuait l'honneur de cette dé- 
couverte, tant auprès du comte de Frontenac et des 
autres autorités de la colonie, qu'auprès des mi- 
nistres du roi. Se taire en face *de telles préten- 
tions hautement avouées, n'était-ce pas en reconnaître 
la parfaite équité ? Comprend-on d'ailleurs qu'un 
homme d'esprit comme La Salle, eût choisi, pour la 
signaler entre toutes, la découverte de la grande 
rivière cVOhio, s'il avait pu revendiquer la gloire 
d.'être arrivé le premier sur les bords du Mississipi, 
dont l'Ohio n'est qu'un simple affluent? Remarquons 
en dernier lieu, que, de Pittsburg, en Pensylvanie, au 
Mississipi , sur un parcours total d'à peu près mille 
milles , l'Ohio ne compte qu'un seul saut ou rapide, 
assez peu élevé (22 pieds anglais), celui de Louis- 
ville dans le Kentucky, à 38 degrés et quelques mi- 
nutes de latitude nord, et que, par conséquent, c'est 
bien là, et non ailleurs, que La Salle s'est arrêté. D'où 
il suit 1. que ce voyageur s'est trompé sur l'im- 
portance de cette chute et sur sa latitude ; 2. que 
de ce point, qu'il n'a pas dépassé, il n'a pu décou- 
vrir le Mississipi, dont 390 milles le séparaient encore ; 
3. qu'on se méprendrait étrangement si l'on identi- 
fiait ce fleuve avec Vautre rivière fort large qui vient 
du Nord, puisque, d'après La Salle, celle-ci se jette 
dans l'Ohio au-dessus du rapide mentionné plus haut, 
à une très grande distance du Mississipi. 






IL 



Venons maintenant aux arguments qu'on fait va- 
loir en faveur de La Salle. 

1°. Dans les deux cartes de Jolliet, envoyées eu 
France à diverses reprises (1674 et 1678?), il est 
fait mention du voyage de La Salle sur l'Ohio. Au- 
dessous du tracé partiel ou total du cours de cette 
rivière, on lit, dans la première, la légende sui- 
vante: „Route du sieur de La Salle pour aller dans 
„le Mexique"; et dans la seconde, „Rivière par où 
„descendit le sieur de La Salle au sortir du lac Erié 
„pour aller dans le Mexique" (Les Normands dans 
l'Ohio etc., 2e art. p. 625). De ce tracé et des pa- 
roles qui l'accompagnent, que peut-on conclure V Que 
Jolliet, n'ayant reconnu par lui-même l'Ohio dans 
aucune de ses parties, n'en aura dessiné le cours, jus- 
ques et y compris son débouché dans le Mississipi, 
que sur les indications de La Salle; et que, dès 
lors, celui-ci serait arrivé, par cette voie, avant 
1673, au fleuve dont Jolliet se flattait d'avoir fait 
la découverte? Mais, 1. en ce qui concerne le cours 
inférieur de l'Ohio, Jolliet n'avait, pour en faire le 
tracé, aucun besoin de La Salle. Les renseigne- 
ments, puisés chez les sauvages de Michillimakinak, 
lui suffisaient, comme ils suffirent au P. Marquette 
(V. plus haut, p. 281); 2. La Salle n'a pas poussé ses 
découvertes au-delà du saut de l'Ohio (supr. p. 285), 
il n'a donc pu apprendre aux autres ce qu'il ignorait 
lui-même 3. si cet essai d'un voyage au Mexique par 
l'Ohio eût conduit La Salle au Mississipi, Jolliet 
n'aurait jamais osé, sur la même carte, où il men- 
tionnait cette expédition, s'attribuer la première dé- 
couverte de ce fleuve. 

2°. En 1678, Jolliet sollicitait la concession du 
lac Erié, en concurrence avec Cavelier de La Salle; 
et c'était, apparemment, pour appuyer cette demande, 
que l'intendant de la Nouvelle-France, Mr. Duchés- 



287 

neau, envoyait au ministre de la marine un second 
exemplaire de la carte de Jolliet (supr. p. 284). De 
son côté, le comte de Frontenac n'avait garde d'ou- 
blier La Salle devenu son ami. Il écrivait donc au 
même ministre, et en cette même année, que ce 
Jolliet, „tant vanté par avance", n'avait „voyagé 
qu'après le sieur de La Salle", et que sa relation, 
était „fausse en beaucoup de choses" (Margry, 3 e 
art., 30 Août 1862). Que Jolliet n'ait voyagé qu'a- 
près La Salle, c'est ce dont on ne peut douter ; puis- 
que le premier était encore au collège ou au sémi- 
naire, lorsque le second fondait son établissement de 
la Chine, et commençait ses courses parmi les sau- 
vages (1666 et 1667). Mais que La Salle ait décou- 
vert le Mississipi avant Jolliet, voilà ce dont je ne 
trouve pas de traces dans la phrase du comte de 
Frontenac. On pourrait même y voir une preuve 
du contraire; car, enfin, si ce gouverneur du Canada 
croyait, en 1678, La Salle auteur de cette décou- 
verte, la justice, l'honneur et les intérêts de son 
client lui faisaient une loi de manifester aussi clai- 
rement que possible sa nouvelle conviction. C'était 
là, en effet, pour lui, le seul moyen de dissiper 
l'erreur, qu'il avait accréditée, plus que personne, 
par sa lettre du 14 Novembre 1674, précédemment 
citée (p. 282), et, en même temps, de couper court 
à toutes les prétentions de Jolliet. Quant aux inex- 
actitudes reprochées à celui-ci, je n'ai pas à m'en 
occuper; fussent-elles parfaitement constatées, elles 
ne lui enlèveraient pas plus la gloire d'être arrivé 
le premier au Mississipi, que l'exagération et l'er- 
reur signalées plus haut (p. 285) dans deux lignes 
de La Salle, n'empêchent ce dernier d'avoir décou- 
vert l'Ohio. 

3°. Ce n'est point par défaut de clarté et de 
précision que pèche le témoignage dont nous avons 
maintenant à nous occuper. L'auteur anonyme d'un 
mémoire, rédigé au plutôt en 1680, nous apprend que 



--- 

La Salle, dans un des séjours qu'il lit en France 
(1675 ou 1678), entretint ses amis d'un voyage de décou- 
verte, entrepris vers 1671, qui, par les grands lacs et la 
rivière des Illinois, l'aurait conduit au Mississipi, deux 
ans avant Jolliet (Margry, 3 e art.). Mais, en supposant 
que La Salle ait réellement tenu ces propos, bien des 
raisons ne nous permettent pas d'y ajouter foi. 1. Dans 
une question de priorité, la simple affirmation d'une 
des parties intéressées ne saurait prévaloir contre 
les droits acquis à la partie adverse par une posses- 
sion publique, incontestée et vieille de trois ans. 
2. On ne s'explique pas que La Salle ait parlé si 
ouvertement a ses amis de France, d'une découverte, 
dont, deux ans plus tard, ou deux ans auparavant, il 
ne laissait rien soupçonner à Frontenac, son plus 
chaleureux protecteur, qui, mieux que tout autre, 
pouvait l'aider de son crédit à la cour. 3. Ne 
réclamer une découverte qu'à quinze cents lieues 
du théâtre des événements, loin de tout contrôle 
sérieux, et dans le secret d'un cénacle d'amis, c'est 
renoncer de gaieté de coeur à se faire croire. Pour 
donner quelque autorité au langage qu'on lui prête, 
La Salle aurait dû le tenir dans la contrée même où 
les faits s'étaient accomplis, et confondre son rival. 
en produisant, comme témoins, à l'appui de son dire, 
les compagnons de son voyage. Puisqu'il ne l'a pas 
fait, son affirmation doit être regardée comme non 
avenue. 

4°. Lorsque, en 1682, ce voyageur prit, au nom 
du roi, possession de la Louisiane, les naturels du 
pays lui déclarèrent à deux reprises, et sur deux 
points différents, que ses compagnons et lui étaient 
les premiers Européens qui eussent descendu ou re- 
monté le Mississipi (Margry, 3e art.). Cette déclara- 
tion mérite encore moins de créance que la précé- 
dente : 1. parce qu'elle renferme une fausseté évidente : 
Ferdinand de Soto, Jolliet et Marquette, Européens tous 
trois, ayant très certainement descendu et remonté le 



289 

Mississipi avant 1682, année où ces tribus tenaient 
ce langage à La Salle; 2. parce que, parlant en gé- 
néral, il est difficile de prendre au sérieux les affir- 
mations de sauvages, auxquels, dans leurs rapports 
avec les étrangers „le mensonge est aussi naturel 
que la parole", et qui se gardent bien de témoigner 
jamais rien de contraire aux sentiments d'autrui, 
même quand ils savent que ce qu'on leur dit n'est 
pas véritable (Cf. supr. p. 162, 163, et Relat. de 1669, 
VI, 18, col. 2). Il est d'ailleurs permis de s'étonner 
que ce témoignage ait trouvé place dans une disser- 
tation, dont la première partie est consacrée à prou- 
ver qu'un Français descendit le Mississipi, jusqu'à 
trois journées de la mer, trente cinq ans au moins 
avant Jolliet et La Salle. 

Le lecteur a maintenant sous les yeux toutes 
les pièces du procès, il peut donc voir, par lui-même, 
a qui, de Jolliet ou de La Salle, les plus anciens 
documents attribuent la découverte du Mississipi, et, 
par conséquent, auquel de ces deux voyageurs l'hon- 
neur doit en revenir. Cf. La Potherie, II, 130, 131; — 
Lafitau, II, 314, 315; — Charlevoix, I, 454; — Ban- 
croft, II, chap. XX, 802 ; — Gilmary Shea, passim ; — 
Garreau, I, 232 et suiv.; — Ferland, Notes sur les 
Regîtres de Notre-Dame de Québec, 38. Quelques-uns 
de ces historiens ont fait du P. Marquette le chef de 
l'expédition au Mississipi: c'est une erreur, et Jolliet 
seul a droit à ce titre, ainsi que le prouvent les té- 
moignages contemporains de Frontenac (supr. p. 283), 
du P. Dablon (supr. p. 282), et du P. Marquette lui- 
même (Voyages et découvertes, sgct. 3 e p. 22). 

Note 3. La Potherie (II, 114—120) donne de ce 
voyage un récit beaucoup plus circonstancié. 



Chapitre XIX. 

Note 1. Mr. de La Motte ou de La Mothe, ca- 
pitaine au régiment de Carignan-Sallières, vint au 



19 



290 

Canada, en 1665, avec son régiment, construisit cette 
même année, ou au commencement de la suivante, 
le fort Sainte-Anne, dans une des îles du lac Cham- 
plain (Relat. de 1666, III, 8), et fut tué dans un 
combat contre les Iroquois, le 22 Septembre 1690. 



Chapitre XX. 

Note 1. Perrot désigne ici sous le nom d'île des 
Outaouais, la grande île Manitouline , résidence pri- 
mitive des Outaouais proprement dits (Ondataouaouat, 
Cheveux-relevés). Elle est encore habitée par les 
restes de cette nation et par quelques centaines de 
Sauteurs, 

Note 2 et 3. Chez eux .... dans leur pays, c'est- 
k-dire dans le pays des Sauteurs, à Sainte-Marie-du- 
Saut, où devait avoir lieu la prise de possession. 

Note 4. La baye des Renards et des Miamis, ou 
baie des Puans, dans le voisinage de laquelle ces 
deux tribus avaient depuis plusieurs années fixé leur 
demeure. J'ignore d'après quelle autorité Charlevoix 
(I, 437) place, en 1670, les Miamis et leur grand 
chef k Chicago, au fond du lac Michigan. A cette 
époque, ils vivaient encore assez loin de là, sur les 
bords d'un des affluens de la Rivière-aux-Renards. k 
trois lieues de celle du Wisconsin. Cf Relat. de 1671 
(V, 42, col. 1, 45, col. 2, 47V, de 1673 (Relat. inéd. 
I, 126); de 1676 (Relat. inéd. II, 122); — Voyage 
du P. Marquette (sect. 3e p. 17, 19 et 23) ; — La Po- 
therie (II, 125). | 

Note 5. La prise de possession du pays des Ou- 
taouais n'eut lieu qu'un an après le retour de Talon k 
la Nouvelle-France, en Juillet 1670 (Perrot, 125, 126), 
Perrot (ou son copiste) s'est donc trompé de deux 
ans, en assignant pour date k cette cérémonie l'année 
1669. A la fin de l'acte même de cette prise de pos- 
session, dont les archives de la marine possèdent 



291 

une copie, on lit: „Fait à Sainte-Marie-du-Sault, le 
14 e jour de Juin, l'an de grâce 1671/' La relation 
de cette année (3e partie, p. 26) indique par erreur 
le 4 e jour de Juin. 

Note 6. Le P. Charlevoix (I, 437 et 438) donne 
comme tiré des mémoires de Perrot, un récit de la 
réception de ce voyageur par le grand chef des 
Miamis, qui ne se retrouve que dans La Potherie (II, 
125 et 126). Ce même historien hésite, quelque peu, 
à garantir la rigoureuse exactitude des détails qu'on 
lit dans Perrot sur le respect et la déférence des 
Miamis pour leur grand chef. Il aurait été moins 
timide, s'il se fut rappelé, au moment où il écrivait, 
le passage suivant du P. Dablon témoin oculaire de 
ce qu'il raconte (Relat. de 1671, V, 45, col. 2, et 47, 
col. 2). „La nation du Feu .... s' appelant propre- 
ment Maskoutench .... est jointe dans l'enceinte 
„d'une mesme palissade à un autre peuple nommé 
,,Oumamis [Oumiamis, les Miamis] qui est une des 
„nations des Illinois, laquelle s'est comme démem- 
„brée des autres pour s'habituer en ces quartiers — 
„On ne pourra pas aisément croire la civilité, les 
,, caresses et les témoignages d'affection que nous ont 
„fait paroistre ces peuples, et surtout le chef de cette 
„nation des Illinois, qui est respecté dans sa cabane 
„comme seroit un prince dans son palais. Il y res- 
„toit toujours environné des plus considérables du 
„bourg, que nous pourrions presque appeler des cour- 
tisans, tant ils estoient dans une posture honneste, 
,,pleine de déférence, y gardant tousjours un silence 
„respectueux pour faire paroistre l'estime qu'ils fai- 
„soient de sa personne et de nous." — Ajoutons 
bien vite que, dans les autres tribus de race Illinoise, 
l'esprit d'indépendance se montrait aussi vif, aussi 
intraitable que partout ailleurs. Cf. Lettres Edif. VI, 
321. Mais, si le pouvoir absolu des chefs et la vé- 
nération pour leur personne ne se rencontraient qu'à 
titre d'exception unique chez les sauvages de la 

19* 



292 

Nouvelle-France et du Mississipi supérieur, il n'eu 
était pas de même dans la partie de l'ancienne Flo- 
ride que visita Soto (Floride actuelle, Géorgie, Ca- 
roline, Alabaraa, Mississipi, Arkansas). Les chefs 
de tribus y jouissaient généralement de prérogatives 
d'honneur et d'autorité, égales, sinon supérieures, à 
celles du grand chef des Miamis. On en trouvera 
la preuve dans ce que, sur la foi de témoins oculai- 
res, Oviedo raconte des caciques de Cofitachequi, 
de Coça et de Tascaluza (Hist. Gêner, de Indias, I, 
lib. XVII, p. 560, 561, 564 et 567\ 

Note 7. La relation de 1671 (3 e partie, p. 26 — 
28) et La Potherie (II, 128 — 130) renferment, sur 
cette prise de possession, bien des détails omis par 
Perrot: j'y renvoie le lecteur et me contente de don- 
ner ici le procès-verbal inédit de cette cérémonie, 
d'après la copie, passablement incorrecte, déposée aux 
archives de la marine. J'ai rétabli l'orthographe 
véritable ou probable de certains noms , plus ou 
moins maltraités par le copiste, et l'ai placée entre 
crochets a côté de l'ancienne. Les passages suppri- 
més et remplacés par des points n'offrent aucun in- 
térêt historique; ce ne sont que de simples protoco- 
les ou des répétitions oiseuses. 

„Simon .François Daumont, écuyer, Sr. de Saint- 
„Lusson, commissaire subdélégué de Monseigneur l'in- 
tendant de la Nouvelle-France Sur les 

„ordres que nous avons reçues de Monseigneur l'inten- 

„dant de la Nouvelle-France, le 3 Juillet dernier 

„de nous transporter incessamment au pays des sau- 
„vages Outaouais, Nez-perçez, Illinois et autres na- 
„tions découvertes et à découvrir en l'Amérique 
„septentrionale du côté du lac Supérieur ou Mer- 
„Douce, pour y faire la recherche et descouverte 
„des mines de touttes façons, surtout de celles 
„de cuivre, nous ordonnant au surplus de prendre 
„possession au nom du Roy de tout le pays habité 
„et non habité ou nous passerions Nous, en 



293 

„vertu de notre commission, ayant fait notre premier 
^débarquement au village ou bourgade de Sainte-Marie- 
„du Sault, lieu où les KR. PP. Jésuites font leur 
„mission, et les nations des sauvages nommés Achi- 
„poès [Outchibouec], Malamechs [Maramegs], No- 
aguets [Noquets] et autres font leurs actuelles rési- 
dences, nous avons fait assembler le plus des au- 
tres nations qu'il nous a été possible, lesquelles s'y 
„sont trouvées au nombre de 14 nations, à sçavoir: 

„Les Achipoès, les Malamechs et les Noguets 

„et les Banabeoueks [Ouenibigonc , Ouinipégoûek, 
„Puans?], les Makomiteks [Makoukoué ou Makou- 
„koueks de la Relat. de 1673, Ms. Rom. p. 45?], les 
„Poultéatémis [Poutéouatamis], Oumaloumines, Sassas- 
„ouacottons [Rasaouakouetons de laRelat. de 1640, 35?], 
„habitans dans la baye nommée des Puans et les- 
quels se sont chargez de leur [le] faire savoir a 
„leurs voisins qui sont les Illinois, Mascouttins, Out- 
„tagamis et autres nations ; les Christinos [Kilistinons 
„ou Kiristinons] , Assinipoals [Assinipoualak] , Au- 
„monssoniks [Ou-Monssonis], Outaouoisbouscottous 
„[Ataouabouskatouk, tribu des Kilistinons, Relat. 
„de 1658, V, 21, col. 2], Niscaks [Kiskacoueiak, ou 
„Kiskakons ?] , Masquikoukiaks [Mikikoueks, ou Ni- 
„kikoueks?], tous habitans des terres du nord et 
„proches de la mer, lesquels se sont chargés de le 
,,dire et faire savoir à leurs voisins, que l'on tient 
„être en très grand nombre, habitans sur les bords 
„de la mer mesme, auxquels en présence des RR. 
„PP. de la Compagnie de Jésus et de tous les Fran- 
çois cy-après nommés, nous avons fait faire lecture 
„de notre dite commission, et y celle interprêter en 
„leur langue par Nicolas Perrot, interprette pour Sa 
„Majesté en cette partie, affin qu'ils n'en puissent 
^ignorer, faisant ensuite dresser une croix pour y 
„produire les fruits du Christianisme, et, proche d'y- 
„celle, un bois de cèdre auquel nous avons arboré 
„les armes de France, en disant par trois fois et à 



294 

„haute voix et cri publicq, qu'au nom de très haut, 
„très i>uis saut et très r edoulté monarque 
„ Louis XlVe du nom, très chr estien, roy de 
„France et de Navarre, nous prenons possession 
„du dit lieu Sainte-Marie-du-Sault, comme aussy des 
„lacs Huron et Supérieur, isle de Caientaton [Ekaen- 
„toton, Manitouline] et de tous les autres pays, fleu- 
,,ves, lacs et rivières contigues et adjacentes iceluy, 
„tant découverts qu'à découvrir, qui se borne d'un 
„costé aux mers du nord et de l'ouest et de l'autre 
„costé à la mer du sud, comme de toute sa longitude 
„ou profondeur, levant, à chacune des dites trois fois, 
„un gazon de terre, en criant Vive le roy, et le fai- 
sant crier à toutte l'assemblée tant Françoise que 
„sauvage, déclarant aux dittes nations cy-dessus que 
^dorénavant, comme dès à présent, ils estoient rele- 
vants de Sa Majesté, sujets à subir ses lois et sui- 
,-,vre ses coustumes, leur promettant toute protection 
„et secours de sa part. contre l'incurse et invasion 
„de leurs ennemis, déclarant à tous autres potentats, 
„princes souverains [tant] estats que républiques, eux 
„ou leurs sujets, qu'ils ne peuvent ny ne doivent 
„s'emparer ny s'habituer en aucun lieu de ce dit 
„pays ; que sous le bon plaisir de sa dite Majesté 
„très chrétienne et de celuy qui gouvernera le pays 
„de sa part, a peine d'en encourir sa haine et les 
„efforts de ses armes. Et affin qu'aucun n'en pré- 
tende cause d'ignorance, nous avons attaché, au 
^derrière des armoiries de France, autant, (sic) du 
„présent de notre procès-verbal de prise de posses- 
sion, signé de nous et des personnes cy-après nom- 
„mées lesquelles estoient touttes présentes. Fait à 
„Sainte-Marie-du-Sault le 14 e jour de Juin l'an de 

' ' Daumont de Saint-Lusson." 

La copie du procès-verbal placée, comme on vient 
de le lire, entre la plaque aux armes de France et 
le poteau auquel cette plaque était attachée, n'y 



295 

resta pas longtemps. Dès que l'assemblée fut dissoute, 
les sauvages enlevèrent ce papier et le jetèrent au 
feu, dans la crainte qu'il ne renfermât un sort des- 
tiné à les faire mourir (La Potherie, II, 130). Les 
anciens auraient vu là un mauvais présage, et, pour 
le coup, ils ne se seroient pas trompés. Un siècle 
ne s'était pas écoulé, et, de la domination française 
dans cette partie de l'Amérique, il ne restait pas 
plus de traces que de la feuille de papier qui en 
avait autrefois constaté l'établissement. 

Si l'on compare la liste des nations venues à 
Sainte-Marie-du-Sault, telle qu'on la lit dans le pro- 
cès-verbal, à celle que fournit l'auteur de nos mé- 
moires, on est surpris de ne pas y retrouver les 
mêmes noms. Ceci tient k la multiplicité des noms 
donnés par les sauvages a une même tribu, ou à la 
diversité des formes que revêtait parfois un seul et 
même nom. Ainsi, les Puans de Perrot répondent 
aux Banaboueks (Sanabegoueks, Ouinipegoueks : le 
copiste aura pris pour un B le signe 8, qui repré- 
sentait la diphtongue ou dans l'original) ; les Népis- 
sings, aux Christinos (Kiristinons du Népissing) ; les 
Sauteurs, aux Outchibouek, Maramegs et Noguets, 
tribus incorporées à celle des Sauteurs proprement 
dits ou Pahoùintigouach-Irini (Relat. de 1670, X, 79, 
col. 2), et qu'on identifiait ordinairement avec elle; 
les Sakis enfin aux Sassasouakouetons. 

Je signalerai en terminant une légère erreur de 
Perrot. Le P. Marquette ne figura point parmi les 
témoins de la prise de possession. 11 était alors avec 
les Hurons et les Outaouais, qui n'arrivèrent au Saut 
qu'après la cérémonie. Il faut donc, dans notre texte, 
substituer au nom du P. Marquette, celui du P. André 
qu'on lit dans le procès-verbal de Mr. de Saint-Lusson, 
parmi ceux des autres témoins, à la suite, du nom 
du subdélégué. 



296 
Chapitre XXV. 

Note 1. Les Andastes (Andastoëronnons , An- 
dastogués) „sont peuples de la langue Huronne qui 
demeurent à la Virginie" (Relat. de 1646, VI , 76). 
Leur guerre contre les Iroquois, commencée vers 
1659, se continua longtemps (de 1657 à 1673) avec 
des chances variées de succès et de revers, et se 
termina par leur destruction complète. Cf. Relat. de 
1672, VI, 24. 

Les Chaouanons, chassés des bords du lac Erié 
par les Iroquois se réfugièrent plus au sud, dans un 
pays que Perrot appelle la Caroline. En 1673, ils 
habitaient la vallée de FOhio : „Cette rivière, dit le 
„P. Marquette (Voyages, p. 71), vient des terres du 
„levant où sont les peuples qu'on appelle Chaouanons, 
„en si grand nombre, qu'en un quartier on compte 
„jusqu'à 23 villages et 15 en un aultre, assez pro- 
„ches les uns des aultres. Ils ne sont nullement 
„guerriers, et ce sont ces peuples que les Iroquois 
„vont chercher si loing pour leur faire la guerre 
sans aucun sujet." Quelques restes de cette nation 
résidaient, en 1835, dans le Kansas, au sud de la 
rivière d'où ce territoire a pris son nom (Propag. de 
la Foi, X, 132). A cette époque, ils se faisaient re- 
marquer par un état de civilisation relativement assez 
avancée (Ibid. IX, 91). 

Note 2. Le commerce extérieur des pelleteries 
était affermé a une compagnie qui en avait le mo- 
nopole absolu. Quant à la traite avec les sauvages, 
elle n'était permise que dans les villes de Québec, 
des Tr ois-Rivières et de Montréal; hors de là, il fal- 
lait, pour s'y livrer, un congé délivré par le gouver- 
neur général de la colonie. Ces congés, dont le roi 
avait fixé le nombre à vingt-cinq, étaient accordés 
aux familles nobles les moins aisées, ou à ceux des 
colons dont on voulait récompenser les services. C'est, 
sans doute, à ce dernier titre, que Perrot obtint le 



297 

sien, par l'entremise de Mr. Bellinzani (et non Bel- 
gralie, comme notre ms. le porte par erreur), un des 
principaux commis du ministère de la marine sous 
le grand Colbert. On pouvait, à son gré, exploiter 
par soi-même les congés obtenus, ou les vendre à un 
tiers. Chacun d'eux conférait à son propriétaire le 
droit d'envoyer ou de conduire, chez les sauvages, un 
canot chargé de marchandises, en éohange desquel- 
les, ceux-ci livraient leurs pelleteries. Au retour, on 
divisait le profit net en deux parts égales, dont une 
revenait au propriétaire du congé, et l'autre aux 
voyageurs ou coureurs de bois, qui conduisaient le 
canot et traitaient avec les tribus (La Potherie, II, 
142). 

J'extrais d'un mémoire déjà cité (p. 254) le ta- 
bleau suivant de la vie pleine de dangers, de tra- 
vaux et d'aventures que menaient ces voyageurs Ca- 
nadiens, dont Perrot est resté un des plus célèbres. 

„Ces coureurs de bois . . . sont toujours des jeu- 
„nes gens dans la force de l'âge ; la vieillesse n'étant 
„pas capable des fatigues de ce métier. Il y en a 
„qui sont de bonne famille, d'autres qui ne sont que 
„de simples habitants, ou fils d'habitants; d'autres 
„enfin qui n'ont aucune profession et qu'on appelle 
^volontaires : le désir de gagner est commun à tous 
„ces hommes. 

„Les uns portent leurs marchandises propres 
„chez les sauvages ; les autres les empruntent à des 
,,marchands. Il y en a qui font ce commerce pour 
„des particuliers qui leur donnent des gages; d'au- 
tres qui s'intéressent et qui risquent avec les mar- 
chands. 

•„Comme tout le Canada n'est qu'une vaste forêt, 
„sans aucuns chemins, ils ne sauroient faire leur 
„voyage par terre. Ils les font sur les rivières et 
„sur les lacs, avec des canots dans chacun desquels 
„ils sont ordinairement trois. 

„Ces canots sont faits d'écorces de bouleau pro- 



293 

„prement tendues sur des varangues de bois de cèdre 
„bien légères et bien minces. Leur structure est 
,, presque semblable à celle des gondoles de Venise. 
,,lls sont partagez en six, sept et huit places par 
„des barres de bois légères, qui soutiennent et qui 

„lient les deux bords du canot Comme une 

„seule écorce ne peut pas faire un canot tout entier ; 
„celles qui le composent sont cousues avec des raci- 
„nes de sapin, plus liantes et plus blanches que l'ozier. 
„On enduit les coutures d'une gomme que les sau- 

„vages tirent du sapin Les sauvages, et leurs 

„femmes surtout, excellent dans l'art de faire ces 

„ canots: peu de François y réussissent 

„Les coureurs de bois mènent eux-mêmes leurs 
, canots avec de petits avirons de bois dur, fort pro- 
„pres et légers, l'homme de derrière gouverne le ca- 
„not: c'est l'habileté du métier. Les deux autres 
„nagent devant .... un canot bien mené peut faire 
„plus de quinze lieues par jour dans une eau dor- 
„mante. Il en fait davantage en descendant le cou- 
„rant des rivières; il en fait peu, quand on monte 

,, contre le courant Quand on rencontre des 

^cascades ou des chutes d'eau qu'on ne peut pas 
„franchir avec le canot, on gagne la terre; on des- 
„charge les ballots .... on les porte sur le dos et 

„sur les épaules aussi bien que le canot jus- 

,,qu'à ce que les sauts et les cascades soient passez 
„et qu'on retrouve la rivière propre à se renibar- 

„quer. C'est ce qu'on appelle faire des portages 

,,(iuand on trouve un vent favorable, c'est un grand 
„secours pour le canotier, qui ne manque pas de 
„mettre une voile dont chaque canot est pourvue, 
,,pour s'en servir en cette occasion, et pour faire 
„une tente à terre, où l'on descend tous les soirs 
„pour manger et se reposer. Cela s'appelle cabaner. 
„C'est dans ce canot que ces trois hommes s'embar- 
„quent à Québec ou à Montréal, pour aller à 300, 
,,400, et jusqu'à 500 lieues de là, chercher des cas- 



299 

„tors chez des sauvages qu'ils n'ont très souvent ja- 
mais vus. Tous leurs vivres consistent en quelque 
„peu de biscuit, des poix, du bled d'Inde, et quel- 
ques petits barils d'eau-de-vie. Ils sont bientôt ré- 
duits à ne vivre que de la chasse et de la pêche 
„qu'ils trouvent sur leur chemin .... il arrive souvent 
„que la chasse et la pêche ne sont pas favorables ; et 
„ils sont réduits à jeûner très exactement, et à ne 
„manger qu'une certaine mousse .... qu'ils appellent 
„de la tripe de roche. Lorsqu'ils reviennent de leurs 
„voyages, ou qu'ils passent d'une nation à une autre, 
„et qu'ils n'ont rien a manger, ils ont recours à leurs 
„souliers sauvages et aux peaux qu'ils ont traitées, 

„dont ils font de la colle pour se nourrir 

„Comme il ne faut pas beaucoup de temps pour 
„faire ce trafic, la vie des coureurs de bois est une 
„perpétuelle oisiveté, qui les conduit à toutes sortes 
„de débauches. Ils dorment, ils fument, ils boivent 
„de Teau-de-vie quoiqu'elle coûte ; et souvent ils dé- 
bauchent les femmes et les filles des sauvages 

„Le jeu, l'ivrognerie et les femmes consument sou- 
„vent le capital et les profits de leurs voyages. Ils 
„vivent dans une entière indépendance; ils n'ont à 
„rendre compte de leurs actions à personne; ils ne 
^reconnaissent ni supérieur, ni juge, ni lois, ni po- 
,,lice, ni subordination." 



Chapitre XXII. 

Note 1. Dans ce passage de notre ms. on peut 
lire indifféremment Kamalestgauda ou Kamalesigauda; 
mais plus loin ce même nom reparait très nettement 
écrit sous la forme Kamalastigouia , que j'ai adoptée 
pour cette raison. Une requête de du Luth (Arch. de 
la Marine), par laquelle, en 1693, il sollicitait la con- 
cession de ce poste, dont la position exacte m'est in- 
connue, porte Kamanastigouian. 



300 

Note 2. „Le casse-tête (Tomahawk) est une ma- 
nière de hache d'arme, qui est le symbole d'une 
„guerre que l'on déclare. La coutume est de le pré- 
senter avec pompe au milieu d'une danse, où cha- 
cun s'anime avec tout ce que la fureur peut inspi- 
rer de plus affreux" (La Potherie, 11, 157). C'était 
d'abord une espèce de massue de racine d'arbre, ou 
d'un autre bois fort dur, longue de deux pieds et 
demi, équarrie sur les côtés, et élargie ou arrondie k 
son extrémité. Plus tard, les sauvages lui substituè- 
rent une petite hache en fer k laquelle ils donnèrent 
le même nom (Lafitau, II, 196 et 197 ; — Charlevoix, 
IU, 238). 

Note 3. Sakinang ou Saguinan (Saginam des 
cartes anglaises), grande baie du lac Huron. 

Note 4. Perrot donne ici le nom de Détroit k 
la rivière formée par la décharge du lac Huron dans 
le lac Erié. Cf. Charlevoix, III, 255 et 256. 

Note 5. „On (Perrot) leur dit que ce n'étoit pas 
„sans sujet qu'ils pleuroient leurs femmes, et que l'on 
„avoit bien jugé que dès lors qu'ils auroient quitté 
„leur village de vue, ils le regretteroient. On est 

„même surpris que vous soyez venus si loin. 

„Vous êtes des lâches qui ne sçavez par la guerre, 
„qui n'avez jamais tué des hommes, vous n'avez ja- 
„mais mangés que ceux qu'on vous a donnés liés et 
„garrotés. Ce reproche lui attira des injures bien 
„atroces : Tu verras, lui dirent-ils, si nous ne sommes 

„pas des hommes, quand on donnera l'attaque 

„et si tu ne fais pas ton devoir comme nous, nous te 
, t casserons la tête. Vous ne serez pas en cette peine, 
„leur repli qua-t-il, car , a la première huée, vous lâ- 
cherez tous le pied. Les chefs animèrent touts leurs 
„guerriers, et voulurent être k la tête de ce petit 

„corps d'armée Il suffit k un sauvage de dire , Je 

„suis homme, pour braver la mort" (La Potherie, II, 158). 

Note 6. Perrot ne nomme point la nation de la 
Baie qui vint rejoindre k la Longue-Pointe les au- 



301 

très tribus sauvages dégradées, c'est-a-dire arrêtées 
en cet endroit par le mauvais temps; mais La Po- 
therie (II, 159 et 160) nous apprend que c'étaient 
les Outagamis. 

Dans un ,, mémoire de la dépense faite par le 
„sieur de La Durantaye aux Outaouas pour le ser- 
vice du Roy et l'exécution des ordres de Mr. de 
„La Barre, es années 1683, 1684 (Archiv de la ma- 
„rine)/' figure l'article suivant: „Donné aux Puans, 
„aux Saquis, aux Outagamis et aux Malominis, le 
„20 Août, de ma part, par le sieur Nicolas Perrot, 
„pour les inviter à monter a Montréal, onze livres 
de tabac à huit francs la livre." 

Note 7. Après cette très peu glorieuse cam- 
pagne. Perrot revint, en effet, a la Rivière-Puante, 
dans la seigneurie de Becancourt, où, dès 1681, ainsi 
que nous l'apprend le recensement de cette année, 
il possédait une habitation et une concession de dix- 
huit arpents. A cette même époque, Perrot était marié 
depuis dix ans au moins, puisque l'aîné de ses six en- 
fants comptait alors neuf ans accomplis. Quoique Per- 
rot, eût hérité, du chef de sa femme, Madeleine Raclos, 
de sommes assez considérables, ses affaires n'en 
étaient pas moins fort embarrassées en la présente 
année 1684. Laissons le s'expliquer lui même sur 
ce sujet dans une lettre à Mr. de Saint-Martin, un 
de ses créanciers et notaire royal au Cap de la Ma- 
deleine. 

„De la Rivière-Puante, ce 20 Août 1684. 
^Monsieur, 

„J'ay reçeu la vostre par laquelle je vois que 
„vous demandez ce qui est très juste. Je n'aurois 
„pas tant tardé à vous aller voir et tous ceux à qui 
„je doibs, si j'avois apporté les pelleteryes que j'ay 
„laissées par le commandement qu'on m'a fait de 
„ venir en guerre .... si j'en jouissois, je serois hardy 
„d'aller trouver mes créanciers plus que je ne suis. 
„Mais n'ayant rien apporté pour payer mesme les mar- 






302 

„chandises, crainte d'estre puny de désobéissance; je 
„suis honteux. Cela n'empesche pas que je ne des- 
cende à Québec chercher des marchandises; si j'en 
^apporte qui vous agréent, vous en disposerez, sinon 
„je tascheray k vous satisfaire, si je puis, d'une autre 
„manière. Je ne suis pas le seul qui soit descendu 
„sans rien apporter. Je croyois passer au Cap pour 
„vous tesmoigner ce que je vous escript; mais Mr. 
„de Villiers m'oblige de porter quelques lettres à 
„Québecq, qui me faict renoncer à vous aller voir 

„jusques k mon retour Croyez que je suis dans 

„le dessein de vous satisfaire, ou je ne le pourray 

„Vostre très humble serviteur — N. Perrot. 

Dans le cours des années suivantes, l'état des 
choses ne fit qu'empirer pour Perrot et pour bien 
d'autres. Les Iroquois fermaient tous les passages 
et ne permettaient plus aux flottes des Outaonais et 
aux voyageurs Canadiens de descendre dans la co- 
lonie avec leurs pelleteries, d'où gène et misère uni- 
verselle. „Les marchands . . . sont encore dans un 
„état plus déplorable, écrivait Mr. de Champigny, 
„intendant de la Nouvelle - France, dans la dépêche 
„du 9 Août 1G88 (Arch. de la mar.) ; tout leur bien 
„est dans le bois, depuis trois ou quatre ans; il ne se 
„peut pas faire qu'ils ne doivent considérablement 
„en France, et, en un mot, quand la pelleterie man- 
„que une année, bien heureux celuy qui a du pain." 
En attendant une occasion favorable de transporter 
h Montréal les produits de sa traite, Perrot les avait 
déposés dans les bâtimens de la mission de Saint- 
François-Xavier, k la baie des Puans. Or, pendant 
qu'il suivait le Marquis de Denonville dans son expé- 
dition contre les Iroquois Tsonnontouans, le feu con- 
suma l'église, les bâtimens adjacents, et les quarante 
mille livres de pelleteries que Perrot y avait laissées 
(La Potherie, II, 209). 

Note 8. Cf. La Potherie (II, 143). — En 1685, 
et tandis que La Salle, k la tête d'une nouvelle exp*'- 



303 

dition, débarquait sur les côtes du Texas, le cheva- 
lier de Tonty, son lieutenant au pays des Illinois, 
continuait à interdire aux coureurs de bois le com- 
merce avec les sauvages de ces contrées. ,,On m'a 
„dit, écrivait Mr. de Denonville au marquis de Sei- 
„gnelay, que Mr. de Tonty ne veut pas laisser aller 
„nos François en traitte du côté des Illinois. Si le 
„Roy a donné a Mr. de La Salle seul ce païs-là, il 
,.seroit à propos que vous eussiez la bonté de me le 
„faire sçavoir, afin de me conformer aux ordres de 
„Sa Majesté" (Lettre du 13 Septembre 1685, Archi- 
ves de la marine). 



Chapitre XXIII. 

Note 1. Au printemps de 1685, Perrot se ren- 
dit au poste de Saint-François Xavier, dans la baie 
des Puans, y prit possession du commandement que 
Mr. de La Barre venait de lui confier, et en repartit 
presque aussitôt pour se rendre au pays des Sioux, 
le plus éloigné de tous ceux qui étaient soumis à sa 
juridiction. Le 1«* Août de la même année arrivait 
à Québec Mr. de Denonville, nouveau gouverneur du 
Canada, chargé, entre autres choses, par le ministre, 
de s'opposer à toute nouvelle et lointaine expédition, 
ainsi que lui-même nous l'apprend dans une lettre 
du 13 Septembre, au marquis de Seignelay (Archives 
de la marine). „I1 y a, lui écrit-il, de nos François 
,.qui sont aux Outaouas, qui disent avoir ordre de 
..Mr. de La Barre d'aller au Mississipi, je sçay que 
„ce n'est pas vostre intention que de laisser tant 
,.courir nos François, je feray de mon mieux pour 
„les faire revenir." Ceci nous explique le comman- 
dement fait a Perrot de rentrer h la Baie avec tous 
ceux qui l'avaient suivi au Mississipi. Les idées 



304 

du marquis de Seignelay ne tardèrent pas à chan- 
ger du tout au tout; et Perrot, qu'on rappelait, en 
1685, du pays des Sioux, reçut, quatre ans plus tard, 
l'ordre exprès d'en prendre possession au nom du 
roi, comme on le voit par l'acte suivant. 

„Prise de possession, au nom de Sa Majesté, de 
„la baie des Puants, lac et rivières des Outagamis 
„et Maskoutins, rivière de Ouiskouche et celle de Mis- 
„sissipi, pays des Nadouesioux, Rivière-Sainte-Croix 
„et Saint-Pierre et autres lieux plus éloignés, du 8 
„Mai 1689. 

„Nicolas Perrot, commandant pour le roi au 
„poste des Nadouesioux, commis par Mr. le marquis 
„de Denonville, gouverneur et lieutenant général de 
„toute la Nouvelle-France, pour ménager les intérêts 
„du commerce parmi toutes les nations et peuples 
„sauvages de la baie des Puants, Nadouesioux, Mas- 
koutins et autres, du côté de l'ouest, au haut du 
„Mississipi, et pour prendre possession au nom du 
„Roi de tous les lieux où il a ci-devant été et où 
„il ira. 

„Aujourd'hui, huitième jour de Mai, mil six cent 
„quatre vingt neuf, en présence du révérend père 
„Marest, missionnaire de la compagnie de Jésus chez 
„les Nadouesioux, de Mr. de Bois Guillot, coniman- 
„dant les François aux environs de 8iskouche sur 
„le Mississipi, Augustin Legardeur, écuyer, sieur de 
„Caumont, et des sieurs Lesueur, Hébert, Lemire et 
„Blein, déclarons à tous qu'il appartiendra être ve- 
„nus à la baye des Puants et au lac des Outagamis, 
„rivières des dits Outagamis et Maskoutins, rivière 
„de l'Ouiskouche et celle de Mississipi, nous être 
transportés au pays des Nadouesioux, sur le bord 
„de la rivière de Sainte-Croix, à l'entrée de la rivière 
„de Saint-Pierre, sur laquelle étaient les Mantautous, 
„et, plus haut dans les terres, au nord-est du Missis- 
„sipi, jusqu'aux Menchokatouches, chez lesquels habi- 
tent la plus grande partie des Songeskitoux et au- 



305 

„tres Nadouesioux, qui sont au nord-est du Mississipi, 
„pour, et au nom du Roy, prendre possession des 
„terres et rivières où les dites nations habitent, et 
^desquelles elles sont propriétaires; le présent acte 
„passé en nostre présence, signé de nostre main; fait 
„signer par le dit révérend père Marest, Mr. de 
„Bois Guillot et Caumont, des sieurs Lesueur, Hél 
„bert, Lemire, et Blein, fait au poste Saint- Antoine 
„le dit jour et an que dessus .... signé, à l'original, 
„ Joseph J. Marest de la Compagnie de Jésus, N. 
, ; Perrot, Legardeur de Caumont, Lesueur, J. Hébert, 
,,Joseph Lemire, et F. Blein" (Arch. de la marine). 

Maintenir la paix et la bonne intelligence des 
sauvages entre eux, et de ceux-ci avec les marchands 
ou les coureurs de bois Canadiens, rétablir l'harmo- 
nie lorsqu'elle était troublée, aller à la découverte 
de contrées nouvelles, et rattacher leurs habitants à 
l'alliance de la France, enfin, en temps de guerre, 
réunir les Français et les tribus amies, et marcher à 
leur tête; telles étaient les principales attributions 
du commandement confié à Perrot, comme on peut 
s'en assurer par nos mémoires (p. 139, 146), par 
l'acte que nous venons de transcrire, et par les lignes 
suivantes d'une lettre du Marquis de Denonville à 
Mr. de la Durantaye (6 Juin 1686, Arch. de la ma- 
rine) : „Si Nicolas Perrot nous pouvoit assembler quel- 
ques sauvages pour les joindre à Mr. du Lhude 
„(Du Lhut) lors qu'il en sera temps , il faudroit y 
„songer de bonne heure. " 

Le titre de commandant en chef de la Baie et 
des pays voisins, pris ici par Perrot, excluait-il toute 
dépendance d'une autorité autre que celle du gou- 
verneur général de la Nouvelle-France ? Je le crois 
volontiers, sur la parole de l'auteur. Mais celui-ci 
n'exerça pas longtemps, dans toute leur plénitude, 
les pouvoirs que Mr. de La Barre lui avait confiés. 
Perrot était parti pour la Baie au printemps de 1685 
(supr. p. 138), et, dès le mois de Septembre ou 

20 



306 

d'Octobre de cette même année, le marquis de De- 
nonville, successeur de Mr. de La Barre, soumettait 
k l'autorité de Mr. de La Durantaye, commandant 
de Michillimakinak, tous les Français qui se trou- 
vaient dans les pays d'en haut. „J'ai envoyé, écri- 
„vait-il à Seignelay (Lettre du 12 9^rc 1685; Arch. 
„de la marine) ... un ordre à Mr. de la Durantaye 
„pour rassembler tous nos François et se mettre à 
„leur teste." Et plus clairement encore dans une 
autre lettre au même ministre (12 Juin 1686, ibid.) : 
„La Durantaye, que j'ai nommé pour commander à 
„tous nos François aux Outaouas." 

Le comte de Frontenac ne changea rien à l'or- 
ganisation administrative et judiciaire des contrées 
de l'ouest établie par son devancier. Sous lui, comme 
au temps du marquis de Denonville, les commandants 
des divers postes établis dans cette lointaine portion 
de la Nouvelle-France, étaient tous, y compris Perrot, 
complètement subordonnés k celui de Michillimaki- 
nak. „Je suis bien aise, disait le comte de Fron- 
tenac aux chefs des nations de l'ouest, réunis k 
„Montréal (Août 1695), de vous avertir principale- 
ment avant que vous me quittiez, que le comman- 
„dant de Michillimakinak est le seul k qui j'ay remis 
„mon autorité dans tous vos quartiers, et qui doit 
„vous expliquer mes pensées et mes intentions. Les 
„autres officiers françois comme Courtemanche [Tilly 
„de], Mantet [d'Ailleboust de], d'Argenteuil [d'Aille- 
„boust] , de Lisle, Vincennes, La Découverte, et Per- 
„rot qui sont parmi vous, lui devant être entièrement 
„soumis .... mais comme il ne peut pas être par- 
tout, il est obligé .... de se servir des officiers que 
„je viens de vous nommer pour être ses porte-paro- 
les, et vous faire savoir ses intentions qui ne peu- 
vent être que les miennes, et auxquelles pas un de 
„tous ces officiers, ny autre de tous les François qui 
„sont parmi vous, ne peuvent ajouter ou diminuer sans 
,, manquer k leur devoir" (La Potherie, IV, 67 et 68). 



307 

Au moment même où Perrot se dirigeait de Mont- 
réal vers Michillimakinak ; pour de là se rendre au 
poste qu'on veDait de lui confier, la guerre éclatait 
entre les Outagamis d'une part, les Sioux et les Sau- 
teurs de l'autre. Ceux-ci avaient même été déjà com- 
plètement battus dans un premier engagement, et 
les Outaouais se préparaient à venger la défaite des 
Sauteurs leurs alliés. Perrot se hâta de communi- 
quer ces nouvelles à Mr. de La Barre ; et lui demanda 
ses instructions. Le gouverneur lui répondit d'ac- 
commoder ce différent, et de commencer par signi- 
fier aux Outaouais la défense de marcher contre les 
Outagamis. Perrot, dès son arrivée à Michillimaki- 
nak, fit donc connaître à la première de ces deux 
nations les volontés de Mr. de La Barre, mais, crai- 
gnant avec raison de les voir méprisées, il chercha 
un moyen plus efficace de rétablir la paix entre ces 
tribus armées les unes contre les autres. Il ne tarda 
pas à le trouver. La fille d'un chef Sauteur était 
depuis un an retenue captive chez les Outagamis, 
et ceux-ci s'obstinaient à rejeter les présents que 
toutes les nations de la Baie offraient pour sa rançon. 
Ils la destinaient au supplice du feu, en représailles 
de la mort d'un de leurs principaux chefs tué par les 
Sauteurs. Le père de la jeune fille, partagé entre le 
désir de tenter un dernier effort, et la crainte d'être 
brûlé avec elle s'il se présentait lui-même pour trai- 
ter de son rachat, se joignit à Perrot et vint avec 
lui jusqu'à la Baie. Le nouveau commandant, s'étant 
mis au fait de tout ce qui s'était passé, espéra réussir 
où tant d'autres avaient échoué. Se fiant donc au 
crédit dont il jouissait auprès des Outagamis, il se 
rendit seul au milieu d'eux, demanda et obtint qu'on 
lui remit la captive. L'ayant reçue de leurs mains, il 
la rendit à son père, mais à condition que celui-ci 
s'entremettrait pour amener ses compatriotes et leur 
alliés à cesser les hostilités contre les Outagamis; ce 

20* 



308 

que le chef Sauteur exécuta fidèlement (La Pothe- 
rie, II, 1(36 — 177). 

Après avoir ainsi réconcilié, au moins pour quel- 
que temps, ces nations ennemies, Perrot quitta la 
Baie avec les vingt hommes placés sous ses ordres, 
et remonta la Rivière-aux-Renards jusqu'au village 
des Maskoutens et des Miamis. Aux tribus réunies 
dans cette bourgade, s'étaient joints depuis peu quel- 
ques Mahingans et Sokokis, venus d'abord, a la suite 
de Cavalier de La Salle, dans le pays des Illinois, 
mais que la guerre, qui désolait alors cette contrée, 
avait forcés à se réfugier ici. Le grand chef des 
Miamis reçut Perrot avec honneur, et l'invita à un 
festin de cérémonie, dans lequel il déclara que, 
son intention et celle de toute sa tribu étant de se 
fixer auprès des Français, il les priait de lui indi- 
quer en quel endroit ils se proposaient d'allumer leur 
feu. Perrot lui fit connaître son projet d'établisse- 
ment dans le haut Mississipi, entre le pays des Sioux 
et celui des Miamis. Les Français, ajouta-t-il, pla- 
cés ainsi entre les deux peuples , leur serviront de 
barrière et mettront fin aux combats qu'ils ne ces- 
sent de se livrer. Ayant ensuite recommandé aux 
Miamis et aux Maskoutens de ne plus se permettre 
aucun acte d'hostilité contre les Sioux, Perrot se 
rembarqua avec ses Français, auxquels se joignirent 
les Sokokis et quelques Ouinipegs. Il franchit le 
portage qui sépare la rivière des Maskoutens du 
Wisconsin, descendit celui-ci jusqu'au Mississipi, et, 
tournant au nord, remonta ce fleuve jusqu'à l'entrée 
du territoire occupé par les Sioux (La Potherie, IL 
178—186). 

Note 2. Le fort de Perrot était placé sur la 
rive gauche du Mississipi, a quatre-vingts ou quatre- 
vingt-dix lieues de l'embouchure du Wisconsin, et 
non loin de l'île Pelée, dont il a déjà été question. 
Cf. Charlevoix, III, 398. 

Note 3. On peut lire sur ce petit incident le 



309 

récit de La Potherie (II, 201 — 204) qui complète en 
certains points celui de Perrot. Les craintes aux- 
quelles donna naissance l'apparition simultanée de 
deux partis Anglais, dans nos possessions de l'ouest, 
n'étaient, parait-il, que trop bien fondées. „I1 est 
, certain, écrivait Denonville au marquis de Seigne- 
,lay (Villemarie, 25 Août 1687, Arch. de la marine), 
,que si les deux partis Anglois n'avoient pas esté 
, arrêtez et pillez, et si leurs eaûes-de-vie et autres 
,marchandises eussent entré dans Missilimakinak, tous 
,nos François auroient eu la gorge coupée par une 
,révolte de tous les Hurons et 8ta8as, qui auroit 
,esté suivie de toutes les autres [nations] les plus 
,esloignées. C'est une vérité connue à tout ce que 
,nous avons de François, par les présents qui avoient 
,esté envoyés secrètement a tous les sauvages es- 
,loignez." 

Chapitre XXIV. 

Note 1. Kondiaronk ou le Eat, chef des Hurons 
du Pétun, donna dans tout le cours de sa longue 
carrière, des preuves multipliées de bravoure et d'ha- 
bileté politique. Ponthiac excepté, qui l'égala et le 
surpassa même, nul, parmi les chefs sauvages de la 
Nouvelle-France, ne mérita, peut-être, de lui être 
comparé. Sur la tin de sa vie, il parut se rattacher 
plus étroitement à la cause de la France, et mourut 
regretté et pleuré de tous. On trouvera dans les 
historiens du Canada des renseignements très cir- 
constanciés sur cet illustre capitaine, qui n'avait du 
eauvage que le nom et l'habit. 



Chapitre XXV. 



Note 1. Mr. de La Porte Louvigny fut, une pre- 
mière fois, nommé commandant de Miehillimakinak 



310 

au mois d'Avril 1(590. Il y arriva vers les derniers 
jours de Juillet ou les premiers d'Août de la même 
année, et l'occupa jusqu'en 1694, où il fut rappelé 
par le comte de Frontenac, et remplacé par Mr. de 
La Mothe-Cadillac. Plus tard, en 1712, il fut chargé 
d'aller reprendre possession de ce poste, abandonné 
depuis quelques années. 

Note 2. La rivière Saint-Joseph prend sa source 
dans l'état actuel d'Indiana, d'où elle pénètre dans 
celui du Michigan, et se jette dans le lac du même 
nom. En 1693, le comte de Frontenac, envoya Mr. 
de Courtemanche, pour résider, en qualité de com- 
mandant, parmi les Miamis de Saint- Joseph. „Sa 
, ..présence, écrivait-il au ministre (Lettre du 15 8 br e 
,,1693; Arch. de la marine), et son sçavoir faire 
„parmy ces sauvages, qui ont beaucoup de créance 
„en luy , ne sera pas peu utile pour empescher que 
„les Anglois n'y mettent le nez , comme j'ay eu ad- 
„vis qu'ils en avoient le dessein." 

Note 3. Il s'agit ici de Mr. de La Mothe-Cadillac 
qui commanda successivement à Michillimakinak, au 
Détroit, et dans la Louisiane. 

Note 4. Perrot fait, sans doute, allusion au com- 
plot tramé contre le Détroit, en 1708, par les Hurons, 
les Miamis et quelques Iroquois (Charlevoix, II, 322, 
323). Comme Perrot, MM. de Vaudreuil et Raudot at- 
tribuent, en cette affaire, le premier rôle aux Hurons 
du Pétun. „Le Pesant [chef Outaouais], écrivaient-ils 
„au ministre (Dépêche collective du 14 9*> re 1708) fut 
„reçu au Détroit par Mr. de La Mothe. Sa vue 
„irrita tellement les Hurons et les Miamis, qu'au 
„printemps de 1708, ces deux nations complotèrent, 
„avec vingt Iroquois qui revenoient de guerroyer 
7 ,dans les terres plattes, d'égorger Mr. de La Mothe 
,,et tous les François qui estoient.dans le fort, ainsi 
,,que les sauvages Outaouois y établis/' 

Je dois, à ce propos, faire observer que les di- 
verses trahisons, vraies ou prétendues, dont Perrot 



311 

accuse ici la nation Huronne, et dont nous aurons à 
nous occuper plus loin, ne doivent être imputées qu'à 
la tribu dont je viens de parler. Les autres Hurons, 
réfugiés à Lorette , près de Québec, ont servi la 
France jusqu'à la fin avec un dévouement et un cou- 
rage à toute épreuve. Aujourd'hui encore, ils sont 
Français par la langue et par la religion. D'après 
le dernier recensement du Canada (1861) on compte, 
à la Nouvelle-Lorette, 261 Hurons, tous catholiques; 
ce qui n'a pas empêché certaines revues d'annoncer, 
en 1862, la mort du dernier d'entre eux. Quant aux 
Hurons du Pétun, ils ont été, comme tant d'au- 
tres tribus, forcés de quitter le Michigan, et de s'exi- 
ler au-delà du Mississipi, dans ce qu'on appelle le 
territoire indien. 



Chapitre XXVI. 

Note 1. Les historiens du Canada ne disent 
rien, à ma connoissance, de cette conjuration des Ou- 
taouais contre les coureurs de bois de la colonie. 

Note 2. Sur le massacre des chefs Miamis par 
les Outaouais, la défaite des Outagamis par les Fran- 
çais et les Illinois, et le meurtre des chefs Iroquois 
à Katarakouy, on peut lire Charlevoix (II, 307 — 309, 
365 — 372, 292). On trouvera aussi dans le même 
historien quelques détails sur l'assassinat de trois 
Français par les Miamis de Saint-Joseph (ibid. p. 322, 
323). Dès 1675, la discorde régnait entre les Miamis 
et les Illinois (Lettre et Journal du P. Marquette, 
p. 162); elle éclatait de nouveau en 1687: „Les Ou- 
„miamis et autres sauvages de la baie des Puans, 
„écrivait, vers cette époque, le marquis de Denonville, 
„m'ont fait tesmoigner beaucoup de joye de sçavoir 
„le sieur du Lhu (du Luth) passé au Destroit, mais 
„je suis fort fasché de la nouvelle, que Tonty à ap- 
„prise en chemin, que ces mesmes sauvages se sont 



312 

„broiïillés avec les Illinois sur lesquels ils ont fait 
,,des prisonniers" (Mémoire ms. sur Testât présent du 
Canada; Archives de la marine). Toutefois, en 1691, 
ces deux nations étaient réconciliées et marchaient 
ensemble contre les Iroquois (Journal du sieur de 
Courtemanche , Avril — Juin, 1691; Archives de la 
marine). 

Quant aux meurtres, complots et trahisons, dont 
Perrot accuse ici les nations de l'ouest, il est bon 
de s'entendre; car il y aurait injustice à prendre tous 
ces reproches au pied de la lettre. Les assassinats, 
sauf de rares exceptions, n'eurent lieu qu'à titre de 
représailles; et, s'il faut en croire le marquis de De- 
nonville, ces représailles n'étaient souvent que trop 
légitimes. „Les désordres et les libertinages, écrivait- 
,,il au marquis de Seignelay (Lettre du 12 Juin 1686 ; 
„Arch. de la marine) .... ont esté à une telle ex- 
trémité que c'est merveille que les sauvages ne les 
„ayent pas tous assomés pour se garantir des vio- 
lences qu'ils ont reçeu des François." C'est ainsi, 
par exemple, que Perrot fut pillé, et courut même 
risque d'être brûlé par les Miamis, parce qu'il avait 
plu à quelques uns de nos coureurs de bois de guer- 
royer avec les Sioux, contre ces Indiens, alors alliés 
de la colonie. 

Des complots et des trahisons je n'ai rien a dire, 
sinon que, la plupart du temps, il ne s'agissait, pour 
nos sauvages, que d'une paix séparée à se ménager 
avec des ennemis contre lesquels nous ne pouvions 
ou ne savions pas les défendre. Parfois aussi, ils ne 
cherchaient qu'à prévenir la conclusion d'un traité 
entre les Français et l'Iroquois, dans la crainte que 
celui-ci n'en profitât pour réunir toutes ses forces con- 
tre eux, et les écraser plus facilement. Plus souvent 
encore, ils ne voulaient que nouer avec les Anglais 
des relations commerciales, beaucoup plus avantageu- 
ses que celles qu'ils entretenaient avec les marchands 
de la Nouvelle-France. Or, tout ceci, chez des peu- 



313 

pies qui, remarquons-le bien, étaient des alliés et 
non des sujets de la France, ne constituait a vrai 
dire ni complot, ni trahison. Plût à Dieu que les 
états civilisés de notre vieille Europe n'eussent jamais 
eu d'autres perfidies à se reprocher mutuellement! 

Perrot aurait sans doute été moins sévère pour 
ces tribus de l'ouest, s'il avait pu prévoir que, malgré 
leurs velléités plus ou moins sérieuses d'échanger 
notre alliance contre celle des Anglais et des Iro- 
quois, toutes ces nations, une ou deux exceptées, 
nous resteraient fidèles jusqu'aux derniers jours de 
la domination Française en Amérique. Notre auteur 
n'était pas, au reste, le seul à se méfier et a faire 
peu de cas des sauvages. Frontenac écrivait au mi- 
nistre de la marine (4 8 bre 1695): „I1 y a longtemps 
que le Huron, qui est la nation la plus intéressée de 
toutes, trame ce dessein [celui de s'allier aux Iro- 
quois], par l'espérance qu'il a d'avoir des marchandi- 
ses Anglaises à meilleur marché que ne le peuvent 
donner les François." Le marquis de Denonville 
portait de tous ces peuples sans exception un juge- 
ment encore plus défavorable. „Cette nation Hu- 
„ronne, écrivait-il (Lettre du 10 Août 1088), natu- 
rellement infidèle et volage comme tous les sauv«a- 
„ges, et les Outaouais, quoyqu'ennemis de longue- 
„main des Iroquois, se rangeroient volontiers de leur 
„costé par la crainte de leur puissance." Et plus 
loin: „De s'attendre sur la valeur des Outaouais, 
„c'est se tromper, car, outre que ce sont des misé- 
„rables pour le coeur, ce sont encore des infidèles 
„et malheureux, qui ne cherchent que le moment fa- 
„vorable pour se donner a l'Anglois, et commercer 
„avec luy, n'estant leurrés que de son bon marché 
„qui leur occupe tout l'esprit." Soit, mais encore 
faut-il avouer que cet appât, dont ils étaient leur- 
rés, servait, par sa puissance même, d'excuse fort 
passable à ces peuples enfants; ainsi qu'on peut 
s'en convaincre en jetant les yeux sur la pièce sui- 



Orange 


Montréal 


1 castor 


4 castors 


2 n 
1 „ 


5 
3 




1 » 


2 

2 
2 
2 





314 

vante, tirée des archives de la marine, et écrite 
en 1689. 

^.Différences des traittes avec les sauvages, entre 
^Montréal en Canada et Orange a la Nouvelle- 
Angleterre. 

„On reçoit du sauvage pour 

„8 livres de poudre . . . 

„pour un fusil 

„pour 40 livres de plomb . . 
,,pour une couverture de drap 

«rouge 

„pour un grand capot . . . 

„pour 4 chemises 

„pour 6 paires de bas . . . 

„Les autres menues marchandises que les Fran- 
çois traittent aux sauvsges, leur sont données par 
„les Anglois sur le marché. 

,,Les Anglois donnent six pots d'eau-de-vie pour 
„un castor : c'est du rum ou guildive ou autrement de 
,,1'eau-de-vie de canne de sucre qu'ils font passer des 
„isles de l'Amérique. 

„Les François n'ont point de règle sur la traitte 
„de Peau-de-vie: les uns en donnent plus, les autres 
„moins, mais on ne va jamais jusques à un pot pour 

„un castor 

„A remarquer que les Anglois ne font point de 
^différence des qualités du castor, lequels ils prennent 
,,tous à un mesme prix, à plus de 50 pour % pl us 
„haut que les François, outre qu'il y a plus de 100 
„pour 100 de différence du prix de leur traitte à la 
„nostre." 

Note 3. Même lorsqu'ils étaient en paix avec 
la France, les Iroquois attaquaient sans scrupule les 
sauvages nos alliés. C'est ainsi qu'ils en usèrent avec 
les Illinois dans le cours des années 1674 — 1679. Ils 
y étaient poussés par les colons Anglais de Boston, 
de Manhatte (New-York) et d'Orange (Albany), qui 



315 

voyaient là un moyen d'agrandir leur territoire, ou 
tout au moins, de s'assurer le monopole des pelleteries. 
Le comte de Frontenac et le marquis de Denonville 
s'en plaignent amèrement dans leurs dépêches. Ce der- 
nier s'étonne surtout qu'on se permette de telles pra- 
tiques, dans un moment où la plus étroite union rè- 
gne entre les deux couronnes de France et d'Angle- 
terre. Mais qu'importaient à ces marchands les trai- 
tés les plus solennels? Eux qui, pour forcer les tri- 
bus de l'ouest à implorer leur médiation auprès des 
Iroquois, et à la mériter en leur apportant leurs pré- 
cieuses fourrures, allaient jusqu'à braver les dé- 
fenses réitérées de leur propre souverain. Bien plus, 
on les vit, toujours dans le même but, traiter leurs 
frères de la Virginie comme les Français du Canada. 
Nous savons, en effet, et c'est le marquis de Denon- 
ville qui nous l'apprend (Lettre du 10 Août 1688; 
Archives de la marine), que, depuis longtemps déjà, 
ils „entretenoient la guerre avec ceux de la Virginie, 
„ crainte que les Iroquois ne trafiquassent avec eux. 
„Je scay, poursuit ce gouverneur, que les marchands 
„ d'Orange ont donné pour cela des présents aux Iro- 
„quois. Si donc ils sont infidèles à leurs compatrio- 
tes, comment nous seront-ils fidèles?" 

Note 4. L'évêque de Québec, le gouverneur et 
l'intendant avaient seuls dans la colonie, droit au 
titre de Monseigneur; c'est donc à l'un de ces trois 
personnages que Perrot adresse ici la parole. Mais 
les deux premiers doivent être mis hors de cause: 
l'un attendu qu'il était, par état, étranger à la plupart 
des questions traitées dans ces mémoires; l'autre, le 
marquis de Vaudreuil, parce que l'auteur en parle un 
peu plus loin (p. 151) à la troisième personne. Ce 
serait donc pour l'intendant, Mr. Bégon, que Perrot 
aurait composé ces relations,; aussi, est-ce des mains 
de ce magistrat, que, trois ans plus tard (1720 — 1721), 
le P. Charlevoix reçut le manuscrit du présent mé- 
moire (Hist. de la Nouvelle-France, II, LX, LXI). 



31G 

Les autres mémoires; que Perrot avait remis à 
l'intendant du Canada, et auxquels il renvoie pour 
de plus amples détails sur les événements qu'il ne 
l'ait qu'indiquer ici, renfermaient un récit de la guerre 
des lroquois contre les nations d'en haut et les Illi- 
nois, ainsi que des trahisons fréquentes, dont les sau- 
vages, et plus spécialement les Hurons et les Outaouais, 
s'étaient rendus coupables (Perrot, supr. p. 129, 130, 
143, 146). Je suis très porté a croire que La Pothe- 
rie a inséré la plus grande partie de ces relations 
dans le second volume de son histoire. Il est, en 
effet, à remarquer que 1° La Potherie connut Perrot, 
au Canada, et qu'il en reçut les informations les plus 
exactes (La Potherie, II, 87, IV, 268); 2° son se- 
cond volume n'a pu, dans sa presque totalité, être 
écrit que sur les renseignements fournis par Perrot, 
dont les voyages, les aventures et même les nom- 
breuses harangues aux sauvages y sont rapportées 
fort au long ; 3° sauf un très petit nombre de pages, 
le style dans ce même volume diffère sensiblement 
de celui des trois autres, et par sa contexture lâche, 
incorrecte et embarrassée, rappelle, le plus souvent, 
a s'y méprendre, le style de Perrot; ce qui ne s'ex- 
pliquerait point dans l'hypothèse de communications 
purement verbales faites par ce dernier à La Potherie. 



Chapitre XXVII. 

Note 1. „Les coureurs de bois font souvent mille 
„bassesses auprès des sauvages pour avoir leurs cas- 
tors; ils les suivent jusques dans leurs chasses, ils 
„ne leur donnent pas même le temps de faire sécher 
„et de préparer leurs peaux. Ils essuient les raille- 
ries piquantes, les mépris et quelquefois les coups 
„de ces sauvages, qui ne sauroient assez s'étonner 
„d'une avidité si sordide, et de voir les François 



317 

„ venir de si loin avec tant de fatigues et de dépen- 
des pour ramasser des castors sales et puants, dont 
„ils se sont habillés et dont ils ne font plus de cas" 
(Mémoire historique sur les mauvais effets de la ré- 
union des castors dans une même main; Arch. de la 
marine). Pour bien comprendre le sens de cette der- 
nière phrase , il faut se rappeler que les peaux de 
castor les plus recherchées des Français étaient cel- 
les qu'on désignait sous le nom de castor gras d'hiver ; 
c'est-à-dire, celles des castors tués pendant l'hiver, 
et dont les sauvages s'étaient fait des robes, qu'ils 
avaient portées assez longtemps pour les engraisser, 
en les pénétrant de leur sueur jusqu'à la racine du 
poil (Mémoire ms. sur le bail du domaine d'occident ; 
Arch. de la marine. — Cf. La Potherie, I, 136). 

Note 2. 11 ne faut pas confondre cette mission, 
dont Perrot fut chargé par Mr. de Louvigny, entre 
1690 et 1694, avec celle qui lui fut directement confiée 
par le comte de Frontenac au mois d'Avril 1690, et 
dont nous parlerons plus loin. Celle-ci s'adressait à 
toutes les tribus alors en résidence à Michillimakinak 
ou dans les environs. 

Note 3. Bancroft fait mention (I, chap. V), de 
sauvages vendus comme esclaves par les Anglais du 
Connecticut, du New-Hampshire, des Carolines et 
de la Virginie. 



Chapitre X\IX. 

Note 1. La Rivière-Noire prend sa source dans 
un lac de l'état de Wisconsin, et, après avoir tra- 
versé du nord-est au sud-ouest une partie de ce même 
état, se jette dans le Mississipi entre 44° 5' et 44° 
15' de latitude nord. 

Note 2. Chingouabé, chef des Sauteurs établis 
a Chagouamigon, figurait, en cette qualité, parmi les 



318 

députés des nations d'en haut auxquels ]e comte de 
Frontenac donna audience, les 18 et 29 Juillet 1695. 
On voit, par son discours en cette occasion, qu'à cette 
époque, les Sioux étaient en guerre avec les Outaga- 
mis et les Maskoutens ; et que les Sauteurs penchaient 
à prendre le parti des premiers contre les seconds 
(Relat. de 1694, 1695; Arch. de la marine). Malheu- 
reusement, ceci ne jette pas un grand jour sur les 
événements auxquels Perrot fait allusion dans ce 
passage. 

Ce qui suit est beaucoup plus clair, et trouve sa 
confirmation dans les monuments contemporains, ou 
les anciens historiens du Canada. Ils nous apprennent, 
1° qu'en 1697, les Sioux avaient deux fois déjà frappé 
les Mi amis (Relation de ce qui s'est passé au Canada 
en 1696, 1697 ; Arch. de la marine) ; 2° que, vers la 
même époque, les Outagamis guerroyaient avec les 
Miamis contre les Sioux (La Potherie, 11, 343 — 352); 
3° que le même fait allait encore se reproduire en 
1701, lorsque Mr. de Courtemanche envoyé par Mr. 
de Callières, gouverneur de la Nouvelle-France, ar- 
rêta l'expédition prête à se mettre en marche (Let- 
tre de Mr. de Callières, lerSbre 1701). 

Note 3. Le nom est en blanc dans le manuscrit. 
Ce passage se rapporte, je crois, aux Maskoutens, 
enlevés en assez grand nombre par une maladie con- 
tagieuse à l'époque (1690) vaguement indiquée par 
l'auteur (La Potherie, IT, 249, 250). 

Note 4. Je laisse aux doctes en langue Illinoise 
ou Miamise le soin de chercher, parmi les noms sau- 
vages donnés aux tribus de cette dernière nation, 
celui qui correspond au nom français de Miamis de 
la Grue, par lequel Perrot désigne ici l'une d'entre 
elles. 

Note 5. Le gouvernement colonial suivit une 
politique toute opposée, et se déclara contre les Ou- 
tagamis; mais sans pouvoir jamais ni les soumettre, 
ni les détruire complètement. 



319 

Note 6. Reprenons maintenant le récit des faits 
et gestes de l'auteur, au point où il en est resté dans 
son mémoire. 

Tout en remplissant de son mieux le rôle de mé- 
diateur (142), Perrot complètement ruiné par la 
perte de ses pelleteries (301), s'occupa, dès sa 
rentrée dans la colonie, à réunir une nouvelle pa- 
cotille de marchandises d'Europe pour recommen- 
cer la traite avec les sauvages, dans les pays 
dont Mr. de La Barre lui avait confié le commande- 
ment, et où le marquis de Denonville le renvoyait 
avec les mêmes pouvoirs (304), sauf la restriction 
dont nous avons parlé plus haut. Il partit de Mont- 
réal, très vraisemblablement vers l'automne de 1687, 
à la tête d'une quarantaine de Français que le gou- 
verneur de la colonie envoyait chez les Sioux. Il 
se rendit d'abord à la Baie, d'où, par la rivière des 
Outagamis, le Wisconsin et le Mississipi, il regagna 
le fort qu'il avait construit peu d'années auparavant, 
sur la rive orientale de ce neuve et dans le pays des 
Sioux (La Potherie, II, 211—216). 

Dès que la navigation fut ouverte, les Nadoues- 
sioux vinrent l'y trouver. „Ils l'emmenèrent à leur 
„village, où il fut reçu avec pompe, à leur mode. 
„On le porta sur une robe de castors, accompagné 
„d'un grand cortège de gens qui tenaient chacun un 
,, calumet, chantant les chansons d'alliance et du ca- 
„lumet. On lui fit faire le tour du village et on 
„le mena dans la cabane du chef", où le traité 
d'amitié des Français avec les Sioux fut renouvelé 
(id. ibid. p. 216, 219). Perrot revint ensuite à son 
habitation, et sans négliger les intérêts de son com- 
merce avec les sauvages, il sut si bien ménager 
l'esprit des Sioux, qu'ils consentirent a la prise de 
possession de leur pays au nom de la France (V. 
supr. p. 304). 

Peu après, et la traite terminée, Perrot repartit 
pour la colonie. A son passage chez les Outagamis 



320 

qui, depuis quelques mois, s'étaient établis sur les 
bords du Mississipi, il prit avec lui trois prisonnières 
Sauteuses, dont les Outagamis lui avaient accordé la 
liberté ; il voulait les remettre lui-même entre les mains 
de leurs compatriotes (La Potherie, II, 219, 221). Au 
moment où Perrot débarquait a Michillimakinak, tout 
y était dans une grande confusion. Les Outaouais, 
ne tenant aucun compte de la trêve récente conclue 
avec les Iroquois, avaient continué à lancer contre 
eux des partis de guerre. L'un de ces partis venait 
précisément de rentrer dans l'île, et cinq des prison- 
niers qu'il avait amenés étaient déjà condamnés au 
feu. Le commandant de Michillimakinak (Mr. de 
La Durantaye) et les missionnaires Jésuites avaient 
inutilement essayé d'arracher ces malheureux au sort 
qui les attendait. A toutes leurs sollicitations, les 
Outaouais avaient insolemment répondu qu'ils ne dé- 
pendaient de personne et voulaient agir à leur guise. 
Or il était fort a craindre que le supplice de ces 
captifs, en présence des Français et sans résistance 
efficace de leur part, ne fut regardé par les Iroquois 
comme une infraction a la trêve, et ne mît obstacle 
à la conclusion de la paix qu'on négociait alors avec 
eux. Dans cet embarras, on recourut à Perrot, dont 
on connaissait l'ascendant sur les sauvages. Celui-ci 
se rendit, en compagnie du commandant et des mis- 
sionnaires, a la cabane du conseil où les chefs Ou- 
taouais étaient réunis. Il alla d'abord au Manillon 
(lieu où l'on brûle les prisonniers), et ordonna aux 
captifs, qui chantaient leur chanson de mort, de se 
taire et de s'asseoir. Leurs gardes leur ayant com- 
mandé de continuer leur chant, Perrot répliqua par 
un nouvel ordre de se taire qui fut exécuté. Puis, 
entrant au conseil, il suspendit à une perche le col- 
lier de porcelaines destiné a la rançon des Iroquois, 
et, s'adressant aux chefs des Outaouais. „Je viens, 
„leur dit-il, couper les liens aux chiens, je ne veux 
„pas qu'ils soient mangez ; j'ai pitié d'eux, puisque 



321 

„mon père Ononthio en a pitié .... vous autres Ou- 
„taouaks vous êtes comme des ours que l'on appri- 
voise: quand on leur donne un peu de liberté, ils 
„ne veulent plus connoître ceux qui les ont élevez. 
„Vous ne vous souvenez plus de la protection d'O- 
„nonthio, sans laquelle vous n'auriez point de terre; 
„je [il] vous y conserve et vous vivez paisiblement. 
^Lorsqu'il vous demande quelques soumissions, vous 
„voulez le maîtriser, et manger la chair de ces gens- 
„lk, qu'il ne veut pas vous abandonner. Prenez garde 
„que vous ne les puissiez avaler et qu'Ononthio ne 
„vous les arrache violemment d'entre les dents. Je 
„vous parle en frère, et je croi avoir pitié de vos 
„enfans en coupant les liens à vos prisonniers." 

Ce discours eut un plein succès : un des chefs 
prit la parole et dit: „ Voilà le maître de la terre 
„qui parle: son canot est toujours rempli de prison- 
niers qu'il délivre, que lui pouvons-nous refuser?" 
On envoya chercher les Iroquois à l'instant même, 
et on leur accorda en plein conseil la vie et la 
liberté (La Potherie, ibid. p. 223 — 227). 

Les Outaouais ne s'en tinrent pas là: voulant 
donner au gouverneur de la colonie une preuve évi- 
dente de leurs intentions pacifiques, ils chargèrent 
un de leurs chefs d'accompagner Perrot à Montréal, 
et d'y remettre au marquis de Denonville deux des 
captifs récemment délivrés. Mais, peu après leur 
arrivée en cette ville, toutes les espérances de paix 
s'évanouire/it, au moment même où l'on croyait 
toucher a leur réalisation. Le 25 Août 1688, quinze 
cents Iroquois surprirent le village de la Chine, dans 
l'île de Montréal, massacrèrent, avec tous les raffi- 
nements ordinaires de leur cruauté, la plus grande 
partie de ses habitans, firent le reste prisonnier et, se 
répandant comme un torrent dans l'île entière, la 
couvrirent de sang et de ruines. Ce désastre, le plus 
grand peut-être dont la colonie eût été frappée de- 
puis sa fondation, jeta les Français et les sauvages dans 

21 



322 

le découragement et la terreur. Le chef Outaouais 
compagnon de Perrot se hâta, dès que les ennemis 
se furent retirés, de remonter à Michillimakinak, où 
le récit des événements dont il venait d'être le té- 
moin produisit dans l'esprit des sauvages une révo- 
lution complète. Méprisant les Français qui s'étaient 
ainsi laissés surprendre, et regardant leur cause 
comme définitivement perdue, les Outaouais et la plu- 
part des autres nations ne songèrent plus qu'à se 
tirer d'affaire, en concluant la paix avec les Iroquois 
vainqueurs et les Anglais leurs alliés. Cette défec- 
tion, si elle se fut accomplie, eût consommé la ruine 
de la colonie; mais, tandis que La Durantaye et les 
missionnaires se consumaient en efforts presque dés- 
espérés pour retenir dans l'alliance de la France les 
tribus de l'ouest, le comte de Frontenac, nommé une 
seconde fois gouverneur du Canada, débarquait à 
Québec (12 8&re 1689), et sa seule présence changeait 
la face des affaires, en ranimant tous les courages. 
On saluait en lui avec enthousiasme le grand capi- 
taine, qui, par sa prudence, son sang- froid, la rapi- 
dité et la sûreté de ses conceptions, son intrépidité 
personnelle et celle qu'il savait inspirer aux autres, 
pouvait seul triompher des difficultés présentes. Son 
plan, presque aussitôt exécuté que formé, était fort 
simple: changer en une offensive hardie une défen- 
sive toujours inefficace et souvent honteuse, et don- 
ner ainsi, tant aux Anglais qu'aux Iroquois, assez 
d'inquiétudes sur leur propre sûreté, pour leur ôter 
toute envie de troubler la nôtre; telle fut, du pre- 
mier au dernier jour de son gouvernement, la pen- 
sée fixe du comte de Frontenac. Or ce plan ne 
pouvait réussir qu'avec le concours de toutes les na- 
tions sauvages. Assuré déjà de celui des tribus Abé- 
naquises, des Hurons de Lorette, des Algonquins et 
des Iroquois chrétiens établis près de Montréal, Fron- 
tenac dut songer à rattacher plus étroitement que ja- 
mais à notre cause les peuplades de l'ouest. Il fallait 



323 

avant tout rompre les pratiques des Outaouais de 
Miohillimakinak, et nul n'avait plus de chances d'y 
réussir que Perrot. Il fut donc choisi pour porter à 
ces sauvages les présents et les paroles que leur 
adressait le gouverneur (Monseignat, Relat. ïnéd. de 
1690; Arch. de la marine). 

I^e 22 Mai 1690, Perrot s'embarquait a l'extrémité 
occidentale de l'île de Montréal, avec Mr. de Louvigny 
le nouveau commandant de Miehillimakinak, cent qua- 
rante-trois voyageurs Canadiens, six sauvages du Ni- 
pissing, et une escorte de trente soldats qui devait ac- 
compagner le convoi jusqu'à l'île du Calumet dans la 
rivière d'Outaouais (Monseignat, ib.). Frontenac, dans 
sa lettre du 20 9 bre 1690 (Arch. de la marine), rend 
compte en ces termes de cette expédition et de son 
heureuse issue: „ Ayant fait partir, dans le mois de May, 
„le sieur de Louvigny de la Porte, capitaine réformé, 
„dont la valeur et la prudence m'estoient connues, 
,,avec un détachement de 170 hommes tant Cana- 
diens que sauvages, et lui ayant joint, avec des 
„présens considérables, le sieur Nicolas Perrot, ha- 
bitant de ce pays, lequel par la longue pratique et 
„connaissance qu'il a de l'humeur, des manières et de 
„la langue de touttes ces nations d'en haut s'est ac- 
„quis beaucoup de crédit parmy elles ; ils arrivèrent 
„si à propos à Missilimakinac, que, s'ils eussent tardé 
„huict jours, les ambassadeurs des Outaouas fussent 
„partis pour aller trouver FIroquois, lui remettre les 
„esclaves prisonniers qu'ils avoient, et mettre la der- 
rière main à leur traité et à leur alliance." 

Le 2 Juin, M. de Louvigny rencontra sur les bords 
de l'Outaouais, au lieu nommé les Chats, un parti 
d'Iroquois qui s'y était mis en embuscade , et le défit 
complètement. Trente guerriers ennemis restèrent 
sur le champ de bataille et quatre tombèrent vivants 
entre les mains des vainqueurs : de ces prisonniers, 
trois furent envoyés au gouverneur, et le dernier, 
qui devait être livré aux sauvages alliés, fut conduit 

21* 



324 

li Michillimakinak. Lorsqu'on approcha de ce poste, 
Perrot prit les devants avec deux canots. A la vue 
du drapeau blanc qu'il avait arboré, et aux cris de 
vive le roi! poussés par l'équipage des deux embar- 
cations, tous les habitans de l'île, tant sauvages que 
Canadiens, se précipitèrent sur la rive Les Outaouais, 
apprenant de la bouche de Perrot l'arrivée # de la 
Hotte et la victoire remportée sur les Iroquois, dé- 
clarèrent qu'ils voulaient recevoir les Français en 
guerriers, c'est-à-dire, suivant l'usage de ces na- 
tions, mettre le convoi au pillage. Mais Perrot leur 
répondit que, s'ils avaient leurs coutumes, nous 
avions les nôtres auxquelles nous tenions essen- 
tiellement; et qu'ainsi ils n'auraient rien que ce 
dont on voudrait bien leur faire présent. 11 fit. en 
même temps, avertir Mr. de Louvigny de ce qui se 
passait: celui-ci prit ses mesures en conséquence. La 
flotte parut bientôt en vue de l'île: elle marchait en 
bon ordre et, sur le canot d'avant-garde, l'Iroquois 
prisonnier se tenait debout chantant sa chanson de 
mort. Après une halte de quelques instans en face 
du village des Outaouais, qu'on salua d'une salve de 
mousquéterie ; le convoi coupa droit au village des 
Français, où cent coureurs de bois bien armés s'étaient 
réunis sur la grève, pour protéger le débarquement. 
Il s'opéra sans encombre, grâce aux précautions pri- 
ses par M. de Louvigny , et les guerriers Outaouais 
accourus en masse n'en furent, bien contre leur 
gré, que les tranquilles spectateurs (Monseignat, ubi 
supr. — La Potherie, II, 233 — 236). 

Le nouveau commandant remit le prisonnier 
aux Hurons Tionnontatés, qui seuls s'étaient, dans 
la crise présente, montrés à peu près fidèles. Mais, 
ayant appris qu'ils se disposaient à lui donner la 
vie, pour se ménager une chance de réconciliation 
avec les Iroquois, il exigea qu'on l'attachât au 
poteau, où, dès les premières tortures, il se montra 
si faible et si lâche, que les sauvages indignés lui 



325 

cassèrent immédiatement la tête (La Potherie, II, 
236 — 238). 

Peu après , tous les chefs qui se trouvaient k 
Michillimakinak se réunirent dans la maison des Jé- 
suites. Perrot commença par déposer devant cha- 
cun d'eux le présent de poudre, de balles et de 
mousquets qui lui était destiné ; il prit ensuite la pa- 
role, et tit ressortir en termes énergiques l'impar- 
donnable aveuglement où ces peuples étaient tombés, 
lorsqu'ils avaient songé k se séparer de la France. 
Ononthio cependant en avait eu pitié ; et voulant 
faire rentrer en eux-mêmes ces enfants égarés, il 
avait fait monter vers eux de nombreux guerriers 
de sa nation, afin de leur remettre l'esprit, que la 
vue de quelques maisons en flammes et de quelques 
cadavres de femmes et d'enfants, victimes d'une lâche 
trahison, leur avait fait perdre. Croyaient-ils donc 
la France vaincue et épuisée pour si peu? La France 
était un fleuve immense dont aucune digue n'arrê- 
terait jamais la course impétueuse; tandisque les cinq 
nations Iroquoises n'étaient que de misérables caba- 
nes de rats musqués, cachées dans un marais. Onon- 
thio dessécherait le marais et brûlerait les rats mus- 
qués dans leurs cabanes. Déjà les Anglais alliés de 
l'Jroquois avaient été frappés, et cinq de leurs villa- 
ges pillés et brûlés. Ononthio était donc assez fort 
pour détruire l'Anglais et l'Iroquois. !Si parmi les 
tribus qui l'écoutaient en ce moment, il en était quel- 
qu'une qui voulût se joindre aux ennemis d'Ononthio, 
libre k elle; mais k la condition de sortir k l'instant 
des terres de la France: sinon le fer déciderait k 
qui d'elles ou de nous le pays devait rester (La Po- 
therie, II, 238—240). 

A cette fière harangue, les chefs sauvages au- 
raient pu faire plus d'une réponse; ils aimèrent mieux 
se donner pour convaincus, et protestèrent vouloir 
suivre en tout les ordres d'Ononthio leur père. Ceci 
ne les empêcha pas, dans un conseil secret tenu 



326 

la nuit suivante, de confier a un de leurs chefs des 
paroles de paix pour les Iroquois. Perrot ayant dé- 
couvert cette nouvelle trame, les Outaouais qui en 
étaient les auteurs renouvelèrent leurs promesses de 
marcher k l'ennemi. Mais ils attendirent avant de le 
faire, que la fortune se fût déclarée plus ouvertement 
en faveur des Français. Il y a cependant tout lieu 
de croire que des Outaouais et des Hurons figuraient, 
en plus ou moins grand nombre, parmi les huit cents 
guerriers des nations de l'ouest, qui, divisés en petits 
détachements, ne cessèrent en 1692 de harceler les 
Iroquois, et de les traquer jusqu'aux portes de leurs 
bourgades (Frontenac, lettre du 15 7bre 1692). Ré- 
duits k se défendre ainsi chez eux, les Iroquois ne 
purent plus intercepter les passages entre l'est et 
l'ouest de la colonie; la communication de l'un a 
l'autre par la rivière des Outaouais redevint libre, 
et l'on vit, ce dont on n'avait pas été témoin depuis 
longtemps, arriver k Montréal deux cents canots Ou- 
taouais chargés de huit cent mille livres de pelle- 
teries (id., lettre du 2ô Sk™ 1(393). 

Cependant Perrot avait quitté Michillimakinak 
pour se rendre dans son commandement de la baie 
des Puants, et remplir auprès des nations qui l'ha- 
bitaient la mission dont il venait de s'acquitter au- 
près des Hurons et des Outaouais. Il s'adressa d'abord 
au chef des Mi amis, qui lui promit d'abandonner ses 
projets de guerre contre les Maskoutens, et de se tour- 
ner contre l'Iroquois. Les effets parurent d'abord 
répondre aux promesses; car, dès le printemps de 
1 année suivante, cinq cents Miamis et Illinois se mi- 
rent en campagne, ne laissant derrière eux pour 
garder leurs villages que des voyageurs Canadiens, 
qui y étaient venus en traite (Journal du sieur de 
Courtemanche, Avril — Juin 1691 ; Arch. de la ma- 
rine; — La Potherie, II, 248 — 251). Mais, une fois 
arrivé au nouveau poste qu'il s'était choisi sur les 
bords du Mississipi, au-dessous de l'embouchure du 



327 

Wisconsin, Perrot apprit que les Miamis venaient 
de se liguer avec les Maskoutens et les Outagamis 
contre les Sioux et les Sauteurs, dont ces trois na- 
tions confédérées devaient de concert envahir le ter- 
ritoire. Déjà même les Outagamis, sans attendre leurs 
alliés, s'étaient engagés fort avant dans le pays en- 
nemi. Perrot, suivant l'ordre qu'il avait reçu de s'op- 
poser à toute guerre des sauvages entre eux, arrêta 
par ses prières et ses présents la marche des Miamis 
et des Maskoutens; puis, sur l'instante prière des 
Outagamis, qui, se voyant sur le point d'être écrasés 
par les Sioux, imploraient sa médiation, il se hâta 
de remonter jusqu'à son ancien fort, pour s'interposer 
entre eux et leurs redoutables adversaires. Instruits 
de son arrivée, les Sioux, partis en guerre contre 
les trois nations de la Baie, accoururent aussitôt et 
campèrent près des Français. Perrot leur distribua 
des présents, et leur dit qu'ayant arrêté dans leur 
marche les tribus qui voulaient les frapper, il venait 
maintenant leur fermer à eux-mêmes le sentier de 
la guerre. Ils ne pouvaient, ajouta-t-il, l'ensanglanter 
en tuant les Outagamis, sans le blesser lui-même; 
et si les Outagamis les tuaient, leur mort serait 
la sienne. 11 leur présenta en même temps le ca- 
lumet qu'ils lui avaient chanté quelques années 
auparavant; mais ils le réfusèrent. Perrot indigné 
le jeta loin de lui, en s'écriant: „Faut-il que j'ai ac- 
„cepté ce calumet que m'ont chanté des chiens! Ils 
„m' avaient alors choisi pour leur chef et juré qu'à 
„la vue de ce calumet ils cesseraient de frapper 
„leurs ennemis, et aujourd'hui c'est moi qu'ils veulent 
„frapper." Le chef des Sioux se leva et dit à Perrot: 
,,Tu as raison/' Ayant ensuite ramassé le calumet, 
il l'offrit au soleil; mais quand il voulut le rendre à 
Perrot, celui-ci déclara qu'il ne pouvait le repren- 
dre si les Sioux ne consentaient à mettre bas les 
armes. Le chef alors suspendit le calumet à une 
jperche dans la cour du fort et se retira dans sa 



328 

tente avec ses principaux guerriers. Au bout de 
quelques instants, Perrot fut appelé au conseil. Lors- 
qu'il y eut été introduit , et qu'on eut rapporté et 
planté en terre le calumet de paix , le chef tira de 
son sac de guerre ses plus beaux mocassins, en 
chaussa le commandant français, et lui ayant mis 
par trois fois quelques grains de raisin sauvage dans 
la bouche, il prit le calumet et dit à Perrot: ,,Je n'ai 
„point oublié ce que les hommes [les Sioux] t'ont pro- 
„mis en te donnant ce calumet: nous t'écoutons main- 
tenant. Tu nous ôtes la proie que l'Esprit avait mis 
„entre nos mains; tu sauves la vie a nos ennemis; c'est 
„bien. Mais fais pour nous ce cme tu as fait pour 
„eux : ne permets pas qu'ils nous tuent quand nous 
^serons à la chasse du castor. Le soleil est témoin 
,,de notre obéissance" (La Potherie, II, 265 — 261'). 

Ayant ainsi rétabli une paix précaire dans ces 
contrées, Perrot regagna le fort qu'il avait récem- 
ment élevé. C'est vraisemblablement alors qu'il dé- 
couvrit, a vingt et une lieues au-dessus du Mouin- 
gouena, les mines de plomb dont l'existence lui avait 
déjà été signalée deux fois par les chefs des Miamis, 
et qui portaient encore son nom au temps de Char- 
levoix (Hist. de la Nouvelle-France, 111,397,398; — 
La Potherie, II, 251 et 260). 

Perrot reçut en 1692 l'ordre de se fixer parmi 
les Indiens du Marameg. On lit à ce sujet dans une 
relation contemporaine et officielle (Relation de ce 
qui s'est passé au Canada, 1692, 1693; Arch. de la 
marine): „Outre ces officiers qui ont chacun leurs 
„postes fixés , le nommé Perrot en doit occuper un 
„assez près des Miamis [de Saint-Joseph] pour exé- 
cuter ce qui luy sera ordonné. Ce lieu se nomme 
„Malamet, et le grand nombre de sauvages qui s'y 
,, rendent, parmy lesquels cet homme a un très grand 
,, crédit, l'a fait choisir, par Monsieur le Comte, pour 
; , mettre entre les Miamis et les autres nations qui 
,pourroient recevoir les propositions des Anglois, une 



329 

„barrière qui détruise tous leurs desseins." Eu chan- 
geant de résidence, Perrot n'en conserva pas moins 
son autorité sur les tribus de la Baie. C'est ce qu'il 
est permis de conjecturer en le voyant, trois ans 
plus tard, conduire avec lui, à Montréal, non-seule- 
ment les chefs Mi amis duMarameg; mais aussi ceux 
des Sakis, des Maloumines, des Poutéouatamis et de& 
Outagamis (Relation de ce qui s'est passé au Canada, 
de 1694 au départ des vaisseaux, en 1695). Le frag- 
ment suivant d'une lettre de M. de Callières, com- 
mandant de Montréal (27 8 bre 1695; Arch. de la ma- 
rine), nous fait connaître les motifs de ce voyage: 
„Le sieur Perrot, qui commande à Malamek, ayant 
„eu ordre de M. le comte de Frontenac de descen- 
dre icy pour voir aux moyens de faire joindre les 
„Miamys de ces eartiers (sic) à ceux de la rivière 
„Saint- Joseph, par l'importance qu'il y a de soutenir 
„ce poste contre les nouvelles entreprises que les 
„Iroquois pourroient y faire, arriva le 38 e . [le 14 e ] 
„d'Aoust avec douze canots de plusieurs nations 
„esloignées." Les Iroquois avaient, en effet, cette 
même année essayé de surprendre les Miamis de 
Saint- Joseph, mais ceux-ci, soutenus par de Courte- 
manche commandant du poste et par les coureurs 
de bois qui y faisaient alors la traite, les repoussè- 
rent avec perte (Callières, ibid.). 

Dans l'audience de congé donnée par Frontenac 
aux chefs amenés par Perrot, ce gouverneur après 
les avoir remerciés de leurs promesses de fidélité,, 
les exhorta énergiquement a la guerre contre l'Iro- 
qitois, ajoutant que Perrot et le commandant de Mi- 
ehillimakinak étaient chargés de lui rendre compte 
de leur conduite. S'adressant ensuite aux Miamis du 
Marameg, il leur déclara qu'il ne croirait point à leur 
obéissance, s'ils refusaient de se réunir autour du 
même feu avec leurs frères les Miamis de Saint- 
Joseph. Seuls ils pouvaient détruire les Iroquois et 
assurer ainsi le repos de ses enfants; mais à la con- 



330 

dition de ne plus vivre ainsi séparés les uns des autres. 
Il espérait donc qu'ils exécuteraient fidèlement les 
ordres que Perrot leur donnerait à ce sujet (La Po- 
therie, ÎV^ 5(3 — 59). Les sauvages ne se prêtent pas 
volontiers à ces migrations commandées par un inté- 
rêt politique presque toujours opposé à leur propre 
intérêt. Celle-ci cependant, grâce sans doute au respect 
de ces peuples pour Frontenac et au crédit dont Per- 
rot jouissait parmi eux, paraît s'être accomplie sans 
trop de difficultés. Aussi le Marameg ne figure-t-il 
point sur l'itinéraire suivi par M. de Courtemanche 
et le P. Enjelran (1700, 1701), lorsqu'ils visitèrent 
toutes les nations de l'ouest pour les inviter au con- 
grès de Montréal, où fut enfin conclue la paix entre 
la France et ses alliés d'une part, et les Irotmois de 
l'autre (Lettre de M. de Callières, 1er 8bre 1701 ; Arch. 
de la marine). 

Un récit complet des aventures de Perrot parmi 
les nations de l'ouest, et des divers incidents auxquels 
il se trouva mêlé dans le cours des quatre ou cinq 
années suivantes (1695 — 1699), m'entraînerait beau- 
coup trop loin et me forcerait à de fatigantes redi- 
tes. Il me suffira donc de rappeler qu'alors, comme 
précédemment, l'occupation principale de notre au- 
teur fut de maintenir l'union et la paix entre ces 
tribus toujours prêtes à s'entre-déchirer, et de les 
pousser à la guerre contre l'Iroquois. C'était la 
une œuvre aussi ingrate que difficile ; parce que, 
à peine accomplie, il fallait la recommencer sur 
nouveaux frais, tant est inconstante et mobile la 
volonté de ces peuples, dont la „folle jeunesse, qui 
„sont des braves sans discipline et sans aucune ap- 
parence de subordination, au premier coup d'oeil et 
,.à la première débauche d'eau de vie, renversent 
„toutes les délibérations des vieillards qui ne sont 
,.plus obéis" (Lettre de Denonville, 8 Mai 1686). 

Perrot n'éprouva que trop souvent les effets de 
cette inconstance, et si, grâce à ses efforts persévé- 



331 

rants, il parvint à sauvegarder les intérêts de la 
France chez les peuples dont le commandement lui 
était confié, ce ne fut pas sans péril pour sa vie et 
sans d'irréparables dommages pour sa fortune. Déjà, 
vers 1G92 ou 1693, les Maskoutens, voulant venger 
quelques-uns de leurs guerriers dont ils attribuaient 
la mort à Perrot, l'avaient attiré dans leur village, 
dépouillé de toutes ses marchandises et condamné 
au feu, lui et un chef Poutéouatami qui l'accom- 
pagnait. On les conduisait au lieu du supplice, lors- 
que, par une espèce de miracle, ils réussirent à 
s'échapper des mains de leurs bourreaux et à rega- 
gner la Baie (La Potherie, II, 284 — 286). Nouvelle 
<et semblable mésaventure lui advint en 1696: „Les 
,, affaires estoient alors fort brouillées dans tous ces 
,,pays, et les différentes nations qui nous sont alliées 
,.sembloient se vouloir faire la guerre .... Les Sioux 
,.avoient fait deux coups sur les Miamis. Les mêmes 
„Miamis a voient esté attaquez par les Sauteurs, et 
,.il sembloient que les quatre nations Outaouaises 
„vouloient prendre le party de ces derniers" (Lettre 
et relation du comte de Frontenac, 15 8 bre 1697). 
Perrot essaya de se poser une seconde fois en mé- 
diateur; mais les Miamis, comme les Maskoutens, 
avaient à réclamer des Français une dette de sang 
et, k défaut des coupables, ce fut encore Perrot 
qui la paya bien malgré lui. „Le nommé Nicolas 
„Perrot, lisons-nous dans la dépêche de Frontenac 
^précédemment citée, voyageur fort connu de toutes 
„les nations, a été pillé par les Miamis, et en auroit 
„été brûlé, si les Outagamis ne s'y étoient opposés." 
J'ai fait connaître ailleurs (312) les griefs des Miamis, 
et ce que j'en ai dit, d'après Charlevoix, est con- 
firmé par la relation officielle de Mr. de Champigny 
intendant du Canada (Lettre du 13 8 br e 1697 ; Arch. 
de la marine). 

Les mauvais traitements dont le commandant 
français venait d'être la victime, furent hautement 



332 

blâmes par les autres nations de l'ouest. Les Ou- 
taouais, les Poutéouatamis, les Sakis et les Hurons 
('tant sur ces entrefaites descendus a Montréal, le chef 
des Outaouais Kiskakons s'offrit au comte de Fron- 
tenac pour venger cette injure: ,,Mon père, lui dit-il, 
.,1e Miamis a pillé Perrot et vous a méprisé: j'entre 
„dans les ressentiments que vous pourriez avoir a ce 
„sujet, et puisque le Miamis fait l'insolent, notre vil- 
„lage pourra brouiller sa terre." Le gouverneur ne 
jugea pas à propos d'accepter cette offre, dont le 
véritable motif était la haine des Outaouais contre 
les Miamis. Il déclara donc k l'orateur qu'il n'igno- 
rait point les désordres causés par cette nation et 
l'outrage fait à Perrot; mais qu'il les priait lui et 
les siens, de ne pas se mêler d'une affaire qu'il en- 
tendait se réserver (Lettre de Frontenac, 15 8 bre 
1697 ; Arch. de la marine). 

S'il lui eût été donné de la terminer, nul doute 
que, à défaut d'une réparation à laquelle on ne pou- 
vait se flatter de contraindre les Miamis, le comte 
de Frontenac n'eût trouvé quelque autre moyen d'in- 
demniser Perrot des pertes éprouvées au service de 
la France: mais il en fut empêché par la mort qui 
l'enleva peu après (28 9bre 1698). Au moment même 
où Perrot était ainsi privé d'un protecteur généreux,, 
juste appréciateur de ses mérites, il vit encore s'éva- 
nouir le dernier espoir de rétablir sa fortune. La car- 
rière qu'il avait jusqu'alors parcourue lui était fer- 
mée sans retour: la cour de France supprimait ab- 
solument les congés et ordonnait l'évacuation immé- 
diate des postes établis tant a Michillimakinak, que 
chez les Miamis, avec injonction rigoureuse de faire 
rentrer dans la colonie les soldats et les coureurs de 
bois (Lettre de Mr. de Champigny, 15 S^e 1698 ; Arch. 
de la marine). 

Complètement ruiné et harcelé par de nom- 
breux créanciers, Perrot eut la malheureuse idée 
d'intenter un procès à l'ex-secrétaire du comte de 



333 

Frontenac et k des marchands de Montréal; il le 
perdit avec dépens (Arrêt rendu par Mr. de Cham- 
pigny, Québec, 22 Mai 1702). Il réclamait en même 
temps de l'intendant lui-même des sommes qu'il pré- 
tendait lui être dues par le gouvernement de la co- 
lonie: sa requête fut rejetée. Sans se décourager, 
Perrot en appela au ministre de la marine. Celui-ci 
ayant demandé aux successeurs du comte de Fron- 
tenac et de Mr. de Champigny des explications sur 
cette affaire , en reçut la réponse suivante (Lettre 
commune de MM. de Callières et de Beauharnais, 
1702; Arch. de la marine): „Le sieur de Callières 
„a communiqué au sieur de Champigny la requête 
,,qui vous a esté envoyée par le nommé Nicolas Per- 
„rot ; lequel lui a dit que tout ce qui est allégué dans 
„la dite requête contre le sieur de Monseignat, cy- 
,, devant secrétaire de feu Mr. le comte de Fronte- 
„nac, a esté réglé et jugé par le dit sieur de 
^Champigny, dès le 22 Mai de 1702, comme vous 
„le verrez, Monseigneur, par l'ordonnance qu'il a 

„rendiïe et a l'égard des sommes qu'il [Perrot] 

„dit que le sieur de Champigny lui a retenues, 
„le sieur de Callières sçait qu'on lui a fait beau- 
coup de présents et mêmement depuis deux ans 
,,pour tascher de le faire subsister, estant absolu- 
„ment ruiné et accablé de dettes par les dé- 
penses extraordinaires qu'il a faites mal k propos 
„avec les sauvages dans les lieux éloignez. Il est 
„vrai qu'il a beaucoup perdu dans une incendie ar- 
„rivée k [le nom est en blanc. V. supr. p. 302] ; qu'il 
„a esté pillé par les Renards [lisez : les Maskoutens 
„et les Miamis] ; qu'il devroit avoir des sommes très 
,, considérables par les avantages qu'il a eus de MM. 
„les gouverneurs; et comme il est très pauvre et 
„très misérable , si sa majesté vouloit lui faire quel- 
que petite pension en considération de ses longs 
^services, cela l'aideroit k subsister." 

Dans la correspondance officielle des années sui- 



334 

vantes, j'ai n'ai pas trouvé de réponse a cette de- 
mande d'un secours pour le vieux serviteur ruiné. 
11 ne resta donc a Perrot qu'un parti k prendre, ce- 
lui de se résigner a la pauvreté. Il eut sans doute 
d'autant moins de peine à le faire, qu'il voyait autour 
de lui des hommes dont les services ne le cédaient 
certes pas aux siens, les La Durantaye, par exem- 
ple, et les Jolliet, réduits a la même extrémité (Liste 
des intéressés en la compagnie du Canada dressée 
par Mr. Kaudot, intendant de la Nouvelle -France, 
Québec, 1708; Arch. de la marine). Mais avant de 
rentrer dans la vie privée, Perrot reçut des sauva- 
ges qu'il avait longtemps commandés, un témoignage 
de confiance et d'affection qui dut le toucher profon- 
dément. Appelé à Montréal pour y servir d'inter- 
prète aux Illinois et aux Miamis, pendant le congrès 
général de toutes les nations sauvages qui se tint en 
cette ville, aux mois de Juillet et d'Août de 1701, 
Perrot put se convaincre par lui-même du désir sin- 
cère que ses vieux et fidèles amis de l'ouest avaient 
de le revoir encore une fois au milieu d'eux. Ounan- 
guissé chef des Poutéouatamis, s'étant rendu à l'au- 
dienee du gouverneur, prit la parole au nom de sa 
tribu, et jetant aux pieds de Mr. de Callières un pa- 
quet de castors. „Mon père, lui dit-il, je suis venu 
^seulement pour écouter ta parole : je suis cause que 

„toutes les nations du lac Huron sont descendues 

,,Je te demande une grâce pour recompense de mon 
, , obéissance: Perrot est mon corps, je te prie de me 
,,1'accorder .... il m'aidera chez toutes les nations 
„quand je voudrai autoriser ta parole. C'est le plus 
„considéré de tous les François qui nous aient été 
„envoyés" (La Potherie, IV, 212, 213). 

Noro, chef des Outagamis, tint en leur nom le 
même langage. Ils n'avaient, dit-il, étouffé leurs res- 
sentiments contre les Sauteurs et répondu à l'appel 
de Mr. de Callières, que dans l'espoir bien fondé 
d'obtenir le retour de Perrot leur père, qui le pre- 



335 

mier les avait découverts et leur avait donné de 
l'esprit. Sa présence leur rendrait cet esprit qu'ils 
avaient complètement perdu k son dc*part (La Pothe- 
rie, ibid. p. U14). L'orateur des Outaouais et de leurs 
alliés demanda lui aussi que Perrot leur fut rendu 
(id. ibid. p. 257). Ce voeu presqu'unanime des na- 
tions de l'ouest ne pouvait être exaucé; on y répon- 
dit donc par de vagues promesses qui n'engageaient 
à rien. Mais si, comme je me plais à le croire, celui 
qui en était l'objet attachait quelque prix k l'amitié 
et k la reconnaissance des sauvages, il dut alors re- 
gretter moins que jamais ces libéralités auxquelles 
il en était redevable, et laisser k d'autres le soin de 
les condamner comme inopportunes ou maladroites 
(voy. supr p. 333). 

Le marquis de Vaudreuil, successeur de Mr. de 
Callières dans le gouvernement du Canada, se mon- 
tra toujours plein de bienveillance et d'affection pour 
les Perrot (Lettre de Raudot, intendant de la Nou- 
velle-France, 20 7bre 1709; Arch. de la marine). Aussi 
retrouvons-nous, en 1710, le chef de la famille devenu 
capitaine de côte, et chargé de poursuivre l'exécu- 
tion d'une sentence rendue en faveur de son fils con- 
tre le seigneur de Bétancourt (Ordonnances et arrêts 
relatifs k la tenure seigneuriale, p. 38, Québec, 1852). 
Les capitaines de côte commandaient la milice des 
seigneuries, auxquelles on avait donné le nom de côtes 
parce qu'elles étaient échelonnées le long des rives ou 
côtes du Saint-Laurent. Il est fait mention de ces offi- 
ciers dans un document conservé aux archives de la 
marine, qui contient un état détaillé de la petite ar- 
mée conduite par JVlr. de La Barre contre les Iroquois 
Tsonnontouans (Août 1084). On y voit figurer les 
capitaines des côtes de Sorel, de Beaupré, de Ba- 
tiscan, du Cap Rouge et de Lauzon. En 1707, l'in- 
tendant Raudot proposait au ministre (Lettre du 10 
9bre; Arch. de la marine), de donner aux capitaines 
de milice établis dans toutes les côtes du Canada 



336 

une espèce de caractère qui les distinguât des au- 
tres habitans et les revêtit de plus d'autorité, „en 
„les faisant sergents dans les troupes et les déta- 
chant dans les côtes pour y commander la milice 
„et y faire exécuter les ordres des gouverneurs et 
^intendants, avec cent livres d' appointements Cette 
mesure remise à des temps plus heureux par le mi- 
nistre auquel on la proposait, avait-elle, trois ans 
plus tard, reçu son exécution? Je l'ignore, mais, le 
supposât-on, il faudrait bien reconnaître que, même 
dans ces conditions, l'emploi donné à Perrot n'était 
pas en disproportion choquante avec les mérites qu'on 
voulait récompenser en lui. 

Mettant à profit les loisirs fort nombreux sans 
doute que lui laissait sa charge, Perrot composa, ou 
du moins revit et compléta ses divers mémoires. Il 
vivait encore en 1718, et à cette époque sa verte 
vieillesse n'eût pas mieux demandé que d'affronter, 
encore une fois, les fatigues et les dangers d'une mis- 
sion chez les Outagamis (supr. p. 153). Là se bor- 
nent les renseignements que j'ai pu recueillir sur 
notre auteur. Plus d'un lecteur s'en félicitera peut- 
être, trouvant que je ne me suis déjà que trop étendu 
sur le compte d'un personnage dont, après tout, le 
rôle ne fut jamais que secondaire. A qui cepen- 
dant m'adresserait formellement ce reproche, je ré- 
pondrais que le récit de cette vie si agitée a l'avan- 
tage de mettre en action ces mêmes sauvages, dont 
Perrot a décrit les mœurs et les coutumes, et de 
compléter ainsi le tableau qu'il en a tracé. J'ai cru, 
d'ailleurs, n'être que juste, en accordant ici une assez 
large place à l'homme, qui, dans son humble sphère, 
se montra toujours brave, loyal et dévoué, et à l'écri- 
vain, rude et inhabile sans doute, mais honnête, qui, 
dans ses mémoires, a su parler de soi sans forfanterie 
et sans complaisanse d'autrui, sans jalousie et sans 
dénigrement. 

Voici la liste des écrits de Perrot: 



337 

1°. Mémoire sur les Outagamis, adressé au mar- 
quis de Vaudreuil (supr. p. 151). 

2°. Plusieurs mémoires tant sur les guerres des 
Iroquois contre les Illinois et les nations d'en haut 
(p. 130), que sur les trahisons des sauvages, et, en 
particulier, des Outaouais et des Hurons (p. 143 et 
146). *; 

3°. Le mémoire que nous publions aujourd'hui, et 
qui seul de tous les écrits de Perrot est parvenu jus- 
qu'à nous. Cadwallader Colden en a traduit et pu- 
blié une partie dans l'ouvrage intitulé: History of 
tlie five Indian nations of Canada. Cf. Ferland, I, 134, 
note 2. 



22 



Additions. 



P. 138, ligne 3 et 4. Il est impossible que l'ar- 
mée de Mr. de La Barre, forte de onze cents hommes 
(Charlevoix, I, 489, 490), en ait perdu dix-huit cents 
par les maladies. Le copiste aura vraisemblablement 
ajouté ici un zéro au chiffre porté dans l'original. 

P. 170, ligne 4. Toute réflexion faite, et vu l'im- 
portance de la question, je crois devoir ajouter aux tex- 
tes cités dans ma note, les deux suivants empruntés 
l'un au P. Lozano, l'autre au P. François-Xavier Eder. 
Le premier (Historia de la Compafïia de Jésus de la 
provincia del Paraguay, t. II, lib. VI, p. (58, Madrid, 
1755, in-fol.) parle en ces termes des naturels du 
Cuyo : „Carecieron siempre totalmente del conoci- 
„miento de nuestro Criador, y vivian como atheis- 
,,tas, mejor dire, como salvages, sin otras atenciones, 
,,ô cuidados que los de corner à guisa de bestias, y 
„de holgarse en sus bayles y passatiempos, ni tenian 
„rito alguno, 6 ceremonia con que adorar à Dios ver- 
„dadero, 6 idolo alguno/' — Le second, chargé pendant 
quinze ans de la mission des Moxes du Pérou, dit de 
ces peuples (Descriptio provinciae Moxitarum in regno 
Peruano, lib. IV, c. II, p. 229, Budae, 1781, in-8 .): 
7 ,De Deo, rerumque origine, nulla apud eos cura, 



339 

„vel cognitio, ut qui de his ne cogitent quidem. Si 
„quaeras cur sol certa lege oriatur et occidat, quis 
„pisces in aquis condiderit, reponent . soleinne suum 
„ratirabaino, quasi dicas: rei cujusvis natura hoc ita 
„fert." — Cf. Missions du diocèse de Québec, 6 e rap- 
port, p. 18 et 24, Québec, 1845. 

P. 177, ligne 2. Le Michipissy des Outaouais. 
est, sous le nom de Miskena, connu et vénéré des sau- 
vages du grand lac Winipeg dans le nord -ouest de 
l'Amérique anglaise. Ces pauvres gens croient que 
ce roi des poissons tient sa cour au plus pro- 
fond des eaux du lac et que, l'hiver, les esturgeons 
dont le Winipeg abonde, se réunissent tous autour 
de leur souverain. Cf. H. Y. Hind, Rapport sur V expé- 
dition d 'exploration de V Assiniboine et de la Saskat- 
chevan, p. 94, Toronto, 1859, in-4. 

P. 178, ligne 3. Les Cris, les Ojibwais, les sau- 
vages des marais et les Sioux sont persuadés que le 
sacrifice de cinq chiens est l'offrande expiatoire la 
plus agréable aux divinités offensées (id. ibid. p. 117). 

P. 181, ligne dernière. Les autres nations du bas 
Mississipi suivaient en ce point les mêmes usages: 
„L'oisiveté qui règne [en ces contrées] parmi les per- 
sonnes du sexe, donne lieu aux plus affreux dérè- 
glements" (Lettre édif. VI, 330). — Chez les natu- 
rels du Nicaragua, comme chez les Tounikas, les plus 
durs labeurs étaient le partage des hommes: „Tienen 
„cargo los nombres de proveer la casa propria de 
„la labor del campo é agricultura, é de la caca é 
„pesqueria, y ellas del tracto é mercaderias. Pero, 
,,antes que el marido saïga de casa, la ha de dexar 
„barrida, y encendido el fuego." Oviedo, IV, lib. 
XLII, c. 1, p. 39. 

P. 187, note 1, ligne 11. Le palican des natu- 
rels du Chili (Molina, Saggio sxdla storia civile del 
Chili, p. 115, Bologne, 1787, in-8°) ressemblait beau- 
coup à ce jeu des sauvages Canadiens, qui, lui- 
même, offre les plus grandes analogies avec notre 

22* 



340 

jeu de crosse. Notons en passant que la balle et 
même la boxe étaient fort en honneur chez cer- 
tains peuples d'Amérique. Les Lâches de la Nou- 
velle - Grenade faisaient du second de ces jeux leur 
passe-temps favori: „Su juego mas celebrado, dit 
„Piedrahita (Conquista del Nuevo-Reyno, lib. I, c. 
„11, p. 13), era salirse à los campos por parcialida- 
„des ô capitaneas, a pelear unos con otros .... sin 
„mas armas que las manos, con que à pugno cerrado 
„y sin Uegar à luchar, batallaban hasta caer, o can- 
„sarse despues de bien lastimados; y estas fiestas 
„llaman montas." — Sur le jeu de balle ou batey, 
cf. Oviedo, 1, lib. VI, c. 11, p. 166. 

P. 238, ligne 10. L'un de ces deux voyageurs 
s'appelait Des Groseillers, et séjourna plusieurs mois 
chez les Sioux. C'est ce que nous apprend le pas- 
sage suivant du Journal ms. des Jésuites de Québec 
(Août, 1660): „Le 17 partit monseigneur de Pétrée 
„pour sa visite .... il arriva à Montréal le 21 ... . 

„où les 8ta8as estoient arrivés le 19 Ils estoient 

„au nombre de trois cents. Des Groseillers estoit 
„en leur compagnie, qui y estoit allé l'année d'aupa- 
ravant. Ils estoient partis du lac Supérieur cent 
„canots: quarante rebroussèrent chemin, et soixante 
., arrivèrent icy chargés de pelleteries pour 200,000 

,,livres Des Groseillers a hyverné à la nation 

„du boeuf, qu'il fait de 4000 hommes. Ce sont les 
„Nad8esseronons sédentaires." 

P. 252, note 3, ligne 3. Le cousin de Mr. de 
Tracy est appelé de Lérole par l'auteur contempo- 
rain du Journal ms. des Jésuites de Québec. „Le 

„20, y est-il dit (Juillet, 1665), nouvelle arrive 

„de la bastisse du fort Sainte-Anne (fort de La Motte 
„de Perrot, p. 289) dans le lac Champlain, dans 
„une île, a 4 lieues de l'embouchure; et, en mesme 
„temps, de la mort de Mr. de Chasy tué par les An- 
imés avec deux autres; 4 prisonniers entre autres 
„Mr. de Lérole, cousin de Mr. de Tracy." A cette 



341 

époque (1665, 1666), Perrot était en traite dans le 
Wisconsin, à quatre ou cinq cents lieues du théâtre des 
événements, dont, quarante deux ans après leur accom- 
plissement, il donnait un récit abrégé dans ce chapitre 
de son mémoire ; il ne faut donc pas s'étonner qu'il 
soit tombé dans quelques erreurs. Ainsi, outre celle 
que je viens de relever, 1° Mr. de Tracy, débarqué 
a Québec le 30 Juin 1665, n'a pu être encore attendu 
dans la colonie, lorsque déjà Mr. de Courcelles y était 
installé; puisque ce dernier n'arriva de France que 
le 12 Septembre de la même année (Relat. de 1665, 
I, 4; Journal des Jésuites, Juin et Septembre 1665). 
2° Mr. de Courcelles et l'ambassade ou plutôt la flotte 
Outaouaise (elle comptait cent canots et quatre cents 
guerriers) ne se sont rencontrés ni à Montréal ni ail- 
leurs; car celle-ci, entrée a Montréal le 20 Juillet, 
repartait pour son pays le 8 Août, et était de retour 
au lac Supérieur dès le second jour de Septembre, 
c'est-k-dire, dix jours avant le débarquement de Mr. 
de Courcelles a Québec (Relat. de 1665, III, 8, col. 
1; de 1667, II, 4, col. 2; 8, col. 1; — Journal des 
Jésuites, Août, 1665). 



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